dimanche 10 septembre 2017

Craquage littéraire estival

À l'occasion de la visite prolongée d'une amie de Nelfe à la maison courant août, nous lui avons fait visiter notre petit coin de Paradis entre plages, vieilles pierres, Festival Interceltique et gastronomie bretonne. Lectrice régulière de notre blog, elle a émis le souhait innocent (sic) d'aller faire un tour chez notre cher abbé... Vous connaissez ma faible capacité de résistance à l'idée d'aller visiter ce lieu de perdition très bien achalandé, Nelfe étant elle-aussi tentée... en deux temps trois mouvements ; nous voila partis ! Voici le résultat de cette visite imprévue mais une fois de plus fructueuse. Jugez plutôt !

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(Ne sont-ils pas beaux les p'tits nouveaux ?)

N'est-ce pas un beau craquage des familles ? Je vous l'accorde, on a fait pire (surtout moi) mais franchement, il était impossible de résister. Au final, voici une sélection une fois de plus variée et riche en promesses de plaisirs littéraires. Voici un petit tour d'horizon des nouvelles acquisitions du Capharnaüm Éclairé qui vont rejoindre leurs aînés sur les rayons de nos PAL respectives. Suivez le guide !

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(C'est toujours un bonheur certain de dégoter des ouvrages publiés chez Actes Sud)

- Monde clos de Christos Chryssopoulos. Une bien curieuse trouvaille que ce roman polyphonique nous parlant d'une cité périphérique à travers les destins et vies des habitants des lieux entre rêve, tragédie et sublime au détour de leur quotidien. La couverture et le résumé m'ont séduit de suite et en allant zieuter sur le net, les avis parfois très positifs m'ont conforté dans mon choix. Je suis bien curieux de voir ce que cela va donner.

- Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann. Ce roman d'un jeune auteur allemand narre la rencontre entre le grand explorateur Von Humboldt (croisé pour ma part lors de mes études d'Histoire) et le prince des mathématiques Gauss. À priori, les échanges entre les deux génies de leur temps font des étincelles et couvrent les réussites et échecs d'une vie humaine. Véritable phénomène littéraire dans son pays d'origine, j'ai hâte de me faire ma propre opinion sur cet ouvrage.

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(La meute des ouvrages publiés chez Le Livre de poche)

- Les Ritals et Bête et méchant de Cavanna. Le hasard fait que j'ai pu me procurer deux des trois volumes constituants l'autobiographie de Cavanna. C'est un personnage qui m'a toujours fasciné et qui à priori à eu une vie passionnante en dehors de la sphère publique. Il ne me reste plus qu'à trouver Les Russkoffs et je pense m'atteler à la lecture de la trilogie d'une traite. Sinon j'aurais peur d'être frustré.

- L'Apiculteur de Maxence Fermine. Décidément mes pas croisent beaucoup Fermine cette année et quel ravissement de tomber sur le présent ouvrage. Un extrait était au coeur de l'épreuve de français du DNB l'année dernière et j'adore cet écrivain qui est capable de nous transporter très loin avec une économie de mot incroyable. Je me le réserve pour le début d'année prochaine pour me le garder au chaud, ayant lu Opium cet été (la chronique est prête et sera postée dans le mois après les sorties de la Rentrée littéraire).

- Mémoires de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez. Un ouvrage dont je ne connaissais même pas l'existence avant de tomber inopinément dessus : il y est question d'amour charnel, de tendresse, le tout enrobé d'humour selon les avis que j'ai pu consulter depuis. Le genre de recettes qui me plaît et qui conforte cet achat compulsif s'apparentant au départ à un coup de poker. Quoiqu'avec cet auteur, je ne prenais pas un grand risque...

- Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen. J'ai eu l'occasion de parcourir quelques extraits de la présente pièce féministe lors de lectures de manuels de BAC pro. J'avais été saisi par la modernité du verbe et la profondeur des propos, c'était l'occasion rêvée d'approfondir cette première approche en lisant l'oeuvre intégrale. Qui lira verra, mais je n'ai aucun doute sur la qualité de l'oeuvre et de sa portée.

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(Mégamix foireux de titres inclassables)

- Souvenirs de la troisième guerre mondiale de Michaël Moorcock. Tout petit recueil de nouvelles dont deux inédites en France, je n'ai strictement aucune idée du contenu de cet ouvrage que j'ai adopté de manière purement instinctive. Mon choix a été seulement guidé par mon amour profond pour mes lectures précédentes de l'auteur et un titre accrocheur en diable. Wait and read !

- La Danse du bouc de Douglas Clegg. Petit craquage purement sadique avec un ouvrage mettant en scène un professeur complètement branque qui rêve de dégommer les élèves indélicats qui auraient la mauvaise idée de mal se comporter durant ses cours. Du fantasme à la réalité, il n'y a qu'un pas qu'à priori le personnage principal franchit allègrement. Ça a l'air furieusement gore cette affaire, m'est avis que ça devrait me plaire ! 

- Johnny chien méchant d'Emmanuel Dongala. J'ai entendu beaucoup de bien de ce roman se déroulant au Congo et mettant en scène des adolescents plongés trop tôt dans l'âge adulte à cause de guerres absurdes récurrentes dans cette région du monde. Le livre a l'air assez furieux dans son genre, sans doute thrash mais aussi porteur de sens et d'humanité. 

- L'Ile de Robert Merle. Enfin, dernier ouvrage pour moi avec ce roman d'aventure maritime écrit par un auteur talentueux que j'admire énormément. C'est typiquement le genre de lectures qui m'ont fait aimer les livres et m'ont fait voyager dans l'imaginaire très facilement étant plus jeune. On n'est pas loin de la Madeleine de Proust là...

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(Vous avez vu ? Nelfe n'a jamais autant trouvé d'ouvrages à son goût !)

- La Promesse des ténèbres de Maxime Chattam. Malgré ses déconvenues avec les derniers titres parus de l'auteur, Nelfe a décidé de retenter sa chance avec un ouvrage plus ancien de Chattam en espérant retrouver les très belles sensations de lecture qu'elle avait éprouvées lors de sa lecture enthousiaste de la Trilogie du mal.

- Le Charme discret de l'intestin de Giula Enders. Voila un ouvrage qui a fait grand bruit lors de sa sortie et dont Nelfe a entendu le plus grand bien. Comme à la maison nos entrailles ne nous laissent pas forcément toujours en paix (sans mauvais jeu de mot), il était temps de prendre le taureau par les cornes ! 

- Pas de pitié pour Martin de Karin Slaughter. Un ouvrage qui a fait de l'oeil à ma douce lors de sa sortie, elle s'était dit alors qu'à l'occasion d'un chinage, elle pourrait l'acquérir. Le hasard faisant bien les choses, c'est désormais chose faite ! Ne reste plus qu'à attendre sa chronique.

- Scintillation de John Burnside. À priori, un ouvrage bien noir, sur l'amitié entre adolescents. Il n'en fallait pas plus à Nelfe pour se laisser tenter car c'est son triptyque magique en terme de thématique de lecture. Gageons qu'elle ne soit pas déçue !

- En attendant Babylon d'Amanda Boyden. Enfin, un coup de poker provoqué par une couverture attirante, une histoire intrigante se déroulant à la Nouvelle-Orléans avant l'ouragan Katrina et une maison d'édition que Nelfe affectionne énormément. M'est avis que celui-ci va lui plaire aussi.

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Voili voilou, on est très mal ! Tout ça à cause de l'indélicatesse de la copine de Nelfe qui a donc participé passivement (mais a participé tout de même !) à l'effrondement total de tout espoir de rédemption pour nous et notre PAL qui atteint désormais une taille gigantesque et se mute de plus en plus en une deuxième bibliothèque. C'est grave docteur ?


dimanche 2 juillet 2017

Désherbage de folie à la médiathèque de Lorient !

