dimanche 11 août 2013

"La Transcendante" de Patricia Reznikov

transcendante

L'histoire: Pauline vient de vivre un drame, l’incendie de son appartement dont elle est sortie avec de graves blessures. Seul un livre a survécu de cet amas de cendres, "La lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne. Elle décide alors d’aller sur les traces de l’écrivain à Boston où elle fait la rencontre d’une vieille originale qui la prend en main et lui fait visiter sa ville, tous les lieux où a vécu Hawthorne, dont Salem sa ville natale.
Et peu à peu au milieu de ce jeu de pistes littéraire qui l’étourdit, son empathie pour Hester Prynne, l’héroïne de "La lettre écarlate" et sa rencontre avec un homme dans une étrange librairie l’amènent à envisager différemment sa vie.

La critique Nelfesque: "La Transcendante" de Patricia Reznikov est un des romans qui vous attend dans le grand tourbillon qu'est la Rentrée Littéraire, aux éditions Albin Michel. Avec un sujet lourd et à la fois complexe, avec en trame de fond "La Lettre écarlate" de Nathaniel Hawthorne, je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre avec ce roman. Etalage de savoir de la part de l'auteure ou prétexte pour mettre en place une histoire commune à chacun, la souffrance de l'existence? C'est pleine de doute que j'ai commencé ma lecture.

Un adjectif me vient en tête quand je songe à cette lecture: paisible. C'est un sentiment de sérénité qui m'a accompagné durant toute ma lecture et qui reste prégnant une fois la dernière page tournée. Le lecteur découvre en même temps que Pauline, le personnage principal de "La Transcendante", la ville de Boston, son atmosphère, son Histoire, sa culture à travers l'oeuvre et la vie de Nathaniel Hawthorne. Tout en douceur et aux côté de Georgia, étrange américaine farfelue et francophile, ancienne professeur de littérature à la retraite, nous nous baladons dans les rues de Boston, chaudes et bienveillantes où passé et présent se côtoient et où la littérature et le mouvement transcendantaliste (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle) sont omniprésents. Les anecdotes de Georgia, nous pousserait presque à aimer Boston, tout du moins à vouloir la découvrir un jour en vrai.

Ces balades sont toutes conditionnées par "La Lettre écarlate" de Hawthorne et par le désir de Pauline de découvrir quelque chose sur cette oeuvre. Quoi exactement? Elle ne le sait pas elle-même... Elle a échoué à Boston, dans un désir de comprendre mais sans réellement savoir quoi ni comment. Ce roman étant le seul vestige de l'incendie de son appartement et de sa vie en général, elle est intimement persuadée qu'il y a un message à comprendre, un chemin à suivre, presque une volonté divine derrière sa venue. L'auteure, par la voix de Pauline, nous relate alors quelques longs passages du fameux roman de Hawthorne jusqu'à lui faire raconter l'intégralité par le menu. Ce procédé, rare dans la littérature, peut sembler rébarbatif et inutile mais, peu à peu, les liens se font entre l'histoire du roman et la vie de Pauline. Histoire que l'on retrouve également dans celle de Georgia et dans celle de chacun d'entre nous, une blessure difficile à cicatriser mais qui fait de l'homme ce qu'il est. Un mal nécessaire pour avancer.

Les personnages de "La Transcendante" sont particulièrement intéressants. Pauline est perdue et est parfois abrupte, voire insolente, envers Georgia. Elle retourne contre elle ce qu'elle ne comprend pas, sans chercher à comprendre les raisons de sa "loufoquerie". J'ai eu du mal à concevoir cette attitude qui ne sert pas vraiment le personnage de Pauline mais fait de celui de Georgia un être d'autant plus attachant. Comme une bonne fée, elle pardonne toujours à Pauline ces états d'âme et finira par lui montrer ce qu'elle était venue chercher.

Pauline va également rencontrer Blake, nietzschien convaincu, qui vit dans l'instant et ne prend en compte ni passé ni avenir. Avec son caractère tout en retenu et sa philosophie de vie diamétralement opposée à celle de Georgia, il a le mérite de proposer à Pauline une autre façon de voir la vie et une clé qui lui permettra de tourner la page sur un passé douloureux.

"La Transcendante" est un roman étonnant. Difficile à critiquer tant il foisonne de détails et de sentiments en moins de 300 pages. Certains le trouveront pompeux, c'est un peu ce que j'ai pensé au début de ma lecture, d'autres lui préfèreront le caractère bienveillant et l'atmosphère douce et sereine qui se dégagent de ces pages, ce que je retiendrai finalement de cet ouvrage. Dans tous les cas, il ne laissera personne indifférent...

