jeudi 13 avril 2017

"Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits" de Salman Rushdie

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L'histoire : Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir.

Venue une première fois sur terre au XIIème siècle, Dunia, princesse jinnia de la Foudre, s’est éprise d’Ibn Rushd (alias Averroès), auquel elle a donné une innombrable descendance dotée de l’ADN des jinns. Lors de son second voyage, neuf siècles plus tard, non seulement son bien-aimé n’est plus que poussière mais les jinns obscurs, prosélytes du lointain radicalisme religieux de Ghazali, ont décidé d’asservir la terre une fois pour toutes. Pour assurer la victoire de la lumière sur l’ombre dans la guerre épique qu’elle va mener contre les visées coercitives de ses cruels semblables, Dunia s’adjoint le concours de quatre de ses rejetons et réactive leurs inconscients pouvoirs magiques, afin que, pendant mille et une nuits (soit : deux ans, huit mois et vingt-huit nuits), ils l’aident à faire pièce aux menées d’un ennemi répandant les fléaux du fanatisme, de la corruption, du terrorisme et du dérèglement climatique

La critique de Mr K : Une sacrée lecture que cet ouvrage de Salman Rushdie paru l’année dernière en France et que j’avais laissé échapper à mon attention. Heureusement, Noël est passé par là et le père Noël m’a permis de rattraper cet oubli ! Bien que âpre (il m’a fallu huit jours pour en venir à bout), on peut dire qu’on se trouve face à une lecture inoubliable entre érudition, récit polymorphe et critique acerbe de notre triste monde contemporain. Attention cependant, c’est un livre exigeant, qui mérite que le lecteur s’y attarde pour se laisser prendre au jeu. Si vous êtes plutôt un lecteur recherchant la légèreté et le easy-reading, passez votre chemin.

Ça faisait un petit bout de temps que je n’avais pas fréquenté cet auteur malgré deux autres volumes présents dans ma PAL et en attente que mon choix s’arrête sur eux (oui je sais, je suis cruel mais j’assume !). Dans mes lectures, j’avais notamment adoré Haroun et la mer des histoires, La Terre sous ses pieds et le fameux Les Versets sataniques qui ont tant exaspéré les intégristes de tout poil qui comme chacun sait manquent désespérément d’humour et de goût en terme de littérature. Ouvrir un volume de cet auteur, c’est la promesse d’aller à la rencontre d’un écrit foisonnant, à la langue chargée de sens et incroyablement riche. C’est aussi une invitation au voyage d’une rare force avec un discours épris d’humour, d’humanisme et de sagesse.

Par bien des aspects, cet ouvrage s’apparente à un récit de fin du monde, ce qui est loin de me déplaire. Une porte s’est ouverte entre le monde des jinns et celui des humains. Ces créatures divines s’amusent alors à visiter notre monde entre aventures amoureuses pour la princesse de la foudre et destructions massives pour les jinns obscurs qui laissent libre cours à leur déviance et leur volonté de semer la mort et la désolation. Difficile de vraiment résumer l’histoire tant elle s’apparente à un récit à tiroir sur fond d’apocalypse inéluctable. Sachez simplement qu’on retrouve pêle-mêle une très belle histoire d’amour qui transcende les siècles et les personnes, une lutte sans merci entre amis de longues dates, un récit mythologique cuisiné à la sauce moderne et humoristique de Rushdie et en filigrane une belle réflexion sur le genre humain et ses dérives.

C’est parfois difficile de s’y retrouver en début de lecture tant les événements et personnages semblent désordonnés et sans réelles relations sensibles pendant les 80 premières pages. Problème de temporalité, de mise en lien et beaucoup de questions restent en suspens. C’est dérangeant et troublant à la fois, il faut s’accrocher vraiment pour poursuivre sa lecture. Surtout, il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, de laisser s’échapper le sens un temps, tout en profitant au maximum du style versatile et brillant d’un auteur en état de grâce. Il faut alors se contenter de parcelles d’existence, de va-et-vient constants entre humanité et monde mystique sans pour autant pouvoir appréhender la suite. Mais déjà, on soupçonne qu’un projet plus grand va émerger et ce n’est pas pour rien que les portraits, descriptions et autres digressions sont légions. Il y a la matière du livre en elle-même mais il y a aussi le discours que veut faire passer Salman Rushdie. Il n’hésite pas ainsi à s’écarter du récit principal pour nous interpeller sur les jeux de pouvoir, les extrémismes ou tout simplement sur la nature réelle de l’amour. J’ai rarement lu un texte aussi pointu et complet que celui-ci.

Rassurez-vous, au bout d’une petite centaine de pages, l’action progresse et ne s’arrêtera plus malgré quelques passages de verbiage à la Rushdie qui continuent d’égrainer ici et là l’histoire, la complétant et l’enrichissant considérablement. Du lien se crée entre les personnages, les références énoncées précédemment par l’auteur s’entremêlent pour donner un ensemble cohérent, d’une grande justesse et surtout d’une puissance évocatrice hors-norme. Le lecteur se détend, rentre complètement dans ce projet d’écriture et bénéficie d’un récit maîtrisé et entraînant comme jamais. Impossible de relâcher le volume dans ses conditions tant l’envoûtement est total entre langue novatrice et histoire surprenante. Cela vaut vraiment le coup de dépasser ses difficultés premières pour toucher ce que Rabelais appelait la substantifique moelle. Quand j'ai refermé Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, je vous avoue que je n’étais pas loin de l’illumination tant le sous-texte et certains personnages m’ont touché, ému et au final remué.

Rolls-Royce de la littérature, Salman Rushdie livre ici un ouvrage total, sans concession et d’une grande profondeur. Ce roman à l'écriture ciselée, à l’image de l’histoire et des personnages, est à découvrir absolument pour les plus courageux d’entre vous et les fans du maître car voici un roman qui compte et comptera longtemps dans la littérature. Une expérience inouïe.

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dimanche 22 janvier 2017

Premier craquage de PAL 2017 !

Il fallait bien que ça arrive un jour... voici le traditionnel premier post d'acquisition du Capharnaüm éclairé de l'année 2017! Vous connaissez notre amour des livres de seconde main, ces occasions en or que l'on trouve au détour d'un étal ou d'un bac. Comme vous allez pouvoir le constater, l'année débute pas mal du tout avec 14 ouvrages collectés qui vont rejoindre nos PAL respectives.

Acquisitions ensemble 2

Leurs origines sont diverses certains venant de notre abbé préféré, d'autres de boîtes à livres du secteur ou encore de magasins de revente. Il y en a pour tous les goûts mais ce qui ne change pas par contre, c'est qu'une fois de plus je bats Nelfe à plat de couture en terme de plombage de PAL. Mais à ce jeu là, vous savez que je suis redoutable... Voici par le menu, les nouveaux livres adoptés !

Acquisition 1

On commence avec quelques auteurs "classiques" que j'affectionne tout particulièrement entre retrouvailles et relecture.

- Premier de cordée de Roger Frison-Roche. Il s'agira pour moi d'une relecture car c'est un livre que j'avais découvert et dévoré en 6ème lors d'un atelier lecture avec ma prof de français. J'ai hâte de retrouver les grands espaces, la nature magnifiée et les destins contrariés d'une famille attachée à la montagne. Madeleine de Proust quand tu nous tiens !

- L'Arrache coeur de Boris Vian. Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler et que je n'ai toujours pas lu. Vian étant un auteur que j'apprécie (surtout L'Automne à Pékin et le génialissime L'Écume des jours), je vais tenter l'aventure de cette lecture qui s'annonce sombre dans une étude sans concession de nos travers.

- La Symphonie pastorale d'André Gide. Aaaah Gide ! Comment oublier Les Nourritures terrestres, un livre qui m'avait laissé pantois. Avec ce titre, il explore le mythe de l'enfant sauvage en le doublant d'amour contrarié. J'espère retrouver la sensibilité à fleur de mot de l'auteur et son écriture si envoûtante.

