dimanche 30 avril 2017

"Grave" de Julia Ducournau

Grave affiche

L'histoire : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

La critique Nelfesque : Mea maxima culpa, nous sommes affreusement en retard pour poster cette chronique ciné. J'ai traîné, traîné, traîné. Comme une envie de garder pour moi toute seule cette petite pépite de cinéma et cette expérience incroyable... Mr K étant quelqu'un de très persévérant (ça c'est le politiquement correct de "un peu chiant sur les bords" (coucou chéri !)), je finis par ENFIN rédiger mon billet. Remarquez, ainsi je suis étonnamment en avance sur la sortie DVD du film en juillet prochain (remarquez cette belle pirouette !).

Justine est une jeune fille qui débute ses études vétérinaires. Dans sa famille, tout le monde est passé par sa nouvelle école, tout le monde a suivi ses mêmes cours, tout le monde a subi le même bizutage. Celui qui va la transformer au plus profond d'elle-même. Elle ne ressortira pas de sa première année indemne. La Justine qu'elle était jusque là n'existera plus.

"Grave", en abordant de manière frontale le bizutage, est plus subtil qu'il n'y parait. Et oui, le film de genre cache parfois son jeu et pour qui sait voir au delà des apparences, le sang et l'horreur permettent d'aborder des thèmes plus universels. Mr K et moi-même étant très friands du genre, nous ne sommes pas des psychopathes en puissance (pas que !). Ici, Julia Ducournau se sert du bizutage comme prétexte pour parler de la différence et elle le fait de la plus belle des manières.

grave 1

Justine est végétarienne. On peut se dire "oula facile de surfer sur une problématique assez en vogue ces derniers temps" ou encore "non mais franchement voilà l'idée quoi, faire devenir cannibale une jeune végé, bravo le cliché". Et bien non, il n'y a ni volonté de faire du buzz avec un sujet à la mode, ni quelconque velléité de ridiculiser  une partie de la population sous prétexte qu'elle ne mange pas de viande. Finalement que Justine soit végétarienne, on s'en fiche un peu. C'est sa transformation, la façon dont elle la vit, dont elle est perçue, son combat, sa volonté qui importent.

Justine a des certitudes. C'est une jeune fille tout ce qu'il y a de plus banale. Elle est un peu impressionnée d'entrer dans une grande école où elle ne connaît personne si ce n'est sa grande soeur qu'elle croisera de temps en temps. Elle doit se faire de nouveaux amis, peut-être tombera-t'elle amoureuse. Elle va grandir, mûrir et comme n'importe quelle jeune adulte, changera pendant ses années étudiantes. Entre ce qu'elle pense être, ce qu'elle pense ressentir et la femme qu'elle deviendra, le fossé va se creuser peu à peu et c'est seule qu'elle devra faire face à ses changements intérieures, à ses doutes, à son deuil d'une vie passée.

"Grave" m'a beaucoup touchée. C'est un film qui n'est pas à mettre sous tous les yeux pour son côté gore et dérangeant (n'allez pas montrer ça à un gamin mais ça va sans dire, ne le regardez pas non plus si vous êtes ultra-sensible) mais pour qui aime être bousculé, questionné lorsqu'il se déplace en salle, ce film est une petite pépite. Plus qu'un long métrage, c'est une véritable expérience cinématographique. "Grave" ne ressemble à aucun autre film. Les plans sont superbes et cadrent parfaitement aux propos, les acteurs sont sobres et justes, la bande son épouse le film comme une seconde peau et le sublime, la réalisatrice n'en fait pas des tonnes. Inutile de déverser des litres de sang, inutile aussi de cacher quoi que ce soit. Le bouleversement que vit Justine est viscéral et il nous est livré brut de décoffrage. Au spectateur ensuite de décoder tout ça, de le digérer et de laisser l'ensemble vivre en lui tout simplement. Un film de genre français qui ne nous prend pas pour des imbéciles, nous fait confiance et nous questionne avec sobriété, c'est beau, puissant et sans concession. Une claque comme on aime en prendre !

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La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique, la première pour ma part pour 2017 avec un film de genre différent, troublant et réalisé de main de maître. 1H38 de spectacle total, dépourvu de filtres commerciaux aseptisants et de plans attendus. Car la première force de ce film est avant tout de balayer autre part que sur les chemins ultra-codifiés du film de genre pour nous proposer autre chose entre conte cruel et récit initiatique.

Justine rentre en école vétérinaire comme tout le monde dans sa famille. Végétarienne assumée, elle se retrouve seule dans un univers qu’elle ne connaît pas : l’école vétérinaire qui accueille sa sœur aînée et qui a accueilli avant ses parents respectifs. C’est le temps de la découverte de la collocation, les premiers cours, les premiers proches et malheureusement pour elle le premier bizutage. Au cours d’une cérémonie décadente, elle va devoir pour "s’intégrer" manger de la viande crue. Au delà de la vexation et de la honte, il se passe quelque chose en elle. Des plaques, des rougeurs, des démangeaisons et un estomac jamais en paix commencent à lui rendre la vie très difficile. Perdue et déboussolée, peu à peu, elle va se rapprocher de la terrible vérité...

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Ce film est merveilleux d’interprétation tout d’abord. On ne tombe jamais dans l’excès de zèle et la volonté de trop en montrer. La réalisation est sobre et met en avant le jeu d’acteur impeccable de tout le casting. L’actrice Garance Marillier est une belle révélation qui donne fraîcheur, aspect inquiétant et flippant à son personnage en pleine métamorphose. On s’attache très vite à elle, petite fille perdue dans un univers qu’elle ne connaît pas et qui de surcroît ne se connaît pas elle-même. Les scènes s’enchaînent sans vraiment que l’on sache ce à quoi s’attendre, on espère, on sursaute, on tombe des nues et ceci toutes les dix minutes grâce à un dynamitage des codes de l’horreur au cinéma et du teen movie.

A ce petit jeu, la réalisatrice détonne en proposant une technique léchée et sans fioritures inutiles. La tension est palpable à chaque plan, chaque note de musique (la BO est top de chez top !). Julia Ducournau s’amuse à nous mener par le bout du nez et ça marche à plein régime. Les jeunes sont ici montrés sans fard dans leur réalité parfois délirante (les teufs, les regroupement de moutons face à une bagarre, le simplisme de leurs positionnements parfois) mais aussi dans le quotidien parfois morose avec les cours, le travail personnel mais aussi la découverte de l’autre, de la sexualité et le regard des autres qu’on subit ou qu’on utilise. C’est très fin, bien mené, toutes les réponses ne sont d’ailleurs pas flagrantes lors du visionnage du métrage, on se prend à réfléchir de concert en sortant de la salle pour expliciter certaines impressions, des cadrages ou des partis pris bien particuliers.

grave 2

Cela donne un film assez unique, lent dans le rythme mais ne laissant quasiment aucune échappatoire au spectateur pris dans un engrenage dans lequel la jeune Justine essaie de se débattre malgré son ignorance et parfois ses mauvaises réactions. J’ai pensé à David Cronenberg pendant cette séance, le côté organique, viscéral et psychologique est poussé au maximum. On ne ressort pas indemne d’un tel film, pas traumatisé mais profondément ébranlé et conscient d’avoir vu un film à part qui fera date dans l’histoire du cinéma. Une petite bombe franco-belge gore et poétique à la fois, à voir absolument pour les amateurs du genre qui aiment être bousculés dans leurs certitudes.

