samedi 25 mars 2017

"Les Damnés de l'artère" de Pascale Fonteneau

chéryl post

L’histoire : Ah ! Bruxelles, sa Grand-Place, ses trams, ses gaufres, son métro et ses fonctionnaires européens... Tout pour plaire. Et puis voilà, une bonne intention et tout part de travers. Alors, pendant que les Japonais admirent le Manneken Pis, Cheryl se farcit les squats, le Berlaymont soit disant désert, les communautés religieuses et même la basilique de Koekelberg ! Et tout ça sans connaître un seul grand principe révolutionnaire ! Dingue. Mais pas plus dure qu’une belle coupe au carré ou un chignon perlé.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon amour immodéré pour les aventures du Poulpe et mon attachement tout particulier à Cheryl, la petite amie attitrée de Gabriel Lecouvreur, délicieuse et gouailleuse coiffeuse parisienne qui lui vient bien souvent en aide en lui fournissant réconfort et soutien. Les Damnés de l’artère de Pascale Fonteneau s’apparente à un spin-off car il la met en lumière et lui donne le rôle titre en laissant le poulpe au café Pied de Porc à la Sainte Scolasse à ruminer ses pensées en lisant le journal et en sirotant une bonne bière...

Et pourtant, au départ rien ne prédestinait Cheryl à vivre des aventures rocambolesques dans la capitale belge. Partie seulement pour assister à des conférences en rapport avec la coiffure et à des présentations de produits dernier cri, elle se retrouve embarquée dans une sombre histoire de meurtre maquillé en suicide (un homme a été brûlé vif à l’insu de son plein gré sur le quai de la gare bruxelloise). En compagnie d’une amie de circonstance (sacré binôme de coiffeuses délurées que Cheryl et Anastasia), elle va rencontrer une bande de gentils loubards, un vieil idéaliste de la Révolution et un prêtre bien atteint au niveau du ciboulot. Cependant au fil du récit, l’histoire prend une tournure plus grave, les ramifications de l’affaire prennent une tournure inattendue et notre jolie Cheryl n’est vraiment pas au bout de ses peines...

Disons-le tout de go, on n'est pas face à un grand crû. La faute tout d’abord à l’envie de donner du sens là où il n’y en a pas forcément en intercalant des citations du théoricien révolutionnaire Victor Serge (aka Viktor Lvovitch Kibaltchitch) en guise d’intermède entre deux scènes. Je trouve que c’est donner trop de profondeur à une suite d’événements qui tiennent bien plus du roman policier classique que du parcours initiatique de révolutionnaire en goguette. Certes Cheryl est une femme libérée (et c’est pas si facile...) mais elle ne croit pas au Grand Soir, sa vie étant vouée à ses clients, ses copines et son Gabriel. Le procédé m’a paru maladroit et sans objet, il aurait bien convenu par contre dans un récit du Poulpe classique tant on connaît le penchant libertaire du Poulpe. Un coup dans l’eau pour le coup !

Ensuite, j’ai trouvé l’histoire plutôt bateau, sans réels grands rebondissements malgré quelques saillies bien rigolotes et parfois même bien thrash (le meurtre originel est vraiment affreux et très bien rendu). Il ne se passe finalement pas grand-chose mais une ambiance bien branque se dégage de l’ensemble grâce notamment à des personnages hauts en couleur qui se débattent avec leurs existences dans un monde décidément pas tendre. Tant pis donc si l’ensemble tient plus du bric à brac foutraque, que certains artifices narratifs soient limites en terme de crédibilité, on passe malgré tout un bon moment en compagnie d’une équipe de bras cassés bien attachante dans l’ensemble.

Cheryl garde tout son charisme même si finalement je la trouve plutôt effacée par rapport à ce que j’avais pu entr'apercevoir dans mes lectures du Poulpe (elle a ici moins de franc-parlé et paraît moins engagée). On la suit cependant avec plaisir dans cette aventure belge qui la verra tour à tour se faire une super copine, venger la mort d’un ami et transmettre sa joie de vivre à toutes les heureuses personnes qui croiseront sa route. Le personnage est vraiment à suivre et il me semble d’ailleurs que d’autres volumes lui ont été consacrés, qui sait un jour peut-être mes pas me remettront sur le chemin de Cheryl en aventure solo !