J'ai lu ce roman dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. L'avis de mes compagnons de lecture est à retrouver sur la fiche consacrée sur le site.


jeudi 8 août 2013

"Ratburger" de David Walliams

ratburger

L'histoire: Zoé a onze ans, elle vit tout en haut d'une tour HLM avec un père très déprimé et une belle-mère terriblement paresseuse. En fait, Zoé a mille raisons d'être dépitée, mais la mort suspecte de son hamster, Poil-de-Carotte, la désole plus que tout. Aussi, lorsqu'elle découvre dans sa chambre Armitage, un bébé rat, elle décide de ne plus s'en séparer. Mais cacher un rat n'est pas chose facile, surtout quand l'horrible Tina, tyran de l'école, surveille vos moindre faits et gestes, et que l'ignoble Burt vous poursuit pour transformer votre animal chéri en ... HAMBURGER. Zoé est prête à tout pour leur échapper et sauver Armitage!

La critique Nelfesque: Une fois n'est pas coutume, c'est un roman de littérature jeunesse que je vous présente aujourd'hui. "Ratburger" de David Walliams fait partie de la sélection que j'ai reçu dans le cadre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre.

David Walliams est un auteur anglais comme le ton utilisé dans ce roman le laisse clairement présager. C'est à la fois drôle et piquant comme l'est l'humour anglais. Du haut de mes plus de 30 ans, j'ai pris plaisir à découvrir cet auteur jusqu'ici inconnu pour moi (c'est ça quand on n'a pas d'enfants et que l'on ne s'intéresse que de loin à ce genre de littérature).

Dans "Ratburger", on suit Zoé, jeune fille de onze ans, dans une aventure hors du commun. En effet, qui peut se targuer d'être un jour confronter à un cuisinier peu scrupuleux servant des hamburgers de rats à ses clients? Zoé est une amoureuse des rongeurs et ne peut laisser faire une chose pareil, surtout quand son propre rat, Armitage, est en danger de burgurisation! Facétieuse et imaginative, elle est aussi bien courageuse et nous entraine avec humour dans une épopée originale où elle doit braver sa belle-mère, la caïd du primaire et le cuisinier fou pour sauver son petit animal de compagnie.

Les personnages sont on ne peut plus stéréotypés, la belle-mère est affreuse et méchante, la terreur des cours de récré, Tina, est sans coeur, le cuisinier est hargneux et dégoûtant, la prof est antipathique et injuste mais Wallias a sû insuffler dans ses personnages une dose d'humour qui fait toute la différence et les rend unique. Les relations entre eux sont tour à tour énervantes, amusantes ou émouvantes. Ainsi, la relation particulière que Zoé entretient avec son père, ayant perdu son emploi il y a quelques mois, ainsi que celle qu'elle partage avec Raj, le marchand de journaux au grand coeur, attendriraient le plus glacial des lecteurs.

Les dessins de Tony Ross parsèment le roman et ajoutent une touche de fantaisie et d'humour à l'ensemble qui en contient déjà une belle dose. Comme émanant directement de l'esprit de Zoé, ils nous présentent entre autres une hiérarchie des animaux les plus et moins aimés par les humains (Margaret Thatcher y fait d'ailleurs une apparition (so british)), le rêve de Zoé de former une troupe d'animaux qui raviraient la planète entière grâce à leurs dons de DJ, chanteurs, danseurs, prestidigitateurs ou encore acrobates. N'allez pas dire à Zoé que c'est impossible! La preuve, elle avait appris de nombreux tours à Poil-de-Carotte, son hamster, étrangement disparu et Armitage connait les rudiments du hip-hop!

Vous l'aurez compris, c'est une aventure loufoque que nous présente ici David Walliams. Un roman mêlant humour subtil, avec toutefois ce qu'il faut de détails "crados" qui plaisent aux enfants, critique sociale d'une partie de la population sans emploi et parquée dans des HLM insalubres et plaidoyer pour le végétarisme (non, sans aller jusque là, la non-consommation de viande de rongeurs!). Ne partez pas en courant, malgré mes grands mots de lectrice aguerrie, "Ratburger" est avant tout un roman pour enfants qui sait divertir sans faire dans la facilité. Rafraîchissant!