Il y a une quinzaine de jours environ se tenait le traditionnel désherbage annuel de la Médiathèque de la ville de Lorient. C'est l'occasion pour les chasseurs de trésors littéraires de seconde main que nous sommes de partir en quête de quelques volumes intéressants à un prix défiant toute concurrence (50 centimes les poches et 1€ les brochés !) et faire grossir un peu nos PAL qui décidément prennent de sacrées claques ces derniers temps... Cette session lorientaise fut prodigue en achats coups de coeur et compulsifs, jugez plutôt...

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(Ooooooh, les belles acquisitions !)

Une fois de plus, c'est votre serviteur qui l'emporte haut la main en terme de craquage mais Nelfe n'est pas en reste en terme de belles découvertes et de dénichages précieux. Une fois de plus, la pêche s'est révélée variée, je vous propose maintenant un petit tour d'horizon des nouveaux adoptés !

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(Actes sud, Mon amour !)

- Rire le coeur de François Poirié. Histoire classique d'un triangle amoureux mettant en opposition deux hommes et une femme. On nous promet un carnage amoureux en bonne et due forme et la confrontation douloureuse entre les rêves et les réalités de la vie. Le genre d'histoire tortueuse qui n'est pas pour me déplaire et qui promet de bons moments d'exploration de l'esprit humain.

- Une Nuit de pleine lune de Caradog Prichard. Récit d'un retour au Pays de Galles, d'un fils du pays dont la conscience commence à lui jouer des tours. À priori, la folie et le crime le rattrapent en plein contexte de Première Guerre mondiale. Ça sent les personnages borderline à plein nez dans le seul roman écrit par son auteur, plus spécialisé dans la poésie. Wait and read !

- Les Lois de Connie Palmen. Ce récit néerlandais met en scène une femme attendant la révélation de la part de sept hommes successifs (dont un prêtre, un physicien, un philosophe, un psychiatre) mais malheureusement les réponses vont plus l'égarer qu'autre chose. Roman de formation et d'initiation, quelle en sera l'issue pour la jeune femme ? Typiquement le genre d'ouvrage qui remporte mes suffrages.

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(Mix improbable mais diablement séduisant !)

Opium de Maxence Fermine. Quand j'ai vu cet ouvarge dans le rayonnage, je me suis littéralemnt jeté dessus ! Pas de quatrième de couverture digne de ce nom ? Pas grave, j'ai adoré mes précédentes lectures de cet auteur et il était hors de question que je passe à côté de celui-ci. Si vous ne me croyez pas, allez lire mes chroniques de Neige et du Violon noir. Je ne sais donc vraiment pas de quoi parle ce roman mais vous l'avez compris, ce n'est pas le principal !

- Une Saleté de Frédérique Clémençon. Coup de poker que ce livre qui met en scène une mère et une fille réglant leurs comptes dans la maison familiale et qui convoquent leurs fantômes. Leurs voix se croisent mais à priori elles ne se comprennent plus depuis longtemps. Le poids de la famille et du souvenir semble être au centre d'un roman qui m'a l'air bien barré. Made for Mr K !

- J'irai pas en enfer de Jean-Louis Fournier. Voici un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont j'avais dévoré à l'époque le très beau Il a jamais tué personne mon papa, récit autobiographique simple et touchant de son rapport avec son alcoolique de géniteur. Avec cet ouvrage, Fournier nous propose de suivre ses démêlés avec le Père éternel lors de sa scolarité en institution religieuse. Tout un programme quand on connaît sa propension à cette époque à regarder des dames toutes nues dans les livres et à remiser la sainte vierge dans les toilettes !

- Le Cap de Kenji Nakagami. Il m'est déjà difficile de résister à un titre des Editions Picquier en temps normal mais quand en plus il s'agit d'un ouvrage culte et reconnu dans le monde entier ça devient mission impossible ! L'histoire est bien glauque, se déroule dans une communauté d'exclus où la consanguinité et la violence sont de mise. Au milieu de tout cela, un jeune homme se débat avec son destin avec l'énergie du désespoir... Bizarre vous avez dit bizarre ?

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(Take a walk on the dark side...)

- Rempart des naufrageurs, La petite fille et le dobermann et Naufrage sur une chaise électrique de Serge Brussolo. Ces trois ouvrages constituent la Trilogie des Ouragans et c'est un sacré coup de pot que d'être tombé dessus. Serge Brussolo est un de mes auteurs préférés et ici il donne dans la SF sombre, le roman-univers se déroulant sur une planète fort fort lointaine où règne le chaos. On peut compter sur l'auteur pour dépoussiérer le genre et propose une lecture différente. J'ai bien hâte d'y être, je me l'emmène pour mes vacances en Dordogne chez ma belle-famille dans l'été. 

- Crains le pire de Linwood Barclay. Du même auteur, j'avais lu et apprécié Cette nuit-là qui ne révolutionnait pas le genre mais permettait de passer un bon moment. Ce roman met au prise un père avec la disparition subite et inexpliquée de sa fille. Mais la connaissait-il si bien que cela ? Une histoire classique mais qui peut se révéler efficace si elle est bien menée. Je pars confiant !

- La Secte sans nom de Ramsey Campbell. Mon plaisir coupable assumé de ce craquage avec une sombre histoire de secte satanique aimant sacrifier de jeunes âmes innocentes. Une mère de famille va tout tenter pour essayer de retrouver sa progéniture. Maître de la terreur outre-atlantique avec Straub et King, l'auteur nous promet moult rebondissement et des passages bien rudes. Je prends !

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(Ben non, ce n'est pas que pour les enfants...)

- Le Passager de la maison du temps de Jean-Pierre Andrevon. Encore un auteur que j'aime. Dans cet ouvrage Andrevon se mute en auteur jeunesse et propose une histoire pas piquée des vers ! Un homme se retrouve dans une maison aux propriétés étranges dont celle de voyager dans le futur. Prisonnier et à la fois maître de la maison, le jeune homme devra découvrir son rôle et la raison d'être de cette bâtisse extraordinaire. Miam miam !

- Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi. Roman futuriste se déroulant à la fin de notre siècle, les USA se sont transformés en pays du tiers-monde et des enfants fouillent des épaves en quête de fortune. Un jour, l'un d'entre eux va faire une découverte qui risque de changer à jamais son existence. Placé sous le sigle de la piraterie et de l'aventure, ce roman a été finaliste aux USA d'un concours littérature jeunesse. Bien hâte de voir ce que cela donne !

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(Faut toujours se méfier des lapins...)

- Un Nouveau monde ? , ouvrage collectif. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon goût pour le dessin de presse. Cet ouvrage compile des dessins publiés dans le Courrier International entre 1999 et 2002, lors du passage d'un siècle à un autre. Portant sur tous les sujets, il sera je suis sûr très éclairant et permettra au passage de réviser ces quelques années charnières sur l'évolution du monde. 

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(Le butin de Nelfe ! Je la laisse poursuivre...)

- À tout de suite les enfants de Martin Doerry. Voici un titre bien tirage de balles... Et pour cause, il s'agit d'un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale, période que j'affectionne tout particulièrement. Je n'ai jamais assez de documents de ce genre dans ma PAL...

- Orages ordinaires de William Boyd. Je n'ai jamais lu de romans de cet auteur mais là, la 4ème de couv' m'a harponnée. Un homme poignardé dans une chambre d'hôtel, un autre à priori innocent prenant peur et s'enfuyant laissant ses empreintes partout sur la scène du crime. Une immersion dans le monde des sans abris et un sombre complot... Ça promet !

