mercredi 13 novembre 2013

"L'Exécution" de Robert Badinter

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L'histoire: "Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d’amour. Oui, d’amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l’auteur, son vieux maître, la victime – oui, la victime – et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l’unique question : mourra-t-il?
Ce qui importe, c’est de savoir ce qu’est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C’est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu’on nomme par dérision peut-être la Justice des hommes."
Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 3 octobre 1973.

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec cet ouvrage de Robert Badinter, un des hommes politiques que je respecte le plus de part ses actes, son charisme et désormais ses mots. Avocat de formation, il restera dans la mémoire collective comme l'artisan de l'abolition de la peine de mort en France qui était très en retard dans le domaine à l'époque. Envers et contre tous, l'opinion publique était clairement pour garder le châtiment suprême, avec l'appui de Mitterrand, il mènera à bien cette réforme emblématique de la Justice française. Ce livre est une plongée dans le passé de ce ministre hors norme, le récit d'une affaire à laquelle il a participé et qui l'a marqué à jamais et le poussera à rentrer en politique.

Dans L'Exécution, nous suivons Robert Badinter tout au long d'un procès qui fit grand bruit: une évasion qui a mal tournée, prise d'otage et notamment, une infirmière de l'administration pénitentiaire égorgée. Ce crime immonde passionne les foules et la tension est grande autour des deux accusés. Robert Badinter défend le coaccusé que l'on accuse de meurtre et qui pourtant prétend n'avoir jamais tué. Au fil du développement de la préparation du procès, l'avocat se rend compte qu'un premier rapport d'expert discrédite la thèse que son client ait porté le coup fatal. Malheureusement, ce rapport a été réfuté pour vice de forme. Persuadé de l'innocence de son client, commence un compte à rebours éprouvant durant tout le roman pour essayer de sauver cet homme qui n'a pas tué. Pour Badinter, il est clair qu'on ne tue pas un homme qui n'a pas tué. Ce leitmotiv est ce qui le guide durant tout cet écrit.

J'ai peu lu de roman où l'on suit le regard et le point de vue d'un avocat. Ce point vue différencié permet une autre lecture sur le drame qui se joue et l'on se rend compte que derrière les procédures judiciaires, les plaidoiries et les grandes phases judiciaires, se cache un travail de fourmi, ultra-complexe et précis qui est mené par des hommes comme vous et moi. Ce livre est rempli à ras bord d'humanisme. C'est sa première vertu, l'émotion ici n'est pas feinte, le réel vous prend en entier sans espoir de retour en arrière. Au fil des pages, la tension monte, peu à peu, insidieuse et implacable. Difficile de relâcher ce volume dans ses conditions tant on se sent concerné par ce combat et par les changements d'états d'esprit de l'avocat qui passe par tous les stades avant l'inévitable mot fin qui ici raisonne au son de la guillotine. Ne vous inquiétez pas de ce spoiler, l'intérêt du livre réside dans son développement, le cheminement du héros-narrateur et les principes évoqués.

Badinter alterne entre ses passages relatant l'affaire des passages plus intimistes mettant principalement en scène son regretté maître qui lui a tout appris du métier d'avocat. Cela donne lieu a des anecdotes parfois truculentes (il faut voir les relations que le vieux de la vieille entretient avec le Milieu!) et de grandes leçons de sagesse pour son jeune disciple. Cela transpire la filiation et la pédagogie, un bonheur de lecture pour le novice que je suis dans le domaine judiciaire. À travers ses flashback, Badinter nous apprend donc comment il a été formé, pétri par son maître et l'on comprend mieux l'homme qui est devenu par la suite.

Au final, j'ai dévoré ce livre en deux jours! Une merveille de concision, d'écriture limpide et exigeante et un contenu humaniste au possible (ça fait du bien par les temps qui courent!). On ne peux que penser au Journal d'un condamné à mort de Victor Hugo, écrit plus de 150 ans auparavant et auquel ce livre fait irrémédiablement écho. Badinter mènera son combat à son terme quelques années après avoir écrit ce livre. Un petit bijou qui je vous invite à découvrir au plus vite!


samedi 6 octobre 2012

Triste monde tragique... encore.

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En Tunisie, l’affaire de la jeune femme violée par deux policiers et mise en cause par la justice pour atteinte à la pudeur continue de faire des vagues. Alors que le juge d’instruction doit se prononcer ces jours-ci sur l’incarcération de la victime demandée par le parquet, le ministre tunisien de la Justice vient d’en remettre une couche: il a, en substance, défendu les procédures en cours contre la jeune femme, et accusé les médias qui dénoncent cette affaire de porter atteinte à l’image de la Tunisie.

Dessin de Chappatte paru dans Le Temps

Posté par Mr K à 21:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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