Les critiques de mes compagnons de Comité de Lecture ainsi que d'autres avis sont à retrouver sur la fiche consacrée sur Entrée Livre (en cours de mise en ligne).

lundi 10 juin 2013

"Pierre de Lune" de James Herbert

Pierredelune

L'histoire: D'épouvantables visions hantent Jonathan Childes, des images sanglantes d'effroi et de meurtre. C'est à la suite de telles visions que, sur ses indications, la police a pu retrouver autrefois les corps mutilés des victimes de crimes apparemment rituels. Childes a été innocenté – comment en savait-il si long? - mais une fâcheuse réputation le poursuit.

Et voilà que cela recommence, sur la petite île où il s'est réfugié, comme s'il était en communication télépathique avec quelques monstres assoiffé de sang. D'autres meurtres ont lieu, d'autres événements dramatiques... et Childes en est toujours averti le premier, nargué dirait-on par le criminel. La menace bientôt se précise, se transforme en terreur pure lorsque la monstrueuse créature surgit dans l'île même où Childes croyait trouver la paix...

La critique de Mr K: Cela faisait un petit bout de temps que je n'avais pas lu un ouvrage de cet auteur que j'affectionne tout particulièrement (voir critique d'un autre titre ici). Il est surtout reconnu pour ses romans de terreur où les scènes gores sont légions dans un style à la fois simple et virtuose, alignant les chapitres à une vitesse effrénée sans jamais laisser de repos au pauvre lecteur. Ce roman est légèrement différent faisant la part belle à la psychologie et au paranormal. Attention, accrochez votre ceinture, vous embarquez pour un voyage où rêves, visions et réalités se mêlent étroitement!

Pauvre Jonathan Childes! Les premiers chapitres nous présentent un homme apaisé, professeur en informatique, installé dans les îles anglos-normandes, vivant tranquillement sa nouvelle vie. Il fréquente une femme qui l'aime, il est très complice avec sa fille restée à Londres avec son ex femme, son couple n'ayant pas résisté aux épreuves passées (et quelles épreuves!). Mais voilà, un beau jour (ou peut-être une nuit?), le voilà de nouveau assailli par des visions bien sombres: le corps d'un enfant inhumé et mutilé, un vieillard assassiné... Les vieux démons sont de retour, il semble que quelque chose ne soit pas réglé...

À partir de là, la vie du héros dérape. Toutes ses certitudes s'évaporent laissant place au doute et à l'angoisse. L'équilibre est devenu instable pour paraphraser Stanislas (Sic! Faut que j'arrête les vannes pourries!) et Jonathan s'enfonce en plein cauchemar. La menace se fait de plus présente mettant en danger ses proches et malgré tout ce qu'il essaie de faire, rien ne semble pouvoir empêcher l'inéluctable. Cela dure jusqu'à un dernier chapitre des plus terrifiant et une ouverture finale des plus intéressante.

Je ne tournerai pas autour du pot, Herbert n'a pas son pareil pour maintenir le suspens et au contraire de nombreux auteurs il assure quand il s'agit de boucler son intrigue. Remarquablement construit avec des chapitres qui se renvoient la balle de manière diabolique, il joue avec nos nerfs avec ce récit fantastique enraciné dans un quotidien banal. Franchement, je n'étais pas rassuré par moment et on est parfois surpris par le chemin emprunté par le héros. Les chapitres décrivant les faneuses visions sont morbides à souhait mais peu à peu on se rend compte que la dimension psychologique est très dense. Les personnages sont très bien rendus sur ce plan là et on se prend au jeu.

Au final, j'ai passé un excellent moment entre frissons et révélations. A découvrir absolument si le genre vous plait et que vous voulez être surpris. Une petite bombe en quelque sorte!

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vendredi 24 mai 2013

"L'Eternel" de Joann Sfar

EternelL'histoire: "Les vampires, ça n’existe pas.
La psychanalyse, ça ne marche pas.
On était vraiment faits pour se rencontrer."

La critique Nelfesque: J'aime beaucoup Joann Sfar, que ce soit en bande dessinée (avec entre autres l'incontournable "Chat du Rabbin") ou en film (THE claque avec "Gainsbourg, vie héroïque"). "L'Eternel" est son premier roman. Autant le dire tout de suite: "Vivement les autres!!!".

Comme je l'ai si finement laissé entrevoir, j'ai vraiment été très enthousiaste à la lecture de ce roman et celle ci étant encore fraîche, je vais essayer de ne pas trop me laisser porter par mon engouement dans ce billet. Ca va être dur!