- Indian Creek de Pete Fromm. Alors là, coup de chance ! Réédité il y a peu chez Gallmeister, cet ouvrage était mis en avant dans le magazine Lire du mois dernier. Je venais donc tout juste de le rajouter à ma wish-list et je tombe dessus dans la foulée. C'est un signe !

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(Tiens des CD !!! Je reprends la main...)

- Protection de Massive Attack. Un des rares CD du groupe qu'il manquait dans ma collection. Écouter ce groupe, c'est retourner dans mes années d'étude, plonger en plein trip et s'apaiser l'esprit. Franchement une belle trouvaille !

- Peu importe et Allers retours de Prohom. Nelfe était toute folle et s'est mise à sauter partout à travers la Médiathèque (j'exagère à peine) quand elle est tombée sur ces deux albums d'un artiste qu'elle apprécie entre tous depuis plus de 15 ans. Fini l'écoute forcée sur le net, elle peut maintenant amener son Philippe préféré partout avec elle et l'écouter à loisir dans sa voiture. Ça faisait plaisir à voir en tout cas !

Au final, on est bien content de nos acquisitions qui viennent grossir les rangs de nos lectures à venir. Comme à chaque fois, la passion l'a emportée sur la raison mais que voulez-vous... on ne se refait pas et puis, il y a plus onéreux comme centre d'intérêt ! Affaire à suivre dans les chroniques à venir...

samedi 10 juin 2017

"Fleur de béton" de William N'Sondé

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L’histoire : Derrière la fenêtre d'une barre d'immeubles, Rosa Maria rêve de soleil, d'amour, de calme... et de quitter la cité des 6000, où elle vit avec sa famille. En attendant ce grand jour, elle pleure son frère aîné retrouvé mort derrière le parking du supermarché, évite les coups de son père quand elle rentre trop tard, cache sa féminité, tardivement, naissante sous des vêtements informes, et soupire en cachette pour le beau Jason qui ne la voit pas. Un incident avec la police provoque une émeute dans le quartier, qui précipite les destins des personnages...

La critique de Mr K : C’est la magnifique couverture de l’ouvrage qui a irrémédiablement attiré mon regard vers Fleur de béton lors d’un énième passage chez l’abbé. Superbe photo que vint compléter une quatrième de couverture saisissante et riche de promesses. Ayant quitté la banlieue parisienne depuis plus de dix ans, j’aime à l’occasion y retourner lors de voyages littéraires très souvent hauts en couleur. Ce fut une fois de plus le cas avec cet ouvrage de William N'Sondé, intimiste, poétique et parfois sans concession.

La majeure partie du roman suit le personnage de Rosa Maria, fille d’immigrés siciliens venus s’installer dans la banlieue parisienne lors de la fin des trente glorieuses, le papa à l’époque étant ouvrier pour un grand groupe automobile français. Mais un plan social va le mettre au chômage pour longtemps et le père aimant se transforme en tyran domestique tiraillé par les regrets et l’ennui. La main est leste, les insultes pleuvent et une tension très forte règne dans l’appartement. Rosa Maria s’enfuit comme elle peut : par ses pensées qu’elle tourne vers le beau Jason - black séducteur des quartiers qui n’a pas un regard pour elle, en discutant avec Mouloud un ami de son défunt frère retrouvé mort sur un parking de supermarché, en traînant de ci de là...

Tout va basculer, lorsqu’un riverain lassé des attroupements de jeunes des cités va littéralement péter un plomb en tirant à la carabine sur la troupe aux prises avec deux agents de la force publique. La pression monte inlassablement dans les tours et les affrontements débutent... Rosa Maria va se retrouver brinquebalé entre Jason qui la regarde enfin, un pote qui glisse vers le côté obscur et une copine libre comme le vent que le destin va rattraper. C’est la fin de l’enfance, le passage à l’âge adulte qui se profile et laissera un goût amer.

Le grand mérite de l’ouvrage est son économie de mots. L’auteur vient du monde de la musique et cela se ressent tout au long de la lecture qui se fait naturellement, de manière souple et toujours avec plaisir malgré des passages parfois rudes en terme de scénario. Langue imagée en constant renouvellement, rythmique asymétrique, télescopage des sentiments et de la réalité, autant de circonvolutions stylistiques qui nous emmènent dans un ailleurs si proche et si lointain à la fois. Nous pénétrons vraiment dans la cité, dans l’esprit des gens et le quotidien nous saute au visage sans qu’aucune échappatoire ne soit possible. Inutile de vous dire que l’expérience est assez unique et pesante à la fois.

Wilfried N’Sondé explore et restitue l’ambiance de ces quartiers souvent déshérités où chacun subit sa vie plutôt que de la vivre. Sans angélisme ni pathos, on côtoie la désespérance et l’ennui que l’on combat avec des rêves fous de destinations lointaines projetées par les publicités placardées dans les arrêts de bus. Pour Mouloul ce serait Bora-Bora, pour Rosa Maria se serait n’importe où mais avec Jason. Mais la réalité rattrape tous ces personnages, les mères voient leurs enfants s’enfoncer dans la glande et la délinquance, les maris voient leur vie intime réduite à peau de chagrin et la tension nerveuse montée, l’amour même se retrouve souillé pour cause de naïveté et de confiance donnée trop vite... La descente est alors difficile, sans espoir de rédemption et l’on craint le pire pour ses âmes finalement esseulées et errant sans but si ce n'est celui d'attendre le lendemain et peut-être vivre mieux.

Ce roman n'est donc pas des plus optimistes même si des parcelles de vie recèlent d’incroyables énergies et confluences de bonheur comme la fête donnée par les jeunes dans un local désaffecté. Situé au début du roman, ce passage est un modèle de narration différenciée par la confrontation du point de vue de l’héroïne avec la réalité qui l’entoure et qu’elle semble occulter totalement. D’ailleurs Rosa Maria est larguée pendant tout le livre, aveuglée par ses rêves de jeunesse et sa tendresse exacerbée, elle touche profondément le lecteur et l’agace même parfois. Cela n’enlève rien à l’attachement qu’on lui porte tant elle représente une certaine innocence perdue de la jeunesse et l’idée de vivre par et pour ses aspirations.

Fleur de béton est un vrai petit bijou, un beau miroir rendu à la banlieue, sans chichi mais avec une grâce de l’écriture et un esprit profondément humaniste. Certes certains pourront dire que malgré des saillies parfois violentes, on est loin de la réalité. Je leur opposerai que la violence de ce livre n’est pas forcément dans les mots et les attitudes mais elle est surtout sociale et raciale. En sous-texte, le bilan sur notre société est assez effroyable et ceci des deux côtés de la barrière. Un roman intelligent, rudement bien écrit et à découvrir au plus vite pour tous ceux que la thématique intéresse. Un des must en la matière pour ma part.

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samedi 6 mai 2017

En mai, craque comme il te plait !

Cette adage me convient très bien et c'est cette fois-ci neuf petits nouveaux qui vont rejoindre ma PAL, des petits orphelins adoptés en majeure partie chez l'abbé, notre fournisseur officiel de livres de seconde main. Décidément, il ne nous déçoit jamais !

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Comme vous pouvez le voir, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts entre auteurs français à la renommée certaine, d'autres à la côte plus underground mais aussi des ouvrages à stature internationale et des classiques immortels. Suivez le guide pour le debriefing de ce craquage finalement plutôt sage par rapport à des récoltes parfois pléthoriques par le passé !

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(Balade entre légendes et classiques de la littérature)

- Hamlet, Othello et Macbeth de William Shakespeare. Depuis ma très réjouissante relecture de Roméo et Juliette l'année dernière, je m'étais juré de relire quelques classiques du même auteur. C'est désormais chose possible avec cette acquisition qui concentre en elle trois pièces majeures du maître dont ma préférée qui m'avait valu à l'époque de ma lecture et étude une super bonne note à l'épreuve de lettre en terminale L : Hamlet. Je pense que je me replongerai dans les abysses de l'âme humaine version Shakespeare dès cet été.