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dimanche 12 février 2017

"Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

Juste la fin du monde afficheL'histoire : Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

La critique Nelfesque : Encore un film que j'avais remarqué (et comment pouvait-il en être autrement puisqu'il a reçu le Grand Prix !?) au dernier Festival de Cannes et que j'ai pu voir dernièrement grâce au Festival Télérama.

Avec une brochette d'acteurs impressionnants (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard), ce huit clos fait un focus sur les relations familiales, sur les liens qui se créent ou non entre des êtres qui, de par le fait qu'ils appartiennent à une même famille, doivent de facto s'aimer. Difficulté de vivre, de trouver sa place au sein d'une fratrie, amour et désamour, jalousie, questionnement... "Juste la fin du monde" est très riche émotionnellement et chacun y trouvera des schémas déjà connus ou vécus dans sa propre famille et voit défiler sous ses yeux situations ambigües et non-dits.

Juste la fin du monde 3

Louis a quitté la maison il y a très longtemps et ne parle plus particulièrement à sa famille depuis son départ. Metteur en scène de talent, il vit maintenant sa passion professionnelle et personnelle, loin du poids familial et de ses problématiques. Toutefois, il ressent le besoin de retrouver les siens à l'annonce de sa maladie. Louis va mourir et doit l'annoncer à sa famille. Nous suivons donc Louis lors de sa visite, un dimanche, après 12 ans d'absence. En une après-midi, les tensions s'exacerbent, les événements passées reviennent à la surface et démêler les fils d'une vie en si peu de temps n'est pas sans difficulté.

En y mettant beaucoup de lui-même, Xavier Dolan plonge le spectateur au plus près de ses personnages et les tensions sont palpables. Chaque phrase prononcée est lourde de sens ou d'affect et les dialogues entre les différents protagonistes peuvent déraper à chaque moment entre un Louis effacé, une Suzanne (sa jeune soeur) en demande d'affection, un Antoine (son grand frère) nerveux et plein de rancoeur, une Catherine (sa belle-soeur) soumise et leur mère superficielle. Les situations sont tendues, le spectateur est nerveusement éprouvé mais tout cela n'est pas sans amour. Dans "Juste la fin du monde", on aime mal mais on aime... Comme dans toutes les familles. A chacun ensuite, comme ici de faire sa vie et choisir son chemin, en accord ou en rupture avec la tradition familiale. La dernière scène est d'ailleurs lourde de sens, à titre personnel m'a beaucoup touchée et est tout à fait cohérente avec l'ensemble du film que Xavier Dolan a construit. Superbe à tous les niveaux !

Juste la fin du monde 4

La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique pour un film que nous avions raté lors de sa sortie initiale en salle l'année dernière. Heureusement le festival Télérama a permis de rattraper cet impair tant ce film est à découvrir. C'est pour ma part, le premier du réalisateur que je vois et je pense me pencher sur son cas très vite vu les critiques élogieuses notamment d'un de ses précédents film "Mommy".

Louis va rendre visite à sa famille qu'il n'a pas vu depuis douze ans, il doit leur annoncer sa mort prochaine. Dans un huis clos tendu de 1h40, le réalisateur explore la mécanique familiale révélant les cassures et dysfonctionnements qui se sont accumulés avec le temps qui passe et le caractère de chacun. Louis (Gaspard Ulliel) est quelqu'un d'effacé qui appréhende ce retour aux sources entre une mère fantasque et maladroite (Nathalie Baye), un grand frère hégémonique et violent (Vincent Cassel), une belle sœur écrasée par le poids de son mari (Marion Cotillard) et une petite sœur qu’il n'a pas réellement connue (Léa Seydoux). À travers leurs discussions communes, les dialogues plus intimistes qu'ils s'accordent les uns aux autres, transparaît doucement un mode de fonctionnement et une grande souffrance que chacun semble vouloir ne pas regarder, accepter.

Juste la fin du monde 1

Le film a une force peu commune avant tout par le talent de Xavier Dolan à diriger ses acteurs qui tous explosent les clichés et leur jeu d'acteur. Le ton est toujours juste, très intimiste (on pénètre vraiment dans l’intimité familiale) et chacun rivalise de sensibilité sans pathos, exagération et autres scories inhérentes parfois au genre dramatique. C'est la vraie vie, avec de vrais gens même si ce sont des acteurs de renom qui tiennent les rôles. Tous à leur manière apportent une pierre à cet édifice qui nous parle forcément à un moment à un autre, les notions abordées pouvant être bien souvent appliquées à nos propres vies et à nos expériences. C'est parfois grinçant, amusant mais aussi profondément mélancolique et dramatique. Certains passages sont autant d'uppercuts que l'on reçoit, que l'on accepte finalement au nom de cette chronique familiale si en adéquation avec son temps et ses codes.

Juste la fin du monde 2

La technique du réalisateur est au diapason, ce dernier étant bourré de talent malgré son jeune âge. Il tient d'ailleurs beaucoup de postes allant de la caméra, au scénario, aux dialogues et même à l’élaboration des costumes. Les images sont belles, les personnages traités avec une minutie et un amour peu commun, la musique enveloppe délicatement l'ensemble qui séduit et fait réfléchir. C'est donc une expérience peu commune, totale dirais-je même, que le parcours de Louis qui tente de dépasser ses difficultés relationnelles pour avouer sa vérité. On sent que tout peut basculer à n'importe quel moment lors d'une innocente balade en voiture, d'une cigarette fumée dans le jardin ou lors de face à face tendus avec chacun des membres de la famille. Bien souvent, la tension retombe sans pour autant que rien ne soit réglé tant une chape de plomb et les usages en cours chez cette famille semblent bloquer tout bond en avant, toute évolution de la situation actuelle.

C'est beau, c'est fort, ça prend aux tripes et on ressort sonné de cette séance. On en a parlé pendant tout le trajet du retour et même après avec Nelfe tant ce film nous a ému et interpellé. À voir absolument !

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vendredi 3 février 2017

"Moi, Daniel Blake" de Ken Loach

Daniel Blake afficheL'histoire : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au "job center", Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider...

