samedi 27 mai 2017

"Acide sulfurique" d'Amélie Nothomb

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L’histoire : La mort en direct : c’est ainsi que les concepteurs d’une émission de télé-réalité nommée "Concentration" veulent atteindre l’audimat absolu. Mais parmi les participants, une étudiante à la beauté sidérante, Pannonique, devenue CKZ 114 une fois entrée dans le camp de concentration télévisé, va tenter de déjouer les règles... Portée par son courage et ses valeurs morales, la jeune fille sortira-t-elle vivante de l’enfer ?

La critique de Mr K : Ça faisait un sacré bout de temps que je n’avais pas lu un ouvrage d’Amélie Nothomb. Comme dit sur Instagram lors du début de ma lecture, j’ai adoré cette auteure notamment pour des titres comme Stupeur et tremblement et le magique Cosmétique de l’ennemi. Puis est venu le temps de la lassitude, le phénomène de mode de son ouvrage qui sort chaque année à la même époque et j’ai décroché. J’avais peur de tomber dans l’ennui et le déjà-lu entr'aperçus à l’époque lors d’une énième lecture de cette belge peu ordinaire. Cet ouvrage est apparu dans mon casier de professeur à l’occasion d’un envoi promotionnel de l’éditeur Magnard qui aime à proposer des titres oscillants entre classiques et contemporains pour nos jeunes pousses parfois en décrochage avec la lecture. C’était l’occasion pour moi de renouer avec Nothomb avec un titre fort alléchant quand on parcourt la quatrième de couverture...

La société du spectacle (chère à Debord et surtout fatale pour son cas particulier) a atteint son paroxysme dans cette histoire de contre-utopie où la télé-réalité a dépassé la ligne rouge. Le voyeurisme malsain est ici organisé à grande échelle avec la reconstitution de camps de concentration où les candidats se retrouvent kapo ou concentrationnaire : mépris de la morale élémentaire, mépris envers l’Histoire et les victimes qui la peuplent et au final banalisation du mal avec comme bourreau le spectateur jouisseur, lobotomisé et accro. À l’épicentre de cette messe mortifère, une figure féminine pure émerge et ce petit grain de sable risque de faire dérailler la machine... A moins qu’au contraire, elle ne la serve ?

Titre acide pour un roman acide, il paraîtrait que cet ouvrage a déclenché une petite polémique lors de la sortie... Je reste circonspect tant je trouve que cela s’apparente à une tempête dans un verre d’eau sans doute orchestré lors de la rentrée littéraire de l’époque pour vendre ou faire parler de soi (la manœuvre ne venant d’ailleurs certainement pas de l’éditeur et l’auteure elle-même). Certes l’ouvrage est très réussi comme je vais vous le dire par la suite mais il n’a rien de vraiment révolutionnaire en soi et même si le thème de la télé-réalité l’ancre dans notre réalité télévisuelle actuelle, il ne peut aucunement rivaliser avec des titres tels qu’Un Bonheur insoutenable, 1984 ou encore Le Meilleur des mondes qui dans la dénonciation de la fascisation de la société restent cultes. Mais bon, je ne suis pas sûr qu’Amélie Nothomb ait souhaité se confronter aux maîtres en la matière. On sent bien qu’elle s’est amusée à pousser le bouchon très loin histoire de marquer nos consciences et dans le genre, c’est plutôt pas mal réussi.

Par exemple, ne vous attendez pas à une description très précise et clinique du fonctionnement et du règlement du jeu. L’essentiel est posé en quelques pages, l’auteur préférant se consacrer aux échanges entre personnages, certains chapitres (plutôt courts dans l’ensemble d’ailleurs) feraient presque penser à du théâtre tant le dialogue est omniprésent dans ce roman. Plus que les rouages de cette compétition inique, ce sont les personnages qui donnent à réfléchir dans leurs réactions, leurs sentiments et leurs rapports entre eux. Au centre de tout, deux figures antagonistes : une femme bourreau et sa victime expiatoire dont les relations vont se complexifier au fil du récit, brouiller l’esprit et les pistes clairement balisées dans la première partie du roman. Les personnages secondaires renforcent cette opposition et apportent un surcroît de densité et de questionnements qui assaille le lecteur sans lui laisser de répit.

En lisant Acide sulfurique, c’est l’âme humaine que l’on dissèque et dieu sait que dans le domaine Amélie elle assure et y va au détergent. La langue virevoltante, soutenue et frontale n’épargne personne : les lâches se cachant sous des figures de la bien-pensance, la cruauté du quotidien et la haine de l’autre, la suffisance des puissants, l’exploitation des plus faibles, le martyr que l’on sacrifie pour faire adhérer les foules et autres figures métaphysiques de notre espèce qui clairement n’est pas des plus bienveillantes et des plus fraternelles. Alors certes, l’ouvrage exagère un maximum, perd parfois en crédibilité et lorgne vers le n’importe quoi à l’occasion d’un dénouement que j’ai trouvé finalement plutôt soft (niais, qui a dit niais ?) mais certains passages valent absolument le détour avec un défoulement de réflexions qui font du bien à lire et à méditer.

On ressort un peu chamboulé par cette lecture qui se révèle être un miroir assez impitoyable de notre triste époque, un complément ludique et atroce à la fois à l’ouvrage clef de Debord qui avait théorisé bien avant l’heure la déviation de notre civilisation vers l’artificiel et l’inhumanité. Ça fait froid dans le dos, ça ne respire pas la joie de vivre mais que c’est bon de ne pas être considéré comme un lecteur-consommateur de plus. Je renoue donc positivement avec Nothomb et je pense retourner dans son univers à l’occasion d’une trouvaille de plus.

