jeudi 19 juillet 2018

''L'Accompagnatrice" de Nina Berberova

9782868690487

L'histoire : En quelques scènes où l’économie des moyens renforce l’efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d’une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre ; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d’Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l’amour et de la haine. Virtuose de l’implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l’antagonisme sournois des classes sociales et l’envoûtement de la musique.

La critique de Mr K : Retour chez Actes Sud aujourd'hui avec L'Accompagnatrice de Nina Berberova, un roman russe plutôt court se déroulant au lendemain de la révolution de 1917. J'avais déjà entendu parler de cette auteure et sur IG, quand j'ai posté une photo du livre lors de ma lecture, nombre d'igers m'ont indiqué leur grande affection pour cette auteure. C'était de très bon augure et ma lecture loin de les désavouer m'a fait découvrir une auteure vers laquelle je reviendrai très vite tant j'ai été pris sous le charme du récit et du style de l'écrivain.

Sonetchka est d'extraction pauvre, son avenir semble bouché. Vivant seule avec sa mère, le quotidien est rude et la révolution bolchevique n'a pas vraiment changé grand-chose dans son existence. Le père étant parti depuis longtemps, les deux femmes survivent d'expédients et attendent un avenir meilleur. Seul rayon de soleil dans cette morne existence, le piano. Possédant un vieil instrument à la maison, Sonetchka en joue très bien et une opportunité va se présenter. Par l'entremise de sa mère et de connaissances, elle va rentrer au service d'une soprano en tant qu'accompagnatrice à demeure (ce qui consiste essentiellement à jouer du piano pendant que l'artiste effectue ses vocalises et répétitions). Ça va être l'occasion pour elle de pénétrer dans un nouveau monde qu'elle ne soupçonnait pas, de s'élever socialement mais aussi de nourrir du ressentiment envers cette femme à qui tout a réussi et qui renvoie indirectement et de façon inconsciente la jeune fille à sa triste condition d'origine.

Ce roman est tout d'abord un magnifique portrait de femme. Tout sépare l'accompagnatrice de sa patronne : l'extraction sociale, l'apparence physique, le caractère et pourtant la rencontre va révéler qu'elles étaient faites pour travailler ensemble. L'embauche se fait vite et très rapidement des rapports particuliers s'instaurent entre elles. Très complexes, ils s'agit de fascination d'une jeune déshéritée pour un astre qui semble inatteignable, c'est aussi la jalousie qui fait son apparition et qui nourrit l'envie qui en découle de posséder ce que la soprano semble parfois dédaigner. Lutte des classes masquée derrière un caractère effacé, la patronne elle s'est attachée à la jeune fille qui remplit parfaitement son rôle et lui inspire une compassion non feinte. Bien que complémentaires, ces deux personnages ne se comprennent pas vraiment et quand apparaît un élément déstabilisant pour la soprano, vont s’enchaîner des révélations et des tractations qui mèneront à une fin qui redistribuera définitivement les cartes. Autour d'elles gravitent une série de personnages plus ou moins présents qui eux aussi sont traités avec beaucoup de finesse, chacun intervenant ou non directement et abondant le récit de détails à priori anodins mais qui révéleront leur importance au fil du déroulé de l'histoire.

Ce récit est aussi une remarquable plongée dans la Russie post 1917 avec au détour des circonvolutions de la trame le portrait parfois glaçant d'une réalité bien éloignée du rêve promis : l'aliénation sociale est toujours de mise avec de beaux focus sur le quotidien des plus pauvres aux plus aisés. La différence est énorme et se révèle très vite être l'un des moteurs du personnage principal que cet état de fait révolte. Queue devant les magasins, problème pour se chauffer, déterminisme social se confrontent ainsi avec un luxe ostentatoire dans une famille où l'on mange toujours à sa faim, où le chauffage fait partie de la normalité et où l'on s'apitoie sur les pauvres au lieu de réellement agir pour les sortir de l'ornière. La révolution russe semble avoir accouché d'une souris, il faut dire qu'elle en est encore à ses balbutiement et l'après Nicolas II a mis du temps à se dessiner. On retrouve aussi à travers ce roman, l'âme russe mâtinée de romantisme, de résistance face à l'oppression (omniprésence du froid notamment) et sa fascination pour les éléments naturels avec ici ou là quelques description très bien glissées pour enrichir personnages et contexte. Ajoutons à cela la dimension artistique qui émane de ce court roman très esthétisant : on lit ainsi de très beaux passages sur la musique, le jeu au piano, le travail de la voix et les petites séquences de collaboration entre l'accompagnatrice et sa patronne touchent justes et au cœur.