La critique Nelfesque : "Moi, Daniel Blake" est un film que j'avais très envie de voir depuis la dernière édition du Festival de Cannes où il a remporté la Palme d'Or. Mais voilà, on ne fait pas toujours ce que l'on veut et lors de sa diffusion en octobre dernier, je n'ai pas pu y aller. C'est maintenant chose faite grâce au Festival Télérama qui permet chaque année d'aller à la repêche (ça me rajeunit !) à tout petit prix. C'est seule que je me suis dirigée vers notre salle obscure, Mr K n'étant pas friand de ce type de films...

Daniel Blake 4

... Et ça peut se comprendre tant le cinéma de Ken Loach s'inscrit dans le présent et dans le cinéma dit social, dont "Moi, Daniel Blake" est un parfait exemple. Ici, on ne va pas vraiment au cinéma pour se changer les idées et pour passer un bon moment de détente joyeuse. Ah ça non ! Ken Loach nous plonge dans la société contemporaine, sans bouée de sauvetage et n'hésite pas parfois à nous mettre la tête sous l'eau.

On suit ici Daniel Blake qui, quasi soixantenaire, ne peut plus travailler suite à un accident cardiaque sur un chantier. Ironie de l'histoire, le Job Center (équivalent du Pôle Emploi britannique) l'oblige à prouver qu'il est en recherche d'emploi pour lui verser les indemnités auxquelles il a droit. Du travail, de l'argent à la fin du mois. Plus de travail, place à la galère administrative et aux situations kafkaïennes qui vont avec. C'est au Job Center qu'il rencontre un jour Katie, mère célibataire de deux enfants qui arrivant en retard à son RDV avec son "conseiller", suite à un problème de bus, voit ses versements d'indemnités suspendus et menacée de radiation.

Daniel Blake 3

"Moi, Daniel Blake" fait l'état des lieux de ce qu'est la couverture sociale actuelle en Angleterre. Situations ubuesques, technocratie, déshumanisation, ce film fait mal au coeur et met le spectateur en situation de malaise entre indignation, tristesse et résignation. Les vies de Daniel et Katie sont totalement bousculées par leurs problèmes de travail, de santé et d'argent. Malgré tout, ils vont se soutenir, avec le peu qu'ils ont et faire en sorte que la vie soit un peu moins difficile (toute proportion gardée).

Certaines scènes sont effroyables et nous tombent dessus comme des coups de massue. Je pense notamment à celle où Katie doit se rendre avec ses enfants à la Banque Alimentaire. Un moment éprouvant où honte, désarroi et abattement envahissent le personnage devant les yeux inquiets de ses enfants. Cette scène m'a littéralement prise à la gorge. Comment la misère sociale peut toucher tout le monde, combien il est difficile de garder la tête haute lorsque les obstacles sont si élevés... Impossible de rester insensible aux trajectoires de vie que "Moi, Daniel Blake" nous donne à voir.

Daniel Blake 2

Certains diront que cette force de dénonciation est aussi une faiblesse, celle de tomber dans le misérabilisme. Chacun peut être tenté de penser qu'il est plus facile de plaindre que de se relever. Mais après avoir vu ce film, comment ne pas être convaincu que les personnes touchées par la pauvreté pour x raisons ne cherchent pas à s'en sortir par tous les moyens ? Comment ne pas voir le parcours du combattant qu'ils doivent arpenter ? Débrouille, entraide et surtout bienveillance entourent ce film. Daniel devient le grand-père que les enfants de Katie n'ont jamais eu, Katie trouve une aide précieuse en Daniel et ce dernier, une raison de vivre et d'être utile.

Daniel Blake 1

"Moi, Daniel Blake" est un très joli film qui montre que la vie est dure, que tout est fait pour la rendre encore plus compliquée parfois mais qu'ensemble, avec des petites choses et une bonne dose de solidarité, nous pouvons améliorer un peu l'ordinaire. Ce n'est pas la panacée mais ça met du baume au coeur dans un quotidien parfois très gris pour certains. Une bouffée d'oxygène salvatrice et indispensable. Les petits bonheurs de chaque instant, la simple présence, l'attention portée viennent contrebalancer l'aspect rude du film. C'est la première fois que je vis une séance de cinéma, hors avant-première, qui se termine sur un générique silencieux sous les applaudissements de spectateurs émus dans la salle. Tous ont applaudi tous les Daniel Blake pour ce qu'ils étaient, sont et seront : des hommes debout.

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vendredi 27 janvier 2017

"Paterson" de Jim Jarmusch

Paterson affiche

L'histoire : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas...

La critique Nelfesque : Drôle de film que ce "Paterson"... Entre beauté des plans et vacuité du propos, il m'a laissée quelque peu sur ma faim...

Visuellement, "Paterson" est soigné et immersif et certains plans sont de toute beauté. En plaçant sa caméra au plus près des personnages, Jim Jarmusch nous plonge dans leurs états d'esprit. Ambiance contemplative, nous sommes ici spectateur de la vie de Paterson, comme il est lui-même spectateur de la sienne tant le personnage est indolent.

Pendant 2h, Paterson se regarde descendre la rue pour aller travailler, conduire son bus, manger, aller dans le sens de sa compagne, promener son chien, boire une bière au bar... Et pendant ce temps là, on baille...

Paterson 1

Mais Paterson est un artiste, du moins c'est ce que pense sa copine et ce qu'il s'imagine. Tous les jours, il consigne dans son carnet des poèmes sur son quotidien. De son petit dej' à la boite d'allumettes de la cuisine, tout y passe. Il faut adhérer à ce genre de poésie pour vraiment apprécier le film. Ce n'est pas mon cas et c'est de là, je pense que vient mon manque d'intérêt pour "Paterson". Voir quelqu'un se regarder le nombril et faire des vers sans rimes à la gloire de son radio-réveil, perso, ça me passe complètement au dessus de la tête (bon, ok, je sais, pour le coup j'avoue ne pas être très objective).

Paterson 4

Paterson vit à Paterson, ville de poètes connus, et par là même sent le poids de la "tradition" locale peser sur ses épaules. Il écrit ses poèmes pour lui seul, dans un carnet personnel que personne ne lit jamais. Il ne compte pas en faire son métier, freine des quatre fers lorsqu'on lui soumet l'idée d'envoyer ses textes à une maison d'édition. C'est son petit plaisir, son besoin vital pour affronter son quotidien terne et vide. Sa copine fantasque est complètement différente, s'éparpille dans tous les sens et finalement ne va pas plus loin que lui. Comme si la ville de Paterson était un aspirateur à velléités créatrices mais où chacun erre sans but.

C'est donc toute désoeuvrée que j'ai quitté la séance de "Paterson", sans avoir vraiment l'impression d'être passée à côté de ce film mais avec le sentiment d'avoir perdu 2h de ma vie devant un long métrage creux qui ne m'a pas du tout touché et qui ne m'a rien apporté. Il y a un petit côté asiatique dans ce film, dans le sens où tout est contenu, où rien ne dépasse des bords et où l'excès de sentiments et de réactions n'a pas sa place. Le genre de film qui me laisse un sentiment de malaise et d'étouffement. Vous allez voir que ce n'est pas du tout le cas pour Mr K...