Bien mené quoiqu’un peu creux, bien écrit mais sans génie réel, ce livre est à réserver avant tout aux fans de Cheryl (dont je fais partie vous l’aurez compris !) et du Poulpe. Les autres pourront passer leur chemin et se diriger vers la série d’origine avec d’authentiques chefs-d’œuvre d’humour et d’enquêtes déviantes.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
- Chicagone

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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

samedi 27 février 2016

"Chicagone" - Série Le Poulpe - de François Joly

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L'histoire : Au sud des Minguettes, au plus dur de la banlieue lyonnaise, des adolescents meurent sans que cela préoccupe grand monde. Lieux sordides, atmosphère glauque, population vivant dans l'urgence. Un jeune qui disparaît, c'est un problème de moins. Pas pour le Poulpe qui, au nom de l'amitié, fait le ménage non sans ramasser au passage des bleus à l'âme. Mais que parfois la vengeance est jolie!

La critique de Mr K : Première lecture poulpesque de l'année 2016 pour votre serviteur, grand amateur devant l'éternel des aventures de Gabriel Lecouvreur. Chicagone sort du lot par une noirceur plus prononcée et un héros qui tire vraiment sur la corde et va explorer les abysses de sa personnalité et dépasser clairement la ligne blanche. Suspens, personnages déglingués et vengeance sont au rendez-vous!

Cette nouvelles aventure du Poulpe est placée sous le sceau de l'amitié et de la souffrance. Le neveu de Pedro, personnage récurrent de la saga, est retrouvé mort une balle entre les deux yeux. Qui a pu dessouder ce garçon sans histoire dans la banlieue de Lyon? Cette affaire, ne semblant pas passionner les forces de l'ordre et pouvant être reliée à d'autres disparitions de jeunes gens, va donc intéresser Gabriel qui va devoir explorer les territoires abandonnés de la République entre misère sociale, délinquance et grand banditisme mais aussi solidarité et actions quotidiennes pour s'en sortir. Comme souvent dans la série du Poulpe, les apparences cachent bien des choses et derrière de simples meurtres se cachent des destinées brisées, des organisations peu recommandables et un système parallèle que notre héros aura bien du mal à combattre. La vérité sera tétanisante…

Gabriel est toujours fidèle à son bar et ses amis. Son adjoint en matériel (Pedro s'y connaît en la matière depuis la Guerre civile espagnole où il combattait auprès des Républicains) est touché en plein cœur et il est hors de question de le laisser ainsi. Après un court au revoir à sa dulcinée (Chéryl est absente de cet ouvrage à ma grande déception), il plonge dans l'enfer des banlieues lyonnaises. Lui le bon vivant, l'humaniste libertaire est confronté à une réalité qui le dégoûte et le dépasse. Comment en est-on arrivé là? Au fil de ses rencontres avec les habitants et un gang de gones haut en couleur (gone = gamin dans le pays lyonnais), ses fêlures se font plus vives et la colère l'envahit face à l'inhumanité de certains.

L'enquête progresse lentement et, en elle-même, reste assez simple. L'auteur se plaît surtout ici à nous décrire les lieux et les gens avec finesse et fulgurances saisissantes comme les caves, certains appartements, les mamans dépassées par leurs gamins, le repère d'une bande de malfrats déviants… L'auteur nous retranscrit parfaitement la désespérance qui s'est installée dans certains quartiers et le fonctionnement autonome de certains immeubles. On prend tout cela en plein cœur, sans fioriture et par le prisme de la pensée de Gabriel, adepte de la liberté et de la libre pensée. Le choc est frontal, révélateur et de bon aloi en cette période de repli sur soi où chacun ne semble regarder que par le petit bout de sa lorgnette.

On a ensuite droit à de beaux moments de bravoure et d'émotion comme les discussion entre Gabriel et la gamine à la tête des gones (émotion garantie), la scène de vengeance qui est un modèle du genre (type Death Sentence de James Wan avec Kevin Bacon) ou encore les pérégrinations de Gabriel au sein des cités entre méfiance et surprises. On sort tout chamboulé par un récit plutôt langoureux, qui prend son temps pour poser ses bases, mieux nous dévier de la trajectoire initiale et retourner la situation aux deux tiers. François Joly nous offre un volume poulpesque riche en background et en révélation. Un des meilleurs à mes yeux de la série. Les amateurs ne doivent surtout pas passer à côté!