Acquisition 2

Ma PAL côté policier / polar / suspens baissait dangereusement (comprendre plus que 30 unités livresques -sic-), nos errances de janvier m'ont permis d'attraper ces trois titres :

- La Nuit est sale de Dan Kavanagh. Un volume "série noire" de plus dans ma PAL avec une sombre histoire de flic mis au placard qui va s'attaquer à du gros gibier en plein quartier de Soho à l'ombre. Nulle place pour l'espoir à priori avec ce roman d'un auteur que je ne connais pas mais dont la quatrième de couverture m'a attiré de suite. Wait and read...

- L'Ile des morts de P.D. James. Un riche excentrique invite dans son château victorien isolé sur une île des amis à lui. Les réjouissances ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu, la mort s'étant invitée aussi. Là encore, c'est un coup de poker que cette acquisition dont le résumé m'a fait beaucoup penser au livre de Guillaume Chérel paru chez Mirobole en septembre dernier mais à priori en bien moins drôle... Qui lira, verra !

- La Princesse noire de Serge Brussolo. Impossible pour moi de dire non à cet auteur qui m'a procuré tant de plaisir de lecture. Ce Brussolo ci est un thriller médiéval faisant la part belle au mystère et aux croyances de l'époque dans un vieux château cachant bien des secrets dans ses entrailles... Hâte de voir de quoi il en retourne !

Acquisition 3

Pour continuer, un peu de SF histoire de bien exploser ma PAL de ce côté ci !

- L'Agonie des ténèbres de George R.R. Martin. Il s'agit d'un ouvrage de jeunesse de l'auteur devenu culte avec sa saga du Trône de fer. À classer dans le space opéra mâtiné d'aventure, un homme va se rendre sur une planète inconnue pour délivrer son ex-amante aux prises avec des ravisseurs aux codes tribaux inflexibles. Une expérience SF satisfaisante avec cet auteur (Chanson pour Lya) me donne bonne espoir pour cette future lecture.

- L'Oreille interne de Robert Silverberg. Un de mes auteurs SF favori a de nouveau croisé ma route avec ce roman considéré comme un de ses meilleurs. Un homme télépathe affronte ses démons intérieurs dans un récit mélancolique non dénué d'humour et j'imagine un soin tout particulier apporté à la psychologie des personnages, le point fort de Silverberg avec son écriture hors norme. Ce titre ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- La Mort blanche de Frank Herbert. Un roman terrible selon les avis que j'ai pu lire, un livre traitant de souffrance totale ou comment un homme ayant tout perdu va devenir irrémédiablement fou et possédé par la vengeance en fabricant un virus biologique exterminateur. On ne présente plus l'auteur (Dune, ça vous dit quelque chose ?) et ce livre sur le terrorisme absolu promet beaucoup. Là encore, je ne traînerai pas pour le lire.

Acquisition 4

Deux brochés pour terminer ma sélection avant de passer la main à ma chère Nelfe:

- Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Théodore Roszak. Décidément, je ne sors plus du mythe de Frankenstein en ce moment ! Mais je ne pouvais décemment pas résister, adorant cet auteur atypique, conteur hors pair maniant le suspens avec maestria. L'héroïne qui donne son titre au livre est recueilli par la célèbre famille et va être initiée à l'alchimie, l'occultisme et la science. On nous promet une folle histoire romanesque, gothique et féministe. Je trépigne d'impatience !

- Anansi boys de Neil Gaiman. Encore un auteur que j'adore, on retrouve ici l'univers d'American Gods dans un livre que l'auteur décrit comme une épopée magico-horrifico-thrillo-fantastico-romantico-comico familiale. Je ne sais pas pour vous mais moi ça me suffit pour foncer dessus ! La chronique viendra assez vite je pense...

Acquisition 5

Place aux trois ouvrages dégotés par Nelfe !

- Fatales, ouvrage collectif. Pour une raison très simple : Actes noirs ! J'ai fait tant de belles lectures dans cette collection que ce petit recueil ne pouvait qu'atterrir dans ma PAL. D'autant plus que l'on compte ici Camilla Läckberg parmi les auteurs ici présents !

- Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista. Parce que Benacquista est quand même un putain d'auteur ! Entre Malavita et Saga, mon coeur ne balance pas, j'aime tout !

- Africa Trek 1 de Sonia et Alexandre Poussin. Parce qu'en ce moment j'aime beaucoup lire des récits de voyages / d'expériences (à défaut de pouvoir les faire moi-même). Mon dernier en date, Dans les forêts de Sibérie (dont il faut que je vous parle dans un prochain article). Ici on change complètement de paysage et de météo mais l'expérience reste incroyable. Traverser l'Afrique à pied !

Voili voilou ! Un bon butin, non ? On commence l'année 2017 sur les chapeaux de roue, reste à trouver le temps de lire tout cela et d'essayer de faire baisser nos PAL. Je vous l'accorde, il y a pire comme obligations...

mardi 20 décembre 2016

"L'Enfant allemand" de Camilla Läckberg

L'Enfant allemandL'histoire : La jeune Erica Falck a déjà une longue expérience du crime. Quant à Patrik Hedström, l'inspecteur qu'elle vient d'épouser, il a échappé de peu à la mort, et tous deux savent que le mal peut surgir n'importe où, qu'il se tapit peut-être en chacun de nous, et que la duplicité humaine, loin de représenter l'exception, constitue sans doute la règle. Tandis qu'elle entreprend des recherches sur cette mère qu'elle regrette de ne pas avoir mieux connue et dont elle n'a jamais vraiment compris la froideur, Erica découvre, en fouillant son grenier, les carnets d'un journal intime et, enveloppée dans une petite brassière maculée de sang, une ancienne médaille ornée d'une croix gammée. Pourquoi sa mère, qui avait laissé si peu de choses, avait-elle conservé un tel objet ? Voulant en savoir plus, elle entre en contact avec un vieux professeur d'histoire à la retraite. L'homme a un comportement bizarre et se montre élusif. Deux jours plus tard, il est sauvagement assassiné...

La critique Nelfesque : Me voici arrivée au 5ème volet de la saga Erica Falck et Patrik Hedström. Pour ceux qui ne connaissent pas cette série de Camilla Läckberg, je vous encourage à commencer votre lecture par le premier volet "La Princesse des glaces". Chaque ouvrage contient une enquête avec sa résolution mais l'intérêt de lire l'intégralité réside dans la sphère privée des personnages principaux et secondaires. Ainsi de tome en tome, le lecteur s'attache à eux et retrouve presque des amis à chaque nouvelle lecture.

Mais attardons-nous un peu plus ici sur "L'Enfant allemand". Pour tout vous dire, c'est pour celui-ci que j'ai commencé à lire Camilla Läckberg. Je l'avais remarqué lors de sa sortie (et oui, la seconde guerre mondiale me fait découvrir bon nombre d'auteurs...) mais suivant le même conseil que je vous ai donné plus haut, il m'a fallu de la patience avant d'arriver au tome tant convoité. J'ai tellement aimé le chemin parcouru que tout ceci s'est fait sans traumatisme et le jour de la découverte de "L'Enfant allemand" était enfin là !

Ici, Erica va se pencher sur le passé de sa mère. Cette dernière ayant récemment disparue, notre célèbre journaliste va trouver dans ses affaires une mystérieuse layette couverte de sang et une médaille militaire allemande. Que font ses objets dans ses affaires ? Que représentent-ils ? Sa mère n'ayant jamais parlé de ses jeunes années, c'est dans une enquête concernant ses racines qu'Erica va se plonger corps et âme.

Étrangement, la personne à qui Erica a confié sa médaille pour expertise est retrouvée assassinée à son domicile, quelques mois après le meurtre, par deux adolescents, fascinés par les objets qu'il possédait et entrés par effraction dans sa maison. C'est ainsi qu'enquête policière et enquête personnelle vont se télescoper et les avancées des uns feront le bonheur des autres.