On passe donc un excellent moment en compagnie de cette auteure qui écrit divinement bien. Très accessible, simple et profonde, l'écriture est enveloppante à souhait, ménage un suspens redoutable tout en proposant de véritables tableaux entre clarté et obscurité, tant la dichotomie de l'âme humaine y est exposée sans vergogne mais toujours dans le souci d'optimiser l'histoire et le plaisir de lire. L'Accompagnatrice est un petit classique dans son genre que je vous invite à découvrir au plus vite !

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mercredi 11 juillet 2018

Puces de Doëlan 2018 (29)

Comme chaque année, fin juin, se tenaient les Puces de Doëlan. Petit port typique sur la commune de Clohars-Carnoët dans le Finistère Sud que j'aime particulièrement, j'adore m'y promener à n'importe quel moment de l'année. Printemps, été, automne, hiver, à chaque saison son charme. La côte est magnifique et je ne m'en lasse pas. C'est donc tout naturellement que ce rendez-vous est inscrit dans notre agenda longtemps à l'avance.

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Toute la journée, on flâne à travers les étals dans ce cadre enchanteur. Allier notre amour de la chine, des découvertes livresques avec celui de la Bretagne, nous sommes aux anges. Et quand le soleil est aussi de la partie (comme à chaque édition), touristes et locaux sont contents et en prennent plein les yeux.

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Avec 120 exposants, il y a de quoi faire. Très peu d'étals pro, c'est vraiment le vide-grenier authentique qui permet de faire de bonnes affaires et l'ambiance familiale où on discute très facilement et échange sur nos passions (notamment littéraire, vous commencez à nous connaître) est très agréable.

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Plutôt qu'un long discours, je vous laisse profiter du cadre et de l'ambiance encore un peu avant de vous présenter les petits nouveaux qui ont rejoint notre bibliothèque. Si vous n'en avez pas assez, vous retrouverez des informations supplémentaires sur le coin et d'autres photos sur les billets des années précédentes et .

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Alors, alors ! Qu'est-ce qui a attiré notre attention cette année dans les bacs ? Des bouquins bien sûr ! Oh, quelle surprise ! Mais aussi une petite gourmandise découverte en fin de parcours (victime de son succès, j'ai été obligée d'être raisonnable).

Acquisitions 2

Comme d'habitude, j'ai été plus sélective que Mr K (il faut dire aussi qu'il a un rythme de lecture de malade). Voici mes acquisitions du jour :

Acquisitions 1

- "Watership down" de Richard Adams. Trop contente de le trouver en état neuf, la précédente lectrice n'ayant pas accroché (il y a encore son marque-page dans l'ouvrage), de mon côté j'en avais beaucoup entendu parler lors de sa traduction et sortie en France en 2016. Je ne m'y attendais pas du tout. Hop, je l'embarque !

- "Surtensions" d'Olivier Norek. Norek est un auteur que bon nombre d'amateurs de thriller aime beaucoup. Pour ma part, ne l'ayant encore jamais lu, c'est l'occasion de le découvrir.

- Et la lichouserie, comme on dit en Bretagne du côté de Quimper : de la confiture maison de cassis. Miam !

Et côté Mr K ? Une sélection éclectique :

Acquisitions 5

- "La Clé de l'abîme" de José Carlos Somoza. Un Actes Sud, il passe rarement à côté. Avec déjà un ouvrage de l'auteur, "La Caverne des idées", dans sa PAL, c'est ici la passe de 2.