- La Chartreuse de Parme de Stendhal. Un classique de la littérature française qui m'avait échappé jusque là, heureusement cette trouvaille impromptue va me permettre de réparer mon tort, surtout que j'ai de très bons souvenirs de mes lectures anciennes du Rouge et du noir et de Lucien Leuwen du même auteur. Ma PAL manquant de classiques, l'occasion ne pouvait être loupée.

- Contes et légendes de la mer et des marins de Quinel et De Montgon. Instant émotion que cette rencontre lecteur-acquéreur / livre car cette collection de chez Fernand Nathan a fourbi mes premières armes de lecteur, j'ai d'ailleurs de nombreux volumes dans notre bibliothèque et c'est toujours avec un petit serrement au coeur que je repose les yeux dessus. En plus, ici les deux auteurs reprennent des légendes en lien avec la mer et les hommes qui tentent de la dompter, difficile de passer à côté vous en conviendrez. Une de mes prochaines lectures sans nul doute !

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(Échappatoire dans la littérature française plus contemporaine)

- Ni d'Ève ni d'Adam d'Amélie Nothomb. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai plus lu Amélie Nothomb que j'ai tour à tour adoré, apprécié puis ensuite déprécié car le sentiment de "déjà-lu" m'envahissait régulièrement à chaque nouvel ouvrage parcouru. Le temps a passé (seules restent les pensées) et je me décidai à acquérir cet ouvrage qui revient sur un pan de sa vie au Japon lorsqu'elle était fiancée ! Ça promet du lourd, du fracassant et j'espère retrouver la langue accrocheuse et gouailleuse qui a fait la marque de fabrique de cette écrivaine belge bien dérangée.

- La Folle aventure des Bleus... et DRH de Thierry Jonquet. Thierry Jonquet et moi, c'est une grande histoire d'amour. Chaque lecture de cet auteur me procure à chaque fois un plaisir inégalé entre frisson et bonheur de lecture instinctif et sans concession. Cet ouvrage réunit deux nouvelles qui feront la part belle une fois de plus j'en suis sûr au regard impitoyable que pose l'auteur sur les noirceurs et lâchetés des hommes ordinaires. M'est avis que ce livre ne fera pas long feu dans ma PAL !

- Méchamment dimanche de Pierre Pelot. Là encore, un auteur que j'affectionne tout particulièrement et qui a le mérite d'être aussi doué que polymorphe dans les genres qu'il aborde très souvent avec succès. Pierre Pelot aborde dans cet ouvrage une histoire d'enfance qui va mal tourner, un roman d'apprentissage sur l'innocence et les illusions d'adultes. Tout un programme qu'il me tarde de découvrir !

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(Voyages en terres étrangères entre exotisme et introspections maladives)

- White spirit de Paule Constant. Coup de poker que cette acquisition dont je ne connais pas l'auteure mais dont la quatrième de couverture m'a de suite séduit. Fable féroce et roman initiatique se mêlent autour du destin de trois figures innocentes cernées par les ambitions, les jalousies et les envies dans le cadre d'une bananeraie perdue au milieu de nul part. Bizarre vous avez dit bizarre ? Carrément et c'est ce qui me plait !

- Histoire de ma vie de Lao She. Il s'agit ici d'une autobiographie de l'auteur qui durant sa vie a traversé nombre d'épreuves et de régimes politiques antagonistes. Je suis curieux d'avoir son regard sur cette Chine mouvante, changeante et multi-forme. La quatrième de couverture nous promet un récit émouvant et une réflexion intéressante sur le temps qui passe. Hâte de lire cela !

- Fleur de béton de Wilfried N'Sondé. Un livre qui me tente énormément depuis que j'ai mis la main dessus. Dans le microcosme d'une cité, on suit le destin de Rosa Maria, une jeune fille qui veut échapper au fatum de sa condition sociale mais qui n'entrevoit pas le bout du tunnel entre un père violent et un environnement mortifère. L'écriture à l'air puissante, vive et sans fioriture. Le genre de promesses qui peuvent conduire à un véritable coup de coeur ! Là encore, cette lecture sera entamée très vite.

Voila pour ces nouvelles acquisitions qui comme vous avez pu le lire promettent beaucoup en terme d'évasion, de découverte d'horizons lointains ou quotidiens. Chaque lecture sera un renouveau, une nouvelle découverte et je l'espère un voyage sans précédent. Les chroniques à venir sur chacun de ces ouvrages vous en diront un peu plus.

jeudi 13 avril 2017

"Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits" de Salman Rushdie

Deux-ans-huit-mois-et-vingt-huit-nuits

L'histoire : Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir.

Venue une première fois sur terre au XIIème siècle, Dunia, princesse jinnia de la Foudre, s’est éprise d’Ibn Rushd (alias Averroès), auquel elle a donné une innombrable descendance dotée de l’ADN des jinns. Lors de son second voyage, neuf siècles plus tard, non seulement son bien-aimé n’est plus que poussière mais les jinns obscurs, prosélytes du lointain radicalisme religieux de Ghazali, ont décidé d’asservir la terre une fois pour toutes. Pour assurer la victoire de la lumière sur l’ombre dans la guerre épique qu’elle va mener contre les visées coercitives de ses cruels semblables, Dunia s’adjoint le concours de quatre de ses rejetons et réactive leurs inconscients pouvoirs magiques, afin que, pendant mille et une nuits (soit : deux ans, huit mois et vingt-huit nuits), ils l’aident à faire pièce aux menées d’un ennemi répandant les fléaux du fanatisme, de la corruption, du terrorisme et du dérèglement climatique

La critique de Mr K : Une sacrée lecture que cet ouvrage de Salman Rushdie paru l’année dernière en France et que j’avais laissé échapper à mon attention. Heureusement, Noël est passé par là et le père Noël m’a permis de rattraper cet oubli ! Bien que âpre (il m’a fallu huit jours pour en venir à bout), on peut dire qu’on se trouve face à une lecture inoubliable entre érudition, récit polymorphe et critique acerbe de notre triste monde contemporain. Attention cependant, c’est un livre exigeant, qui mérite que le lecteur s’y attarde pour se laisser prendre au jeu. Si vous êtes plutôt un lecteur recherchant la légèreté et le easy-reading, passez votre chemin.

Ça faisait un petit bout de temps que je n’avais pas fréquenté cet auteur malgré deux autres volumes présents dans ma PAL et en attente que mon choix s’arrête sur eux (oui je sais, je suis cruel mais j’assume !). Dans mes lectures, j’avais notamment adoré Haroun et la mer des histoires, La Terre sous ses pieds et le fameux Les Versets sataniques qui ont tant exaspéré les intégristes de tout poil qui comme chacun sait manquent désespérément d’humour et de goût en terme de littérature. Ouvrir un volume de cet auteur, c’est la promesse d’aller à la rencontre d’un écrit foisonnant, à la langue chargée de sens et incroyablement riche. C’est aussi une invitation au voyage d’une rare force avec un discours épris d’humour, d’humanisme et de sagesse.

Par bien des aspects, cet ouvrage s’apparente à un récit de fin du monde, ce qui est loin de me déplaire. Une porte s’est ouverte entre le monde des jinns et celui des humains. Ces créatures divines s’amusent alors à visiter notre monde entre aventures amoureuses pour la princesse de la foudre et destructions massives pour les jinns obscurs qui laissent libre cours à leur déviance et leur volonté de semer la mort et la désolation. Difficile de vraiment résumer l’histoire tant elle s’apparente à un récit à tiroir sur fond d’apocalypse inéluctable. Sachez simplement qu’on retrouve pêle-mêle une très belle histoire d’amour qui transcende les siècles et les personnes, une lutte sans merci entre amis de longues dates, un récit mythologique cuisiné à la sauce moderne et humoristique de Rushdie et en filigrane une belle réflexion sur le genre humain et ses dérives.