Nous alternons ici entre enquête actuelle sur le meurtre du professeur à la retraite et flash-back dans la vie d'Elsy. Par le biais de journaux intimes qu'Erica compulse, le lecteur plonge dans l'adolescence de sa mère à l'époque de la seconde guerre mondiale. Cette partie m'a, vous vous en doutez, passionnée. S'imprégner de l'ambiance en Suède et en Norvège à ce moment là était vraiment très intéressant et aborder l'Histoire sous cette forme m'a donné envie de creuser plus en profondeur ce volet ci de ce conflit mondial pour ma culture personnelle. Je ne savais que très peu de choses sur la façon dont les pays nordiques avaient vécu ce moment de l'Histoire et bien que nous retrouvions ici les mêmes résistants et collaborateurs qu'ailleurs, les choix politiques de ces deux pays sont intéressants à étudier.

Deux époques différentes donc, trois générations, mais toujours les mêmes problématiques. C'est ainsi que Camilla Läckberg évoque entre autres des thématiques fortes telles que le racisme, la tolérance ou l'homosexualité. En 1945 et en 2011, les mentalités ont globalement évoluées mais certains groupuscules extrémistes restent sur leurs idées de protectionnisme d'un autre âge et sur leurs convictions xénophobes nauséabondes. "L'Enfant allemand" est donc doublement captivant et émouvant car les deux histoires se déroulant en parallèle sont chacune à leur manière passionnante et cruelle. Le lecteur souhaitant autant savoir le fin mot de l'histoire pour Elsy que pour Erica et Patrik, l'auteure a su remarquablement équilibrer son récit et offrir autant de suspense et de tension à ces deux volets d'une histoire commune.

Le lecteur est une fois de plus pris au piège par la plume de Camilla Läckberg qui, en plus de nous servir un roman saisissant, nous charme toujours en douceur avec ses personnages que l'on continue de découvrir et d'aimer. A eux se rajoutent ici de nouvelles têtes qui viennent faire évoluer le destin de certains protagonistes et donnent à voir de futures évolutions possibles amusantes et douces. Le rythme est lent encore une fois, on s'attache aux personnages tout doucement, comme dans la vie. Camilla Läckberg n'est pas adepte du suspens effréné et du page turner. Ici, les choses prennent tout leur temps pour se mettre en place. On aime ou on déteste mais il faut tester pour en avoir le coeur net. Vous l'aurez compris, je vous encourage à le faire et, de mon côté, je poursuis tranquillement ma route sur les 9 tomes que comptent pour l'instant cette fresque sur l'île de Fjällbacka...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"

vendredi 21 octobre 2016

"Voix sans issue" de Céline Curiol

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L’histoire : Elle est jeune, elle vit à Paris et travaille à la gare du Nord. Invisible, elle annonce l'arrivée des trains, les horaires, les départs et les voies, accompagne l'éloignement, la séparation ou l'espoir. Seule elle rentre chez elle, elle attend l'appel de l'homme qu'elle aime. Un soir d'ivresse, ils se sont embrassés, mais l'homme est amoureux d'un Ange, une créature ineffaçable.

Seule elle quitte son appartement pour tuer le temps dans les rues de la ville, dans ces quartiers dangereux à la nuit tombée, ces boîtes et ces cafés où la beauté est encombrante. Car la jeune femme vit là, attentive, sensible à cette réalité urbaine. Elle ne se dérobe pas, elle convoque le hasard et la sincérité comme on joue au poker. Juste pour voir, pour entendre le réel, être présente au monde. Lentement elle interpelle celui qu'elle aime. Lentement il vient vers elle.

La critique de Mr K : Lecture différente pour moi avec ce roman qui m’a attiré lors d’un désherbage de médiathèque à Lorient. Il se dégageait de la quatrième de couverture de Voix sans issue une ambiance crépusculaire et hypnotique qui m’a poussé à acquérir le volume. Grand bien m’en a pris car après des débuts difficiles, le roman explose littéralement et donne à voir des sommets insoupçonnés d’introspection et un personnage attachant comme jamais. Un mini coup de cœur !

La narratrice n’a pas de nom, on ne sait pas grand-chose d’elle si ce n’est qu’elle est la voix des voies, Gare du Nord à Paris. Elle a rencontré un homme lors d’une soirée entre amis, il est déjà pris mais ils se sont embrassés lors d’un acte manqué. Depuis, elle ne fait que penser à lui, le croise et le recroise, et peu à peu un lien ténu se crée au sein d’une existence désolée et quasi vide de sens. Ce livre nous décrit les journées qui passent, les atermoiements et les rencontres que peut faire cette héroïne atypique et recroquevillée sur elle-même. S’en sortira-t-elle ? Bousculera-t-elle son existence bien réglée pour sortir de sa zone de confort ? Finira-t-elle par conquérir l’être aimé ? C’est un peu à toutes ces questions et bien d’autres que Céline Curiol formule un livre-somme d’une rare intensité tout au long de ces 245 pages.

L’héroïne est donc au centre de tout dans ce récit écrit à la troisième personne du singulier qui impose d’emblée une distanciation avec le sujet que l’on lit. Cela n’empêche pas de rentrer au plus profond de cet être meurtri par l’existence. Vivant sans passion, on sent bien qu’elle a un poids sur l’âme et le cœur. Elle traverse les journées sans envie, traînant sa nonchalance et un certain mal de vivre. De menus flashbacks font penser qu’un acte horrible s’est déroulé dans son adolescence et qu’il a conditionné la suite. Assez isolée, elle a quelques rares amis et ne semble plus avoir de liens familiaux. Et il y a lui, cet homme au magnétisme immédiat, son coup de foudre, celui qui pour une fois réussit à la faire vibrer et éprouver autre chose que de l’indifférence ou de la simple sympathie. Mais ce n’est pas aisé de se livrer, de passer le cap surtout quand on se déprécie comme elle.

Et pourtant elle a des qualités certaines notamment dans l’écoute et l’empathie qu’elle éprouve au gré de quelques rencontres qui nous sont rapportées entre les phases où elle croise celui qu’elle pense être l’homme de sa vie. Cela donne lieu à quelques séquence tantôt attendrissantes, tantôt ubuesques voir surréalistes : la rencontre de Momo et le tirage de pétard dans son appartement, le peintre qui voit en elle un modèle de beauté, le dragueur impénitent qui veut la mettre dans son lit... malgré la tension ou le dérangement que peut procurer de telles rencontres, la narratrice se plie au jeu de la conversation voir de la séduction parfois. Il suffirait finalement d’un rien pour que son être bascule, que les yeux de l’aveugle s’ouvrent et contemplent son réel reflet dans le miroir.

Céline Curiol nous invite donc à suivre la trajectoire de cette femme déglinguée mais qui pourtant ne s’apitoie pas et a plutôt tendance à se renfermer dans un certain fatalisme. Réaliste au possible, ce portrait est d’une beauté troublante et dérangeante. D’ailleurs, les débuts sont difficiles, il faut s’accrocher à ces paragraphes sans dialogues, tournés vers l’héroïne, poussant la description au maximum, tranchant dans le vif et s’enfonçant au plus profond du personnage. Mais une fois l’habitude prise, on se rend compte qu’on est face à un sacré tour de force et à un texte d’une rigueur et d’une profondeur extrême qui captive le lecteur jusqu’au bout. On n’en ressort pas tout à fait indemne et curieusement on en redemanderait presque !

Une sacrée belle lecture que je ne peux que conseiller à tout ceux qui apprécient la littérature quand elle se révèle être parfois un reflet de l’âme. Un petit bijou !

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samedi 17 septembre 2016

Chasse aux livres à domicile !

Le week-end dernier c'était au tour de la médiathèque de notre commune de procéder au désherbage de ses rayonnages. Pour ma part, je n'étais pas optimiste quant à la possibilité de trouver des titres qui me tenteraient vu le caractère "rural" de notre lieu de villégiature et le peu d'activités dédiées à la culture de manière générale. Je m'attendais plutôt à des titres soit hyper connus (déjà lus ou qui ne m'intéressent pas), à des romans de terroir (genre qui fonctionne pas mal en Bretagne et qui me laissent de glace) et à une majorité de livres pour enfants. Nelfe ayant une force de persuasion hors du commun, elle réussit tout de même à m'entraîner vers ce micro-événement "littéraire" local...