- "L'Ecole des chats" de Kim Jin-Kyeon. On avait déjà acquis la suite il y a quelques temps, sans savoir qu'il s'agissait d'une saga. Surprise de tomber sur cette première intégrale. C'est bon, maintenant on a tout !

Acquisitions 4

- "Une Balle dans la tête" de Dan Simmons. Inconditionnel de l'auteur, forcément, un ouvrage non lu se retrouve directement dans le sac !

- "Sacré Bleu" de Christopher Moore. Même remarque que pour le roman précédent. Moore est un auteur que Mr K aime beaucoup. Hop, dans le sac !

- "La Triste fin du petit Enfant Huître" de Tim Burton. Madeleine de Proust pur jus !

Acquisitions 3

- "La Quête du Graal" et "Guerre des Gaules" de César. Typiquement le genre de bouquins à côté desquels je passe totalement mais l'historien du couple saute dessus. Enjoy !

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Encore une belle édition dans tous les sens du terme ! De belles choses à se mettre sous les yeux et de bonnes heures de lecture sous la dent ! J'espère que cette petite promenade littéraire et touristique vous aura plus. N'hésitez pas à nous laisser un petit mot pour nous donner vos impressions, vos conseils sur tel ou tel livre à lire en premier. Ça prolonge le plaisir !

mercredi 23 mai 2018

Craquage chez l'abbé (part II)

Mieux vaut tard que jamais, voici enfin le billet sur la deuxième partie du craquage assez conséquent que nous avons commis à notre Emmaüs chéri en février dernier ! Place aujourd'hui à la selection de livres contemporains après les mondes imaginaires entraperçus lors du précédent post.

Acquisitions ensemble
(Oooooh... ils sont beaux !)

Comme vous pouvez le constater, on s'est bien lâché ! Entre découvertes aléatoires et livres recherchés, nous nous sommes gâtés avec notamment quelques pièces attendues depuis des années et qui vont rejoindre la PAL pour quelques moments d'éternité tant ils risquent de ne pas y rester très longtemps. Comme la gestion d'une PAL est une chose très compliquée et source de discorde, je ne donnerai ni de titres ni de délai pour éviter de m'enfoncer... Quoi ? Nelfe me dit que je le fais déjà tout seul... Pas faux... Allez, trêve de bavardages et passons aux choses sérieuses. Roulement de tambour, les présentations peuvent commencer !

Acquisitions 3
(À tout seigneur tout honneur, débutons par les grands formats !)

- La Variante chilienne de Pierre Raufast. Un drôle de roman que celui-ci qui m'a interpellé par sa quatrième de couverture intrigante. Un homme collectionne ses souvenirs dans des bocaux et à chaque fois qu'il en ouvre un, c'est l'occasion pour l'auteur de tisser des histoires qui s'entremêlent et se répondent entre elles. Comme j'aime beaucoup cette maison d'édition (c'est celle de Xavier Mauméjean, un auteur que je ne saurais que trop vous conseiller), je me suis jeté à l'eau. La lecture sera mon seul juge n'ayant pas cherché ici ou là à en savoir plus.

- Les Échoués de Pascal Manoukian. Ouvrage sur le drame des migrants, il se déroule en 1992 bien avant le raz de marée humanitaire qui se joue encore aujourd'hui. À travers quelques personnages déracinés, l'auteur nous invite à partager ces trajectoires brisées qui se lancent à l'assaut de la forteresse Europe avec leur lot de malheurs et de désillusions. Un livre à priori poignant et qui fera sans doute douloureusement écho à notre actualité honteuse où on l'on peut par exemple en France être poursuivi pour délit de solidarité. Un livre qui je l'espère marchera sur les pas du fabuleux Eldorado de Laurent Gaudé.

- L'Esprit de l'ivresse de Loïc Merle. Un livre qui traite d'une révolte imaginaire dans les quartiers difficiles de France, sempiternels oubliés de notre République pas si égalitaire que cela (voir le sort réservé au rapport Borlo par Micron Ier). C'est une thématique - la banlieue, les cités - qui me touche particulièrement pour y avoir enseigné en début de carrière pendant de nombreuses années. Le point de vue ici est différent car tout est raconté à travers les yeux d'une seule personne qui assiste impuissante à l'inéluctable embrasement de son quotidien. L'auteur ayant été journaliste dans une première vie, je suis curieux de voir le résultat. 