C’est parfois difficile de s’y retrouver en début de lecture tant les événements et personnages semblent désordonnés et sans réelles relations sensibles pendant les 80 premières pages. Problème de temporalité, de mise en lien et beaucoup de questions restent en suspens. C’est dérangeant et troublant à la fois, il faut s’accrocher vraiment pour poursuivre sa lecture. Surtout, il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, de laisser s’échapper le sens un temps, tout en profitant au maximum du style versatile et brillant d’un auteur en état de grâce. Il faut alors se contenter de parcelles d’existence, de va-et-vient constants entre humanité et monde mystique sans pour autant pouvoir appréhender la suite. Mais déjà, on soupçonne qu’un projet plus grand va émerger et ce n’est pas pour rien que les portraits, descriptions et autres digressions sont légions. Il y a la matière du livre en elle-même mais il y a aussi le discours que veut faire passer Salman Rushdie. Il n’hésite pas ainsi à s’écarter du récit principal pour nous interpeller sur les jeux de pouvoir, les extrémismes ou tout simplement sur la nature réelle de l’amour. J’ai rarement lu un texte aussi pointu et complet que celui-ci.

Rassurez-vous, au bout d’une petite centaine de pages, l’action progresse et ne s’arrêtera plus malgré quelques passages de verbiage à la Rushdie qui continuent d’égrainer ici et là l’histoire, la complétant et l’enrichissant considérablement. Du lien se crée entre les personnages, les références énoncées précédemment par l’auteur s’entremêlent pour donner un ensemble cohérent, d’une grande justesse et surtout d’une puissance évocatrice hors-norme. Le lecteur se détend, rentre complètement dans ce projet d’écriture et bénéficie d’un récit maîtrisé et entraînant comme jamais. Impossible de relâcher le volume dans ses conditions tant l’envoûtement est total entre langue novatrice et histoire surprenante. Cela vaut vraiment le coup de dépasser ses difficultés premières pour toucher ce que Rabelais appelait la substantifique moelle. Quand j'ai refermé Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, je vous avoue que je n’étais pas loin de l’illumination tant le sous-texte et certains personnages m’ont touché, ému et au final remué.

Rolls-Royce de la littérature, Salman Rushdie livre ici un ouvrage total, sans concession et d’une grande profondeur. Ce roman à l'écriture ciselée, à l’image de l’histoire et des personnages, est à découvrir absolument pour les plus courageux d’entre vous et les fans du maître car voici un roman qui compte et comptera longtemps dans la littérature. Une expérience inouïe.

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dimanche 22 janvier 2017

Premier craquage de PAL 2017 !

Il fallait bien que ça arrive un jour... voici le traditionnel premier post d'acquisition du Capharnaüm éclairé de l'année 2017! Vous connaissez notre amour des livres de seconde main, ces occasions en or que l'on trouve au détour d'un étal ou d'un bac. Comme vous allez pouvoir le constater, l'année débute pas mal du tout avec 14 ouvrages collectés qui vont rejoindre nos PAL respectives.

Acquisitions ensemble 2

Leurs origines sont diverses certains venant de notre abbé préféré, d'autres de boîtes à livres du secteur ou encore de magasins de revente. Il y en a pour tous les goûts mais ce qui ne change pas par contre, c'est qu'une fois de plus je bats Nelfe à plat de couture en terme de plombage de PAL. Mais à ce jeu là, vous savez que je suis redoutable... Voici par le menu, les nouveaux livres adoptés !

Acquisition 1

On commence avec quelques auteurs "classiques" que j'affectionne tout particulièrement entre retrouvailles et relecture.

- Premier de cordée de Roger Frison-Roche. Il s'agira pour moi d'une relecture car c'est un livre que j'avais découvert et dévoré en 6ème lors d'un atelier lecture avec ma prof de français. J'ai hâte de retrouver les grands espaces, la nature magnifiée et les destins contrariés d'une famille attachée à la montagne. Madeleine de Proust quand tu nous tiens !

- L'Arrache coeur de Boris Vian. Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler et que je n'ai toujours pas lu. Vian étant un auteur que j'apprécie (surtout L'Automne à Pékin et le génialissime L'Écume des jours), je vais tenter l'aventure de cette lecture qui s'annonce sombre dans une étude sans concession de nos travers.

- La Symphonie pastorale d'André Gide. Aaaah Gide ! Comment oublier Les Nourritures terrestres, un livre qui m'avait laissé pantois. Avec ce titre, il explore le mythe de l'enfant sauvage en le doublant d'amour contrarié. J'espère retrouver la sensibilité à fleur de mot de l'auteur et son écriture si envoûtante.

Acquisition 2

Ma PAL côté policier / polar / suspens baissait dangereusement (comprendre plus que 30 unités livresques -sic-), nos errances de janvier m'ont permis d'attraper ces trois titres :

- La Nuit est sale de Dan Kavanagh. Un volume "série noire" de plus dans ma PAL avec une sombre histoire de flic mis au placard qui va s'attaquer à du gros gibier en plein quartier de Soho à l'ombre. Nulle place pour l'espoir à priori avec ce roman d'un auteur que je ne connais pas mais dont la quatrième de couverture m'a attiré de suite. Wait and read...

- L'Ile des morts de P.D. James. Un riche excentrique invite dans son château victorien isolé sur une île des amis à lui. Les réjouissances ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu, la mort s'étant invitée aussi. Là encore, c'est un coup de poker que cette acquisition dont le résumé m'a fait beaucoup penser au livre de Guillaume Chérel paru chez Mirobole en septembre dernier mais à priori en bien moins drôle... Qui lira, verra !

- La Princesse noire de Serge Brussolo. Impossible pour moi de dire non à cet auteur qui m'a procuré tant de plaisir de lecture. Ce Brussolo ci est un thriller médiéval faisant la part belle au mystère et aux croyances de l'époque dans un vieux château cachant bien des secrets dans ses entrailles... Hâte de voir de quoi il en retourne !

Acquisition 3

Pour continuer, un peu de SF histoire de bien exploser ma PAL de ce côté ci !

- L'Agonie des ténèbres de George R.R. Martin. Il s'agit d'un ouvrage de jeunesse de l'auteur devenu culte avec sa saga du Trône de fer. À classer dans le space opéra mâtiné d'aventure, un homme va se rendre sur une planète inconnue pour délivrer son ex-amante aux prises avec des ravisseurs aux codes tribaux inflexibles. Une expérience SF satisfaisante avec cet auteur (Chanson pour Lya) me donne bonne espoir pour cette future lecture.

- L'Oreille interne de Robert Silverberg. Un de mes auteurs SF favori a de nouveau croisé ma route avec ce roman considéré comme un de ses meilleurs. Un homme télépathe affronte ses démons intérieurs dans un récit mélancolique non dénué d'humour et j'imagine un soin tout particulier apporté à la psychologie des personnages, le point fort de Silverberg avec son écriture hors norme. Ce titre ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- La Mort blanche de Frank Herbert. Un roman terrible selon les avis que j'ai pu lire, un livre traitant de souffrance totale ou comment un homme ayant tout perdu va devenir irrémédiablement fou et possédé par la vengeance en fabricant un virus biologique exterminateur. On ne présente plus l'auteur (Dune, ça vous dit quelque chose ?) et ce livre sur le terrorisme absolu promet beaucoup. Là encore, je ne traînerai pas pour le lire.