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Grand bien lui a pris tant l'offre proposée s'est révélée finalement variée et de qualité. La responsable a du goût et ça se sent d'office. Par habitude, je ne lis que des livres que j'achète en seconde main (plus les SP) et je ne fréquente plus les bibliothèques depuis un certain temps. Il s'avère qu'une fois de plus lors d'un chinage, j'ai croisé des auteurs que j'affectionne beaucoup et que des titres m'ont séduit par leur quatrième de couverture intrigante. Au final, je suis ressorti avec six romans (un pour Nelfe) et une BD. Je vous invite à me suivre dans la découverte des nouveaux pensionnaires de nos PAL respectives !

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- L'Amour est une île de Claudie Gallay. Depuis mes lectures enthousiastes des Années cerises et des Déferlantes, je voue un culte à cette auteure à l'écriture envoutante et simple à la fois. Impossible donc de ne pas acquérir ce titre qui me faisait de l'oeil et qui explore les passions, rêves et mensonges au coeur d'un été lourd de secret avec en toile de fond le festival d'Avignon. Sacré programme en perspective que je suivrai avec délice avant la fin de l'année.

- La Quarantaine de J. M. G. Le Clézio. Un bel ouvrage pour un auteur décidément à part dans le paysage littéraire français avec son goût pour le voyage, la rencontre de l'autre et une écriture poétique à souhait. Il est ici question de mise en quarantaine avant la reprise d'une vie "normale" avec la compilation de souvenirs et notes éparses. Sans aucun doute, une de mes futures "grandes" lectures. 

- Hors champ de Sylvie Germain. À la table des hommes sorti en début d'année m'avait laissé un sentiment mitigé entre un jeune héros très charismatique, touchant comme jamais, et un background plutôt simpliste et surtout déjà lu et vu. Je retente ma chance avec ce titre traitant de l'effacement et de l'oubli de certaines personnes dans notre société occidentale contemporaine. Je gage sur la qualité certaine d'écriture de l'auteur pour nous faire explorer les peurs et doutes du genre humain. 

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- La Caverne des idées de J. C. Somoza. Coup de poker que ce livre qui m'a séduit par son histoire d'enquête policière sous fond de Grèce antique, période fascinante pour l'historien que je fus durant mes études. Qui a tué le jeune éphèbe ? C'est ce que vont s'atteler à découvrir deux êtres que tout oppose : un fin limier et un philosophe platonicien, mentor du disparu. Ce livre plein de promesse ne tardera pas à sortir lui aussi de ma PAL !

- Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor. Trop content d'être tombé sur ce recueil de nouvelles après la gigantesque claque renouvelée lors de ma relecture de Inconnu à cette adresse et la découverte du très bel ouvrage jeunesse sorti chez Flammarion lors de la rentrée littéraire 2014, Monsieur Pan !Les courts textes réunis ici mettent en scène de jeunes adolescents confrontés à des adultes mensongers qui vont les pousser à s'isoler en dehors du cercle de l'humanité, dans la nature pour désamorcer douleur et désarroi. J'ai sacrément hâte de débuter cette lecture tant je trouve cette auteure redoutable d'efficacité dans le traitement de la nature humaine. Yes !

- Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald. Ce livre nous raconte le destin de trois femmes irlandaises considérées comme folles par certains, sorcières par d'autres. Gnomes, extra-terrestres, monstres venus d'on ne sait où, mythomanes mêlant mensonges et réalité... l'éditeur nous promet un voyage qui dépote entre histoire et mythologie de ce pays si mystérieux. Je suis très curieux de lire ça !

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- Un Fauve en cage, une aventure de Jérôme K. Jérôme par Dodier. L'occasion fait le larron et cela fait bien longtemps que je n'ai pas suivi une enquête de ce jeune enquêteur légèrement maladroit, amateur des policiers US à l'ancienne qui collectionne les sons de sirènes des polices du monde entier. Dans ce volume, il recueille une jeune femme amnésique sur qui plane un danger insaisissable. Là encore, un ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL !

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- À Marche forcée de Slavonir Rawicz. L'unique choix de Nelfe mais quel choix ! Nous avions regardé l'adaptation cinéma lorsqu'elle est passée à la télévision et nous avions été bluffé par cette histoire vraie (Les Chemins de la liberté de Peter Weir, sorti en 2010). Ce livre est le témoignage unique d'évadés du goulag russe qui ont parcouru des miliers de kilomètres à travers le désert de Gobi. Je pense que c'est le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent. J'ai hâte de savoir ce que Nelfe en pensera, d'autant plus qu'elle affectionne les romans des "grands espaces" !

De belles pioches une fois de plus, des PAL qui grossissent un peu mais pas trop (on a vu pire au Capharnaüm éclairé en terme d'acquisitions !) et qu'il faudra faire diminuer quand la rentrée littéraire 2016 sera derrière nous. Quel bonheur que d'être lecteur !


samedi 16 juillet 2016

"La Soif de l'âme" de Christine Falkenland

La Soif de l'âme

L'histoire : Après des années de silence, Cora reprend contact avec son cousin Ernst. Séparés dans l’enfance, ils se retrouvent au domaine de Berg, au milieu des fleurs en serre et des chevaux, en ce lieu où Cora vit en compagnie de ses domestiques. Sournois, Ernst s’habitue à la personnalité austère et ambiguë de Cora, investit de sa présence une demeure dont le souvenir semblait voilé d’interdits. Courtois, presque timide, il tente de reconstruire leur complicité passée tout en résistant apparemment à d’insoutenables réminiscences névrotiques. Tel un ballet funèbre, cette relation longtemps interrompue glisse alors vers un processus de domination et de violence dont la jeune femme, bien que sur la défensive, sera la tragique victime.

La critique de Mr K : Petit voyage littéraire en Suède aujourd'hui avec une poétesse-romancière que je découvre aujourd'hui avec ce roman flirtant bon la passion destructrice. Lors d'un chinage de plus, je tombai par hasard sur La Soif de l'âme et la couverture happait mon regard de suite. Pour ma part, je la trouve assez magique et très attirante. La quatrième de couverture achevait de me convaincre avec une histoire comme je les aime mêlant amour et déraison. Mais ce livre est même bien plus que cela…

Cora vit seule dans sa grande maison de famille depuis la disparition de ses parents. Bourgeoise oisive, elle aime flâner dans son jardin d'hiver, les belles cavalcades à cheval dans le domaine et les alentours en compagnie du régisseur de la propriété. Tous les dimanches, elle va à l'église suivre l'office. Pour paraphraser un grand auteur, tout est luxe, calme et volupté. Tout bascule, le jour où elle recontacte Ernst, une ancienne connaissance issue de son enfance dont elle avait perdu la trace. Commence alors une étrange sarabande mêlée d'observation, de fascination, d'attirance et de répulsion. L'âme humaine est décidément bien nébuleuse et le couple de personnages s'enfonce dans une étrange relation qui comme le prédit le résumé va s'avérer funeste.

Très vite, dès le début, je retrouvais des sensations de lecture que je n'avais plus pratiqué depuis longtemps. Cet écrit est un mix improbable entre le Flaubert de L'Éducation sentimentale (un classique parmi les classiques) et L'Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence. On partage notre temps de lecture entre descriptions très naturalistes du manoir, de ses dépendances et de ses jardins et scènes intimistes entre les deux personnages principaux.

Le point de vue adopté est celui du visiteur. Ernst nous raconte ses retrouvailles avec la jeune fille qu'il revoit bien des années après leur prime jeunesse. Au départ, le personnage est assez imbuvable, imbu de lui-même, irrespectueux envers Cora (il passe son temps à juger son attitude et ses actes, il ferait mieux de balayer devant sa porte). Quelques flashback plus loin, les allers-retour présent/passé se multipliant au fil du récit, on se rend compte qu'il a été marqué dans sa chair et son esprit durant sa jeunesse et qu'il est quelque peu dérangé (c'est un euphémisme). On ne dira jamais assez que tout se joue avant 6 ans et que le rapport aux parent est primordial dans la construction de soi. Dans la déviance involontaire, on atteint ici des sommets avec un Ernst touchant dans sa monstruosité et son incapacité à s'adapter à l'autre.