Tout commence avec l'histoire de 2 frères, Ionas et Caïn, partis à la guerre. Résolument différents dans leur façon d'être et de voir la vie, suite à une attaque ennemie, ils vont chacun avoir un destin bien particulier. L'un, coureur de jupons, va devoir épouser la promise de son défunt frère, l'autre va devenir "éternel". C'est ce dernier, Ionas, que le lecteur va suivre sur plusieurs centaines d'années. Désarçonné, il va devoir apprendre à "vivre" sa nouvelle condition. Qu'est-il vraiment? Que va devenir son quotidien? Comment va-t-il faire le deuil de sa vie passée? Sera-t-il seul jusqu'à la fin des temps?

Dès les premières pages, on reconnait bien la patte de Sfar, nous entrainant entre rêve et réalité, entre conte noir et monde actuel... Le lecteur est trimballé dans un univers de fiction très rythmé et visuel. Au fur et à mesure de la lecture, des tas d'images défilent dans sa tête. M'est avis qu'il pourrait y avoir une adaptation de ce roman. Par Sfar himself, là ça serait le pied!

En distillant son humour décalé à la fois tendre et cru (mais jamais vulgaire), il fait de son histoire de créatures fantastiques un monde foisonnant où chaque personnage a son intérêt propre et auprès duquel le lecteur aime déambuler. Vampires, loups-garous, mandragores, hommes-poissons et savants fous hantent gentiment ses pages. Attention tout de même, "L'Eternel" est loin d'être un livre pour enfants! Les personnages sont drôles mais leur nature reste sombre et certaines de leurs idées ou certains actes peuvent être considérés comme violents. Ca charcute sévère par moment et c'est ce côté jusqu'au-boutiste, cette fidélité de l'auteur à lui-même, qui ont su me charmer.

On retrouve des thèmes chers à Joann Sfar tels que la judaïté. Ionas, avant d'être vampire, était (et demeurera) juif. S'en suivent des cas de conscience, des questionnements et toute une Histoire qu'il partage avec Rebecka, sa psychanalyste dans la seconde partie du roman (oui parce que les vampires peuvent suivre une thérapie... si si...). On retrouve aussi tout l'univers fantastique qu'il chérit et certains se lasseront peut être de retrouver ses formules habituelles. A mon sens, le roman est pour lui un nouveau support qui laisse à chaque lecteur la liberté de se créer sa propre image de l'histoire proposée et ici plus que dans la BD ou le ciné, son imaginaire est mis à contribution. C'est par les mots cette fois ci que Sfar doit convaincre et, bien qu'assez surprise au départ par son écriture, je dois dire qu'au final j'ai été assez conquise. Alors c'est sûr, Sfar n'est pas à l'Académie Française, ce n'est pas un grand écrivain mais il a sû me faire voyager et me scotcher pendant 500 pages et je ne lui en demandais pas plus.

"L'Eternel" n'est pas un roman bit-lit, même si on y parle d'amour aux détours des pages. Ce n'est pas non plus ni un roman horrifique ni une parodie malgré l'humour bien présent ici. Sfar a sû nous livrer un roman ovni aux frontières de tous ces genres sans pour autant rentrer dans une catégorie bien définie. Peut être que "conte fantastique pour adultes" serait le plus approprié. En tout cas, ce fut une belle surprise pour moi!

Sfar est décidément un artiste qui fait de tout ce qu'il touche une oeuvre de grand talent. Je vous le recommande donc chaudement (mais ça je crois que vous l'aviez déjà compris).

Ce livre a été lu dans le cadre de ma participation à la découverte d'ouvrages du printemps avec Entrée Livre. Les critiques de mes compagnons de Comité de Lecture ainsi que d'autres avis sont à retrouvés sur la fiche consacrée sur Entrée Livre.

lundi 18 mars 2013

"Je nous trouve beaux" de Cyril Montana

montanaL'histoire: On peut avoir 40 ans, une femme, deux enfants, un métier et se conduire comme un ado plus que border line. Surtout quand on a été élevé par des parents soixante-huitards, qu’on vient de perdre sa grand-mère adorée et que son propre fils vient de fuguer.
"Je nous trouve beaux" est le portrait drôle et tendre d’un quadra qui a autant peur de vieillir que de ne pas être à la hauteur de ses responsabilités de père au sein d’une famille recomposée. Et qui est prêt à tout pour s’en libérer.