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- L'Amour tarde à Dijon

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mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

autre

- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...

mercredi 15 octobre 2014

"L'Amour tarde à Dijon" - Série Le Poulpe- de Jacques Vallet

le poulpe L'histoire: Deux frères cultivateurs en Bourgogne sont retrouvés cuités à mort. Les gendarmes classent l'affaire. Pas le Poulpe qui doute de la réalité d'un suicide. Son arrivée à Dijon coïncide avec une mutinerie à la maison d'arrêt et un scandale à la cathédrale Saint-Bégnine; elle provoque même une brusque effervescence meurtrière. Qu'est-ce qui met ainsi la gendarmerie de Saint-Seine en folie? Quel rôle tient la belle ingénieur du service architecture de la ville? Quel est le lien entre la pompe d'un chanoine et la pompe à fric d'un yakusa? Suivez le Poulpe...

La critique de Mr K: Un été sans lecture d'un volume de la série du Poulpe, c'est un peu comme un repas sans fromage, ça manque de saveur! Hasard du calendrier, nous avons justement reçus des amis de Madame originaires de Dijon, l'occasion était trop belle d'aborder le présent volume, "L'Amour tarde à Dijon" qui se déroule justement dans la belle cité bourguignonne. Décollage immédiat pour une nouvelle aventure rocambolesque et haute en couleur!

Une fois de plus, c'est en feuilletant le journal dans son bistrot préféré que Gabriel Lecouvreur tombe sur un fait divers qui va retenir son attention et le lancer vers une nouvelle enquête. Deux agriculteurs sont retrouvés alcoolisés à mort et le verdict tombe: suicide collectif! Étrange étrange se dit Le Poulpe, il paraît impossible de pouvoir réussir une mort pareille sans aide extérieure! Il n'en faut pas moins pour que notre justicier libertaire se déplace en Bourgogne pour fouiner. Il n'est pas au bout de ses surprises.

Il va de suite attirer la méfiance sur lui.Qui est ce parisien venu mettre son nez là où il ne faut pas? Cela donne lieu à des rencontres des plus tendues, farfelues et parfois ubuesques. Un souffle grolandais tourne les pages avec nous et c'est avec jubilation que le lecteur attend la prochaine péripétie. De troquets aux chambres d'hôtel, en passant par ses sempiternels coups de téléphone à son amoureuse de coiffeuse (Aaaah Chéryl!), bon gré mal gré, le Poulpe se rapproche de la vérité. Une révélation qui mettra une fois de plus à mal l'establishment et les apparences d'une ville bien sous tout rapport. Ça castagne aussi sec et les bons mots pleuvent pour le plus grand plaisir du lecteur embarqué comme toujours dans un rythme haletant ne laissant que peu de répit. Le final vient nous cueillir avec une ouverture bienvenue qui ravira les amateurs de réalisme (vous repasserez pour le happy end!).

Jacques Vallet fournit donc un très bon volume poulpesque, son écriture répond complètement au cahier des charges imposé par la maison d'édition. Gabriel est plus que jamais railleur et aventureux, les personnages secondaires sont de petites merveilles d'incongruité et le récit se tient de bout en bout. La lecture s'est révélée une fois de plus aisée, agréable et drolatique à souhait.

Un petit bonheur de Poulpe une fois de plus!

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samedi 26 avril 2014

"La Cerise sur le gâteux" - Série Le Poulpe - de Jean-Jacques Reboux

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L'histoire: Alvaro Pereira a 26 ans, des copains en or et une petite sœur qui l'adore. Il a aussi la peau noire des habitants du Cap-Vert. À la sortie de la foire du Trône, soudain, une bande de skinheads lui fait face.
La suite s'étale dans tous les journaux. Deux balles dans la tête. Et Yanissa, la petite sœur, qui a disparu. Pour mener à bien son enquête, le Poulpe n'a que le périph' à traverser.
La route de la vérité, elle, sera beaucoup plus longue et douloureuse. Car dans la petite ville tranquille de Charençon-le-Plomb, la vérité, on a du mal à la voir en peinture. Et on préfère la garder pour soi.