- Touriste de Julien Blanc-Gras. Voici un auteur qui m'avait fait forte impression lors de ma lecture de Briser la glace. Belle plume, ton original alliant drôlerie et prise de conscience écologique, je me jetai sans réfléchir sur ce titre qui me tendait ses petites pages. Il s'agit ici d'un roman géographique où le narrateur décide de voyager un peu partout dans le monde et de raconter son parcours de touristes entre découvertes, déconvenues et parfois quelques situations hors du commun. M'est avis que ce titre ne restera pas longtemps dans ma PAL, je prévois de le lire justement quand viendront les prochaines vacances.

- Le Livre de la jongle de Stéphane de Groot. Pour terminer chez les grands, un livre détente où Stéphane De Groot en amoureux de la langue française s'amuse à revisiter dans l'esprit si drôle et absurde qui l'habite des expressions populaires. J'ai déjà feuilleté un peu l'ouvrage, ça annonce du lourd, du très très lourd même. Je suis très parti pris avec lui car je suis fan du bonhomme et j'avais déjà adoré son Voyages en absurdie. Hâte de découvrir cet ouvrage plus ancien mais qui va (j'en suis sûr) tenir toutes ses promesses.

 

Acquisitions 2
(Petits mais costauds!)

- Le Feu d'Henri Barbusse. Enfin, je l'ai trouvé. Voila un ouvrage que je recherchais depuis très longtemps en chinage et qui m'échappait jusque là. Passionné d'Histoire et aimant les romans-témoignages touchant à la Première Guerre mondiale, ce livre est considéré comme un classique. Prix Goncourt en 1916, suscitant la polémique car décrivant l'horreur à l'état pur alors que le conflit est en cours, échappant à la censure, voici un livre essentiel que je vais enfin découvrir. Là encore, il ne fera pas de vieux os dans ma PAL.

- L'Enfant de la haute mer de Jules Supervielle. Livre-poème composé de textes en prose décalés flirtant avec le conte, j'ai sauté sur l'occasion de lire du Supervielle. Auteur visionnaire à sa manière, il m'a permis d'obtenir mon concours de professeur dans la phase écrite (très beau sujet de français d'analyse de texte) et m'a ensuite ravi lorsque je découvrais d'autres oeuvres de lui au hasard de mes lectures. Ce livre semblait m'être destiné tant il était un peu à part dans son bac, me faisant de l'oeil et attirant sur lui mon regard puis mon coeur. Ce sera sans aucun doute un grand moment que de plonger dans cet univers si magique et onirique à nouveau. 

- Le Lion et La Rose de Java de Joseph Kessel. On ne présente plus ce monstre sacré qu'est Kessel. J'avais lu Le Lion, il y a très très longtemps lorsque j'étais en collège. Je vais le relire avec un plaisir immense et j'imagine que je vais le redécouvrir. L'autre titre m'était parfaitement inconnu mais je me suis dit que c'était l'occasion de lire autre chose du maître et de goûter à une découverte pour le coup total. Wait and read !

- Simples contes des collines de Rudyard Kipling. Encore un écrivain hors norme avec l'auteur du Livre de la jungle qui se livre parfois à l'exercice de la nouvelle comme dans ce recueil qui se propose de dresser un portrait atypique des Indes britanniques où les personnages sont partagés entre leurs aspirations, l'ordre établi et leur destinée. Je m'attends là aussi à du très bon tant Kipling a une plume singulière et envoûtante. 

- La Fille du capitaine de Pouchkine et Premier amour de Tourgueniev. De la littérature russe pour terminer enfin avec deux ouvrages de chez Librio pour deux auteurs classiques réputés que je n'ai pour l'instant jamais pratiqué. La honte va être enfin réparée avec ces histoires d'amour, d'honneur et de doute. Fervent amateur de Dostoievski, Tolstoï mais aussi des nouveaux auteurs russes émergents comme Glukhovsky, Starobinets ou encore Galina et Lipskerov ; j'ai hâte de me replonger dans cette littérature si particulière où l'on cisèle les hommes à la manière de diamants bruts.