Paterson 6

La critique de Mr K : 6/6. Une belle claque cinématographique de janvier après ma déception de Rogue one. Pour le coup, on ne peut pas faire plus différent que ces deux films !

On suit une semaine de la vie de Paterson, un conducteur de bus de la ville portant son nom où il est né et a grandi. À ses heures perdues, il aime écrire des poèmes dans son carnet secret qui l’accompagne où qu’il aille. Il partage sa vie avec Laura, une jeune femme fantasque qui multiplie les projets, rayonne de vie et un bouledogue anglais nommé Marvin aussi taciturne que farceur à sa façon. Le réalisateur nous invite à suivre une semaine d’existence de Paterson entre son travail, ses moments d’intimité en famille et ses promenades du soir en sortant Marvin.

Paterson 5

Passez votre chemin si vous les aimez les films virevoltants aux multiples rebondissements, le dernier Jarmusch s’apparente plus à une œuvre japonisante dans sa manière d’être développée. Le rythme est lancinant, très très lent, l’attention du spectateur étant concentré sur la splendeur du métrage avec des plans de toute beauté, une musique hypnotisante et une répétition des journées qui laisse peu de place à d’éventuels événements. Plus que la vie de Paterson en elle-même, c’est plus le contexte, ce qui l’entoure et nourrit ses poésies qui sont le sujet du film : les discussions des passagers du bus, le bruit de la cascade de Paterson (attraction touristique de la ville), les rues embouteillées, un écureuil qui traverse la route, la vie nocturne dans un bar (dont un couple déchiré hilarant) et toutes une série de mini événements qui donnent à voir une ville américaine en crise mais qui essaie de survivre malgré tout.

Les personnages dans cet écrin très bien ficelé ressortent nettement du lot entre un Paterson limite neurasthénique à la sensibilité à fleur de peau et qui égraine les mots comme autant de témoignages de sa réelle vision du monde, Laura qui est bien cintrée dans son genre, obnubilée par les motifs noirs et blancs de ses cupcakes, de la déco de la maison en passant par une guitare qu’elle vient d’acquérir. Tous les éléments sont ponctués par les phases d’assoupissement et les grognements de Marvin qui n’est pas loin d’être la star du film. Les acteurs à tous les niveaux sont très justes dans leurs registres et donnent une densité incroyable aux rapports humains et chaque mot / geste / ou intention est perceptible et apporte sa pierre à l’édifice de cette fable poétique plus complexe qu’elle n’y parait.

Paterson 2

Car la poésie transpire de partout dans ce film de deux heures. Il y a les mots de Paterson, les influences qui le nourrissent entre paysages et activités humaines, les références littéraires d’une ville qui a connu un certain nombre de poètes reconnus outre atlantique. Loin d’être la poésie ultra-codifiée et versifiée, les textes récités au cours du film sont de la pure souche US avec une poésie du quotidien où il peut être question de prunes au frigidaire, de la boite d’allumettes du foyer ou encore d’une cascade de cheveux tombant sur les épaules d’une femme. C’est parfois déroutant mais assez inspirant pour faire décoller le film malgré finalement un scénario où il n’y a presque pas de rebondissements.

On se laisse conduire tranquillement par un Jim Jarmusch au sommet de sa forme en terme de technique, chaque plan ou travelling est une petite merveille et les pistes de lecture sont multiples. Ode à la vie tranquille, au calme, à l’introspection (le héros n’a pas de portable), Paterson est d’une délicatesse inouïe et nous invite à partager une vison zen et apaisée de l’existence malgré les aléas qui peuvent nous atteindre. Tout bonnement lumineux !

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samedi 9 juillet 2016

"La Tortue rouge" de Mickaël Dudok de Wit

La Tortue rouge affiche

L'histoire : À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

La critique Nelfesque : J'avais remarqué ce film d'animation lors de la dernière édition du Festival de Cannes mais il m'était sorti de la tête. France Info étant partenaire du film, les journalistes officiant sur ses ondes ont fait pas mal de promo lors de sa sortie et nous nous sommes un peu plus penchés dessus avec Mr K jusqu'à avoir furieusement envie d'aller voir. Chose que nous fîmes.

"La Tortue rouge" n'est pas un film comme les autres. D'aussi loin que je m'en souvienne, je ne crois pas avoir vu une pareille oeuvre un jour. Ce film sans paroles, où bruits de la nature et musique collant parfaitement aux propos sont omniprésents, fait la part belle aux sensations et au ressenti. Le spectateur ne peut s'empêcher de se transposer et s'imaginer à son tour échoué sur une île déserte. Que ferions-nous ? Comment appréhenderions-nous notre environnement ? Quelles idées nous passeraient alors par la tête ?

Nous suivons ici un homme dont nous ignorons tout. Sans nom, sans profession défini, il n'est déterminé par aucun signe extérieur. C'est simplement un homme, d'une vingtaine d'années lors de son naufrage. Ici, sur cette île peuplée de crabes et d'insectes, il va chercher un moyen de reprendre le large et construire des radeaux mais inlassablement une tortue rouge détruira ses frêles esquifs.

La Tortue rouge 4

De rage et de désespoir, il va alors commettre un acte qui va changer sa vie à tout jamais. Cet acte symbolique, dont je ne vous parlerai pas en détail, pas plus que je vous ne donnerai ma théorie sur la suite qui en découle pour ne pas vous gâcher la surprise et influencer votre jugement, va faire basculer le récit dans l'étrange.

La Tortue rouge 1

Plus qu'elle ne se regarde, "La Tortue rouge" est une oeuvre qui se ressent. Difficile d'en parler sans en dire trop mais une chose est sûre : ce film vous bouleversera ou vous laissera complètement indifférent. Il n'y a pas de demi mesure possible. Soit elle parlera à une partie de vous-même par les thématiques qu'elle aborde (vieillesse, famille, parentalité, mort, solitude, amour...) soit elle vous ennuiera parce que foncièrement ici il ne se passe pas grand chose d'autres que le cours d'une vie, tout simplement.

Oui mais quel bel écrin pour ce parcours ! Avec des paysages et des couleurs sublimes (les camaïeux changeants de l'horizon dont je ne me lasse pas), des petits clins d'oeil attendrissants (les petits crabes curieux), un rythme lent et contemplatif et un grain unique faisant penser à la photographie argentique, ce film touche autant les âmes sensibles que les esthètes. A voir et revoir sans modération tellement c'est beau, à tous les niveaux !

La Tortue rouge 2

La critique de Mr K : 7/6. Oui, oui vous avez bien lu, une note abracadabrantesque pour un film qui m'a "liquéfié" littéralement à la sortie de la salle. On touche ici au sublime, à la perfection... Ça faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Le postulat est simple : un naufragé se retrouve isolé sur une île déserte avec pour seuls compagnons de drôles de petits crabes et des tortues. L'une d'entre elles qui donne son titre au métrage de part son étonnante couleur va modifier à jamais son destin.

