mardi 30 juillet 2013

"Fleur de tonnerre" de Jean Teulé

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L'histoire: Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

La critique de Mr K: Le dernier roman de Teulé m'a été prêté par mon père qui m'avait fait découvrir cet auteur avec Darling. Depuis j'en ai lu quelques uns et à chaque fois la lecture s'est révélée truculente (le style de l'auteur) et passionnante de par les histoires proposées et les personnages livrés en pâture au lecteur. Ici, l'action se déroule en Bretagne (Yes!) et nous suivons la route funèbre empruntée par la plus grande criminelle française: Hélène Jegado native de Plouhinec en Morbihan (c'est pas loin de chez nous ça!). Cuisinière émérite allant de place en place en semant la mort et la consternation, son talent caché d'empoisonneuse va s'exercer pendant des décennies sans qu'elle soit soupçonnée. Elle finira par être découverte et sera guillotinée sur la place publique.

Plus on avance dans cette lecture, plus on est horrifié! Les morts s'accumulent et on se demande comment elle n'a pas pu être inquiétée par les forces de l'ordre de l'époque. Il faut dire qu'au XIXème siècle, la médecine n'en est alors qu'à ses balbutiements et que les symptômes de l'empoisonnement via l'arsenic sont très proches de ceux du choléra et que cette maladie est endémique à l'époque. Personne ne trouve grâce à ses yeux: hommes et femmes, jeunes et vieux (voir même nourrisson!), laïcs et clercs, tout le monde y passe! L'explication vient très tôt avec deux / trois chapitres sur son enfance et sur le trauma qui a causé ce désordre psychique. La figure de l'Ankou (travailleur de la mort des légendes bretonnes) la marque à jamais et elle va se substituer à lui pour faire son travail. Mélange de folie, de cruauté et d'ignorance, le personnage d'Hélène Jegado est à la fois fascinant et repoussant tant elle éclaire la nature humaine sous un jour des plus déplaisants mais malheureusement possible. J'en ai encore des frissons dans le dos!

Ce livre témoigne aussi d'un grand travail de recherche de Teulé sur les us et coutumes de la basse Bretagne de l'époque. Population froide et superstitieuse ne communiquant qu'en breton, ne sachant même pas que la Bretagne est en France, l'ambiance est lourde et menaçante comme un soir de tempête sur la côte sauvage de Quiberon! Sans en faire trop, le portrait de notre belle région est ici sans concession et ne donne pas vraiment envie de venir y passer ses vacances! Deux personnages récurrents vont d'ailleurs en subir les conséquences pendant tout l'ouvrage: deux perruquiers normands venus en Bretagne pour acheter des cheveux pour confectionner des perruques. Au fil des différentes étapes de la Jégado dans de nombreuses villes bretonnes (Plouhinec, Hennebont, Vannes, Lorient, Pontivy, Guern etc...), on les retrouve souvent en mauvaise posture face aux populations rustres ou à la météo capricieuse. On peut le dire, ils s'en prennent plein la tête et cela donne lieu à des moment de pure comédie noire. J'ai personnellement adoré!

J'ai dévoré ce livre en très peu de temps comme à chaque fois avec cet auteur. Le style reste inimitable et gouleyant à souhait. Le sujet en lui même m'intéressait et on ressort de cette lecture abasourdi et interloqué. Petit défaut, la première partie s'apparente plus à un catalogue de meurtres plus glauques les uns que les autres, tout cela manque de lien et de psychologie. Cependant Teulé se rattrape par la suite avec de beaux passages qui sauvent le tout. Un Teulé restant un Teulé, même si celui-ci n'est pas son meilleur, il vaut largement le détour et la période estivale s'y prête à merveille! Venez découvrir une autre Bretagne à la fois sombre et mystérieuse!

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez
-Le Montespan


samedi 29 juin 2013

"The Bling Ring" de Sofia Coppola

bling-affL'histoire: À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring".