En face de lui, une belle oie blanche, pétrie de spiritualité et de bons sentiments qui ne capte pas forcément ce qui se passe autour d'elle et qui a du mal dans ses relations aux autres de par la vie solitaire qu'elle s'impose. Encore vierge, elle ne connaît pas grand chose aux grands élans de l'amour et ses retrouvailles avec Ernst vont faire plus que des étincelles. Une fois le Rubicon traversé, la lumineuse Cora laisse place à un être désespéré et perdu qui tente maladroitement de se raccrocher à sa foi, à Dieu qui jusque là s'était montré si proche d'elle. Le livre rentre alors dans une nouvelle logique, celle de l'affrontement au centre d'un couple qui n'en est pas vraiment un, une victime et une proie, et des esprits en déshérence qui tentent de survivre comme ils peuvent.

Ce livre a un caractère hypnotique indéniable. Bien qu'assez froid dans son approche au départ, on se prend à rentrer assez vite dans l'histoire et l'on est intrigué face à ces deux êtres très différents qui pourtant sont attirés l'un par l'autre. L'écriture de Christine Falkenland accompagne merveilleusement la trame avec une simplicité renversante inoculant quelques saillies venimeuses de haute tenue qui bouleversent personnages et lecteurs unis pour le pire dans une descente aux enfers diaboliquement bien menée. On ressort de cette lecture courte (140 pages) mais efficace complètement rincé et conscient d'avoir lu une petite pépite bien sombre et profondément humaine. Une expérience à tenter !

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jeudi 30 juin 2016

Puces de Doëlan (29)

En pleine saison des vide-greniers et autres brocantes, dimanche dernier nous sommes allés à celui organisé dans notre commune. Cadre très sympa, en bord de Scorff, c'est toujours un plaisir d'aller fouiner par là-bas chaque année. Oui mais voilà, cette fois-ci, c'est le drame ! Mr K tombe sur une galette-saucisse immangeable ! Galette cartonneuse et cassante et saucisse à peine cuite. Pour Mr K, on touche là à quelque chose de sacré (alléluia) et ce problème de cuisson est vu comme un blasphème (amen) ! Vite, il faut trouver une solution, détourner son attention ! Viiiiite !

Le matin même, j'avais remarqué que se tenaient le même jour les Puces de Doëlan. Il est à peine midi passé, Doëlan est à quelques kilomètres et j'adore ce petit port été comme hiver. Hop, tout le monde dans la voiture, c'est parti pour la découverte de cet événement. Je m'attends à une sortie des plus agréables et c'est une excellente idée pour changer les idées de mon glouton de mari... Qui sait, en plus, il y aura peut-être un autre stand de crêpes là-bas (héhé)...

Puces Doëlan 4

Le soleil est là (je suis même revenue rouge écrevisse sur une épaule, je suis maintenant bi-goût, youpi !), le cadre est parfait. On fouille dans les bacs, on découvre avec plaisir les stands de particuliers et de professionnels. Un savant mélange bien dosé.

Puces Doëlan 6

Benoîte Groult étant décédée il y a quelques jours, cette promenade à Doëlan a une saveur particulière. Nous sommes triste à la vue de sa maison, on y pensera forcément à chaque passage sur ce port...

Puces Doëlan 5

Nous nous sommes concentrés sur les bouquins, Mr K étant à la recherche de certains classiques, il a fait de belles trouvailles. De mon côté, je ne me suis contentée du paysage. Je n'ai pas craqué et je vous laisserai découvrir les acquisitions de Mr K dans la seconde partie de cet article. Pour l'heure, je vous offre quelques vues supplémentaires du cadre dans lequel nous avons évolué dimanche dernier (avouez que nous sommes à plaindre !) et je laisse maintenant la parole à Mr K qui va vous présenter ses trouvailles.

Puces Doëlan 2

Puces Doëlan 3

Puces Doëlan 7

Puces Doëlan 1

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A défaut de trouver une galette-saucisse digne de ce nom, le hasard a mis sur mon chemin un certain nombre d'ouvrages à des prix vraiment modiques (0.5€ la pièce en général). Comme dans le domaine des acquisitions livresques, je n'ai aucune volonté... Voici le résultat !

Acquisitions ensemble

Neuf ouvrages de plus dans la PAL ! Quelques classiques pas encore lus, des auteurs plus contemporains que j'affectionne et un saut dans l'inconnu ! En bonus, Nelfe et moi avons même mis la main sur un jeu de société pour deux autour du Seigneur des anneaux. Beau butin pour un début d'après-midi enchanteur entre site magnifique et brocante à ciel ouvert. Suivez le guide des acquisitions du week-end dernier !

Acquisitions

- L'Arbre de santal de Tarjei Vesaas. Un Actes sud de plus à mon actif avec cette histoire d'une famille partant sur les routes pour fuir une mystérieuse menace. S'apparentant à un récit initiatique (tout ce que j'aime !), je vais découvrir un nouvel auteur qui nous convie à priori à un voyage de l'autre côté des choses, de l'autre côté de la nuit... Tout un programme !

- Le Procès de Kafka. En lisant l'excellent ouvrage que lui consacre Xavier Mauméjean, j'avais très envie de relire du Kafka. Le Procès est sans doute son oeuvre la plus connue, je l'ai lu à 16 ans et j'avais adoré. Le temps a passé, l'heure est venue pour moi de le relire et de confronter cette lecture avec mon vécu et mon expérience. En plus, le héros porte le même patronyme que moi ! L'occasion fait le larron.

Acquisitions 4

- L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway. Un des livres préférés des français selon divers classement, bizarrement j'étais passé au travers depuis tout ce temps ! Et pourtant, j'aime Hemingway et son écriture d'une densité incroyable, son universalisme et son humanisme sans fard. J'ai bien hâte de m'y remettre avec ce récit se déroulant durant la Première Guerre mondiale mêlant histoire d'amour et réflexion sur la barbarie.

- En un combat douteux... de John Steinbeck. Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez mon profond attachement à ce géant de la littérature. Steinbeck a un don incroyable, celui de conjuguer universalité de ses récits et personnages au charisme fort. Il est ici question d'une grève pendant la grande dépression, Steinbeck s'attachant à suivre les pas de deux ouvriers syndiqués. Toujours d'actualité, ce titre a lui aussi bonne presse dans l'oeuvre du maître. Encore une lecture prometteuse en vue !

Acquisitions 2

- Les Quarante cinq d'Alexandre Dumas. Encore un auteur que j'aime et qui s'offre à moi au détour d'un stand. J'avais bien envie de me remettre au roman historique, c'est l'occasion rêvée avec ce double volume se situant après l'action se déroulant dans La Reine Margot sous le règne d'Henri III. Gageons qu'aventures, conspirations et grands moments historiques se succèdent pour mon plus grand plaisir !

Acquisitions 3

- Eldorado de Laurent Gaudé. Voila un livre de cet auteur qui m'avait jusque là échappé. Le tort est désormais réparé ! Le thème est d'actualité avec un roman traitant des émigrants risquant leur vie sur des bateaux de fortune en mer Méditerranée. On nous promet un voyage initiatique, du sacrifice, de la vengeance et de la rédemption. Tout pour plaire, non ?

- Magnus de Sylvie Germain. Dans ma chronique de À la table des hommes, je concluais en disant que cette auteure méritait une deuxième chance tant j'avais été partagé entre deux sentiments contradictoires vis-à-vis de son dernier roman en date. Le destin a tranché, ce sera Magnus qui me permettra de me faire un avis plus sûr sur Sylvie Germain. Prix Goncourt des lycéens en 2005, ce livre raconte la recherche de son passé par un homme amputé de ses souvenirs. Là encore, le résumé est alléchant, il ne reste plus qu'à tenter l'aventure !

- La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt. J'avais adoré L'Oeil du prince lors de sa sortie et il me tardait de retomber sur une auteur qui m'avait séduit par sa science de la narration alambiquée et son écriture immersive au possible. Ici, on change de registre avec une femme qui se réveille un beau matin avec un mari et trois enfants ! 12 ans de sa vie se sont envolés depuis un soir de fête bien arrosé en compagnie d'un bel inconnu... Si ça, ce n'est pas un pitch séduisant, je ne m'y connais pas ! D'ailleurs ce sera ma prochaine lecture ! Verdict dans quelques semaines sur le blog... Pas mal de chroniques en attente au moment où j'écris.