La Tortue rouge 5

Inutile d'en dire plus pour ne pas gâcher les surprises à venir, sachez simplement que ce récit s'apparente à une belle métaphore sur l'existence humaine. Sans paroles, le métrage nous immerge au plus près de cet homme seul qui tente de survivre et au début surtout de quitter cette île. Le film alterne découvertes de la nature, petits moments à tonalité légère avec des crabes facétieux et moments de tensions forts comme la chute dans un trou d'eau ou l'imminence d'une catastrophe naturelle. Mais peu à peu, le ton s'épaissit, révélant la densité des éléments abordés à travers des moments de vie croqués fort justement par un réalisateur au talent immense.

La Tortue rouge 3

Ne vous laissez pas abuser par les traits minimalistes des dessins, le film fourmille d'idées et de références que chacun appréhendera à son niveau qu'il soit jeune ou moins jeune. Les décors sont de toute beauté avec des couleurs magnifiques virant parfois à la bichromie notamment dans les scènes se déroulant de nuit. Naturalisme et onirisme se mêlent présentant un récit foisonnant et poignant. La vague des émotions nous emporte très loin, le tout bercé par une bande originale soulignant parfaitement la beauté de l'ensemble. On navigue entre partitions et envolées lyriques à la Sébastien Tellier, et parfois vers des sonorités que n'auraient pas reniés les Pink Floyd de la période Meddle.

C'est les yeux tout humides que je suis sorti de cette séance vraiment hors-norme. Ce film est une perle alliant richesse graphique, humanisme profond et expérience cinéphile incroyable. Franchement… Ne passez pas à côté au risque de le regretter plus tard !


mercredi 11 mai 2016

Tout un festival !

FILM-HOLLAND-2550

Dessin de Plantu tiré de son blog

jeudi 15 octobre 2015

"Asphalte" de Samuel Benchetrit

asphalte afficheL'histoire : Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages.
Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ?
Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ?
Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

La critique Nelfesque : Gros gros coup de coeur pour cet "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti en salle la semaine passée et en sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Laissez en plan tout ce que vous étiez en train de faire maintenant, laissez tomber la lecture de ce billet et courez immédiatement voir ce film en salle !

Parce que ce long métrage est un ovni dans le paysage cinématographique français et international, parce que l'on aime le cinéma pour ça, pour ces bulles magnifiques et fascinantes, parce qu'en allant voir "Asphalte" on vit une expérience hors du temps pendant 1h40, parce que c'est beau, drôle et touchant à la fois...

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Focus sur 3 couples de personnages : Sternkowtiz est un vieux garçon qui vient de perdre sa mère et va rencontrer une infirmière de nuit, Charly vit seul et va accueillir une nouvelle voisine de palier, Mme Hamida va voir surgir dans son salon un astronaute tout droit venu de Mars. Quelle est la probabilité pour que ces 6 hommes et femmes se rencontrent ? Aucune, et pourtant chacun va aller à la rencontre de l'autre avec pudeur, poésie et tendresse. "Asphalte" est le télescopage de 6 solitudes et un bijou d'humanité.

Benchetrit nous livre ici un film de grande qualité avec des choix de réalisation parfois déroutants. Pas de générique, un format carré que personnellement je n'avais jamais vu au cinéma (et pourtant je suis une habituée des salles obscures), une économie de mots... En s'attachant aux ressentis de chaque personnage, à leurs personnalités profondes, à leurs doutes, leurs espoirs, leurs blessures, Benchetrit donne à voir aux spectateurs que nous sommes un long métrage émouvant et poétique. Du genre de films qui vous touchent en plein coeur et continuent de vous accompagner une fois la lumière rallumée.

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"Mais dites donc, il est pas un peu bobo chiant votre film là !?" Oh que non ! De par les situations tragi-comiques, les moments d'incompréhension ou complètement saugrenus, Benchetrit apporte une dimension comique à l'ensemble. Un savant mélange casse gueule qui aurait pu tomber complètement à plat mais qui savamment dosé donne une oeuvre hors du commun, authentique et envoûtante.

"Asphalte" est une expérience cinématographique qui se vit plus qu'elle ne se raconte. Et encore, je n'ai même pas parlé des acteurs tous plus talentueux les uns que les autres et tous habités, impressionnants de justesse, par leurs rôles. Et cette BO qui colle parfaitement à l'ambiance. Ecoutez, prenez votre place et vous verrez tout ça par vous même ! Il faut faire vivre ce film. Vraiment...

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Sans doute, mon film préféré de cette année 2015 qui n'est pas encore terminée. Je suis sorti tout ému de cette séance pas comme les autres entre poésie urbaine et solitudes qui s'entrechoquent. On rit, on pleure, on réfléchit, on y repense les jours qui suivent le visionnage… le cinéma c'est ça!

Reprenant deux nouvelles de ses Chroniques de l'Asphalte (que Nelfe a repéré avant moi lors d'un craquage et qu'il va falloir que je lui subtilise), Benchetrit nous offre un petit conte moderne se déroulant dans une cité imaginaire et nous propose de suivre pendant une heure quarante, six habitants d'une barre HLM en décrépitude: une vieille actrice oubliée va rencontrer un adolescent livré à lui-même à cause de sa mère absente, un misanthrope égoïste va tomber sous le charme d'une infirmière de nuit fatiguée de la vie et un astronaute américain tombé du ciel va devoir se réfugier chez une vieille kabyle en attendant que la NASA vienne le chercher. Difficile d'en dire plus sans en révéler trop, sachez simplement que tout ce petit monde est à sa manière livré à la solitude et que ces différentes rencontres / interactions vont changer leur manière de voir et de se voir.

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Ce film est magique et assez unique même si on peut parfois le rapprocher du cultissime Delicatessen pour son côté doux-dingue par moment ou encore d'Amélie Poulain dans les intentions et le caractère bienveillant des personnages. L'univers clos est propice au décalage au coin des couloirs et des appartements qui transpirent le vécu, la promiscuité et les histoires personnelles. Bien qu'impersonnels, les espaces publics sont les témoins de nos existences et y jouent un rôle important comme l'ascenseur qui est sujet de litige entre le personnage interprété par Gustave Kervern (Mon doux, mon beau, j'adorais déjà ce mec dans Groland, il m'a ému aux larmes dans ce film) et les autres locataires ou encore la sortie du personnel de l’hôpital où travaille Valeria Bruni-Tedeschi. Le gris domine, les habitants ont des vies peu reluisantes mais dans ces lieux improbables vont naître des relations extraordinaires, des petits moments de pur bonheur qui font remonter la pente, un peu à la manière d'Ensemble, c'est tout de Gavalda.