La critique de Mr K: Un petit Poulpe aujourd'hui avec ce recueil peu reluisant où le racisme et la haine ont la part belle. C'est un pur hasard si j'ai effectué cette lecture au moment des municipales qui ont vu un parti d'extrême droite faire une percée aussi importante qu'inquiétante à mes yeux. Mais voilà, j'ai tendance à programmer à l'avance mes lectures pour essayer de ne pas me laisser déborder par ma PAL (c'est pas gagné...). Et puis, un Poulpe n'est jamais une lecture comme les autres, c'est une sorte de petit en-cas, de plaisir de deux soirs de lecture pour se remettre des émotions des lectures précédentes. Pas de pot pour moi, celui-ci est bien chargé en la matière!

Un crime raciste a eu lieu dans la proche banlieue parisienne, la police ne semble pas se bouger énormément autour de l'assassinat d'un jeune cap-verdien en pleine rue par un groupe d'abrutis tondus amateurs de Mein Kampf et de mauvaise bière. Le sang de Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe ne fait qu'un tour et le voilà parti pour trainer ses guêtres sur le macadam de Charençon-le-plomb (aka Charenton-le-Pont) commune qui semble avoir bien des choses à cacher. Il ne va pas falloir longtemps pour que Gabriel soit confronter au climat méfiant et délétère qui semble régner dans cette terre bourgeoise entourée de cités.

Comme tout Poulpe qui se respecte (c'est dans la charte officielle), le livre est très court, le rythme n'en est que plus trépidant. Il ne se passe pas trente pages qu'on attente déjà à la vie du Poulpe, qu'il se heurte à ses ennemis héréditaires (les représentants de la loi) et qu'il ne tombe sous le charme d'une mystérieuse jeune fille. Jean-Jacques Reboux nous présente toute une batterie de personnages plus poulpesques les uns que les autres: les amis d'Alvaro fruits de la mixité des cités, des jeunes sans-soucis mus désormais par la même haine qui a conduit à la disparition de leur ami. On retrouve aussi des flics désœuvrés amateurs de ratonnades et des skins plus agressifs que nature. Le commun des mortels semble absent de cette histoire qui ressemble beaucoup dans sa structure à un western. Heureusement ça ne tire pas dans tous les sens et la fin du récit est un joli pied nez à tout ceux qui pensent que la violence engendre forcément la violence. Je n'ai pu m'empêcher en refermant ce volume de penser au film Coup de tête de Mocky avec Patrick Dewaere. Dernier détail, Chéryl est un petite peu présente avec deux conversations téléphoniques toujours aussi tendres et tendues dont Gabriel et la jolie shampouineuse ont le secret. Décidément ce couple est à part!

La lecture s'est révélée une fois de plus souple et agréable. Abrupte, allant à l'essentiel, le style de Reboux sied parfaitement à la série du Poulpe. On retrouve avec un plaisir non dissimulé un Gabriel Lecouvreur au top, faisant à de nombreuses reprises référence à Louis Guilloux et son Sang Noir qui attend toujours dans ma PAL que je le relise. Vraiment un bon crû que ce volume que je ne peux que vous conseiller si vous êtes amateur de polar libertaire et rigolard!

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mardi 31 décembre 2013

"Légitime défonce" - Série Le Poulpe - de Paul Milan

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L'histoire: Genève l'opulente et ses riches banlieues représentent un terrain de rêve pour les jeunes cambrioleurs des banlieues françaises toutes proches. Michel Barne n'en est du reste pas à son coup d'essai. Mais lorsque, par une belle nuit de printemps, il tombe sur un propriétaire de villa qui n'a, pour seule obsession, que la légitime défense, la vie du jeune casseur se mue en une horrible chasse à l'homme. Dont il est la proie et la bonne société genevoise la meute. Gabriel Lecouvreur, lui, se trouve étrangement embrigadé du côté des... traqueur.

La critique de Mr K: Le Poulpe et moi, c'est une grande histoire d'amour littéraire. Héros charismatique, auteurs de talents changeants et des histoires courtes et percutantes. Une fois de plus, au détour d'un étal, je me retrouvai à adopter une de ces aventures! Encore une fois, le bonheur de lecteur était au RDV!

