lundi 22 juillet 2013

"Le Congrès" d'Ari Folman

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L'histoire: Robin Wright (que joue Robin Wright), se voit proposer par la Miramount d’être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la major compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu’elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques...

La critique Nelfesque: J'avais repéré "Le Congrès" lors du dernier Festival de Cannes (oui parce que je suis le Festival de Cannes) et sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs. J'attendais sa sortie en salle avec impatience et c'est dans une salle vide que nous avons eu notre projection privée d'un film de toute beauté.

Je ne sais pas pourquoi le public ne s'est pas rué en salle pour voir cette oeuvre mi long-métrage mi film d'animation. Peut-être le concept était-il trop "barré", peut-être l'histoire était-elle trop complexe ou trop SF (quoi que ce genre fonctionne pas mal en ce moment) ou peut-être tout simplement ne sommes nous pas ici en présence d'une production classique blockbuster hollywoodienne et que l'été, c'est bien connu, le spectateur veut majoritairement du "pré-mâché" en matière de cinéma? Toujours est-il que si vous n'avez pas vu "Le Congrès", vous avez râté quelque chose!

"Le Congrès" est un film à part, un OCNI (objet cinématographique non identifié) et il est difficile de le ranger dans une case en particulier tant il mélange les genres, les techniques, les points de vue et les émotions. C'est un film rare d'une beauté à couper le souffle que nous propose ici Ari Folman, célèbre réalisateur de "Valse avec Bachir". Visuellement il se rapproche par moments de l'approche qu'a pu avoir George Dunning pour "Yellow submarine" à la différence qu'ici j'ai trouvé les dessins plus riches et moins naïfs. Ils se font psychédéliques, tourbillonants et foisonnants de détails et le spectateur en prend plein les yeux.

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Au niveau des idées, "Le Congrès" est une critique acerbe du cinéma américain d'aujourd'hui. Bien sûr ici nous sommes en pleine science fiction, jusqu'à preuve du contraire les studios n'ont pas encore développé une industrie de scan d'acteurs (non la motion capture ne compte pas...) où toutes leurs émotions, leur jeu, leur moëlle d'artiste seraient capturés et utilisables à l'infini. Et ce n'est que le début d'un plan bien plus vaste qui sous couvert du divertissement tend à annihiler l'esprit critique et le libre arbitre de tout un chacun. "Du pain et des jeux" comme dirait l'autre...

On retrouve une Robin Wright "actrice" époustouflante de justesse et de sobriété qui joue le rôle d'une Robin Wright pas si éloignée que cela de la "vraie". Il est ici question de ses choix cinématographiques, de sa vie d'actrice et on ne peut pas dire que le réalisateur ait ménagé la principale intéressée. Il faut du courage pour se retrouver ainsi devant ses propres contradictions. On retrouve également au casting Harvey Keitel qui comme à son habitude nous livre dans "Le Congrès" un jeu d'acteur tout en retenu mais d'une intensité incroyable. La scène de capture des émotions de Robin Wright dans une "machine à flash" avec le long monologue d'Harvey Keitel est un des moments forts du film. Quels acteurs!

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Je crois que vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de voir "Le Congrès". Au cinéma, sur grand écran, il déploie toute la puissance de sa beauté et nous immerge dans une ambiance contemplative et éthérée. Malheureusement, il ne passe plus dans beaucoup de salles alors vous vous devez de le voir à sa sortie en DVD. Croyez-moi, vous m'en direz des nouvelles!

La critique de Mr K: 6/6. Voilà un très beau film atypique comme on en voit peu au cinéma. Heureusement qu'une salle de cinéma de Lorient propose à l'occasion quelques films en VO sortant des circuits commerciaux qui fonctionnent à plein régime en période estivale. L'histoire en elle-même est déjà tout un programme avec une Robin Wright jouant son propre rôle. Sans proposition intéressante depuis un certain temps, l'actrice va se voir proposer de se faire scanner intégralement pour assurer sa fin de carrière. Elle perdra en même temps tout droit sur son image ce qui va à l'encontre de tous les principes qui ont mené sa vie d'actrice jusqu'ici. Tout va basculer lors d'un mystérieux congrès auquel elle va participer et qui va voir le film se transformer en métrage d'animation psychédélique...

