lundi 3 novembre 2014

"Celle qui a tous les dons" de M. R. Carey

celle-qui-a-tous-les-donsL'histoire: Chaque matin, Mélanie attend dans sa cellule qu'on l'emmène en cours. Quand on vient la chercher, le sergent Parks garde son arme braquée sur elle pendant que deux gardes la sanglent sur le fauteuil roulant.
Elle dit en plaisantant qu'elle ne les mordra pas.
Mais ça ne les fait pas rire.
Mélanie est une petite fille très particulière...

La critique de Mr K: Beau résumé mystérieux que cette quatrième de couverture qui m'a intrigué dès sa prise de connaissance. Dommage que les éditions Atalante se soient senties obligées de faire référence à The Walking Dead en citant une critique anglaise, sans cela je n'aurai pas de suite su qu'il s'agissait d'un écrit post-apocalyptique mettant en scène des créatures très à la mode ces temps ci: les zombies. Cependant comme je vais le dire plus tard, on varie autour de ce thème avec cette histoire. Je vous rassure ce n'est pas un véritable spoiler, on s'en rend compte vraiment au bout de quarante pages donc pas de soucis!

Mélanie est donc une étrange petite fille. Enfermée dans une cellule d'une base ultra-secrète menant des expériences, elle et d'autres enfants suivent des cours d'éveil dispensés notamment par la très gentille mademoiselle Justineau pour qui l'héroïne a une grande affection. Son quotidien routinier se partage entre ces séances d'apprentissage qui lui plaisent énormément et des conditions de vie rudes, millimétrées et encadrées par des militaires revêches qui ne la considère pas comme un être humain (le passage à la douche, les repas). Très vite, on se rend compte qu'elle n'est pas vraiment ce qu'elle paraît être, cependant elle réfléchit et ressent les choses comme n'importe quel enfant de son âge. Au détour de conversations entendues par hasard, elle apprend que le monde comme il existait auparavant a disparu. Lors d'une attaque de la base par les Cureurs, elle va avoir l'occasion de l'explorer en compagnie d'une poignée de survivants...

Mon avis est mitigé face à cette production. Je l'ai lu très vite, l'auteur ayant une belle plume et s'amusant à chaque chapitre à changer de point de vue et de personnage témoin des scènes narrées. C'est l'occasion de lever le voile sur les tenants et les aboutissants d'un monde à jamais changé sous des regards différents et permet d'avoir une vision ultra complète du contexte et de la réalité entr'aperçue par l'héroïne. Justement, le point fort de ce roman c'est elle! C'est la première fois qu'un artiste aborde la notion de zombie sous cette forme. Cet être mi mort mi vivant est ici doué de raison et malgré une faim de chair humaine difficilement gérable, elle aime / déteste et tente de vivre comme tout à chacun. C'est fait ici avec finesse et élégance, sans outrance ni caricature contrairement à d'autres éléments dont je parlerai juste après. J'ai aussi beaucoup aimé l'approche scientifique de ce mal qui détruit l'humanité. Oubliez toutes les invasions de morts-vivant déjà lues ou vues, ici on est dans des causes tout à fait différentes et vraiment intéressantes pour le coup. On lorgne davantage vers L'Invasion des profanateurs que du côté des mythiques films de Roméro. Le rythme est haletant et l'on ne s'ennuie pas vraiment sans pour autant se passionner.

Le gros défaut c'est le manque d'originalité dans le déroulé de l'histoire et dans la caractérisation des personnages. Ceux-ci ne sont que des caricatures vus et revus dans quantités de livres, hormis Mélanie, on retrouve une scientifique prête à tout pour réussir, un militaire bourru qui s'avère être un bon gars, une jeune institutrice à l'instinct maternel sur-développé, des pilleurs type Mad Max pas gentils du tout et des Affams des plus terrifiants (les fameuses créatures voraces!). Mais passons, on peut pardonner cela, les archétypes sont aussi à la base de très bonnes histoires de série B. Malheureusement, on n'est pas surpris une seule fois durant cette lecture. Toutes les péripéties s'enchaînent rapidement mais sans saveur réelle. On s'attend à tout et finalement, on avance constamment en terrain connu. C'est cousu de fil blanc et quand on aime être surpris en littérature comme moi, on ne peut qu'être déçu. La faute sans doute aussi au genre zombiesque qui est très codifié (la survie, l'angoisse, le côté paranoïaque, le nécessaire retranchement, la notion de sacrifice, la fin de l'humanité etc...) et qui décidément à mes yeux s'accommode peu au genre littéraire. Ainsi, quand survient la fin, les habitués du genre ne seront pas surpris et resteront quelque peu frustrés malgré je le répète une lecture aisée et plutôt agréable.

Au final, ce livre s'apparente à une lecture d'été, une expérience détente et vide neurone sans réel fond intéressant mais à l'efficacité de page-turner indéniable. L'aventure de Mélanie saura trouver son public sans doute, mais chez les moins expérimentés niveau lecture et les plus jeunes dans le domaine tant il ne contient pas une once d'originalité sauf dans les deux points soulevés précédemment.

À chacun de tenter l'expérience si le cœur lui en dit...

Posté par Mr K à 19:26 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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