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Les acteurs sont tout bonnement magnifiques et nous font aimer tous les personnages sans exception. Isabelle Huppert est magnétique en actrice sur le déclin qui sombre dans l'alcool et le fils du réalisateur qui joue l'adolescent habitant au même étage lui renvoie les répliques sans rougir, l'alchimie est immédiate et l'évolution de cette relation se conclut avec un moment sensationnel où il lui fait répéter un rôle théâtral. L'émotion est là, pure et sans effet de manche. On y croit, on est bluffé. Même chose, pour Gustave Kervern et Valeria Bruni-Tedeschi, tous les deux magistraux dans la fragilité qu'ils incarnent chacun à leur manière mais qui se complètent idéalement. Là encore, on reste pantelant devant leurs moments de discussion et les fils qui se nouent. Le troisième pan du film construit autour de l'astronaute US et la vieille kabyle promettait plus de légèreté. Ce n'est pas faux, des situations cocasses dérident le spectateur et le font très souvent rire (les incompréhensions, le couscous) mais quelques passages restent d'une force émotionnelle rare comme le récit des croyances grecques sur la vraie nature des étoiles, la fuite d'eau sous l'évier ou encore les souvenirs d'Aziza concernant son fils en prison. Un souffle intimiste et profondément bouleversant règne sur ce film qui captive, intrigue et émeut au possible. Mention spécial aussi aux deux zonards amateurs de marijuana qui sans parler ont une présence incroyable et drolatique à souhait.

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La réalisation est aux petits oignons. Au départ les séquences s’enchaînent très rapidement, par petites touches comme les pièces de différentes existences qui ne sont pas amenées à se croiser. Puis, Benchetrit rallonge et développe davantage pour donner de la densité et de la profondeur à ces êtres qui se débattent avec leur profonde solitude. L'effet est très réussi, le rythme s'accélérant et emportant avec lui un spectateur médusé et conquis. On ressort heureux, un peu mélancolique et profondément bouleversé. Un film à voir, à revoir et à revoir encore!

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mercredi 7 octobre 2015

"Vers l'autre rive" de Kiyoshi Kurosawa

Vers l'autre rive afficheL'histoire : Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

La critique Nelfesque : Les films asiatiques, c'est clairement LE truc de Mr K. Je l'ai suivi ici par curiosité et parce que "Vers l'autre rive" s'est vu décerner le Prix de la mise en scène Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes. Depuis qu'il lit de la littérature japonaise entre autres, il aime l'ambiance qui se dégage des oeuvres nippones en général. Je le laisserai développer cela dans sa critique qui suit. C'est moins mon truc mais à l'occasion je veux bien me laisser tenter. Ensemble par contre, nous partageons la fascination pour les films de genre, et les productions asiatiques en particulier, pour la nourriture asiatique et les voyages sur ce beau continent.

Mais revenons-en au film... "Vers l'autre rive" est un film contemplatif avec tout ce que cela comporte comme qualités et comme défauts. De magnifiques plans emplis de poésie (la scène des fleurs découpées sur le mur de la chambre est vraiment superbe) et des silences lourds de sens (la scène de la jeune fille au piano) mais aussi des longueurs, des longueurs, des longueurs et des longueurs... En sortant de la salle, j'ai caustiquement signifié à Mr K qu'à ma prochaine insomnie je me materai un film japonais, ça sera plus efficace que Chasse et Pêche... Désolée pour les amoureux du genre mais j'ai baillé à m'en décrocher la mâchoire. D'un peu plus et je me serai endormie. Plus sopo, tu fais pas !

Cela aurait été dommage toutefois car l'histoire en elle-même est très belle. Mizuki est veuve depuis 3 ans et n'arrive pas à faire son deuil. Un soir, alors qu'elle prépare des mochis (quand je vous disais qu'on adorait la nourriture asiatique...), Yusuke fait son apparition dans la cuisine et lui propose de le suivre pour faire un étrange voyage. Ils vont alors sillonner le Japon et se rendre auprès de personnes que Yusuke a fréquenté durant ces 3 dernières années d'errance. Des vivants, des morts, des personnes en souffrance... J'ai particulièrement aimé l'histoire de ce vieux distributeur de journaux indépendant et la façon dont Kurosawa l'a porté à l'écran. Rien que pour cette partie du film, je suis tout de même contente de m'être déplacée en salle. C'est très beau, c'est touchant, c'est introspectif, c'est poétique, c'est japonais.

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Mais les réactions et façons d'appréhender les choses des nippons est tellement loin de nos codes occidentaux que j'ai personnellement beaucoup de mal à m'identifier aux personnages, à être profondément émue et finalement à être touchée. Je contemple alors le film, passivement, j'observe plus que je ne vois... C'est une sensation étrange. Je voudrais me téléporter dans l'écran et secouer les personnages, leur dire de crier, de pleurer, de s'exprimer, de sauter en l'air, de dire "merde" et d'arrêter de regarder le sol timidement quand on leur fait des compliments !

Pour conclure, avant de laisser la place à Mr K qui a été plus enjoué que moi, j'ai passé un moment agréable avec "Vers l'autre rive". Sans plus. Une petite parenthèse dont j'aurais pu me passer mais qui ne m'a pas totalement déplue. Un petit flottement donc... Et une irrépressible envie de manger asiat' en sortant !

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La critique de Mr K : 4,5/6. Prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard de l'édition 2015 du festival de Cannes, j'attendais avec impatience depuis quelques mois la sortie de ce métrage. Je suis de manière général fasciné par cette terre de contraste que se révèle être le Japon. J'aime beaucoup la littérature nippone et le cinéma venant de cet archipel avec une préférence pour les films de genre - je ne me suis toujours pas remis du choc de The Ring, bientôt la critique littéraire d'ailleurs sur ce blog ayant lu l’œuvre originel il y a peu - mais aussi les drames intimistes comme Still the water, mon gros coup de cœur de l'année dernière. J'avais raté en son temps le film Real du même réalisateur qu'il faut d'ailleurs que je regarde dans les semaines à venir. Qu'en est-il de cette histoire étrange de revenant?

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Une professeur particulier de piano vit seule dans la mégalopole japonaise. Sa vie est bien réglée et monotone depuis la disparition de son mari. Un jour, il n'est jamais revenu d'un séjour en mer et elle doit vivre avec ses souvenirs. Cependant, un soir il est là et bien là! Il lui annonce tout de go qu'il est mort et qu'il vient prendre de ses nouvelles. Très vite, il va l'entraîner dans un voyage quasi initiatique à la rencontre de personnes qu'il a autrefois connu et qui l'ont aidé. Il veut leur rendre la pareille et compte sur sa douce épouse pour réussir cette entreprise. Commence alors un parcours initiatique et hypnotique, métaphore du temps qui passe, des sentiments qui perdurent et de la nécessité de faire son deuil.