La critique Nelfesque: J'aime les romans contemporains qui traitent de la vie de tous les jours. Je les aime d'autant plus quand on en retire quelques choses et qu'ils font réfléchir. "Je nous trouve beaux" fait partie de la première catégorie mais malheureusement pas plus.

J'ai lu ce roman d'une seule traite. J'étais pourtant fatiguée mais je n'ai pas décroché de cet ouvrage de la première à la dernière page. Point positif donc pour "Je nous trouve beaux", il n'est pas ennuyeux et le style de l'auteur est fluide. Ce dernier point est autant un avantage qu'un inconvénient. En effet, plus qu'avoir une écriture fluide, Cyril Montana écrit comme il parle... Alors certes son roman se lit bien, se digère bien mais on en ressort limite abruti, comme lorsque l'on vient de se regarder une émission sans grand intérêt à la télévision et que l'on se dit qu'on aurait pu profiter de ce temps libre pour faire autre chose au lieu de végéter devant une émission prémâchée. "Je nous trouve beaux" est exactement cela: un roman easy reading.

Les pages se tournent, l'histoire suit son cours et on s'aperçoit peu à peu que cette dernière n'est ni plus ni moins que celle de la vie de tout un chacun. Rien d'extraordinaire dans la vie du personnage principal, rien de dramatique non plus (j'ai tout de même été émue par l'épisode de l'accident de sa grand-mère et de son séjour à l'hôpital). Rien de quoi en faire un roman en somme!

J'ai poursuivi ma lecture, tout de même avec plaisir grâce au style fluide déjà évoqué plus haut, mais en me demandant si la fin allait sauver l'ensemble. Et bien... non... même pas... Il n'y a pas vraiment de fin et le roman aurait pu continuer ainsi indéfiniment...

Bilan mitigé (tendance "moins") pour ce roman qui sera aussi vite oublié que lu. Dommage car certains aspects auraient mérité d'être plus développés comme l'expérience du personnage principal chez les francs-maçons ou encore sa relation avec sa grand-mère. "Je nous trouve beau" n'est donc pas un roman indispensable en littérature contemporaine sans être désagréable pour autant.

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lundi 10 septembre 2012

"Kaïken" de Jean-Christophe Grangé

kaikenL'histoire: Quand le Soleil Levant devient un Soleil Noir,
Quand le passé devient aussi tranchant qu'une lame nue,
Quand le Japon n'est plus un souvenir mais un cauchemar,
Alors, l'heure du kaïken a sonné.

La critique Nelfesque: Quand un nouveau Grangé sort en librairie, je deviens folle, il me le faut là maintenant tout de suite! Je campe devant la librairie, je saute dessus comme une droguée en manque. Cette année, j'ai eu la chance de découvrir ce "Kaïken" en avant première. De quoi me rendre limite hystéro, vous vous imaginez bien... J'ai attendu qu'il soit disponible pour vous en parler. Vous pourrez ainsi à la fin de ce billet, vous propulsez chez votre dealer de bouquins!

Dès le premier chapitre, les 6 premières pages, le ton est donné. "Kaïken" va être un roman à 100 à l'heure, un roman qui n'attendra pas la page 120 pour démarrer, un roman qu'il va être difficile de lâcher avant la fin. On retrouve la plume incisive et addictive de Grangé, ses phrases courtes et percutantes, ses chapitres "droits au but". Certains se lassent peut être de ce procédé, maintes fois copié mais difficilement égalé. Personnellement, j'aime à chaque fois retrouver la plume si caractéristique de Grangé, cette plume qui vous prend au bide et vous entraine dans les pires horreurs.

L'originalité de ce roman réside dans le fait que l'on a l'impression de commencer par la fin. On connait le nom du coupable, la traque policière touche à sa fin et très rapidement la main est mise sur le grand méchant du bouquin. Petite feinte de l'auteur qui va faire intervenir ici une seconde histoire dans son roman. L'occasion, comme à son habitude, de nous faire découvrir des contrés lointaines, d'autres coutumes et une façon de vivre littéralement différente de nos vies d'occidentaux.

"Kaïken" est une immersion dans le Japon légendaire, celui des samouraïs et de la philosophie zen, celui des rites initiatiques et de la maîtrise de soi. C'est aussi un bel hommage au Japon d'aujourd'hui et l'occasion pour Grangé de nous faire partager sa passion pour ce pays à travers les 472 pages de son roman. Comme à son habitude, l'auteur nous livre ses connaissances à bon escient et distille des informations sur le thème pour plonger le lecteur dans une ambiance particulière et lui faire comprendre la psychologie de ses personnages.