 

Acquisitions 1
(La sélection officielle cannoise nelfesque)

- Amours de Léonor De Récondo. (Hop je prends la main rapidement pour présenter mes 2 ouvrages) Pour celui-ci, je n'ai pas lu la 4ème de couverture. J'ai une confiance aveugle en ma copinaute faurelix qui avait adoré ce roman. Elle m'avait d'ailleurs dit de ne pas lire la 4ème. Je suis sage, j'obéis ! Je sais pour le coup ça ne vous aide pas trop...

- De flammes et d'argile de Mark Spragg. Quoi !? Un Gallmeister tout seul, perdu, au milieu de livres d'occasion !? Je ne peux pas le laisser là ! Oui encore une fois, je vous aide beaucoup... (Et hop, je redonne la main à Mr K. A vous les studios !)

De biens belles acquisitions qui viennent grossir nos PAL respectives de fort belle manière. Depuis février dernier, nous n'avons pas recraqué, il faut garder la tête froide et essayer de vider nos réserves même si la tentation est forte notamment lors de vides greniers très à la mode aux beaux jours. Nous verrons combien de temps nous tiendrons (déjà 3 mois !)... En attendant, nous avons un choix certain pour nos prochaines lectures et des heures incalculables de plaisir en prévision. Chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir !

samedi 21 avril 2018

"Boom" de Julien Dufresne-Lamy

9782330096854

L’histoire : Étienne était l’ami fêtard, l’incorrigible. Timothée, le garçon bien éduqué aux drôles de tics – il disait boom tout le temps. Une belle aventure de trois ans jusqu’à ce voyage scolaire à Londres. Jusqu’à ce que Timothée soit fauché par un fou de Dieu sur le pont de Westminster. Depuis la tragédie, Étienne cherche les mots. Ceux du vide, de l’absence. Étienne parle à son ami disparu en ressassant les souvenirs, les éclats de rire.

La chronique de Mr K : J’avais découvert Julien Dufresne-Lamy avec un roman maîtrisé de bout en bout sur l’adolescence et ses dérives, le remarquable Les Indifférents lut récemment et publié chez Belfond. L’occasion fait le larron et l’on m’a adressé (ouais je sais j’ai de la chance) ce roman dédicacé à mon pseudo (re-la classe !) tout juste paru du même auteur chez Actes Sud Junior sur une thématique lourde mais pleine de promesses : le deuil impossible d’un ami très cher par un jeune homme de 17 ans. Boom a tout pour plaire et je peux déjà vous dire qu'il fait mouche et que la claque est magistrale à sa manière.

C’est l’histoire classique de deux adolescents qui se rencontrent et deviennent inséparables. À cet âge là, on vit rarement les choses à moitié, on dévore le monde avant qu’il dévore nos rêves et que l’on rentre dans l’âge adulte avec son cortège de responsabilités. Timothée et Étienne sont comme la glace et le feu, ils sont très différents mais c’est justement ce qui les attire l’un vers l’autre, les font s’apprécier, parfois se disputer et toujours se réconcilier. Trois ans que ça dure et toute la vie devant eux, voila ce que leur promet un futur où tout est ouvert. Malheureusement, leurs pas vont croiser celui d‘un fou de Dieu qui va faucher Timothée en pleine jeunesse et laisser un Étienne totalement déboussolé et seul face à son insondable chagrin.

Conçu comme un long monologue à lire d’un seul souffle, à respirer, à réfléchir. Typiquement le genre d’œuvre que je lirai à haute voix à mes jeunes pousses qui aiment qu’on leur raconte des histoires, que l’on mette en scène la vie dans toute sa complexité et son douloureux aspect parfois. À travers des flashbacks, l’exposition de sa souffrance présente et son œil aiguisé sur le monde qui l’entoure, Timothée nous livre un cri, un souffle d’une force incroyable, d’un réalisme aigu qui blesse et touche l’âme. Chronique d’une adolescence d’aujourd’hui brisée en plein vol par le mal à l’état pur et l’ignorance crasse, on suit ce chemin de croix très éprouvant qui lamine les certitudes et laisse l’endeuillé seul face à lui-même et un monde qu’il ne reconnaît plus.

