samedi 4 août 2018

"Eerie" Anthologie, volumes 1 et 2 - Collectif

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Le contenu : Lancés par l’éditeur Warren Publishing respectivement en 1964 et 1966 et publiés jusqu’en 1983, les magazines d’horreur Creepy et Eerie étaient initialement inspirés des comics classiques américains publiés dans les années 50 par la maison d’édition EC. Grâce à leur format magazine destiné à un public plus âgé, Creepy et Eerie allaient contourner les problèmes de censure qui sévissaient alors aux Etats-Unis, et purent s’appuyer sur une équipe composée d’artistes parmi les plus talentueux de cette époque, dont un bon nombre était déjà issu des emblématiques publications EC.

Al Williamson, Wallace Wood, Alex Toth, Joe Orlando ou Johnny Craig allaient accompagner, au lancement de Creepy et Eerie, d’autres artistes majeurs de l’industrie de la BD tels que Frank Frazetta, Steve Ditko, John Severin ou Gene Colan et poser à nouveau une formidable empreinte dans l’histoire du comic-book Américain indépendant.

La critique de Mr K : Voilà un petit bout de temps que ce volume me tentait énormément. Il faut dire que j’adore le label Delirium qui a la bonne idée depuis quelques années de rééditer des trésors de la BD fantastique. J’avais ainsi pu redécouvrir en deux volumes le magazine Creepy et plus récemment, me délecter de leurs deux volumes consacré à Richard Corben, un de mes dessinateurs US préféré.

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Comme chaque année, j’aime m’offrir un petit cadeau de Noël en retard, et en janvier dernier, j’ai craqué pour ce volume 1 d’anthologie à la revue Eerie, petite cousine de Creepy. J'ai accompagné cette impulsion première en juin, en me prenant le volume 2. Inutile de vous dire que j’ai de nouveau pris une claque !

On est dans chacun de ces ouvrages face à 26 courts récits d’horreur et de fantastique parus entre 1965 et 1968 dans le magazine Eerie. On retrouve le plus souvent à la baguette scénaristique Archie Godwin qui s’accompagne de nombreux dessinateurs connus de l’époque (dont ici Joe Orlando, Gene Colan ou encore Reed Crandall) pour nous apporter frissons et réflexions plus globales sur l’humain qui bien souvent se retrouve ici puni par là où il a péché. Bien sûr monstres et esprits surnaturels sont au RDV mais pas seulement... car en tout individu, une part sombre sommeille et ne demande qu’à sortir, ce qui est le cas dans toutes les historiettes qui nous sont contées dans ce volume.

Bien souvent, tout commence par une transgression morale, un acte de pure cupidité ou répondant de tout autre pêché capital qui va entraîner le personnage principal vers le trépas ou la folie. On croise donc nombre de tristes sires qui veulent s’accaparer la richesse qui ne leur appartient pas, d’autres tromper la mort ou s’adjuger une découverte, découvrir une vérité cachée pour de mauvaises raisons, réussir un exploit pour briller en société, franchir une frontière immatérielle au détour du quotidien, ne pas respecter un tabou antédiluvien... Gare à eux cependant car tout acte a ses conséquences et elles se révèlent bien souvent tragiques. Attendez-vous à une exploration sans pitié de l’âme humaine, ses défauts et le déchaînement de forces surnaturels qui nous dépassent et que l’on peut parfois manipuler pour son bien personnel.

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Le format très court impose une économie de mots et d‘images bienvenue. On est ici dans le condensé et l’efficace, marque de fabrique des comics US d’épouvante qui avaient un grand succès à l’époque. Delirium déterre des trésors d’inventivités scénaristiques et de styles qui ravissent les papilles et titillent l’amateur forcené de fantastique que je suis. Les auteurs s’amusent à réutiliser de vieux mythes (une très belle variation autour du mythe de Frankenstein notamment, ou encore de belles adaptation de Poe) multipliant les références et les images mentales que tout amateur a forcément au fond de soi. Le procédé est intéressant entre mise en abyme, rajeunissement de figures tutélaires du genre et respect profond pour la matière première. Et puis, il y a de grandes thématiques classiques que l’on retrouve à travers des scripts 100% originaux avec les explorateurs blancs s’avançant dans l’inconnu et irrespectueux des rites ancestraux, l’arroseur arrosé dans des histoires d’escroqueries funèbres, le désir qui nous consume et nous fait faire des choses épouvantables... On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer avec Eerie, présentateur débonnaire de chaque récit qui aime les jeux de mots macabres et les récits aussi vifs que traumatisants.