Acquisition 4

Deux brochés pour terminer ma sélection avant de passer la main à ma chère Nelfe:

- Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Théodore Roszak. Décidément, je ne sors plus du mythe de Frankenstein en ce moment ! Mais je ne pouvais décemment pas résister, adorant cet auteur atypique, conteur hors pair maniant le suspens avec maestria. L'héroïne qui donne son titre au livre est recueilli par la célèbre famille et va être initiée à l'alchimie, l'occultisme et la science. On nous promet une folle histoire romanesque, gothique et féministe. Je trépigne d'impatience !

- Anansi boys de Neil Gaiman. Encore un auteur que j'adore, on retrouve ici l'univers d'American Gods dans un livre que l'auteur décrit comme une épopée magico-horrifico-thrillo-fantastico-romantico-comico familiale. Je ne sais pas pour vous mais moi ça me suffit pour foncer dessus ! La chronique viendra assez vite je pense...

Acquisition 5

Place aux trois ouvrages dégotés par Nelfe !

- Fatales, ouvrage collectif. Pour une raison très simple : Actes noirs ! J'ai fait tant de belles lectures dans cette collection que ce petit recueil ne pouvait qu'atterrir dans ma PAL. D'autant plus que l'on compte ici Camilla Läckberg parmi les auteurs ici présents !

- Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista. Parce que Benacquista est quand même un putain d'auteur ! Entre Malavita et Saga, mon coeur ne balance pas, j'aime tout !

- Africa Trek 1 de Sonia et Alexandre Poussin. Parce qu'en ce moment j'aime beaucoup lire des récits de voyages / d'expériences (à défaut de pouvoir les faire moi-même). Mon dernier en date, Dans les forêts de Sibérie (dont il faut que je vous parle dans un prochain article). Ici on change complètement de paysage et de météo mais l'expérience reste incroyable. Traverser l'Afrique à pied !

Voili voilou ! Un bon butin, non ? On commence l'année 2017 sur les chapeaux de roue, reste à trouver le temps de lire tout cela et d'essayer de faire baisser nos PAL. Je vous l'accorde, il y a pire comme obligations...

mardi 20 décembre 2016

"L'Enfant allemand" de Camilla Läckberg

L'Enfant allemandL'histoire : La jeune Erica Falck a déjà une longue expérience du crime. Quant à Patrik Hedström, l'inspecteur qu'elle vient d'épouser, il a échappé de peu à la mort, et tous deux savent que le mal peut surgir n'importe où, qu'il se tapit peut-être en chacun de nous, et que la duplicité humaine, loin de représenter l'exception, constitue sans doute la règle. Tandis qu'elle entreprend des recherches sur cette mère qu'elle regrette de ne pas avoir mieux connue et dont elle n'a jamais vraiment compris la froideur, Erica découvre, en fouillant son grenier, les carnets d'un journal intime et, enveloppée dans une petite brassière maculée de sang, une ancienne médaille ornée d'une croix gammée. Pourquoi sa mère, qui avait laissé si peu de choses, avait-elle conservé un tel objet ? Voulant en savoir plus, elle entre en contact avec un vieux professeur d'histoire à la retraite. L'homme a un comportement bizarre et se montre élusif. Deux jours plus tard, il est sauvagement assassiné...

La critique Nelfesque : Me voici arrivée au 5ème volet de la saga Erica Falck et Patrik Hedström. Pour ceux qui ne connaissent pas cette série de Camilla Läckberg, je vous encourage à commencer votre lecture par le premier volet "La Princesse des glaces". Chaque ouvrage contient une enquête avec sa résolution mais l'intérêt de lire l'intégralité réside dans la sphère privée des personnages principaux et secondaires. Ainsi de tome en tome, le lecteur s'attache à eux et retrouve presque des amis à chaque nouvelle lecture.

Mais attardons-nous un peu plus ici sur "L'Enfant allemand". Pour tout vous dire, c'est pour celui-ci que j'ai commencé à lire Camilla Läckberg. Je l'avais remarqué lors de sa sortie (et oui, la seconde guerre mondiale me fait découvrir bon nombre d'auteurs...) mais suivant le même conseil que je vous ai donné plus haut, il m'a fallu de la patience avant d'arriver au tome tant convoité. J'ai tellement aimé le chemin parcouru que tout ceci s'est fait sans traumatisme et le jour de la découverte de "L'Enfant allemand" était enfin là !

Ici, Erica va se pencher sur le passé de sa mère. Cette dernière ayant récemment disparue, notre célèbre journaliste va trouver dans ses affaires une mystérieuse layette couverte de sang et une médaille militaire allemande. Que font ses objets dans ses affaires ? Que représentent-ils ? Sa mère n'ayant jamais parlé de ses jeunes années, c'est dans une enquête concernant ses racines qu'Erica va se plonger corps et âme.

Étrangement, la personne à qui Erica a confié sa médaille pour expertise est retrouvée assassinée à son domicile, quelques mois après le meurtre, par deux adolescents, fascinés par les objets qu'il possédait et entrés par effraction dans sa maison. C'est ainsi qu'enquête policière et enquête personnelle vont se télescoper et les avancées des uns feront le bonheur des autres.

Nous alternons ici entre enquête actuelle sur le meurtre du professeur à la retraite et flash-back dans la vie d'Elsy. Par le biais de journaux intimes qu'Erica compulse, le lecteur plonge dans l'adolescence de sa mère à l'époque de la seconde guerre mondiale. Cette partie m'a, vous vous en doutez, passionnée. S'imprégner de l'ambiance en Suède et en Norvège à ce moment là était vraiment très intéressant et aborder l'Histoire sous cette forme m'a donné envie de creuser plus en profondeur ce volet ci de ce conflit mondial pour ma culture personnelle. Je ne savais que très peu de choses sur la façon dont les pays nordiques avaient vécu ce moment de l'Histoire et bien que nous retrouvions ici les mêmes résistants et collaborateurs qu'ailleurs, les choix politiques de ces deux pays sont intéressants à étudier.

Deux époques différentes donc, trois générations, mais toujours les mêmes problématiques. C'est ainsi que Camilla Läckberg évoque entre autres des thématiques fortes telles que le racisme, la tolérance ou l'homosexualité. En 1945 et en 2011, les mentalités ont globalement évoluées mais certains groupuscules extrémistes restent sur leurs idées de protectionnisme d'un autre âge et sur leurs convictions xénophobes nauséabondes. "L'Enfant allemand" est donc doublement captivant et émouvant car les deux histoires se déroulant en parallèle sont chacune à leur manière passionnante et cruelle. Le lecteur souhaitant autant savoir le fin mot de l'histoire pour Elsy que pour Erica et Patrik, l'auteure a su remarquablement équilibrer son récit et offrir autant de suspense et de tension à ces deux volets d'une histoire commune.

Le lecteur est une fois de plus pris au piège par la plume de Camilla Läckberg qui, en plus de nous servir un roman saisissant, nous charme toujours en douceur avec ses personnages que l'on continue de découvrir et d'aimer. A eux se rajoutent ici de nouvelles têtes qui viennent faire évoluer le destin de certains protagonistes et donnent à voir de futures évolutions possibles amusantes et douces. Le rythme est lent encore une fois, on s'attache aux personnages tout doucement, comme dans la vie. Camilla Läckberg n'est pas adepte du suspens effréné et du page turner. Ici, les choses prennent tout leur temps pour se mettre en place. On aime ou on déteste mais il faut tester pour en avoir le coeur net. Vous l'aurez compris, je vous encourage à le faire et, de mon côté, je poursuis tranquillement ma route sur les 9 tomes que comptent pour l'instant cette fresque sur l'île de Fjällbacka...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"

vendredi 21 octobre 2016

"Voix sans issue" de Céline Curiol

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L’histoire : Elle est jeune, elle vit à Paris et travaille à la gare du Nord. Invisible, elle annonce l'arrivée des trains, les horaires, les départs et les voies, accompagne l'éloignement, la séparation ou l'espoir. Seule elle rentre chez elle, elle attend l'appel de l'homme qu'elle aime. Un soir d'ivresse, ils se sont embrassés, mais l'homme est amoureux d'un Ange, une créature ineffaçable.

