lundi 14 juillet 2014

"Un long moment de silence" de Paul Colize

un long moment de silenceL'histoire: 2012. A la fin de l'émission où il est invité pour son livre "Tuerie au Caire", un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu'il croyait savoir.
1948. Nathant Katz, un jeune juif rescapé des camps, arrive à New-York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine.
Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer?

La critique Nelfesque: "Un long moment de silence" de Paul Colize m'a été conseillé par une copine blogueuse en qui j'ai une confiance aveugle. Quand on s'accorde sur 95% de nos avis littéraires mais aussi que l'on trouve des similitudes dans nos vies respectives de tous les jours, on commence à croire en l'existence de la notion d'âmes soeurs. Petit clin d'oeil en fin de billet.

Ceux qui suivent nos aventures au Capharnaüm éclairé depuis longtemps connaissent ma passion immodérée pour la seconde guerre mondiale. J'aime particulièrement me plonger dans des romans / essais / témoignages de cette époque. Quand Colize me propose d'allier cet intérêt à mon amour des thrillers, je deviens "la femme qui ne sait pas dire non".

Dès les premières pages, l'auteur sait alpaguer son lecteur et ne plus le lâcher jusqu'à la fin de l'ouvrage. L'écriture est plaisante, le style est simple et va à l'essentiel et le personnage principal de 2012 a un je ne sais quoi d'antipathique et intrigant qui n'est pas pour me déplaire.

Disons le tout net: Stanislas est un con fini. Misogyne, petit chef, arrogant et cynique, il n'en est pas moins un homme qui va au fond des choses. Il vient tout juste de terminer l'écriture de son roman consacré à la tuerie du Caire, où son père a trouvé la mort en 54, et est en pleine période promo pour la sortie de son roman. Arrivé à une conclusion sur cette affaire, il n'hésite pas à se replonger dans ses fiches et mener une nouvelle enquête lorsque de nouvelles pistes pointent à l'horizon. Remettant alors en cause ses recherches passées, il fait fit de ses convictions personnelles et va entamer une nouvelle quête : celle de ses racines. J'ai particulièrement aimé cette façon d'être, cette envie de connaître la vérité quoi qu'il en coûte, ce besoin de mettre un mot sur ses doutes quitte à chambouler sa vie.

Dans sa démarche, il sera secondé par Laura Bellini, une traductrice parlant couramment plusieurs langues. En femme moderne, sûre d'elle et ayant de la répartie, son travail ne sera pas de tout repos avec un homme qui exige d'elle une disponibilité permanente et un dévouement total. Il lui faudra bien du courage et beaucoup de dérision pour faire face au harcèlement moral et sexuel quasi permanent que lui impose son patron. La relation entre Laura et Stanilas permet de dédramatiser l'ensemble de l'oeuvre comme une soupape nécessaire au lecteur pour poursuivre sa lecture semée d'horreurs.

Ensemble, ils vont remonter le temps et Colize emmène alors ses lecteurs dans une enquête palpitante où toutes les émotions les traverseront. Qui est qui? Qui fait quoi? A qui pouvons-nous réellement faire confiance? Dans cette époque troublée que fut la seconde guerre mondiale, le lecteur s'interroge sur ce que cachent les apparences. Aveuglé par un amour filiale, ce pourrait-il que Stanislas ait fait fausse route depuis le début? La réponse à cette question est loin d'être évidente et je vous encourage à découvrir ce roman pour élucider le mystère.

Parallèlement à cette enquête, nous suivons l'histoire de Nathan à la sortie de la guerre. Qui est cet homme? Quel lien a-t'il avec l'histoire qui intéresse Stanislas en 2012? Le lecteur s'attache tout de suite à ce personnage. Rescapé des camps de concentration, ayant perdu une partie de sa famille dans le génocide, d'emblée l'empathie l'emporte. Alors qu'il commence une nouvelle vie, loin de l'horreur de ce qu'il vient de vivre, un groupe se faisant appelé "Le Chat" va entrer en contact avec lui et lui proposer d'intégrer ses rangs pour rétablir la justice.

Colize nous plonge ici dans un réseau de "chasseurs de nazi" qui enquête sur les criminels de guerre exfiltrés d'Allemagne à la fin de cette dernière, ayant changé d'identité et vivant une nouvelle vie en occultant la précédente et les horreurs perpétrées. Le Chat est très bien organisé. Chacun a un rôle bien déterminé dans l'organisation. Après une période de formation, Nathan va devenir membre d'un service de renseignement, traquant les anciens nazis, les suivant sur une période donnée dans leur vie quotidienne, notant tout leur faits et gestes, leurs habitudes, leurs horaires ... afin que d'autres membres puissent monter une dernière exfiltration pour eux. Cette fois ci pour un endroit d'où ils ne reviendront jamais...

Ce roman pose pas mal de questions dérangeantes notamment sur les notions de vengeance, de justice et de légitimité. De part ses personnages, vivant chacun l'expérience avec leur propre ressenti, le pardon revient souvent dans ces pages. Mais quel pardon peut-il être accordé à des hommes ayant des convictions nazis profondes jusqu'à la dernière minute de leur vie? La scène où Nathan doit répondre à cette question à l'âge où seul l'insouciance devrait être de mise est particulièrement dérangeante. Une pause dans la lecture s'impose alors pour digérer toute l'atrocité du monde.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage à la fois pour son histoire passionnante et addictive que pour les questions qu'il soulèvent et qui malheureusement n'ont pas de réponses précises et indiscutables. Un roman poignant écrit avec brio.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture ainsi qu'à ma copinaute faurelix pour m'avoir vivement conseillé de la suivre dans cette aventure.

Posté par Nelfe à 17:31 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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