Niveau gore, le lecteur en prend encore une fois plein la tête avec un tueur sanguinaire détraqué, surnommé "L'accoucheur" parce qu'il enlève des femmes enceintes, les évicère et brûle leurs foetus encore reliés au cordon ombilical. Bon appétit si vous êtes à table! L'enquête sur l'accoucheur est la première du roman mais bien vite, Passan, le flic de l'histoire, va se retrouver confronté à une enquête beaucoup plus personnelle qui touchera l'intérieur même de son foyer. Comment réagit un flic Grangesque lorsqu'un malade cherche sa femme et ses enfants? Réponse: il ne reste pas 2 heures le cul sur sa chaise et agit dans la seconde. Raaaa que ça fait du bien!

Alors OK, l'univers policier est un peu caricatural, un peu comme Olivier Marchal nous le présente au cinéma, mais ce sont ces flics là que j'aime. Je ne m'en plaindrai donc pas. The dark side of the police man!

Léger reproche à faire à ce "Kaïken": une fin trop rapide. C'est d'ailleurs le seul défaut que je trouve à l'ensemble des romans de Grangé. Là où on aimerait une scène finale de 40 ou 50 pages, il nous les torche en 10. Frustration suprême! La fin de ce présent roman, très cinématographique aurait mérité d'être plus longue mais au final c'est le roman dans son ensemble que l'on retient et non la fin. Vous pouvez donc y aller!

Et bien voilà, mis à part pour "La Forêt des Mânes" qui m'a agacée sur plusieurs points, je renouvelle mon amour pour Grangé et vous conseille de découvrir ce dernier roman.

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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mardi 14 août 2012

"Les affreux" de Chloé Schmitt

affreuxL'histoire: "Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie."
D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit?

La critique Nelfesque: J'ai eu la possibilité de lire ce roman en avant première en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. Puisqu'il est question de la notion de "coup de coeur", autant le dire tout de suite, "Les affreux" de Chloé Schmitt n'en fut pas un. Tout n'est pas à jeter, il y a même du bon dans ce roman mais certains éléments m'ont fait tordre le nez...

L'histoire est dure et effroyable: un homme dans la pleine force de l'âge se retrouve du jour au lendemain cloué à son lit et à son fauteuil roulant suite à un AVC. Lui qui aime la vie, qui la croque à pleine dent, voit son existence basculer et devient un légume. Ce terme péjoratif n'est pas de mon fait mais bel et bien ce que ressent le personnage d'Alphonse. Par certains côtés, "Les affreux" m'a fait penser au "Scaphandre et le papillon" que j'ai lu il y a plusieurs années avec pour différence de taille que l'auteur du Scaphandre, Jean-Dominique Bauby, vit ce qu'il écrit. Plus récemment, on ne peut s'empêcher de penser à "Intouchables" qui a fait un carton au cinéma, l'humour en moins. Rien de neuf sous le soleil donc, beaucoup de portes ouvertes enfoncées mais le handicap est un sujet difficile à traiter et se mettre dans la peau d'un tétraplégique n'est pas chose aisée.

Mais finalement cette toile de fond peut être également vu comme un prétexte à parler de notre société actuelle. En effet, Alphonse, spectateur malgré lui de sa propre vie et des faits qui nous entourent, assiste impuissant à tout un cortège de démonstrations tour à tour d'amour, d'égoïsme, d'humiliation, de tendresse et de mépris. Tromperie, mensonge, violence conjugale, alcoolisme sont autant de sujets abordés dans ce roman. Est-on totalement heureux dans nos vies de personnes valides? Jusqu'où vont les faux semblants? Que découvririons-nous de nos proches si un tel malheur devait nous frapper? "Les affreux"  s'attaque à des questions complexes et Chloé Schmitt nous propose ses réponses du haut de ses 21 ans. Une ébauche donc, une vue à travers une lorgnette encore jeune et une écriture qui gagnera à s'étoffer.  A défaut de nous dépeindre la société, l'auteure a au moins le mérite de nous présenter un échantillon de personnages assez abjectes.

Les phrases sont courtes, presque trop. Tant est que le lecteur ne s'attache pas vraiment aux personnages et assiste sans sentiments aux évènements que vit Alphonse. L'écriture est brute, le langage vulgaire assez souvent afin de montrer toute la violence du désespoir que ressent le personnage principal. Etait-ce vraiment indispensable?