La critique Nelfesque: Depuis son annonce à Cannes, j'attendais la sortie en salle de ce dernier film de Sofia Coppola, "The Bling Ring". J'ai tout de suite accroché à sa bande annonce et j'étais curieuse de voir ce que cette réalisatrice allait nous proposer avec son histoire se basant sur des faits réels.

Ici il n'est pas question de gang d'ado paumés et fauchés issus des ghettos, de ceux qui ont besoin d'argent pour survivre ou se créer une condition. Non, les jeunes héros de "The Bling Ring" sont nés la cuillère d'argent dans la bouche. Entre showbizz, mannequinat et politique, ils évoluent déjà dans un monde où l'argent n'est pas une denrée rare. Malgré cela, bercés d'illusion, de strass et de paillettes, ils vont vouloir plus d'adrénaline, de reconnaissance et de fun: toucher de près leurs stars préférées (et accessoirement leurs fringues, sacs et chaussures à 10.000$). Paris Hilton, Lindsay Lohan, Orlando Bloom... autant de grands penseurs et de génies du XXIème siècle (ironie inside). Cette bande d'"amis" n'a qu'un mot à la bouche: le paraître. Leur amitié vaut-elle quelque chose en dehors de cela? Rien n'est moins sûr... "Pauvres petites filles riches"...

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La réalisation montre bien la montée en puissance de leur folie quasi hystérique de se rapprocher au plus près de leurs stars préférées. Comme un jeu, ils déterminent leur cible en fonction de leurs déplacements professionnels, localisent leurs domiciles sur Google et se payent une soirée open bar dans leurs palaces avec piscine. Mieux que le Club Med!

Ce qui au départ n'est qu'un délire d'ado (malsain, certes, mais délire tout de même) va se transformer peu à peu en une frénésie, un flirt avec la loi et crescendo le fun devient addiction. Ils volent pour voler, là où avant ils cherchaient l'objet de leur fantasme, c'est maintenant des poignées de bijoux qui finissent dans un sac pris au hasard accompagnées de le première paire de chaussures délirantes qui passent sous leurs nez. Même le chien de Paris Hilton manque d'y passer...

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Cette montée en puissance est vraiment bien retranscrite par Sofia Coppola. Certaines scènes anodines tournées au ralenti laissent présager d'une fin tragique. J'ai aimé également ces scènes de cambriolages où le son s'efface face aux images. Ce qui se passe alors dans la pièce est inaudible et remplacé par une bande son étouffée qui donne à l'ensemble une dimension encore plus glauque.

"The Bling Ring" dresse le portrait et est une critique d'une certaine partie de la jeunesse d'aujourd'hui dans nos pays développés. Incapables d'être eux-même dans un monde de l'apparence, singeant la dernière star à la mode, mettant en scène leurs vies sur les réseaux sociaux, ils croient avoir une existence extraordinaire mais n'éveillent chez le spectateur que de la pitié et de la stupéfation. Comment ces jeunes qui ne sont que la génération suivante de la mienne peuvent-ils être si différents de nous à leurs âges? A les regarder, on a l'impression d'avoir évoluer dans une grotte ou au Moyen-Age... Sans vouloir être réac, je préfère 100 fois ma grotte!

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J'ai aimé ce film sans pour autant le considérer comme l'oeuvre de l'année. Les personnages sont trop agaçants et insignifiants pour que l'on s'y attache, les rapports humains sont superficiels et leurs psychologies ne sont pas développées. Ils ne sont au final que le reflet d'une époque et je pense que la réalisatrice a voulu faire ressentir cela aux spectateurs de son film, gommant ce qui pourrait nous émouvoir et ne faisant qu'un constat froid, quasi documentaire, de ce phénomène. Les parents sont absents, permissifs ou illuminés tendance secte. Ils ne sont pas en reste dans la critique de Sofia Coppola...

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"The Bling Ring" est donc un film révélateur de notre époque que je vous conseille de voir. Ca tombe bien, c'est la Fête du Cinéma demain!