jeudi 17 mai 2012

"Ondine" de Benjamin Lacombe

OndineL'histoire: Benjamin Lacombe revient avec le mythe d’Ondine à ses amours romantiques et pré-raphaélites. Inspiré par les textes de Friedrich de La Motte-Fouqué et la pièce de Jean Giraudoux, il propose sa version du conte, où prédominent des images très picturales faisant écho aux peintures de Millais ou Waterhouse. Vibrant pour le beau chevalier Huldebrande, Ondine se noie dans les tumultes de l’amour, ses marivaudages et ses trahisons.

La critique Nelfesque: lnculte que je suis, je ne connaissais le mythe d'Ondine que de nom. En revanche, celui de Benjamin Lacombe m'est plus famillier puisque j'ai déjà lu quelques oeuvres de cet auteur / illustrateur et que je suis régulièrement son travail et son actualité à travers son blog.

L'histoire d'"Ondine" est loin des contes pour enfants classiques. Oubliez le "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", oubliez également l'insouciance et les petits oiseaux. L'univers Disney est bien loin de celui qui nous est présenté ici.

"Ondine" est noir, cruel et triste. On ne peut pas empêcher un sentiment de vague à l'âme à la fin de la lecture de cette oeuvre. Benjamin Lacombe nous entraine dans un monde d'obscurité où le personnage d'Ondine brille par sa naïveté. Cela se ressent dans ses dessins évanescents et vaporeux et leurs couleurs crépusculaires. La chevelure d'Ondine, d'un roux lumineux, tranche avec l'ensemble et pourrait d'abord nous faire penser à une lueur salvatrice. Il n'en est rien. Ondine fait parti du peuple des ondins et ne peut se soustraire à sa condition. 

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Ondine est une créature, belle et mystérieuse, vivant dans les eaux vives. Elle a été recueillie par une famille de paysans, pauvres mais aimants, bien qu'assez rustres. Un soir d'orage, un beau chevalier va faire son apparition et demander l'hospitalité. Tout de suite il tombe sous le charme d'Ondine et, ensemble, ils vont partir à la ville pour y vivre pleinement leur amour. Ca c'est ce qu'ils croient... car c'était sans compter la jalousie de la belle Ursule.

Faux-semblant, perfidie et trahison vont faire leur apparition et la belle rousse et la conquérante brune vont alors s'affronter, l'une par esprit de conquête, l'autre pour gagner son âme. L'issue de l'histoire, vous vous en doutez, sera funeste.

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Un conte sombre mais beau avec des illustrations tout aussi réussies. Benjamin Lacombe n'a pas fini de nous éblouir par son talent!

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dimanche 12 février 2012

"Memories of Sand" de Frezzato

frezzatoL'histoire: J'ai toujours pensé que les pierres abritaient une mémoire et pas que géologique.
Il y a quelques années, j'ai fait un rêve dont je dessinai la partie la plus banale...
J'étais adulte, je voyageais seul et j'avais déjà tout vu. J'arrivai à l'endroit où il y avait un homme dont seule la tête émergeait du sable, les vagues submergeaient régulièrement son visage, mais il ne semblait ni souffrir, ni suffoquer. Il avait mon visage et il me dit: laisse tomber tes petits jeux et viens écouter la légende du sable...


La critique Nelfesque: Je ne connaissais pas Frezzato, dessinateur et scénariste italien, mais une chose est sûre, après avoir lu "Memories of Sand", je vais me pencher plus avidement sur ses précédentes publications.

Je dis que j'ai "lu" "Memories of Sand" mais je devrais plutôt dire que je l'ai admiré et ressenti. Ce n'est pas une bande dessinée à proprement parlé puisqu'ici il n'y a aucun texte et aucune dialogue. Tout se passe dans les yeux des personnages et la beauté des dessins de Frezzato. On se laisse porter par les couleurs vives et le caractère nostalgique qui ressort des quatre histoires contenues dans ce recueil au format à l'italienne qui s'apparente plus à un beau livre qu'à une BD.

"La Rose" tout d'abord montre la chute au sens propre d'un homme, venant d'on ne sait où et se dirigeant vers une destination inconnue. Au long de sa chute, il passe différentes matières, pense s'écraser puis passe à travers et continue de chuter. Il se dégage de cette histoire quelque chose d'angoissant jusqu'à ce qu'il se transforme en phoenix et se mette à voler. Là il aperçoit au loin un ballon coloré sur lequel est allongée une jeune femme complètement nue ayant une rose en lieu et place du sexe. Il va alors perdre la tête et se diriger vers cet antre sacré la bave aux lèvres. Il y a un côté grivois à cette histoire que l'on ne retrouvera pas dans les autres et qui nous fera sourire sur plusieurs cases. Cette destination est-elle le but à atteindre? Qu'y a-t-il dans cette rose? Ca vous le saurez en le lisant!

On retrouve cet homme (qui a cessé de chuter) dans l'histoire suivante: "La Clef". Mon coeur penche pour cette histoire ci et son côté nostalgique. Métaphysique, allégorique, elle est presque une parabole sur l'amour, l'incompréhension et la peur de l'inconnu. Elle peut être lu de différentes façons, peut être que certains n'y verront rien de spécial mais c'est elle qui a su le plus me toucher. Il est difficile d'en raconter l'histoire dans les détails tant elle est imagée.

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La suivante, "Le Parapluie" diffère complètement dans son traitement de ses 3 autres compagnes. Le procédé de dessin, la colorisation et les cases tranchent dans ce recueil. Un homme monocycle (toujours le même) pénètre dans une grotte au fond de laquelle, après avoir bravé les éléments, il découvre une jeune fille à la source même des évènements se déchainant. Fragile et perdue, à la fois victime et maitresse de ses pouvoirs, il va tout faire pour la sauver d'elle-même et la sortir de cette grotte. Encore une fois, l'histoire a un fond philosophique et éprouvant mais, de part le personnage du petit asticot cyclope, Frezzato a su dédramatiser l'ensemble et faire sourire le lecteur.

Enfin, la très courte dernière histoire de cet ouvrage, "Le petit cochon", montre la cruauté des hommes à préparer à la chaine des cochons grillés. Frezzato serait-il végétarien? En tout cas son héroïne oui puisqu'elle n'hésite pas à faire sauter sans remords l'usine en question.

Entre fantasy et science-fiction, avec des machines/robots, des situations clairement SF, des créatures improbables et un fond philosophique, Frezzato nous propose, avec "Memories of Sand", un ouvrage hors du commun qui nous émeut et nous réconforte. D'une beauté saisissante et d'un lyrisme touchant, il nous parle d'amour de la plus belle façon qu'il soit. Un seul bémol à ce très bel ensemble: un goût de trop peu...

Posté par Nelfe à 21:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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