Acquisitions 1

- Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Voici le fameux saut dans l'inconnu dont je vous parlais plus haut. Essai venu d'ailleurs qui a fait grand bruit lors de sa sortie, il est question d'ésotérisme, d'alchimie, de sociétés secrètes, d'irrationnel. L'ombre de Fox Mulder plane au dessus de ce titre bien épais et à la réputation sulfureuse. Wait and see !

Acquisition jeu

Enfin, voici le fameux jeu de société se déroulant dans l'univers de Tolkien. Nous avons hâte de l'essayer avec Nelfe étant des inconditionnels des Colons de Catane et autres jeux du même type. Chacun ici jouera un des deux hobbits principaux (Frodon et Sam en l'occurence, désolé Pipin et Merry on vous aime aussi !) pour aller détruire l'anneau unique en triomphant de différents obstacles. Cela promet des heures de jeu endiablées ! Sauron n'a qu'à bien se tenir !

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Et voilà pour cette fois ! Quitte à me transformer en mamie qui ne parle que de la météo, je dois dire que je ne suis pas mécontente d'avoir une PAL fournie et un nouveau jeu à tester dans les prochains jours... En attendant de pouvoir aller à la plage avec les bouquins et les jeux ! Héhé !

dimanche 12 juin 2016

Chasse aux livres à Lorient !

Comme chaque année, la médiathèque de Lorient propose son "désherbage annuel", c'est l'occasion pour eux de faire le tri, de renouveler leur stock et de proposer à des prix défiant toute concurrence (à part l'abbé peut-être...) des ouvrages variés : 1€ le broché et 0.5€ le poche. Si ça fleure pas bon l'orgie livresque, je ne m'y connais pas ! Nous y sommes allés sur deux jours, Nelfe m'ayant précédé et m'incitant à y retourner avec elle le lendemain. Quelle tentatrice celle-ci ! Mamma mia, que va devenir ma PAL ?

Destockage médiathèque ensemble

Voila l'étendue des dégâts ! 12 ouvrages pour ma pomme et 5 pour ma diabolique moitié qui contribue grandement au maintien en grande forme de ma PAL. On est bien d'accord que tout est de sa faute ! Ne l'écoutez pas si elle vous dit le contraire.

La pêche lorientaise fut donc bonne et variée entre ouvrages contemporains, policiers, SF et littérature jeunesse. Suivez le guide, on commence par les nouveaux adoptés de Mr K :

Destockage médiathèque Jéjé 4
(Yes, yes, yes, des ouvrages de l'Atalante pour pas cher !)

Le Train du diable de Mark Sumner. À priori un mélange de western et fantastique très côté dans le milieu des amateurs de littérature de genre. Belle couverture pour un résumé faisant la part belle à l'aventure, le mystère, les grands espaces, les pouvoirs surnaturels et les complots meurtriers. Rien que d'y penser, j'en ai l'eau à la bouche.

- Le Feu primordial de Martha Wells. Présenté en quatrième de couverture comme un mix entre Alexandre Dumas (que j'adore !) et de la fantasy pure, un royaume est ici menacé par un dangereux sorcier. On nous promet de l'Aventure avec un grand A dans la traditions des grands romans de cape et d'épée avec un soupçon de merveilleux à la mode US. Il semblerait que là encore ce soit une très bonne pioche. Wait and see.

Destockage médiathèque Jéjé 3
(SF, en veux-tu ? En voilà !)

- Genèses, ouvrage collectif présenté par Ayerdhal. Voici un groupement de texte traitant de la naissance du monde et pour l'occasion le regretté Ayerdhal a recruté du beau monde dont Bordage, Dunyach, Werber et bien d'autres. 9 récits donc pour revenir aux origines, réfléchir, s'évader et s'amuser. J'ai RDV entre autres avec une danseuse cybernétique, Mozart devenu astronaute, une armée de clones, des oiseaux assassins... Tout un programme !

- Mars Blanche de Brian Aldiss (en collaboration avec Roger Penrose). Roman humaniste traitant de l'utopie et du moyen d'y parvenir, on suit des naufragés de l'espace qui tentent de tout recommencer à zéro pour ne pas réitérer les erreurs du passé. mais c'est plus facile à dire qu'à faire ! Ce livre est le fruit de la collaboration entre un grand écrivain de SF et d'un scientifique. C'est le genre de projet qui me plaît depuis mes lectures enthousiastes des trois volumes co-écrits par Terry Pratchett et Stephen Baxter. Hâte d'y être !

- La Murailles sainte d'Omal de Laurent Genefort. Encore un auteur que j'adore ! Ce volume appartient à la tétralogie d'Omale, un cycle que je n'ai toujours pas abordé et qui s'apparente à du space-opéra humaniste. L'occasion fait le larron, j'espère simplement pouvoir le lire indépendamment des autres. Des avis sur la question ?

Destockage médiathèque Jéjé 1
(Pour quelques Actes Sud de plus...)

- La Surproductivité de Kim Sung'ok. En grand amateur de littérature asiatique que je suis, j'ai découvert assez récemment que la Corée fournissait de très bons auteurs en plus de films en général marquants et trippants (Old boy, I saw the devil entre autres). Ce livre parle de l'apprentissage de la vie et de l'amour par un jeune journaliste qui va être confronté au hasard, aux émotions, incidents ou simple concours de circonstances qui jalonnent une vie humaine. Ma curiosité a été piquée, la couverture est sexy, je fonce !

- La Soif de l'âme de Christine Falkenland. On reste dans les couvertures sexy avec cette histoire de passion qui tourne mal entre complicité, réminiscences névrotiques, domination et violence. M'est avis que ça va swinguer dans les chaumières ! J'aime les lectures décalées, hors-cadre, je pense qu'avec ce titre je vais être servi !

- Voix sans issue de Céline Curiol. L'auteure met en scène l'histoire d'une jeune femme confrontée à la solitude dans son travail et sa vie intime, et qui s'en sort par son humanité et son empathie envers les autres. À priori, le texte est d'une grande force et il s'agit d'un premier roman. En général cela donne de belles bouffées littéraires et des expériences de lecture intéressantes. C'est le coup de poker du jour!

Destockage médiathèque Jéjé 2
(Un joyeux mix prometteur !)

- Les Roses d'Alacama de Luis Sepulveda. Un auteur culte à mes yeux, je n'ai même pas regardé le résumé au dos. Chaque lecture de Sepulveda, c'est l'assurance d'un voyage à nul autre pareil entre humanisme, poésie et engagement pour les générations futures. Il ne fera pas long feu dans ma PAL celui-là !

- Underground ou un héros de notre temps de Vladimir Makanine. Ma période russe est loin derrière moi mais que de bon temps passé en compagnie notamment de Dostoievski et Tostoï. Je renoue avec la littérature slave avec cette histoire mêlant le destin contrarié d'un écrivain devenu gardien d'immeuble et la grande Histoire notamment la chute de l'URSS. Absurde, tragi-comique et interrogation sur la condition humain sont au RDV selon l'éditeur. Ça sent très bon!

- Le Libraire de Régis De Sa Moreira. C'est le résumé de huit lignes qui m'a séduit, je ne connais rien d'autre du livre ou de l'auteur. Il est question de livres, de libraires et du pouvoir évocateur de la littérature. Gageons que ce saut dans l'inconnu soit une réussite... Je ne sais pas pourquoi mais je pense que j'ai fait un bon choix.

- La Mort à demi-mots de Kim Young-Ha. Le narrateur est un esthète du crime qui prend à coeur son métier et ce qu'il implique. Il confronte ses victimes à leur propre mort, les incite à y réfléchir et leur laisse finalement le dernier mot. Avec un tel pitch, je ne pouvais passé à côté de cet OVNI littéraire venu tout droit d'Asie. Hâte, hâte, hâte !