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Il n’y a vraiment rien à jeter dans ce volume, toutes les histoires valent le détour et même si certaines ont perdu en originalité avec la visibilité plus forte du genre aujourd’hui, on se plaît à ce voyage dans le temps en noir et blanc qui esthétiquement frôle la perfection (deux / trois récits m’ont moins convaincus à ce niveau là). En bonus, la fin d’ouvrage nous livre les couvertures originales de la série de magazine en couleur (ça claque !) et quelques fiches illustrées de monstres célèbres de la franchise. Décidément Delirium continue à faire les choses en grand. Vivement mon prochain achat, ce sera sans doute  le volume consacré au non moins magazine culte Vampirella. Tout un programe, miam miam !

Autres titres du Label Delirium chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
- Anthologie Creepy, volumes 1 et 2
- Richard Corben, volume 1
- Richard Corben, volume 2


lundi 6 juillet 2015

Eerie & Creepy présentent "Richard Corben vol.2"

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Présentation: Le présent ouvrage est le deuxième et dernier volume consacré à cette période fondatrice de l'œuvre de Corben au sein des éditions Warren. Il regroupe les dernières histoires qu’il a publiées pour les magazines Creepy et Eerie, ainsi qu’un cahier comprenant les superbes couvertures qu’il a pu réaliser pour ces magazines.

La critique de Mr K: Nouvelle critique d'un ouvrage édité par les éditions Delirium que j'ai déjà fréquenté à plusieurs occasions et qui m'ont à chaque fois ravi par la qualité de leurs rééditions. Retour à Richard Corben, un de mes dessinateurs préférés avec ce deuxième volume d'histoires courtes tirées des magazines Eerie et Creepy aujourd'hui disparus. Il s'agit ici de récits plus tardifs mais toujours aussi incisifs et jouissifs! Vous retrouverez une fois de plus des adaptations de récits dits classiques tirés des œuvres de maîtres tels que Edgar Allan Poe ou encore HP Lovecraft mais aussi des trames originales.

On navigue une fois de plus à la confluence de plusieurs genres entre récits policiers mâtinés de thriller, SF ou encore fantastique/horreur. Tour à tour vous serez confrontés à un flipper hanté par une créature antédiluvienne, à un corbeau plutôt insistant, à l'antéchrist de Noël, à un portrait ovale diablement fascinant, à un meurtrier redresseur de torts d'une nature étonnante (récit en deux parties), à une épidémie de peste en Grèce antique, à un nouveau conte de Noël macabre à souhait, à la course aux armements version ubuesque avec un Einstein complètement déjanté, à des amoureux naufragés en pleine mer, à la résurrection d'une momie amatrice de football américain, à une variation autour de la thématique de la femme géante, à une histoire médiévale mêlant avarice et fantastique, à un triptyque fort réussi autour de l'effet papillon et enfin à une histoire d'animal domestique d'un genre très particulier.

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On alterne une fois sur deux la couleur et le noir et blanc, passant d'un genre à un autre sans transition. Comme lors de ma lecture du volume 1, je me suis restreint à ne lire qu'un ou deux récits par soir pour éviter de le lire trop rapidement. Difficile de s'y résoudre tant l'addiction est immédiate entre curiosité et admiration devant les histoires racontées et la mise en forme de toute beauté. Une fois de plus les éditions Delirium ont réalisé un travail remarquable avec cette réédition qui en bonus a rajouté quelques couvertures originales et quelques variations dessinées en toute fin d'ouvrage. Les dessins et planches sont superbes et les pages se tournent toutes seules.

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On retrouve des thématiques courantes dans les genres abordées: les failles de la nature humaine et leur conséquences parfois dramatiques. Seule l'innocence de jeunes enfants sort du lot, les adultes étant souvent trompés par leurs instincts, leurs désirs et leur avarice. Le syndrome de l'arroseur arrosé est donc très souvent présent mêlant des sentiments variés comme la peur et l'angoisse, l’espérance et la chute, l'amour et la détestation (de belles séances de vengeance bien hard boiled par moment) et une certaine mélancolie liée d'existentialisme qui transparaît de ci de là et permet de réfléchir à l'occasion sur nous et notre nature profonde.

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On passe aussi un bon moment quand on est amateur de créatures diverses et variées y compris de belles nanas bien poumonées sans pour autant tomber dans le voyeurisme ou le misogyne. Tout le monde en prend pour son grade dans ce volume: femmes / hommes, riches / pauvres, jeunes / vieux… n'importe qui peut se révéler faux et/ou fourbe face à des situations sortant de l’ordinaire. J'ai trouvé aussi qu'il y avait un bon équilibre entre les récits originaux qui sont suffisamment travaillés pour ne pas souffrir de la comparaison avec les adaptations effectuées à partir de matériaux prestigieux situés plus haut.

