samedi 9 juillet 2016

"La Tortue rouge" de Mickaël Dudok de Wit

La Tortue rouge affiche

L'histoire : À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

La critique Nelfesque : J'avais remarqué ce film d'animation lors de la dernière édition du Festival de Cannes mais il m'était sorti de la tête. France Info étant partenaire du film, les journalistes officiant sur ses ondes ont fait pas mal de promo lors de sa sortie et nous nous sommes un peu plus penchés dessus avec Mr K jusqu'à avoir furieusement envie d'aller voir. Chose que nous fîmes.

"La Tortue rouge" n'est pas un film comme les autres. D'aussi loin que je m'en souvienne, je ne crois pas avoir vu une pareille oeuvre un jour. Ce film sans paroles, où bruits de la nature et musique collant parfaitement aux propos sont omniprésents, fait la part belle aux sensations et au ressenti. Le spectateur ne peut s'empêcher de se transposer et s'imaginer à son tour échoué sur une île déserte. Que ferions-nous ? Comment appréhenderions-nous notre environnement ? Quelles idées nous passeraient alors par la tête ?

Nous suivons ici un homme dont nous ignorons tout. Sans nom, sans profession défini, il n'est déterminé par aucun signe extérieur. C'est simplement un homme, d'une vingtaine d'années lors de son naufrage. Ici, sur cette île peuplée de crabes et d'insectes, il va chercher un moyen de reprendre le large et construire des radeaux mais inlassablement une tortue rouge détruira ses frêles esquifs.

La Tortue rouge 4

De rage et de désespoir, il va alors commettre un acte qui va changer sa vie à tout jamais. Cet acte symbolique, dont je ne vous parlerai pas en détail, pas plus que je vous ne donnerai ma théorie sur la suite qui en découle pour ne pas vous gâcher la surprise et influencer votre jugement, va faire basculer le récit dans l'étrange.

La Tortue rouge 1

Plus qu'elle ne se regarde, "La Tortue rouge" est une oeuvre qui se ressent. Difficile d'en parler sans en dire trop mais une chose est sûre : ce film vous bouleversera ou vous laissera complètement indifférent. Il n'y a pas de demi mesure possible. Soit elle parlera à une partie de vous-même par les thématiques qu'elle aborde (vieillesse, famille, parentalité, mort, solitude, amour...) soit elle vous ennuiera parce que foncièrement ici il ne se passe pas grand chose d'autres que le cours d'une vie, tout simplement.

Oui mais quel bel écrin pour ce parcours ! Avec des paysages et des couleurs sublimes (les camaïeux changeants de l'horizon dont je ne me lasse pas), des petits clins d'oeil attendrissants (les petits crabes curieux), un rythme lent et contemplatif et un grain unique faisant penser à la photographie argentique, ce film touche autant les âmes sensibles que les esthètes. A voir et revoir sans modération tellement c'est beau, à tous les niveaux !

La Tortue rouge 2

La critique de Mr K : 7/6. Oui, oui vous avez bien lu, une note abracadabrantesque pour un film qui m'a "liquéfié" littéralement à la sortie de la salle. On touche ici au sublime, à la perfection... Ça faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Le postulat est simple : un naufragé se retrouve isolé sur une île déserte avec pour seuls compagnons de drôles de petits crabes et des tortues. L'une d'entre elles qui donne son titre au métrage de part son étonnante couleur va modifier à jamais son destin.

La Tortue rouge 5

Inutile d'en dire plus pour ne pas gâcher les surprises à venir, sachez simplement que ce récit s'apparente à une belle métaphore sur l'existence humaine. Sans paroles, le métrage nous immerge au plus près de cet homme seul qui tente de survivre et au début surtout de quitter cette île. Le film alterne découvertes de la nature, petits moments à tonalité légère avec des crabes facétieux et moments de tensions forts comme la chute dans un trou d'eau ou l'imminence d'une catastrophe naturelle. Mais peu à peu, le ton s'épaissit, révélant la densité des éléments abordés à travers des moments de vie croqués fort justement par un réalisateur au talent immense.

La Tortue rouge 3

Ne vous laissez pas abuser par les traits minimalistes des dessins, le film fourmille d'idées et de références que chacun appréhendera à son niveau qu'il soit jeune ou moins jeune. Les décors sont de toute beauté avec des couleurs magnifiques virant parfois à la bichromie notamment dans les scènes se déroulant de nuit. Naturalisme et onirisme se mêlent présentant un récit foisonnant et poignant. La vague des émotions nous emporte très loin, le tout bercé par une bande originale soulignant parfaitement la beauté de l'ensemble. On navigue entre partitions et envolées lyriques à la Sébastien Tellier, et parfois vers des sonorités que n'auraient pas reniés les Pink Floyd de la période Meddle.