Passez votre chemin si la lenteur au cinéma vous rebute. Clairement, le rythme est langoureux de chez langoureux avec une action limitée, des personnages très calmes, à la limite de la neurasthénie dirait Nelfe. On avance lentement, très lentement et il ne se passe pas grand-chose avouons-le. L'intérêt porte surtout sur les personnages et notamment leur part d'ombre. Le personnage du mort est ainsi très complexe et le voile se lève sur une personnalité torturée de son vivant. D'ailleurs sa femme en découvre autant que nous sur son mari qu'elle croyait pourtant bien connaître et qu'elle continue d'aimer par dessus tout. Le couple crève l'écran je trouve grâce au charisme terrible qui se dégage des deux acteurs qui irradient la toile de leur présence. Le non-dit est ici très explicite et mène le récit!

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Étrange balade vraiment que ce film entre paysages urbains grisonnants, villes moyennes de la banlieue et campagne profonde. De manière générale, les paysages ne sont pas vraiment beaux mais certains plans et passages sont tout bonnement magnifiques. J'ai particulièrement apprécié le passages chez le vieil homme, un distributeur indépendant de journaux qui découpe des fleurs dans les publicités pour en couvrir les murs de sa chambre ou encore le passage au piano dans le restaurant. On a alors le cœur au bord des lèvres, le temps suspend son vol et on touche au sublime, surtout que la réalisation est tout bonnement parfaite.

Pour autant, je ne crierai pas au génie pour la simple et bonne raison que je pensais vraiment ressortir lessivé et touché en plein cœur par ce film. Bien que poignant par moment, j'ai trouvé qu'il ratait un peu sa cible, la faute sans doute à des zones d'ombres dans la caractérisation des personnages (notamment l'héroïne) qui empêche l'empathie d'envahir totalement le spectateur. Reste cependant une expérience nippone fort plaisante et qui plaira à tous les amateurs du genre.

mercredi 15 juillet 2015

"Tale of tales" de Matteo Garrone

tale of tales afficheL'histoire : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

La critique Nelfesque : Nous avions remarqué "Tale of tales" lors du dernier Festival de Cannes et attendions avec impatience sa sortie en salle (accessoirement nous priions très fort pour qu'il soit programmé chez nous). Nos voeux ont été exaucé puisque ce dernier est bien sorti chez nous et, cerise sur le gâteau, pendant la Fête du Cinéma !

"Tale of tales" est un film à part. Avec un rythme qui peut en perdre plus d'un, ce long métrage est d'une construction époustouflante. Chaque plan est léché, les couleurs sont omniprésentes, la bande son colle à la perfection à l'oeuvre, les acteurs sont bons, l'histoire est à tomber. Bref, "Tale of tales" est un petit bijou d'esthétisme et de poésie.

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Le spectateur navigue tour à tour dans trois histoires distinctes et suit les pas de trois rois. Le premier, le Roi de Selvascura, interprété par John C. Reilly, fait tout pour satisfaire sa femme, au désespoir d'avoir un jour un enfant, et met tout en oeuvre pour changer le cours du destin. Le Roi de Roccaforte, Vincent Cassel, est un roi obsédé par le sexe, forniquant partout et tout le temps. Enfin, le Roi d'Altomonte, Toby Jones, est pris de passion pour un insecte étrange qui a su captiver son regard et l'accompagne désormais dans son quotidien.

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La passion, l'obsession et le désir sont au coeur de ces trois contes médiévaux. Dans un monde fantastique où croyance et superstition sont omniprésentes, sorcières, monstres merveilleux, actions miraculeuses sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir de nos yeux. Les avis sont très controversés concernant ce film mais je me range indubitablement dans le camp de ceux qui n'en pense que du bien et qui déplore le fait qu'il n'ait eu aucun prix à Cannes.

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"Tale of tales" ravira les amateurs de merveilleux et les spectateurs amateurs de contes mis en scène avec talent. Ne vous attendez pas à une histoire haletante, ici on prend le temps d'apprécier chaque instant. Chaque histoire étant passionnante, l'esthétique et la finesse de l'adaptation du "Pentamerone" de Giambattista Basile prend ici le pas sur le sensationnel. Une oeuvre à ne pas manquer sur grand écran.

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La critique de Mr K : 5,5/6. Encore une belle séance de cinéma avec ce dernier film vu dans le cadre de La Fête du cinéma. Place aujourd'hui au conte noir et cruel magnifiquement mis en image par le réalisateur de Gomorra. Rappelons que la matière première est un livre du XVIème siècle qui a inspiré plus tard les frères Grimm et Andersen, Le Conte des contes de Giambatista Basile étant composé de 50 contes que l'on pourrait qualifier de moraux et cruels. Il va falloir que je parte en quête de ce volume tant ce que j'ai pu en voir dans ce film m'a enthousiasmé.

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Trois contes sont ici étroitement emmêlés pendant les 2h10 de films, nous passons de l'un à l'autre alternativement. Une reine (Salma Hayek) ne pouvant pas avoir d'enfants va envoyer son époux à la mort pour recueillir le cœur encore palpitant d'un dragon des mers pour le consommer et ainsi tomber enceinte. Son fils Élias né (ainsi qu'un jumeau d'une mère différente!), elle devient possessive à l'extrême et ce dernier voudrait vivre de ses propres ailes. Un monarque libidineux (Vincent Cassel) entend une douce mélodie dans une ruelle donnant sur son château. La femme se dérobe à ses yeux et s'enferme dans sa maison. N'en pouvant plus de désir, il l'enjoint de lui ouvrir, ce qu'il ne sait pas c'est qu'il s'agit d'une vieillarde qui regrette sa jeunesse perdue vivant seule avec sa sœur. Commence une partie de cache cache mâtinée de magie qui finira bien mal. Dans le troisième volet, un roi égocentrique doit marier sa fille, il organise un concours qu'il croit impossible à gagner (je ne lèverai pas le mystère!) mais qui le sera tout de même par un ogre! La jeune fille doit alors partir avec son promis dans la montagne...

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On retrouve tous les éléments des contes dans ce film: des puissants pris dans les affres du désir et du nombrilisme, des créatures imaginaires patibulaires dont un dragon des mers très beau et un ogre des plus repoussants mais cependant touchant, de jeunes âmes en quête de liberté (Élias et Jonas, la princesse promise), de vieilles âmes torturées (les deux sœurs sont un modèle dans le genre), des châteaux plus extraordinaires les uns que les autres avec des intérieurs splendides, des paysages magnifiques entre plaines désertiques, forêts impénétrables constituées de roches pluri-millénaires et d'arbres impressionnants… Quel festin pour les yeux que ce métrage! La technique est parfaite, la beauté poussée à son paroxysme avec des contrastes de couleurs forts et un sens de l'image léché à l'extrême. Les costumes, les intérieurs sont aussi remarquables et complètent un tableau tout bonnement féerique. Le tout est accompagné par la superbe BO composée par Alexandre Desplat que je vais m'empresser d'acquérir tant elle m'a envoûté à l'image de ce film immersif à souhait.