Destockage médiathèque Cécé
(Je cède la parole à Nelfe pour sa petite sélection bien aguicheuse !)

Avec seulement 5 romans de plus dans ma PAL, comme vous pouvez le constater, je suis bien plus raisonnable que Mr K... Hin hin... Il faut dire aussi qu'en plein Challenge Destockage de PAL avec faurelix, notre Challenge Sans Nom, je me devais de ne pas ruiner mes efforts passés (tu parles d'efforts...) tout en me faisant un peu plaisir. Parce que ça, ça ne se refuse JAMAIS !

- La Messe anniversaire d'Olivier Adam. Cela fait un moment que j'avais noté ce roman dans ma wishlist. Je ne l'avais pour l'instant jamais croisé lors de chinages, c'est maintenant chose faite et il est à moi ! Olivier Adam est un auteur que j'aime beaucoup et que j'ai surtout lu avant l'ouverture de notre blog (autant dire une éternité).

- Coney Island Kid d'Amram Ducovny (aucun lien avec Mulder). Coup de poker pour ce roman ci que je ne connaissais pas du tout, encore moins son auteur. Oui mais voilà, quand dans une 4ème de couv' se trouvent réunis les mots "truculente odyssée", "mondes interlopes", "adolescent fantasque" et tout cela à Brooklyn dans les années 40, je ne peux pas résister.

- Siegfried : une idylle noire de Harry Mulisch. Idem ici. Vous connaissez mon amour pour les ouvrages traitant de la seconde guerre mondiale. Il est question ici des Falk, domestiques au Berghof, le refuge bavarois de Hitler, qui font le récit non seulement de la vie quotidienne dans l'entourage de Hitler, mais surtout des circonstances dans lesquelles ils se sont attachés au petit Siegfried, son fils avec Eva Braun, jusqu'à ce qu'un ordre venu de Berlin leur demande l'inimaginable. Une histoire fortement romancée mais à laquelle je ne peux pas tourner le dos...

- L'Histoire de Bone de Dorothy Allison. Je me languis de découvrir cet ouvrage qui fleure bon l'Amerique. En Caroline du Sud, en plein été étouffant, ce roman met en scène une adolescente dans une famille "difficile" entre pauvreté, violence et alcoolisme. Une lecture qui risque de laisser des marques...

- Le Chien tchétchène de Michel Maisonneuve. Un Babel noir pour terminer et un roman où les mamies sont torturées dans des caves. Une belle brochette de personnages m'attendent dans ce polar d'après le résumé du bouquin !

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Comme vous pouvez le constater, on n'a pas chômé et nous avons fait de sacrés trouvailles. Nos PAL s'étoffent une fois de plus (merci Nelfe pour le plan foireux !) mais ce n'est que du bonheur en perspective pour les lecteurs compulsifs que nous sommes. Reste maintenant à faire des choix et à prioriser nos prochaines lectures. Mais ça c'est encore une autre histoire !

jeudi 12 mai 2016

"Le reste est silence" de Carla Guelfenbein

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L'histoire : Tommy a douze ans et une maladie cardiaque qui lui interdit les jeux turbulents des garçons de son âge. Caché sous une table, il s’amuse à enregistrer sur son Mp3 le joyeux verbiage d’un banquet nuptial. Et voilà que l’on parle de sa mère, brutalement disparue dix ans plus tôt. Une brèche s’ouvre dans les secrets si bien gardés d’une famille recomposée, comme il en existe tant. La vie que tous croyaient ordonnée et paisible dérape, et les liens se distendent à mesure que l’histoire se tisse. Dans les non-dits de l’autre, chacun cherche sa propre vérité. L’enfant découvre à travers la mort violente de sa mère l’improbable "faute" de la judéité. Le père voit se raviver l’abyssale impuissance à protéger ceux qu’il aime. Et la belle-mère d’affronter une fragilité qui lui vient de l’enfance, une incapacité d’aimer et d’être aimée.

La critique de Mr K : Lors d'un énième craquage chez l'abbé, je vous avais parlé de toute une série de livres édités chez les éditions Actes sud dont je me portais acquéreur. Le reste est silence de Carla Guelfenbein est le premier sur lequel je jetais mon dévolu, le moins que je puisse dire c'est qu'il m'a fait un sacré effet! C'est la larme à l’œil que je terminais cette lecture au charme puissant et durable, belle exploration d'une cellule familiale recomposée qui dysfonctionne. Intimisme et banalité des faits se conjuguent en un récit d'une rare puissance qui emporte tout sur son passage, y compris le lecteur désarmé face à tant de talent!

C'est à travers le point de vue de trois personnages différents que nous suivons ce récit d'une chronique familiale à priori anodine. Tommie, un jeune garçon fragile passe son temps à enregistrer les conversations des adultes et à observer leurs réactions. Ce hobby va se révéler désastreux quand il va se rendre compte qu'on lui a toujours caché la vérité concernant la mort de sa génitrice quand il avait trois ans. Ce suicide déguisé en accident va l'ébranler dans ses certitudes. Surtout que son petit monde se fissure de toute part. Son père (Juan) est accaparé par son travail de chirurgien cardiaque, il passe plus de temps au chevet de ses jeunes patients et sa deuxième épouse (Alma) s'éloigne de lui à la faveur de la redécouverte d'un premier amour.

Tour à tour, nous suivons les atermoiements de chacun, les doutes qui les accompagnent et des scènes de flashback qui éclairent peu à peu la situation présente sous un jour nouveau. Les quarante premières pages peuvent d'ailleurs sembler un peu obscures au début tant l'auteur se plaît à ne pas donner toutes les cartes au lecteur qui doit poursuivre sa lecture pour se voir révéler des éléments clefs qui expliquent par la suite les premières réactions des personnages. Un peu à la manière d'un puzzle, c'est le flou intégral qui règne dans l'esprit du lecteur mais dès le départ on sent comme une ombre planer sur ce tableau plutôt vivant d'une famille lambda.

Pourtant, il y a de l'amour et de l'affection entre Juan et son fils même s'ils sont tous les deux taiseux, entre Tommie et Lola (fille d'Alma) qui se sentent frère et sœur malgré leur absence de toute parenté sanguine, entre Alma et Tommie rapport mère-fils qui s'est installé naturellement et qui inonde certaines pages d'une douce chaleur. Mais au fil du récit, ce sont surtout les malentendus et les non-dits qui ressortent, ces silences et ces absences de communication qui vont précipiter un drame terrible dont on ne soupçonne la nature qu'à la toute fin d'un roman qui se densifie de page en page, espèce de mécanique infernale à la Cocteau se terminant dans la peine et la souffrance. J'ai été clairement bousculé par cette histoire pourtant au départ plutôt simple et c'est le cœur en miette que l'on termine cette lecture éprouvante et belle à la fois.

Très vite on s'attache à ses trois destinées très différentes et pourtant intrinsèquement liées. Tommie m'a rappelé nombre de gamins en perdition dont je peux avoir la charge dans mon travail. Fasciné par la figure paternelle, il ne souhaite rien de plus que de briller à ses yeux et ne semble ne pas y parvenir. Alma est à la poursuite de l'amour qu'elle ne semble jamais pouvoir vraiment conserver, gâté par des blessures secrètes datant de sa prime enfance. Et Juan est obnubilé par son travail et les vies qu'il tente de sauver, il semble aveugle et insensible aux malheurs et fêlures familiales qui l'entoure. Le fatum joue à plein et le lecteur assiste impuissant à la déliquescence des liens familiaux, l'errance des âmes et les rouages de l'intimité d'une famille sont méthodiquement dynamités par des secrets inavouables.

Le reste est silence est terrifiant d'efficacité et d'une rare beauté, la langue de Carla Guelfenbein est d'une grande poésie entre rêverie et révélations choc. On passe un effroyable et merveilleux moment de littérature. À lire absolument car déjà culte pour moi!