C'est les yeux tout humides que je suis sorti de cette séance vraiment hors-norme. Ce film est une perle alliant richesse graphique, humanisme profond et expérience cinéphile incroyable. Franchement… Ne passez pas à côté au risque de le regretter plus tard !


lundi 3 février 2014

"Le vent se lève" d'Hayao Miyazaki

Affiche-Le-vent-se-lèveL'histoire: Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

La critique Nelfesque: "Le Vent se lève" signe la prise de retraite de Miyazaki et, en bons adeptes de ses films d'animation, nous voulions absolument voir ce dernier au cinéma. Après avoir rêvé sur "Mon Voisin Totoro", "Le Château dans le ciel", "Nausicäa de la vallée du vent" et autres "Voyage de Chihiro", nous étions tristes à l'idée de ne plus voir de Miyazaki sur grand écran...

Vous verrez par la suite que Mr K et moi, comme ça arrive parfois, n'avons pas du tout le même ressenti sur ce film ci. Je vous laisserai découvrir le sien par la suite mais en ce qui me concerne, celui ci se résumerait aisément en une onomatopée: ZzzzzZZZZzzz!

Sérieusement, je me suis levée un dimanche matin pour aller voir "Le Vent se lève" et j'ai bien cru m'endormir dans mon siège. Surtout lors du dernier tiers. Il faut dire aussi qu'un film d'animation sur les avions qui durent plus de 2 heures, c'est dur!

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"Mais ça tu aurais pu le savoir en regardant la bande annonce!" me diriez-vous. Et bien oui et non. Bien sûr je savais qu'il était beaucoup question d'aéronautique mais j'attendais le côté féérique, la part de folie poétique, présente dans chaque film de Miyazaki. Et là... Ben je l'attends toujours...

Alors oui, c'est beau. Les dessins sont superbes, notamment ceux du tremblement de terre et dans la nature mais bon sorti de là je crois que je peux annoncer que je me suis bien fait suer. Et ça me fait mal de le dire. C'est mou, il ne se passe rien. Le fond historique est bien présent et en même temps pas assez développé. Les évènements sont tout juste effleurés et les néophytes en histoire contemporaine japonaise sont largués au bord du chemin.

L'histoire d'amour, quant à elle, est mignonette mais bon dieu, passez la seconde à un moment donné!!! J'ai commencé à regarder ma montre, j'ai baillé, j'ai les yeux qui ont tourné, j'ai lutté... et j'ai retrouvé un Mr K tout ému et charmé par la fin du film là où moi je n'avais qu'une hâte: aller déjeuner pour me réveiller! Pour le coup, on était pas sur la même longueur d'onde.

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La critique de Mr K: 4/6. Dernière sortie Miyazaki dans les salles obscures avec Le vent se lève, présenté comme l'ultime travail du maître de l'animation japonaise. Je suis un grand amateur malgré mon peu de goût pour le manga de manière générale. Miyazaki est pour moi avant tout un artiste au sens noble du terme, entre peintre et poète, qui m'a bouleversé à de nombreuses reprises comme avec Mon voisin Totoro, Nausicaa et la vallée du vent, Le château ambulant ou encore Princesse Mononoké. Jusque là, je n'ai jamais été déçu... il faut tout de même avouer que Le vent se lève malgré de belles fulgurances me semble être le plus faible de ses longs métrages.

Peu ou pas de fantaisie dans ce métrage qui s'attache à suivre la vie d'un concepteur d'avion japonais Jiro Horikoshi. Depuis ses rêves de gosse (de très beaux moments bien barrés dont seul Miyazaki a le secret) aux années de tourmentes, nous suivons un être uniquement guidé par son goût pour les belles machineries volantes de l'époque. En filigrane, nous suivons aussi l'idylle qui nait entre Jiro et une jeune fille rencontrée par hasard dans un train et qui deviendra par la suite son unique grand amour.

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On assiste à de très beaux moments dans ce métrage. Le passage sur le tremblement de terre est très bien rendu et de manière générale, l'histoire du Japon est bien relatée mais jamais vraiment directement. C'est à la fois intéressant et frustrant. Pour quelqu'un qui découvre les événements cela peut suffire mais je dois avouer que Miyazaki nous promène dans le pays des bisounours et comment croire une seconde que tous ces admirables ingénieurs japonais aient pu ignorer le but de leurs recherches et développements. Pour moi ça coince et c'est ce qui fait baisser la note. Quid de l'alliance Japon-Allemagne nazie? Quid de l'utilisation par les kamikazes japonais des fameux Zéros conçus par le héros?

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Restent de beaux moment oniriques où Jiro rencontre son idole italien, de beaux moments de romance à l'eau de rose dont les japonais ont le secret (superbe passage avec les avions de papier), les dessins sont vraiment magnifiques et l'animation à la hauteur de l'histoire. Au final, ce Miyazaki peine à décoller (sic) de la réalité qu'il décrit mais ce qui nous est montré est tout de même bien au dessus des productions courantes. Dans la bouche, un sentiment d'inachevé et le regret de ne plus avoir l'occasion de découvrir de nouveaux films du maître. Salut l'artiste!