Au final, j'ai trouvé "Les affreux" un peu too much et vide de vie alors que l'auteure prenait le parti de nous en montrer les méandres... Ce premier roman plaira sans doute à certains... Quant à moi, je suis restée sur ma faim.

jeudi 19 juillet 2012

"Oscar et la dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt

oscarL'histoire: Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans.
Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la "dame rose" qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants.
Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.

La critique Nelfesque: Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime beaucoup. Après avoir lu et fort apprécié "La Part de l'autre" et "L'Evangile selon Pilate", c'est à "Oscar et la dame rose" que je me suis attelée dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict" que j'ai entrepris avec ma copinaute fée-tish. Elle avait vraiment beaucoup aimé ce roman et me l'a conseillé. Ni une, ni deux, il était entre mes mains.

"Oscar et la dame rose" est un roman dur. La maladie mortelle d'Oscar est injuste et triste. Ce petit gamin de dix ans n'a plus que quelques jours à vivre et rien que cette idée est inadmissible. Pourtant c'est un fait et plutôt que de nous apitoyer sur son sort, Eric-Emmanuel Schmitt nous offre un roman plein de sérénité, d'amour et d'humour.

Mamie Rose va donner les clés à Oscar pour faire de ces derniers jours à vivre des moments exceptionnels. Personnage positif, idéaliste et farfelu, elle va faire de ses 12 jours qui le séparent de la fin, 12 années où chaque minute est l'occasion de nouvelles expériences. Oscar grandit donc plus vite qu'il ne le devrait, urgence de vivre oblige, et vit en quelques heures son premier amour, son premier baiser, ses premières décisions d'"adulte"... Le petit Oscar si frêle et à l'apparence si fragile va s'avérer être un vrai petit homme courageux et intrépide. Plutôt que de penser à la mort, il va penser à la vie et vivre ses derniers moments heureux.

J'ai vraiment été touchée par ce cours roman qui se lit très vite (à peine 100 pages) et condense dans ses quelques lignes poésie et ondes positives. Il y a une notion de religion dans cet ouvrage mais il faut plus y voir un prétexte trouvé par Mamie Rose afin de faire sortir les sentiments d'Oscar. Je pense qu'athés et agnostiques peuvent lire ce roman sans y ressentir (trop) de bons sentiments de culs bénis. Certes il est question de Dieu assez souvent mais il n'est que l'interlocuteur imaginaire de ce petit garçon pour qui la notion de religion est bien abstraite. C'est dire...

Au final, j'ai ri, j'ai été émue, j'ai ressenti des émotions à la lecture de ce roman d'Eric-Emmanuelle Schmitt que je n'ai pas fini de découvrir avec beaucoup de plaisir. Merci fée-tish pour ton appel du pied ;)

Livra'deux pour pal'Addict

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jeudi 17 mai 2012

"Ondine" de Benjamin Lacombe

OndineL'histoire: Benjamin Lacombe revient avec le mythe d’Ondine à ses amours romantiques et pré-raphaélites. Inspiré par les textes de Friedrich de La Motte-Fouqué et la pièce de Jean Giraudoux, il propose sa version du conte, où prédominent des images très picturales faisant écho aux peintures de Millais ou Waterhouse. Vibrant pour le beau chevalier Huldebrande, Ondine se noie dans les tumultes de l’amour, ses marivaudages et ses trahisons.

La critique Nelfesque: lnculte que je suis, je ne connaissais le mythe d'Ondine que de nom. En revanche, celui de Benjamin Lacombe m'est plus famillier puisque j'ai déjà lu quelques oeuvres de cet auteur / illustrateur et que je suis régulièrement son travail et son actualité à travers son blog.

L'histoire d'"Ondine" est loin des contes pour enfants classiques. Oubliez le "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", oubliez également l'insouciance et les petits oiseaux. L'univers Disney est bien loin de celui qui nous est présenté ici.

"Ondine" est noir, cruel et triste. On ne peut pas empêcher un sentiment de vague à l'âme à la fin de la lecture de cette oeuvre. Benjamin Lacombe nous entraine dans un monde d'obscurité où le personnage d'Ondine brille par sa naïveté. Cela se ressent dans ses dessins évanescents et vaporeux et leurs couleurs crépusculaires. La chevelure d'Ondine, d'un roux lumineux, tranche avec l'ensemble et pourrait d'abord nous faire penser à une lueur salvatrice. Il n'en est rien. Ondine fait parti du peuple des ondins et ne peut se soustraire à sa condition. 