Seule elle quitte son appartement pour tuer le temps dans les rues de la ville, dans ces quartiers dangereux à la nuit tombée, ces boîtes et ces cafés où la beauté est encombrante. Car la jeune femme vit là, attentive, sensible à cette réalité urbaine. Elle ne se dérobe pas, elle convoque le hasard et la sincérité comme on joue au poker. Juste pour voir, pour entendre le réel, être présente au monde. Lentement elle interpelle celui qu'elle aime. Lentement il vient vers elle.

La critique de Mr K : Lecture différente pour moi avec ce roman qui m’a attiré lors d’un désherbage de médiathèque à Lorient. Il se dégageait de la quatrième de couverture de Voix sans issue une ambiance crépusculaire et hypnotique qui m’a poussé à acquérir le volume. Grand bien m’en a pris car après des débuts difficiles, le roman explose littéralement et donne à voir des sommets insoupçonnés d’introspection et un personnage attachant comme jamais. Un mini coup de cœur !

La narratrice n’a pas de nom, on ne sait pas grand-chose d’elle si ce n’est qu’elle est la voix des voies, Gare du Nord à Paris. Elle a rencontré un homme lors d’une soirée entre amis, il est déjà pris mais ils se sont embrassés lors d’un acte manqué. Depuis, elle ne fait que penser à lui, le croise et le recroise, et peu à peu un lien ténu se crée au sein d’une existence désolée et quasi vide de sens. Ce livre nous décrit les journées qui passent, les atermoiements et les rencontres que peut faire cette héroïne atypique et recroquevillée sur elle-même. S’en sortira-t-elle ? Bousculera-t-elle son existence bien réglée pour sortir de sa zone de confort ? Finira-t-elle par conquérir l’être aimé ? C’est un peu à toutes ces questions et bien d’autres que Céline Curiol formule un livre-somme d’une rare intensité tout au long de ces 245 pages.

L’héroïne est donc au centre de tout dans ce récit écrit à la troisième personne du singulier qui impose d’emblée une distanciation avec le sujet que l’on lit. Cela n’empêche pas de rentrer au plus profond de cet être meurtri par l’existence. Vivant sans passion, on sent bien qu’elle a un poids sur l’âme et le cœur. Elle traverse les journées sans envie, traînant sa nonchalance et un certain mal de vivre. De menus flashbacks font penser qu’un acte horrible s’est déroulé dans son adolescence et qu’il a conditionné la suite. Assez isolée, elle a quelques rares amis et ne semble plus avoir de liens familiaux. Et il y a lui, cet homme au magnétisme immédiat, son coup de foudre, celui qui pour une fois réussit à la faire vibrer et éprouver autre chose que de l’indifférence ou de la simple sympathie. Mais ce n’est pas aisé de se livrer, de passer le cap surtout quand on se déprécie comme elle.

Et pourtant elle a des qualités certaines notamment dans l’écoute et l’empathie qu’elle éprouve au gré de quelques rencontres qui nous sont rapportées entre les phases où elle croise celui qu’elle pense être l’homme de sa vie. Cela donne lieu à quelques séquence tantôt attendrissantes, tantôt ubuesques voir surréalistes : la rencontre de Momo et le tirage de pétard dans son appartement, le peintre qui voit en elle un modèle de beauté, le dragueur impénitent qui veut la mettre dans son lit... malgré la tension ou le dérangement que peut procurer de telles rencontres, la narratrice se plie au jeu de la conversation voir de la séduction parfois. Il suffirait finalement d’un rien pour que son être bascule, que les yeux de l’aveugle s’ouvrent et contemplent son réel reflet dans le miroir.

Céline Curiol nous invite donc à suivre la trajectoire de cette femme déglinguée mais qui pourtant ne s’apitoie pas et a plutôt tendance à se renfermer dans un certain fatalisme. Réaliste au possible, ce portrait est d’une beauté troublante et dérangeante. D’ailleurs, les débuts sont difficiles, il faut s’accrocher à ces paragraphes sans dialogues, tournés vers l’héroïne, poussant la description au maximum, tranchant dans le vif et s’enfonçant au plus profond du personnage. Mais une fois l’habitude prise, on se rend compte qu’on est face à un sacré tour de force et à un texte d’une rigueur et d’une profondeur extrême qui captive le lecteur jusqu’au bout. On n’en ressort pas tout à fait indemne et curieusement on en redemanderait presque !

Une sacrée belle lecture que je ne peux que conseiller à tout ceux qui apprécient la littérature quand elle se révèle être parfois un reflet de l’âme. Un petit bijou !

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samedi 17 septembre 2016

Chasse aux livres à domicile !

Le week-end dernier c'était au tour de la médiathèque de notre commune de procéder au désherbage de ses rayonnages. Pour ma part, je n'étais pas optimiste quant à la possibilité de trouver des titres qui me tenteraient vu le caractère "rural" de notre lieu de villégiature et le peu d'activités dédiées à la culture de manière générale. Je m'attendais plutôt à des titres soit hyper connus (déjà lus ou qui ne m'intéressent pas), à des romans de terroir (genre qui fonctionne pas mal en Bretagne et qui me laissent de glace) et à une majorité de livres pour enfants. Nelfe ayant une force de persuasion hors du commun, elle réussit tout de même à m'entraîner vers ce micro-événement "littéraire" local...

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Grand bien lui a pris tant l'offre proposée s'est révélée finalement variée et de qualité. La responsable a du goût et ça se sent d'office. Par habitude, je ne lis que des livres que j'achète en seconde main (plus les SP) et je ne fréquente plus les bibliothèques depuis un certain temps. Il s'avère qu'une fois de plus lors d'un chinage, j'ai croisé des auteurs que j'affectionne beaucoup et que des titres m'ont séduit par leur quatrième de couverture intrigante. Au final, je suis ressorti avec six romans (un pour Nelfe) et une BD. Je vous invite à me suivre dans la découverte des nouveaux pensionnaires de nos PAL respectives !

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- L'Amour est une île de Claudie Gallay. Depuis mes lectures enthousiastes des Années cerises et des Déferlantes, je voue un culte à cette auteure à l'écriture envoutante et simple à la fois. Impossible donc de ne pas acquérir ce titre qui me faisait de l'oeil et qui explore les passions, rêves et mensonges au coeur d'un été lourd de secret avec en toile de fond le festival d'Avignon. Sacré programme en perspective que je suivrai avec délice avant la fin de l'année.

- La Quarantaine de J. M. G. Le Clézio. Un bel ouvrage pour un auteur décidément à part dans le paysage littéraire français avec son goût pour le voyage, la rencontre de l'autre et une écriture poétique à souhait. Il est ici question de mise en quarantaine avant la reprise d'une vie "normale" avec la compilation de souvenirs et notes éparses. Sans aucun doute, une de mes futures "grandes" lectures. 

- Hors champ de Sylvie Germain. À la table des hommes sorti en début d'année m'avait laissé un sentiment mitigé entre un jeune héros très charismatique, touchant comme jamais, et un background plutôt simpliste et surtout déjà lu et vu. Je retente ma chance avec ce titre traitant de l'effacement et de l'oubli de certaines personnes dans notre société occidentale contemporaine. Je gage sur la qualité certaine d'écriture de l'auteur pour nous faire explorer les peurs et doutes du genre humain. 