Cap sur la Suisse et une belle brochette de facistes plein aux as! Dans leur collimateur, un jeune cambrioleur qui a eu le malheur de vouloir voler la mauvaise personne. Commence alors une chasse à l'homme impitoyable dans laquelle se trouve embringué notre cher Gabriel Lecouvreur. Vous imaginez bien que notre justicier libertaire n'a pas viré sa cuti. En mode sous-marin, il va essayer de lever le voile sur cette mystérieuse organisation des plus réactionnaires et en même temps, tenter de sauver le jeune voleur. Va y avoir du sport!

Une fois de plus, ce Poulpe est une pure réussite! Nous avons le droit à un éclairage peu flatteur des vicissitudes humaines avec notamment ici un gang de réactionnaires particulièrement belliqueux. Effroyables de méchanceté et d'inhumanité, l'argent donne tous les droits et le racisme est article de foi. Des passages à ce niveau sont assez rudes et la colère monte vite au nez du lecteur. D'ailleurs, le Poulpe se retient plus d'une fois durant son infiltration et la tension est présente tout le long de l'ouvrage qui est placé sous le sceau du suspens et de la course contre la montre. La chasse est très bien rendue, on passe du point de vue des prédateurs à celui de la bête traquée qui se révèle être un jeune con pas très intelligent qui ne comprend pas ce qui lui arrive. La peur est palpable, les pages se tournent et l'on est en plein roman noir. Cependant, rassurez-vous, c'est un poulpe et comme toujours cela se termine bien malgré des bobos et des vexations diverses.

L'écriture de Paul Milan est une merveille de concision et d'efficacité dans la pure tradition de la série littéraire qu'il rejoint avec ce tome. Les phrases fondent sous la langue comme un bon chocolat et malgré le caractère amer de l'histoire et des sous-entendus, on passe un très agréable moment. Simple regret, l'absence totale de Chéryl, la chérie de Gabriel, qui n'est qu'évoquée et dont la grande gueule et le charme extravagant manquent cruellement à l'amoureux transi que je suis. Mais ce n'est qu'un détail face à une histoire maîtrisée qui fait écho à l'ambiance générale dans laquelle baigne notre pays en ce moment.

Une très belle lecture donc, qui plaira autant aux novices qu'aux férus du poulpes! Avis aux amateurs!

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mercredi 23 octobre 2013

"Tous ne sont pas des monstres" de Maud Tabachnik

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L'histoire: Nathan se refuse à invoquer les terribles puissances qui couvent sous le cimetière juif de Prague. Nathan est un sage. Mais lorsque les émeutes éclatent dans les banlieues de la mégapole, que le gouvernement décrète l'état d'urgence et que son peuple risque une fois encore de payer le prix fort à l'Histoire, le jeune kabbaliste n'hésite plus. D'autant que les frères ennemis musulmans semblent avoir déchaîné une créature propre à semer le chaos jusque dans les rangs serrés des forces d'intervention. Glaise contre béton, fournaise sur la ville, monstre contre monstre, lorsque les légendes heurtent de plein fouet la modernité, c'est un cocktail Molotov qui embrase la vérité...

La critique de Mr K: Attention livre nauséabond que je qualifierai de bouse malsaine et vicieuse rien de moins! C'est mon premier contact littéraire avec cette auteure à la renommée conséquente, ce sera sans doute le dernier même si j'espère que cet ouvrage n'est pas le reflet de sa pensée tant ici on rentre en contact avec la fange extrémiste juive aussi barbare et stupide que nos extrémistes anti- mariage pour tous et autres barbus des cités. Mais comme je le dis souvent, la connerie est ce qu'il y a de mieux partagé au monde et cette histoire en est le triste reflet.

Les cités se sont révoltées, se sont embrasées et les salafistes ont pris le pouvoir pour renverser notre bonne vieille République laïque. Des groupes armés règnent en maître et ont sollicité l'aide divine qu'il leur a envoyé un de ses anges destructeurs (un djinn) pour détruire les chiens d'infidèles. Un chapitre sur trois est ainsi consacré à la description caricaturale de fous de Dieu avides d'humiliation et de sang: femmes voilées et recluses chez elles, appel au djihad dans des prières de rues, violence ordinaire, racisme anti-blanc, meurtre d'honneur... Bref c'est l'horreur et tout cela à cause d'une société laxiste, qui ose même au milieu du livre, autoriser la polygamie! Heureusement, un super-héros (kabbaliste de surcroît) veille et en convoquant le mythique Golem (superbe légende juive ici totalement dénaturée), il va réussir à faire reculer les hordes impies et rétablir l'ordre et la sécurité!