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mardi 10 mai 2016

"Bienvenue à Calais" de Marie-Françoise Colombani et Damien Roudeau

Bienvenue à CalaisLe contenu : Textes et croquis, sur le vif, pour écrire et décrire la situation des migrants à Calais.
Ce livre est le fruit d'une immersion des coauteurs dans ce "no man's land" pour donner à un problème politique et social, des noms, des visages, des souffrances, des rêves.
Les bénéfices et les droits d'auteur de ce livre sont reversés à l'association L'Auberge des migrants.

La critique Nelfesque : "Bienvenue à Calais" est un court essai de 56 pages faisant le constat de la gestion actuelle de la "crise migratoire" et des flux de migrants arrivant régulièrement sur notre sol français et plus particulièrement ici dans le Nord-Pas-de-Calais. Un constat froid, des chiffres, des faits. Des mots qui mis bout à bout font froid dans le dos...

Il ne faut pas plus d'une dizaine de pages pour avoir la nausée. Pour qui s'intéresse à la cause des migrants, ce qui est mon cas, rien de nouveau sous le soleil. Marie-Françoise Colombani décrit tout simplement l'actualité, les actions mises en place (ou non) par notre gouvernement, les conditions de vie des familles, hommes, femmes et enfants présents dans la junte, l'hostilité de certains habitants voisins, l'aide des associations, des quidam qui veulent bien donner de leur temps, de leur désarrois parfois aussi face à certains actes et les conditions de vie ici. Une mise à plat du contexte qu'il est important de décrire et de présenter à l'ensemble des personnes qui liront cet ouvrage tant on peut entendre tout et son contraire dans les médias (suivant les chaînes que l'on regarde). Ici nous sommes dans l'information pure, sans parti pris, sans commentaire. La réalité. Implacable.

Bienvenue à Calais 1

Agrémenté de croquis d'illustration de Damien Roudeau mettant des visages sur des prénoms et rendant visuel et plus percutant ce paysage de désolation, l'essai se transforme peu à peu en témoignage. Par de courtes présentations de 2 ou 3 phrases, nous faisons la connaissance de quelques réfugiés, leur histoire, leurs espoirs. Des témoignages bouleversants, qui font monter les larmes aux yeux et pétrifient le lecteur. Que ferions-nous à leur place ? Ne chercherions pas nous aussi à fuir notre pays, tout abandonner et essayer de retrouver une vie meilleure ailleurs, la peur au ventre et le coeur lourd ?

Face aux bombardements de la coalition, à la barbarie de Daesh et à la folie meurtrière de ceux qui les gouvernent, des hommes et des femmes prennent leurs enfants sous le bras (des mineurs continuent la route seuls sans famille) et arrivent chez nous qui avons la chance de vivre dans un pays en paix. Ils sont alors parqués dans des camps qui dans leur organisation, toute proportion gardée, font atrocement écho à ceux de la seconde guerre mondiale. Dénuement, manque d'hygiène, mépris : voici leur quotidien. Dans le froid, dans la boue, ils tentent malgré tout de recréer un semblant de vie normale en attendant de pouvoir partir pour l'Angleterre, leur eldorado. Tentant leur chance chaque jour, certains se font écraser, d'autres sont abusés. Avec des conditions de vie que nous n'accepterions pas pour nos animaux de compagnie, nous fermons les yeux, préférant ne pas voir, et laissons par lâcheté, par désintérêt ou par ignorance crasse, des centaines de personnes mourir sous nos fenêtres.

J'entends souvent des gens dire ce qu'ils auraient fait pendant la guerre, se révolter du traitement réservé aux juifs, handicapés, tsiganes, homosexuels (etc) pendant la seconde guerre mondiale et, sûrs de leur fait, s'exclamer "plus jamais ça". Non il n'est pas pensable aujourd'hui que l'on traite des personnes ainsi, comme des sous-hommes. Les mêmes s'émeuvent de l'exode de familles entières fuyant le territoire occupé dans les années 40. Et pourtant... Le constat de cet essai n'est-il pas tout aussi révoltant ? Les familles syriennes pèsent-elles moins lourds que Pierre et Paulette partant sur les routes avec leurs enfants ? Peu de personnes s'indignent sur ce sujet, se portent volontaire pour aider, s'informent tout simplement et passent le message comme nous le faisons modestement aujourd'hui grâce à cet ouvrage.

Espérons que "Bienvenue à Calais" permette d'éveiller les consciences, que bien au chaud dans nos chaumières et avec nos privilèges dans ce pays des droits de l'homme, nous ouvrions les yeux et exigions de nos politiques qu'ils agissent enfin. Pour eux. Pour nous. Pour l'humanité.

Bienvenue à Calais 2

La critique de Mr K : Document coup de poing avec ce petit livre paru en début d'année chez Actes Sud sur le scandale des conditions d'existence de certains êtres humains sur notre sol français, le cher pays de notre enfance. Loin des clichés véhiculés par les médias, les auteurs s'attachent à décrire la situation dans sa globalité, de manière factuelle avec des statistiques froids mais évocateurs. La dernière partie (sans doute la plus effroyable) raconte par de courts textes de 3 à 15 lignes, le parcours de certains migrants qui par bien des égards se rapprochent de nous et font écho aux pulsions qui nous animent.

On a tous en tête des images de ce qui se passe à Calais. Bien souvent, elles sont noyées sous un flot de commentateurs, de politiques et d'agités du bocal. On traite cette information de façon passionnée et finalement sans distanciation, faisant la part belle aux délires paranoïaques et la déshumanisation d'individus jetés sur les routes comme nos concitoyens dans les années 40. Mais avoir la mémoire courte semble être le credo du moment… Ici, point de tout ça, pas d'angélisme non plus, simplement des constats clairs avec des chiffres qui donnent parfois le tournis et une description des conditions de vie dantesques de ces naufragés de l'existence.

Parmi eux des médecins, des profs, des artistes, des cuisiniers… on est loin des masses de mendiants et de miséreux que se plaît à colporter les extrêmes et la masse abrutie par la crise, la télévision et la consommation à tout crin. Des destins singuliers nous sont livrés en fin de livre et je peux vous dire que nous ne sommes pas dans un film édulcoré, beaucoup ont connu l'incurie de l'injustice et des avilissements qui auraient mis à bas n'importe lequel de ces français soit disant en souffrance qui passent leur temps à rejeter la faute sur ces pauvres diables à la quête d'un Eldorado (le Royaume-Uni) qui se dérobe à eux… Loin de moi l'idée de nier une réalité parfois difficile pour un certain nombre de français mais force est de constater qu'il faut raison et proportion garder. Lisez les courtes lignes de fin d'ouvrage et on en reparlera!

Bienvenue à Calais 3

Des hommes et des femmes regroupés en associations ou parfois de leur propre chef font leur possible pour améliorer l'ordinaire. On retrouve alors l'humanité et l'esprit fraternel que sont censés inspirer nos fameux Droits de l'homme, clef de voûte en théorie de notre société. Combat de Don Quichotte face à ses fameux moulins, ils ne baissent pas les bras. Loin d'être un hommage dithyrambique, ce livre expose ces petites actions quotidiennes qui sont de simplement prêter ses toilettes ou sa salle de bain à une famille, d'apporter du café chaud, de recueillir illégalement des enfants séparés de leur famille depuis plusieurs mois… autant d'actions qui semblent aller de soi si l'on respecte le contrat social qui nous lie tous.

On ressort profondément bouleversé de cette très courte lecture. On a beau se douter des réalités qui peuvent exister sur notre territoire national, là on n'est plus en Europe, plus au XXème siècle. La description des latrines et des douches font penser aux camps de concentration que l'on a connu durant la Seconde Guerre mondiale ou plus proche de nous les malheureusement trop méconnus camps mis en place en Tchétchénie à partir de la fin des années 90 pour "normaliser" la population résistante à l'occupant. Le parquage, l'insalubrité des conditions de vie, les vexations, la séparation des familles, les mafias qui s'engraissent, les politiques qui récupèrent le tout, les simplets qui attisent la haine… tout cela nous saute à la gueule sans fioriture ni arrangement avec la réalité. Un livre fort et plus que nécessaire pour peut-être retrouver notre humanité perdue et le sens civique pour ne pas dire humain qui devrait tous nous guider… J'ai parfois vraiment honte de mon pays.

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