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Ondine est une créature, belle et mystérieuse, vivant dans les eaux vives. Elle a été recueillie par une famille de paysans, pauvres mais aimants, bien qu'assez rustres. Un soir d'orage, un beau chevalier va faire son apparition et demander l'hospitalité. Tout de suite il tombe sous le charme d'Ondine et, ensemble, ils vont partir à la ville pour y vivre pleinement leur amour. Ca c'est ce qu'ils croient... car c'était sans compter la jalousie de la belle Ursule.

Faux-semblant, perfidie et trahison vont faire leur apparition et la belle rousse et la conquérante brune vont alors s'affronter, l'une par esprit de conquête, l'autre pour gagner son âme. L'issue de l'histoire, vous vous en doutez, sera funeste.

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Un conte sombre mais beau avec des illustrations tout aussi réussies. Benjamin Lacombe n'a pas fini de nous éblouir par son talent!

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samedi 21 avril 2012

"Les Fantômes du Delta" d'Aurélien Molas

fantomesdeltaL'histoire: Le Delta du Niger, l'enfer sur terre: marées noires dévastatrices, paysans réduits à la famine, guérilleros traqués par des militaires sanguinaires.

Pour les multinationales qui en exploitent l'or noir, une manne. Mais aujourd'hui, elles ont peut-être trouvé mieux que le pétrole...

Face à leur cynisme, que pèsent les idéaux de deux médecins humanitaires bien décidés à ne pas les laisser faire?

La critique Nelfesque: Mr K avait lu "La onzième plaie" d'Aurélien Molas lors de sa sortie en librairie. Avec ce premier roman de l'auteur, il n'avait pas été vraiment convaincu. Je me suis toujours dit que j'allais le lire et puis le temps a passé et c'est aujourd'hui "Les Fantômes du Delta" du même auteur que j'ai l'opportunité de découvrir.

Je ne suis pas habituée à lire des romans sur le terrorisme et les ONG. Ce sont des thèmes lourds et on pourrait craindre que des romans traitant de ces sujets soient fastidieux à lire. Ce n'est pas le cas ici. L'écriture est fluide, les chapitres courts, la lecture commence bien et on est pris rapidement dans l'histoire!

Oui mais voilà, ces atouts de départ s'avèrent être au fil des pages de véritables défauts. L'auteur n'exploite pas assez le sujet à mon goût et reste sur des notions assez superficielles. Aurélien Molas est un jeune auteur de 27 ans et cela se ressent dans l'exploitation des sujets de son roman. A mon sens, c'est un auteur prometteur mais qui gagnera en profondeur et en expérience en mûrissant. Il y a du potentiel...

La brièveté des chapitres qui au départ donnait du punch au roman (ahhh l'école Jean-Christophe Grangé!), lasse le lecteur au fil des pages. Comment être complètement immergé dans une histoire quand les chapitres font parfois 1 page et rarement plus de 6! Ce choix d'écriture, cassant sans arrêt le rythme, est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai vraiment l'impression de n'avoir fait qu'effleurer un sujet qui aurait mérité plus d'attention.

J'ai rapidement deviné quelle était la particularité de la jeune fille que tous les protagonistes du roman cherchent à "posséder". Ceci aurait pu me gâcher ma lecture dans un thriller classique. Ici c'est davantage la quête qui importe que la révélation du pourquoi du comment qui s'avère être assez anecdotique. C'est pourquoi j'ai fort apprécié la fin du roman qui ne fait pas dans le happy-end et dont la scène finale, dynamique et pleine de suspens, tient vraiment le lecteur en haleine. Quand tous les personnages se retrouvent au même endroit, l'action est là!

Les personnages justement sont aussi un point positif de ce roman, entre fêlures et solidité. La dure réalité de la vie qu'ils côtoient tous les jours nous marquerait sans doute tout autant. Entre espoir et fatalisme, ils donnent de leurs personnes et leur travail n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Une simple goutte d'eau mais une goutte d'eau nécessaire, vitale. J'ai particulièrement aimé le personnage du père David qui tient une place à part dans ce roman.

Au final, "Les Fantômes du Delta" est un roman sympathique qui se lit facilement. Sur ces thèmes, il est dommage que l'auteur n'ait pas davantage creusé son idée. Je ressors donc de cette lecture assez mitigée.

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