Non, il n'y a pas d'exagération de ma part, c'est vraiment le contenu de ce livre qui au départ m'a interloqué, puis dérangé et enfin dégouté! Écœuré d'abord de voir la religion musulmane réduite à une poignée de cinglés qui dans la réalité ne représente qu'une minorité négligeable (mais bon, vu la mode de l'outrance à la TV et autres médias, les simples d'esprits y croiront sans doute...). Ici le mal est clairement identifié et nulle nuance n'est admise, ceux qui ne participent pas sont des pleutres qui ne sortent pas de chez eux. Pour les sauver, un juif, lui aussi caricatural qui donnera bien du grain à moudre à Dieudonné et ses amis antisionistes... Car ici tout est question de race et de religion! Quid des laïcs, des athées et des forces vives démocratiques? Rien, nicht, nada! Ils n'existent tout simplement pas et la France sombre dans le chaos dans l'indifférence totale. Complètement ahurissant de connerie et d'irresponsabilité.

Franchement ce livre m'a mis en colère et je maudis clairement le jour où j'ai mis la main dessus chez l'abbé. On peut être déçu par un ouvrage, on peut ne pas être d'accord avec des propos mais ici on est face à autre chose. Derrière ses talents d'écrivaine qui sont indéniables, les propos sont outranciers, trompeurs et haineux. Et ce n'est pas la pseudo explication finale qui relèvera l'ensemble. C'est un parfait livre de chevet pour tous les fascistes de tout bord (F-Haine en tête, Coppéistes juste derrière). Par contre si comme moi vous êtes humaniste, laïc et républicain: passez votre chemin et combattez ce genre d'immondice qui ne font que ternir ce noble art qu'est la littérature! Et dire que les éditions la Baleine publie aussi la série du Poulpe... J'hallucine encore plus!

vendredi 9 août 2013

"Colère du présent" de Jean-Bernard Pouy

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L'histoire: À Arras, chaque 1er mai, tout ce qu'il y a de gauchistes, d'anars, d'alters, de militants écolos, bio ou pas, se regroupent lors du Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale.

Mais cette année-là, au lieu de rentrer sagement chez eux, les participants décident que la fête doit continuer. Ils se mettent à construire des barricades et à isoler le quartier. Leur revendication? Déclarer Arras "Commune libre". Mais on ne s'émancipe pas si facilement... En face, on prend ça très au sérieux et, pour gérer la crise, on envoie l'armée, qui découvre ainsi de nouveaux ennemis...

La critique de Mr K: Bonne pioche une fois de plus lors d'une visite chez l'abbé avec cet ouvrage de 2011 signé Jean-Bernard Pouy, considéré par beaucoup comme un auteur incontournable du policier français. Rappelons qu'il est entre autre l'initiateur de la série du Poulpe et qu'il est connu pour son engagement très à gauche et son style d'écriture sans concession. En cette période flirtant avec le fascisme larvé des années 30, la quatrième de couverture m'a interpelé et je n'étais pas contre me plonger dans une ambiance "mai 1968". Il y a de ça mais pas que...

Un festival gauchisant dégénère donc et donne lieu à une rébellion pacifiste qui décide de couper un quartier tout entier du reste de la France et de se déclarer "Commune libre" vivant sous le seul joug de l'autogestion. Bien évidemment, le pouvoir élyséen s'en émeut et envoie rapidement la grande muette sur place pour régler au mieux le problème. Marc de la Villardeuse (le général de brigade chargé de cette délicate intervention) va alors découvrir un ennemi bien plus retors qu'il avait prévu, qui va mettre à mal ses convictions les plus profondes.