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- La Caverne des idées de J. C. Somoza. Coup de poker que ce livre qui m'a séduit par son histoire d'enquête policière sous fond de Grèce antique, période fascinante pour l'historien que je fus durant mes études. Qui a tué le jeune éphèbe ? C'est ce que vont s'atteler à découvrir deux êtres que tout oppose : un fin limier et un philosophe platonicien, mentor du disparu. Ce livre plein de promesse ne tardera pas à sortir lui aussi de ma PAL !

- Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor. Trop content d'être tombé sur ce recueil de nouvelles après la gigantesque claque renouvelée lors de ma relecture de Inconnu à cette adresse et la découverte du très bel ouvrage jeunesse sorti chez Flammarion lors de la rentrée littéraire 2014, Monsieur Pan !Les courts textes réunis ici mettent en scène de jeunes adolescents confrontés à des adultes mensongers qui vont les pousser à s'isoler en dehors du cercle de l'humanité, dans la nature pour désamorcer douleur et désarroi. J'ai sacrément hâte de débuter cette lecture tant je trouve cette auteure redoutable d'efficacité dans le traitement de la nature humaine. Yes !

- Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald. Ce livre nous raconte le destin de trois femmes irlandaises considérées comme folles par certains, sorcières par d'autres. Gnomes, extra-terrestres, monstres venus d'on ne sait où, mythomanes mêlant mensonges et réalité... l'éditeur nous promet un voyage qui dépote entre histoire et mythologie de ce pays si mystérieux. Je suis très curieux de lire ça !

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- Un Fauve en cage, une aventure de Jérôme K. Jérôme par Dodier. L'occasion fait le larron et cela fait bien longtemps que je n'ai pas suivi une enquête de ce jeune enquêteur légèrement maladroit, amateur des policiers US à l'ancienne qui collectionne les sons de sirènes des polices du monde entier. Dans ce volume, il recueille une jeune femme amnésique sur qui plane un danger insaisissable. Là encore, un ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL !

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- À Marche forcée de Slavonir Rawicz. L'unique choix de Nelfe mais quel choix ! Nous avions regardé l'adaptation cinéma lorsqu'elle est passée à la télévision et nous avions été bluffé par cette histoire vraie (Les Chemins de la liberté de Peter Weir, sorti en 2010). Ce livre est le témoignage unique d'évadés du goulag russe qui ont parcouru des miliers de kilomètres à travers le désert de Gobi. Je pense que c'est le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent. J'ai hâte de savoir ce que Nelfe en pensera, d'autant plus qu'elle affectionne les romans des "grands espaces" !

De belles pioches une fois de plus, des PAL qui grossissent un peu mais pas trop (on a vu pire au Capharnaüm éclairé en terme d'acquisitions !) et qu'il faudra faire diminuer quand la rentrée littéraire 2016 sera derrière nous. Quel bonheur que d'être lecteur !

samedi 16 juillet 2016

"La Soif de l'âme" de Christine Falkenland

La Soif de l'âme

L'histoire : Après des années de silence, Cora reprend contact avec son cousin Ernst. Séparés dans l’enfance, ils se retrouvent au domaine de Berg, au milieu des fleurs en serre et des chevaux, en ce lieu où Cora vit en compagnie de ses domestiques. Sournois, Ernst s’habitue à la personnalité austère et ambiguë de Cora, investit de sa présence une demeure dont le souvenir semblait voilé d’interdits. Courtois, presque timide, il tente de reconstruire leur complicité passée tout en résistant apparemment à d’insoutenables réminiscences névrotiques. Tel un ballet funèbre, cette relation longtemps interrompue glisse alors vers un processus de domination et de violence dont la jeune femme, bien que sur la défensive, sera la tragique victime.

La critique de Mr K : Petit voyage littéraire en Suède aujourd'hui avec une poétesse-romancière que je découvre aujourd'hui avec ce roman flirtant bon la passion destructrice. Lors d'un chinage de plus, je tombai par hasard sur La Soif de l'âme et la couverture happait mon regard de suite. Pour ma part, je la trouve assez magique et très attirante. La quatrième de couverture achevait de me convaincre avec une histoire comme je les aime mêlant amour et déraison. Mais ce livre est même bien plus que cela…

Cora vit seule dans sa grande maison de famille depuis la disparition de ses parents. Bourgeoise oisive, elle aime flâner dans son jardin d'hiver, les belles cavalcades à cheval dans le domaine et les alentours en compagnie du régisseur de la propriété. Tous les dimanches, elle va à l'église suivre l'office. Pour paraphraser un grand auteur, tout est luxe, calme et volupté. Tout bascule, le jour où elle recontacte Ernst, une ancienne connaissance issue de son enfance dont elle avait perdu la trace. Commence alors une étrange sarabande mêlée d'observation, de fascination, d'attirance et de répulsion. L'âme humaine est décidément bien nébuleuse et le couple de personnages s'enfonce dans une étrange relation qui comme le prédit le résumé va s'avérer funeste.

Très vite, dès le début, je retrouvais des sensations de lecture que je n'avais plus pratiqué depuis longtemps. Cet écrit est un mix improbable entre le Flaubert de L'Éducation sentimentale (un classique parmi les classiques) et L'Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence. On partage notre temps de lecture entre descriptions très naturalistes du manoir, de ses dépendances et de ses jardins et scènes intimistes entre les deux personnages principaux.

Le point de vue adopté est celui du visiteur. Ernst nous raconte ses retrouvailles avec la jeune fille qu'il revoit bien des années après leur prime jeunesse. Au départ, le personnage est assez imbuvable, imbu de lui-même, irrespectueux envers Cora (il passe son temps à juger son attitude et ses actes, il ferait mieux de balayer devant sa porte). Quelques flashback plus loin, les allers-retour présent/passé se multipliant au fil du récit, on se rend compte qu'il a été marqué dans sa chair et son esprit durant sa jeunesse et qu'il est quelque peu dérangé (c'est un euphémisme). On ne dira jamais assez que tout se joue avant 6 ans et que le rapport aux parent est primordial dans la construction de soi. Dans la déviance involontaire, on atteint ici des sommets avec un Ernst touchant dans sa monstruosité et son incapacité à s'adapter à l'autre.

En face de lui, une belle oie blanche, pétrie de spiritualité et de bons sentiments qui ne capte pas forcément ce qui se passe autour d'elle et qui a du mal dans ses relations aux autres de par la vie solitaire qu'elle s'impose. Encore vierge, elle ne connaît pas grand chose aux grands élans de l'amour et ses retrouvailles avec Ernst vont faire plus que des étincelles. Une fois le Rubicon traversé, la lumineuse Cora laisse place à un être désespéré et perdu qui tente maladroitement de se raccrocher à sa foi, à Dieu qui jusque là s'était montré si proche d'elle. Le livre rentre alors dans une nouvelle logique, celle de l'affrontement au centre d'un couple qui n'en est pas vraiment un, une victime et une proie, et des esprits en déshérence qui tentent de survivre comme ils peuvent.

Ce livre a un caractère hypnotique indéniable. Bien qu'assez froid dans son approche au départ, on se prend à rentrer assez vite dans l'histoire et l'on est intrigué face à ces deux êtres très différents qui pourtant sont attirés l'un par l'autre. L'écriture de Christine Falkenland accompagne merveilleusement la trame avec une simplicité renversante inoculant quelques saillies venimeuses de haute tenue qui bouleversent personnages et lecteurs unis pour le pire dans une descente aux enfers diaboliquement bien menée. On ressort de cette lecture courte (140 pages) mais efficace complètement rincé et conscient d'avoir lu une petite pépite bien sombre et profondément humaine. Une expérience à tenter !

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