Par petites touches impressionnistes, dans un style poétique moderne où les mots et les concepts se répondent les uns aux autres, Julien Dufresne-Lamy nous convie à un voyage intérieur d’une rare densité qui brosse le portrait d’un jeune frappé par le deuil et qui tente malgré tout d’exprimer sa souffrance pour l’atténuer. Il dresse au passage un portrait fort juste et vivant de son environnement, des parents dépassés par les événements, de l’indicible qu’on ne peut exprimer pour ne trahir personne ou aucun lien privilégié. C’est aussi l’occasion lors de flashbacks mémorables de se souvenir de Timothée, de qui il était vraiment, des fêtes entre amis, des week-end canap /écran et autres joies d’une jeune vie pleine d’insouciance et en quête de conquêtes diverses. C’est la chronique aussi d’une vie lycéenne que je n’ai jamais vraiment quitté, dans laquelle je baigne depuis toujours et qui est ici très bien retranscrite avec des ressentis d’élèves ciselés, naturels et vraiment accrocheurs.

N’en disons pas plus pour éviter de livrer toutes les clefs de lecture. Sachez que vous avez ici affaire à un objet littéraire de haute volée, à l’écriture poétique et tortueuse qui subjugue et fascine, accessible et imagée. Elle fera le bonheur de jeunes lecteurs sans aucun doute même les plus réfractaires à l’exercice tant on baigne dans la jeunesse d’aujourd’hui sans pour autant tomber dans la facilité ou le pathos. Car c’est là que l’auteur fait fort, loin de les prendre pour des imbéciles, il les invite à un voyage intérieur qui laissera des traces (personnellement, j’étais liquide en fin d‘ouvrage) et ouvre des portes qu’ils n’ont pas l’habitude d’ouvrir. Un très très bel ouvrage, déjà commandé par mon CDI et que j’invite tout le monde à découvrir, lire et partager.

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lundi 11 décembre 2017

Noël avant l'heure...

Dernier post d'acquisitions de l'année au Capharnaüm éclairé avec un énième séjour fructueux à notre centre Emmaüs préféré. Nous n'avons plus trop le moral depuis la disparition de notre très chère Tesfa, on essaie donc de se consoler comme on peut et quoi de mieux qu'un gros craquage pour oublier un temps la peine qui nous étreint le coeur. Comme vous allez pouvoir le constater, nous n'y sommes pas allés avec le dos de cuillère, y compris ma Nelfe adorée !

Acquisitions dec ensemble
(Oui, oui tout cela ! On assume !)

17 petits nouveaux pour exploser nos PAL pourtant déjà bien portantes ! IRRÉCUPÉRABLES ? Pas seulement... Je pense qu'on est désormais dans le cas d'une pathologie grave et malheureusement incurable. Mais je vous connais... Ça vous plaît bien de nous voir nous enfoncer dans ce mal pernicieux du matérialisme littéraire à outrance ! Je vous pardonne bien volontiers et vous convie à me suivre pour la présentation des ouvrages nouvellement acquis.

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(Actes Sud et compagnie, je vous aime !)

- "La Double vie d'Anna Song" de Minh Tran Huy. En tant que fervent adepte de littérature asiatique et de la maison d'édition Actes Sud, je n'ai pas résisté longtemps face à ce titre qui me tendait les bras. Suite à la disparition de la pianiste célèbre qui donne son nom à l'ouvrage, un scandale éclate sur la réalité de son travail artistique. Jeu de miroirs fascinant faisant à priori la part belle à la trahison et l'imposture, ce livre ne garnira sans doute pas très longtemps les étagères de ma PAL.