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Vous l'avez compris il y a deux films dans le film! Les passages filmés au naturel sont magnifiques. Le jeu de Robin Wright est toujours aussi juste et touchant, sa beauté intemporelle marquée tout de même par l'âge illumine l'écran et les relations qu'elle entretient avec ses enfants et son agent sont d'un naturel et d'une humanité confondante, le tout servi par une pureté formelle et technique sans failles. Puis vient le fameux congrès! Là, le spectateur est perdu, balloté par un réalisateur qui s'interroge sur le monde du cinéma actuel, ses exigences, ses thèmes et son fonctionnement. Sous son aspect psychédélique très réussi, se cache une critique sans ambages de la machinerie hollywoodienne, des grands studios du monde entier en fait, qui ne proposent plus que des métrages aseptisés et calibrés à l'extrême, le tout menant à une uniformisation des schémas de pensée. Loin d'être un pensum assommant, ce film a pris le parti d'en rire et d 'en délirer à travers des scènes fantasmagoriques à souhait qui ne sont pas sans rappeler des scènes du film "The Wall" d'Alan Parker. La fin est un modèle du genre et on ne peut pas dire qu'on verse ici dans l'optimisme!

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Ce fut une expérience rare, d'une intensité très forte. À la manière d'un "Cloud Atlas" ou d'un "Mr Nobody" (vu récemment en DVD et adoré!), on a affaire ici à un film-ovni porté par son réalisateur et son actrice principale. Le rythme est certes lent mais c'est par petites touches que la construction narrative se fait, les descriptions émaillent l'ensemble, approfondissent les personnages et le background. Cela rend la plongée dans le fameux congrès plus forte et plus efficace. J'ai adoré ce film et je suis ravi d'avoir pu le voir seul avec Nelfe dans une salle obscure rien que pour nous deux pendant la Fête du Cinéma! Un petit bijou injustement boudé par le grand public que je vous invite fortement à découvrir.

Posté par Nelfe à 17:05 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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dimanche 3 janvier 2010

"Valse avec Bachir" d'Ari Folman et David Polonsky

Valse_couvertureL'histoire: En 1982, jeune appelé, Folman est envoyé à Beyrouth alors que la guerre du Liban fait rage. Comme bien d'autres soldats du contingent israëlien, il sera le témoin impuissant des massacres de Sabra et Chatila. Alors que les milices chrétiennes libanaises exécutent froidement des centaines de réfugiés civils palestiniens en représailles à l'assassinat de leur leader Bachir Gemayel, le haut commandement de Tsahal, parfaitement informé des événements, ne s'interpose pas. De retour au pays, traumatisé, Folman laisse son insconcient jeter un voile d'oubli sur ce qu'il a vécu.

La critique Nelfesque: Il s'agit là de la bande dessinée issue des dessins préparatoires du film d'animation "Valse avec Bachir", suppervisé par Ari Folman et son directeur artistique, David Polonsky. Je n'ai pas vu le film donc je ne peux pas faire de comparaison mais une interview très intéressante d'Ari Folman à la fin du livre permet de comprendre les mécanismes de réalisation de cette ouvrage et les changements qui ont dû être apporté aux dessins préparatoires pour une meilleure lisibilité et une meilleure comprehension de l'histoire par le lecteur.

Nous suivons Folman, après la guerre du Liban, dans son besoin de savoir et sa course à la récupération de sa mémoire. A travers divers témoignages d'anciens amis ou militaires présents sur les lieux, nous redécouvrons avec lui l'horreur de la guerre et des massacres à Beyrouth. Dans des couleurs étrangement chaudes, ocres, la froideur des exécutions nous est retranscrite de façon percutante. Les mécanismes de la mémoire et de l'oubli, volontaire mais inconscient, nécessaire à la survie ou à la préservation de ses facultés mentales, sont expliqués et détaillés. Cette BD, tout comme son pendant cinématographique je pense (il faut absolument que je vois ce chef-d'oeuvre acclamé à Cannes en 2008), est très marquante.

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Les tensions sont palpables, la vie des appelés, insouciants, est retranscrite avec finesse et l'horreur des deux dernières pages où l'on découvre des photos d'époque au lieu de cases de dessins nous font l'effet d'un uppercut.

A lire donc, mais accrochez vous!

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Posté par Nelfe à 17:46 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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