Ce livre est divisé en chapitres très courts qui passent d'un camp à un autre de manière régulière. L'auteur s'attarde d'ailleurs beaucoup plus sur ce qui se passe au sein de l'état major des armées avec des focus très poussés sur le général précédemment cité. Loin de se complaire dans la dénonciation de l'armée, qui n'échappe cependant pas au passage au ton corrosif de Pouy, l'auteur s'attache à nous montrer l'individu qui se cache derrière son rôle de général. Un homme avec ses faiblesses et ses convictions. Peu à peu, il prend la mesure de ses opposants et va évoluer dans sa façon de voir les choses. Pour autant, il a un devoir à accomplir et cela va donner libre cours à un conflit intérieur fort bien décrit et crédible. Derrière une ambiance dans l'ensemble plutôt lourde, des touches comiques sont parsemées de-ci de-là via les rapports qu'il entretient avec ses subordonnés (tous plus abrutis les uns que les autres, notamment son aide de camp), les dialogues sont croustillants à souhait et renvoient irrémédiablement au dialoguiste Audiard dans ses plus belles années. La fin du récit est un modèle du genre qui souligne à merveille l'absurdité de la situation, à savoir tout un bataillon prêt à en découdre face à des individus certes déterminés mais pacifistes.

Cette lecture a été très rapide et plaisante au possible. Le livre ne fait que 180 pages et le style est incisif et abordable. On retrouve ici tout le talent de Pouy pour mener son intrigue, l'épaissir et la densifier sans pour autant sacrifier sa verve, son insolence et sa spontanéité. Une belle expérience entre plaisir pur et réflexion que je vous invite fortement à découvrir.

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dimanche 21 juillet 2013

"Arrêtez le carrelage" série Le Poulpe, Patrick Raynal

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L'histoire: Un vieux chalutier qui saute sur une mine allemande en plein dans la rade de Lorient et Le Poulpe repart en guerre...

Contre qui cette fois? Qui peut bien vouloir la fin du village de Kerletu? Qui peut être assez avide pour vouloir s'emparer d'un morceau d'éternité niché entre granit et océan?

Est-il vraiment possible d'arrêter le carrelage du vieux druide? Le Poulpe aura bien du mal à répondre...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers haut en couleur de la série du Poulpe avec cette enquête en terre bretonne. Cette aventure du Poulpe avait une saveur toute particulière à mes yeux car l'essentiel de l'action se déroule dans les environs de mon lieu de travail, dans les terres de l'est de la rade lorientaise. Peu ou pas d'éléments toponymiques ont été modifiés et du coup l'immersion s'est faite très vite, me vissant un sourire au coin des lèvres durant toute ma lecture.

C'est en feuilletant sa feuille de chou quotidienne que Gabriel Lecouvreur alias le Poulpe tombe sur une drôle d'histoire: un chalutier a coulé suite à une collision avec une mine anti-sous marine allemande datant de la Seconde Guerre mondiale. Il n'en faut pas plus pour attiser sa curiosité et l'amener à promener sa défroque dans le Morbihan sud sur sa vieille moto anglaise. Très vite, il va se heurter à une certaine hostilité de la part de quelques habitants et va découvrir que derrière ce fait divers à priori anodin se cache une conspiration plus importante mettant en danger l'identité culturelle même du paisible petit village de Kerlétu (aujourd'hui quartier de la ville de Gâvres).

On retrouve dans cet ouvrage toutes les qualités de la série. Tout d'abord, il y a toute une série de portraits plus grolandais les uns que les autres: un gang de bikers réactionnaires, un notaire filou, des habitants froids et retors, une jeune bretonne crépière aussi allumée que son bilig... ils sont trop nombreux pour tous les citer ici. Tout ceci confère une ambiance unique à cet ouvrage et plonge notre héros dans une enquête difficile qui ne se résolvera que dans les ultimes pages de l'ouvrage. Peu propice aux descriptions vu la brieveté imposée aux auteurs de la série, ma chère Bretagne, ses paysages, son bâti et son charme intemporel sont ici remarquablement rendus par petites touches sensibles et justes. L'écriture de Raynal fait merveille et les phases dialoguées sont croustillantes à souhait dans le pur style du Poulpe. La lecture se fait donc sans effort et avec un plaisir renouvelé page après page.

Ce fut donc une lecture très rapide et agréable au possible. Un bon moment en terre bretonne doublé d'une intrigue maîtrisée et une fois de plus terriblement actuelle dans les thèmes qu'elle aborde. Avis aux amateurs!

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé:
- Nazis dans le métro
- J'irai faire Kafka sur vos tombes
- Du hachis à Parmentier
- Vomi soit qui malle y pense
- La petit fille aux oubliettes
- La bête au bois dormant

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