Posté par Mr K à 19:44 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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samedi 6 mai 2017

En mai, craque comme il te plait !

Cette adage me convient très bien et c'est cette fois-ci neuf petits nouveaux qui vont rejoindre ma PAL, des petits orphelins adoptés en majeure partie chez l'abbé, notre fournisseur officiel de livres de seconde main. Décidément, il ne nous déçoit jamais !

Acquisitions mai 2017 ensemble

Comme vous pouvez le voir, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts entre auteurs français à la renommée certaine, d'autres à la côte plus underground mais aussi des ouvrages à stature internationale et des classiques immortels. Suivez le guide pour le debriefing de ce craquage finalement plutôt sage par rapport à des récoltes parfois pléthoriques par le passé !

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(Balade entre légendes et classiques de la littérature)

- Hamlet, Othello et Macbeth de William Shakespeare. Depuis ma très réjouissante relecture de Roméo et Juliette l'année dernière, je m'étais juré de relire quelques classiques du même auteur. C'est désormais chose possible avec cette acquisition qui concentre en elle trois pièces majeures du maître dont ma préférée qui m'avait valu à l'époque de ma lecture et étude une super bonne note à l'épreuve de lettre en terminale L : Hamlet. Je pense que je me replongerai dans les abysses de l'âme humaine version Shakespeare dès cet été.

- La Chartreuse de Parme de Stendhal. Un classique de la littérature française qui m'avait échappé jusque là, heureusement cette trouvaille impromptue va me permettre de réparer mon tort, surtout que j'ai de très bons souvenirs de mes lectures anciennes du Rouge et du noir et de Lucien Leuwen du même auteur. Ma PAL manquant de classiques, l'occasion ne pouvait être loupée.

- Contes et légendes de la mer et des marins de Quinel et De Montgon. Instant émotion que cette rencontre lecteur-acquéreur / livre car cette collection de chez Fernand Nathan a fourbi mes premières armes de lecteur, j'ai d'ailleurs de nombreux volumes dans notre bibliothèque et c'est toujours avec un petit serrement au coeur que je repose les yeux dessus. En plus, ici les deux auteurs reprennent des légendes en lien avec la mer et les hommes qui tentent de la dompter, difficile de passer à côté vous en conviendrez. Une de mes prochaines lectures sans nul doute !

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(Échappatoire dans la littérature française plus contemporaine)

- Ni d'Ève ni d'Adam d'Amélie Nothomb. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai plus lu Amélie Nothomb que j'ai tour à tour adoré, apprécié puis ensuite déprécié car le sentiment de "déjà-lu" m'envahissait régulièrement à chaque nouvel ouvrage parcouru. Le temps a passé (seules restent les pensées) et je me décidai à acquérir cet ouvrage qui revient sur un pan de sa vie au Japon lorsqu'elle était fiancée ! Ça promet du lourd, du fracassant et j'espère retrouver la langue accrocheuse et gouailleuse qui a fait la marque de fabrique de cette écrivaine belge bien dérangée.

- La Folle aventure des Bleus... et DRH de Thierry Jonquet. Thierry Jonquet et moi, c'est une grande histoire d'amour. Chaque lecture de cet auteur me procure à chaque fois un plaisir inégalé entre frisson et bonheur de lecture instinctif et sans concession. Cet ouvrage réunit deux nouvelles qui feront la part belle une fois de plus j'en suis sûr au regard impitoyable que pose l'auteur sur les noirceurs et lâchetés des hommes ordinaires. M'est avis que ce livre ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Méchamment dimanche de Pierre Pelot. Là encore, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui a le mérite d'être aussi doué que polymorphe dans les genres qu'il aborde très souvent avec succès. Pierre Pelot aborde dans cet ouvrage une histoire d'enfance qui va mal tourner, un roman d'apprentissage sur l'innocence et les illusions d'adultes. Tout un programme qu'il me tarde de découvrir !

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(Voyages en terres étrangères entre exotisme et introspections maladives)

- White spirit de Paule Constant. Coup de poker que cette acquisition dont je ne connais pas l'auteure mais dont la quatrième de couverture m'a de suite séduit. Fable féroce et roman initiatique se mêlent autour du destin de trois figures innocentes cernées par les ambitions, les jalousies et les envies dans le cadre d'une bananeraie perdue au milieu de nul part. Bizarre vous avez dit bizarre ? Carrément et c'est ce qui me plait !

- Histoire de ma vie de Lao She. Il s'agit ici d'une autobiographie de l'auteur qui durant sa vie a traversé nombre d'épreuves et de régimes politiques antagonistes. Je suis curieux d'avoir son regard sur cette Chine mouvante, changeante et multi-forme. La quatrième de couverture nous promet un récit émouvant et une réflexion intéressante sur le temps qui passe. Hâte de lire cela !

- Fleur de béton de Wilfried N'Sondé. Un livre qui me tente énormément depuis que j'ai mis la main dessus. Dans le microcosme d'une cité, on suit le destin de Rosa Maria, une jeune fille qui veut échapper au fatum de sa condition sociale mais qui n'entrevoit pas le bout du tunnel entre un père violent et un environnement mortifère. L'écriture à l'air puissante, vive et sans fioriture. Le genre de promesses qui peuvent conduire à un véritable coup de coeur ! Là encore, cette lecture sera entamée très vite.

Voila pour ces nouvelles acquisitions qui comme vous avez pu le lire promettent beaucoup en terme d'évasion, de découverte d'horizons lointains ou quotidiens. Chaque lecture sera un renouveau, une nouvelle découverte et je l'espère un voyage sans précédent. Les chroniques à venir sur chacun de ces ouvrages vous en diront un peu plus.