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Les acteurs ne sont pas en reste avec une Salma Hayek rayonnante dans son rôle de mère aimante aux appétits dévorants, Vincent Cassel est lui impeccable dans son rôle de débauché en quête d'amour et Toby Jones apporte une belle légèreté dans son rôle de roi déconnecté de la réalité. Les autres membres du casting bien que moins reconnus sont parfaits et donnent une cohérence à cet ensemble baroque et gothique qui explore la facette noire de l'esprit humain. On côtoie ici l'horreur (n'amenez pas vos jeunes enfants!), le fantastique et la réalité la plus crûe. Le mélange est détonnant et efficace à souhait. Je me contente d'un 5,5/6 car j'ai trouvé juste que quelques scènes d'action manquait un peu de rythme (l’épisode du dragon des mers, celui de la chauve-souris notamment) mais honnêtement on passe un moment très agréable et rare. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!

mercredi 1 juillet 2015

"Vice-Versa" de Pete Docter

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L'histoire : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie...

La critique Nelfesque : Gros coup de coeur pour "Vice-Versa", dernier né des studios Disney-Pixar ! J'aime les films d'animation, j'aime le temps d'un dessin-animé retourner en enfance et rêver mais j'ai rarement vécu autant d'émotions qu'avec celui ci. Tout simplement hors du commun.

Que se passe-t-il dans nos têtes ? Pourquoi sommes-nous parfois tirailler quand il faut prendre une décision ? Qu'est ce qui fait la personnalité de chacun ? Les festivaliers et les critiques à Cannes cette année ont été unanimes : "Vice-Versa" était bouleversant et sa projection fut un triomphe. Je partage totalement leur avis. On navigue ici entre rires, larmes et réflexion. Notre gymnastique cérébrale est très bien rendue. Les explications complexes sont finement simplifiées et imagées pour que tout devienne accessible sans pour autant galvauder des faits scientifiques. Chacun en ressort grandit, petits et grands ont appris des choses. Même si tout n'est pas compréhensible pour les plus petits, ils peuvent ressentir grâce aux images les émotions qui nous sont traduites. Un vrai tour de force qui nous cueille à chaque minute.

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Riley a 11 ans. Elle vient de quitter son Minnesota natal pour San Francisco et c'est la tempête dans sa tête. Elle a quitté la maison qu'elle aime, ses repères, ses amis, une vie calme à la campagne pour une ville qu'elle ne connaît pas, une maison qui ne lui plaît pas et tout un avenir à construire. Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût sont alors à pied d'oeuvre pour que cette transition se fasse de la meilleure façon possible et que Riley ne souffre pas trop de ce changement de vie.

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Oui mais voilà, rien ne va se passer comme prévu et nous suivons les pérégrinations de ces 5 sentiments dans le cerveau de Riley. La tour de contrôle des émotions, les îles de la personnalité qui constituent cette dernière, la mémoire à long terme, le train de la pensée, le stockage des souvenirs, la fabrication des rêves, le parc de l'imaginaire, le subconscient... tel est le décors reflétant tout cerveau. Le film commence comme une friandise au goût acidulé, Riley est petite et heureuse, tout n'est que bonheur et paillettes puis peu à peu l'ambiance bascule dans quelque chose de plus angoissant, de plus complexe et perturbant. Loin des sentiers balisés de dessins animés édulcorés pour enfants, beaux à regarder mais sans messages ou très simplistes, "Vice-Versa" pose des questions essentielles sur l'accomplissement de soi, sur la gestion des émotions, sur le fait de grandir, sur l'oubli...

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Cette petite fille si seule dans sa nouvelle vie est pourtant peuplée d'une petite bande remuante et énergique qui remue ciel et terre pour qu'elle garde le cap. Evoluants dans un monde riche et coloré, les 5 sentiments ont une multitude de solutions à leur portée et se bagarrent parfois pour trouver la bonne. C'est foisonnant, passionnant et certains détails éveillent en nous des choses enfouies. Qui n'a pas eu enfant un ami imaginaire et l'a complètement oublié ? Découvrir où celui ci réside à présent crève le coeur... Avec ce film d'animation diablement malin et efficace, le spectateur est tour à tour surpris, émerveillé, ému et apaisé.

Une très jolie histoire, un très beau film d'animation, très loin d'être bête, qui plait aussi bien aux petits qu'aux grands. Le meilleur Pixar et, psychologiquement, le plus abouti jusqu'à présent ! J'attends le DVD avec impatience ! Une réussite !

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La critique de Mr K: 6/6, une grande et belle claque que le dernier né de chez Pixar. A mes yeux, le plus réussi, le plus abouti et le plus riche de tous leurs métrages. Il sera sans nul doute dans mon top 3 de l'année tant il m'a remué et diverti. Attention chef d’œuvre! Et en animation, c'est tout de même assez rare depuis ces dernières années.

Le concept est simple, on rentre dans la tête d'une jeune fille et nous suivons le fonctionnement de son cerveau à travers les cinq émotions principales qui régissent nos vies (la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût). Tout se passe pour le mieux pour Riley jusqu'au jour où elle déménage de son Minnesota natal pour San Francisco. Ça fait beaucoup de changements pour elle et la transition va s'avérer bien rude pour cette petite fille normalement enjouée. Crispations avec la famille, éloignement avec ses amis, premiers jours à l'école, nombreux sont les obstacles à son épanouissement, heureusement ses émotions veillent et vont la guider dans cette période pas très facile.

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Ce film est imparable et d'une grande finesse. Ma référence reste le Alice au pays des merveilles de Disney dans le genre récit initiatique mais celui-ci n'est vraiment pas loin derrière. Au fil des aventures de Joie et Tristesse pour revenir dans la salle de contrôle, elles croiseront l'ancien ami imaginaire de Riley, Bing Bong, un mix fortement improbable de barbe à papa, d'éléphant, de chat et de dauphin, déambuleront dans sa mémoire à long terme (et verront au passage comment les souvenirs sont conservés ou effacés), prendront place à bord du train de la pensée, traverseront le pays de l'imaginaire et bien d'autres choses encore. Les enfants dans la salle s'amusent beaucoup des situations décrites, les adultes aussi avec en plus la conscience d'assister à un spectacle peu commun.

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Ce dessin animé est d'une rare intelligence, d'une justesse de tous les instants et s'avère être un beau résumé d'une étape essentielle dans notre développement: la fin de l'enfance et de l'enchantement pour entrer dans l'âge de l'adolescence et le début de la conscience de soi et surtout des autres. L'architecture du métrage est remarquable car tout le monde s'y retrouve et comprendra le message selon son degré d'évolution si je peux m'exprimer ainsi. Un bonheur de cinéma entre rire et grosses larmes (oui, j'ai pleuré et beaucoup même!), à ne louper sous aucun prétexte!