Les Misérables afficheL'histoire : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux "Bacqueux" d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes...

La critique Nelfesque : On a mis du temps avant de se déplacer en salle pour aller voir "Les Misérables" de Ladj Ly. Pour des raisons personnelles et d'emplois du temps essentiellement parce que l'envie de le voir était énorme depuis sa présence à Cannes. Ceux qui me connaissent savent que j'aime beaucoup ce festival que je suis chaque année de façon assidue par leurs différents canaux de communication et leur chaîne dédiée qui permet de voir, outre les montées des marches, les interviews, les conférences de presse... Bref j'épluche ça très attentivement et ce film ci a retenu mon attention très tôt.

C'est donc il y a 10 jours que nous avons fait connaissance intimement avec "Les Misérables". Oui, je dis intimement parce que c'est un film profond, qui ne se contente pas de voir les choses en surface et qui ne fait pas de prosélytisme. Ici il n'y a pas de "camp" mis en valeur plus qu'un autre, pas de parti pris pour les uns ou les autres, juste un constat et une retranscription d'une rare sincérité de ce qu'est la vie en banlieue que l'on soit flic, gérant de kébab, ados, enfants, mère de famille...

C'est avant tout cette façon de voir les choses et les gens, sans oeillères et en toute transparence qui m'a plu dans ce long métrage. Ladj Ly a vécu (et vit encore) en banlieue et ça se sent. Il a expérimenté les injustices, a été témoin de beaucoup de choses révoltantes, pour autant il a su garder un regard plein d'empathie et de compréhension pour tous ceux qui font la vie en cité.

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On sent très vite une certaine tension en visionnant ce film. De l'appréhension mais aussi un je ne sais quoi d'inéluctable. Des jeunes, qui font certes des conneries, mais qui ne sont que des conneries de mômes, se retrouvent face à des violences émanant de tous les côtés. La violence de la société dans laquelle nous vivons, la violence du regard posé sur eux, la violence des flics, la violence des adultes souhaitant les accompagner "religieusement". Des flics qui font leur travail du mieux qu'ils le peuvent avec les moyens qu'on leur donne. La vision de Stéphane, fraîchement arrivé dans le service, permet vraiment de mettre le doigt sur des attitudes complètement aberrantes et qui sont pourtant entrées dans les moeurs au sein des quartiers. De la violence dans les yeux de tout le monde qui très vite va amener à une situation inextricable. Une boule de haine qui va gonfler au fil de son chemin et devenir une véritable bombe faisant froid dans le dos à la fin du long métrage. Un constat d'échec pour tout le monde qui fait mal au ventre...

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J'ai adoré ce film. Je m'en doutais avant de le voir. J'en ai eu la confirmation. Macron l'a visionné et a eu une réaction hallucinante, disant être bouleversé et demandant à son gouvernement d'agir. Le même qui a mis un terme aux "plans banlieues" qui concernaient l'habitat, l'emploi, les moyens affectés à la police, l'échec scolaire... Le dernier en 2018 a reçu une belle fin de non recevoir de la part de notre cher président si bouleversé ici. Une belle récupération politique, une jolie posture, du cynisme pour ne pas dire autre chose...

"Les Misérables" ne peut indéniablement pas laisser de marbre. C'est un film émouvant pour tout ce qu'il montre, pour les personnages qu'il nous donne à voir et auxquels on s'attache, qui nous laisse désarmé face à un constat sans appel mais qu'il faut voir pour se confronter à la réalité. Pas des plus joyeux, on finit sur les rotules avec un air hagard quand la lumière se rallume mais bon dieu que le cinéma social est nécessaire !

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La critique de Mr K : 6/6, quelle claque que ce film mes amis ! On a beau s’y préparer vu la réputation plus que flatteuse du métrage et son succès mérité au box office, on sort tout tremblant et émotionné d’une telle session cinéma. Grand Prix du jury au Festival de Cannes l’année dernière, c’est le genre de film qui marque et fait réfléchir à la fois. Il paraîtrait même que Micron Ier aurait été touché par l’œuvre... Mouaiiis, j’y crois à mort à la vue de l’actualité politique et l’angle répressif de sa politique...

Dans ce film, il est question des cités et plus particulièrement d’un quartier de Montfermeil où un jeune garçon va filmer avec son drone une bavure policière. S’ensuit un début d’embrasement qui va mettre dos à dos les responsabilités de chacun face à un drame terrible : des policiers réactionnaires qui essaient de se couvrir, des frères musulmans qui attisent la haine et les grands frères qui tiennent la boutique en se moquant impunément de la loi mais aussi des plus jeunes du quartier. Au fil du déroulé, la tension monte crescendo et va mener à un dernier acte suffoquant qui va remettre les compteurs à zéro face à une menace que personne n’a vraiment voulu voir. Glaçant !

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Le réalisateur alterne les points de vue et propose des personnages tout en nuances. Chacun ici a sa part d’ombre et de lumière, pas de manichéisme donc mais un miroir très fidèle de l’humanité qui hante ses lieux. Ainsi, même la pire ordure cache quelque chose de positif qui, même s’il n’excuse en rien les pratiques et propos douteux, éclaire sa personnalité. Le capitaine de la BAC par exemple, qu’on déteste dès le départ s’avère être un bon père de famille, un tenant de l’ordre islamiste dégage un charisme impressionnant et une réelle préoccupation pour son prochain (s’il est de son bord), le maire du quartier tient son quartier d’une main de fer mais reste à l’écoute de chacun... Pour autant, on n’est pas rassuré, la République a décidément fui ces quartiers sensibles où la misère est partout. D’ailleurs, tous les protagonistes de cette histoire sont misérables à leur manière et la sentence hugolienne présente en tout de fin de métrage est là pour le rappeler.

Les Misérables

Filmé à la manière d’un documentaire avec un sens de la mise en scène inouï, on plonge littéralement dans le quotidien des gens pendant une journée. La tension est palpable dans la plupart des plans, les acteurs jouent juste (ce n’est pas vraiment des rôles de composition pour le coup) et l’ensemble est d’une crédibilité sans faille. Ayant vécu dans le 93 durant cinq ans, ayant côtoyé dans le cadre de mon métier des jeunes du même type, j’ai trouvé ce film très fidèle à la réalité. Le langage et certains codes ont changé bien évidemment mais on retrouve l’énergie, la fougue et la colère qui animent nombre de ces jeunes déshérités qui subissent vexations et apartheid au quotidien. C’est la débrouille et le crime organisé qui rythme la vie de certains, donnant lieu ici à des passages d’une grande mélancolie à commencer par le petit jeune qui sera victime plus tard de la bavure et qui vit d’expédients.

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Un triste monde tragique nous est donc donné à voir avec ces enfants livrés à eux-mêmes dès leur plus jeune âge, les fondamentalistes qui remplacent les flics dans le rôle de briseurs de trafic, ces communautés qui s’opposent alors qu’ils auraient bien plus à gagner en s’entraidant ou encore ces membres de la BAC qui se sentent tout puissants. La colère monte inexorablement chez le spectateur qui en prend plein la face et ne peut se raccrocher à aucun personnage ou parti tant le vice est caché partout (sauf peut-être pour le nouveau poulet qui débarque dans la brigade). On ressort vraiment ébranlé de ce film vraiment à part et qui je l’espère marquera tous les esprits et obligera nos responsables à penser la banlieue comme autre chose qu’une zone de non droit et bel et bien comme un vivier de talents et de solidarité. On peut toujours rêver...