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On passe donc un excellent moment en compagnie de Corben et tout amateur se doit d'avoir parcouru cet ouvrage à la fois dense et d'une grande beauté. Un must dans le genre!

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mercredi 6 août 2014

Eerie & Creepy présentent "Richard Corben Vol.1"

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Présentation: Richard Corben est un maître incontesté du neuvième art et de l'illustration fantastique, reconnu aux quatre coins de la planète BD. Dès ses débuts pour Warren Publishing, son style unique le distinguait radicalement de ses pairs. Entre 1970 et 1978, il a illustré plus de quarante histoires, en grande majorité publiées dans les magazines Eerie et Creepy, les titres phares de l'éditeur.

Le présent ouvrage est le premier des deux volumes d'une édition intégrale consacrée à cette période fondatrice de son œuvre.

La critique de Mr K: Mille mercis au Label Delirium pour ce premier volume de rééditions consacrées à Richard Corben dans sa première période. Ils avaient déjà fait du très bon boulot de dépoussiérage avec les deux volumes de Creepy que j'avais acquis et chroniqués ici même. Avec "Richard Corben", on touche au sublime avec un artiste hors norme que j'admire entre tous. Pour moi c'est le best du best dans le genre horreur et SF depuis mes lectures passionnées de Nuits blèmes, Fils du monde ou encore Rolf (ouvrages lus il y a longtemps donc non chroniqués et vu leur prix sur les sites, je crois que je vais passer mon tour...).

Ici il s'agissait donc pour les éditeurs de présenter l'œuvre de Corben lorsqu'il collaborait aux magazines Eerie et Creepy. On a donc affaire à des récits courts du type nouvelles à chute dans les domaines de l'horreur, du fantastique, du polar ou encore de la SF. Dans ce volume 1, vous retrouverez 32 historiettes toutes plus étranges les unes que les autres et d'une beauté mortifère dans leur exécution. Tour à tour, vous suivrez notamment une reine froide et avide dans sa quête de la jeunesse éternelle, un apprenti bibliothécaire confronté à des créatures voraces en terme de lecture, un grand patron dont l'avarice sera puni au centuple, un mort-vivant SDF qui se nourrit de la haine des gens, un amateur de magie vaudou, un loup garou un peu trop aventureux, un père-noël serial killer, un jeune garçon qui fuit la réalité en explorant ses rêves, une momie malicieuse... Vous l'avez compris, il y a de quoi faire! Pour éviter d'avaler le présent volume en une nuit, je me suis imposé une règle drastique: pas plus de trois histoires par soir pour prolonger le plaisir! Je m'y suis tenu bon gré mal gré et au final, ce ne fut que du bonheur!

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Tout d'abord, quelque soit le récit, on retrouve toujours une réflexion sur le genre humain tournant autour des notions de besoin et de désir avec évidemment à chaque fois un dérapage qui se termine mal! J'aime beaucoup ce mélange de psychologie humaine, de fatum inéluctable et de châtiment à la mesure du crime. On baigne constamment entre surprise, angoisse, horreur et on en redemande! N'y voyez pas un besoin sadique irrépressible mais plutôt un plaisir coupable et délectable à souhait. Le genre veut que les personnages soient plutôt caricaturaux, en exagérant le trait on peut marquer davantage l'aspect "moral" de certaines historiettes et c'est là que je trouve que Corben se détache du lot. Dans un nombre important des récits proposés dans ce volume, on navigue entre le bien et le mal sans réellement de repères auxquels se raccrocher, cela donne aux histoires une densité nettement supérieure à la moyenne et une force émotionnelle vraiment troublante, la trilogie Enfant présentée en toute fin de volume est un modèle du genre dans une variation autour du mythe de Frankenstein et de sa créature.

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Visuellement, cet ouvrage est une gigantesque claque esthétique. On retrouve le génie du dessin entre récits noir et blanc et des plus récents en couleur. Artiste polyvalent (il lui arrive d'écrire les scénarios) venu de l'animation, il n'a pas son pareil pour représenter des personnages tortueux et des univers à la Lovecraft ou à la Poe. Unique dans son coup de crayon, inventif dans la représentation de l'action, des personnages au style singulier que l'on reconnaît de suite, autant d'ingrédients qui font rentrer ce volume dans mon panthéon personnel de la BD. J'ai bien fait de me réguler avant d'entamer ma lecture, m'est avis qu'il n'aurait pas tenu longtemps malgré ses 175 pages!

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Au final, ce fut une lecture remarquable entre BD, roman graphique (trois histoires sont liées) et adaptation de classiques de la littérature fantastique. Agréable, soignée et fidèle aux œuvres originale, cette réédition est vraiment de grande qualité et conviendra à tous les amateurs du genre!

Posté par Mr K à 18:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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