- "L'Accompagnatrice" de Nina Berberova. On reste dans le milieu musical avec les relations tortueuses entre une soprano issue de la haute société et sa jeune accompagnatrice bâtarde et pauvre relatées par une auteure russe que je vais découvrir avec ce roman. Antagonisme sournois des classes sociales et envoûtement de la musique sont au programme. Ca n'a pas l'air mal du tout !

- "Photo de groupe au bord du fleuve" d'Emmanuel Dongala. Ce roman raconte la révolte de casseuses de cailloux dans un pays de l'Afrique contemporaine contre la pauvreté, la guerre, l'oppression au travail, les violences sexuelles et domestiques. Un jour, elles décident de vendre le sac de gravier plus cher. La journée et les suivantes pourraient bien bouleverser leur existence à toutes, à défaut de changer le monde. Féminisme, portrait réaliste d'une Afrique loin d'être exotique et humour de bon aloi ont permis à l'auteur d'obtenir de nombreux prix pour ce titre, hâte de voir ce que cela donne !

- "Le Moine" de Matthew G. Lewis. Un des premiers romans gothiques qui fit scandale lors de sa sortie (1796 !) et qui fut interdit un moment car soit-disant licencieux. Un moine vertueux entre tous et apprécié de la bonne société de son époque va devoir confronter sa foi à ses désirs les plus sombres. On nous promet beaucoup dans le domaine des vicissitudes et une écriture à tomber par terre. Il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter !

Acquisitions dec 3
(Quand l'Histoire rencontre les histoires...)

- "Journal" d'Anne Frank. Un classique qu'on ne présente plus et dont j'ai utilisé des extraits il y a peu avec mes élèves de 3ème PEP lors d'une incursion dans la seconde guerre mondiale. Désirant le relire (ma lecture remonte au collège, c'est dire !), je me suis rappelé que je l'avais alors emprunté au CDI et que je n'en avais jamais fait l'acquisition (la honte, je sais !). L'occasion faisant le larron, c'est tout naturellement qu'il s'est présenté à moi lors de notre dernier passage chez l'abbé. Un futur re-reading entre Devoir de mémoire et émotion que j'entreprendrai très bientôt entre deux SP de janvier.

- "À l'ouest rien de nouveau" de Erich-Maria Remarque. La Guerre 14-18 entre à nouveau dans ma PAL, c'est une de mes marottes régulières en littérature historique avec ici le témoignage d'un soldat allemand sur le conflit pour un roman pacifique et réaliste dont j'ai beaucoup entendu parlé. Gros succès mondial lors de sa parution en 1929, je ne doute pas un instant que la lecture de ce roman sera bouleversante.

- "Le Café de l'Excelsior" de Philippe Claudel. J'aime les histoires tendres et souvent pleines d'émotions de Philippe Claudel, c'est donc tout naturellement que j'acquiers automatiquement tous les ouvrages d'occasion qui me tombent entre les mains. Ici un petit garçon ayant perdu ses parents va habiter avec son grand-père qui tient un bar, lieu d'oubli et assommoir pour les êtres qui le fréquentent mais aussi un petit paradis vu à travers les yeux d'un enfant. Très prometteur !

- "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra. Typiquement le genre d'acquisition pulsionnelle et maso que je pratique régulièrement, avec ce choix un auteur adoré pour un sujet difficile : la guerre d'Algérie. Je suis sûr d'avance que je vais adorer cet ouvrage malgré les horreurs qu'il va me décrire car Yasmina Khadra n'a pas son pareil pour décrire les splendeurs et décadences de notre espèce. Une lecture redoutée donc...

Acquisitions dec 2
(Du thriller en veux-tu ? En voila !)

- "Cadres noirs" de Pierre Lemaitre. Dans cette course à la sélection, un cadre de 57 ans au chômage depuis quatre ans ne reculera devant rien pour être choisi. Cependant, quelle réaction pourrait-il bien avoir s'il se rendait compte que les dés étaient pipés depuis le départ ? On peut compter sur Pierre Le Maître (un auteur que j'aime par dessus tout) pour explorer les abysses de l'esprit humain et lâcher les chevaux. M'est avis que celui-ci aussi ne restera pas bien longtemps dans ma PAL !

- "Derniers adieux" de Lisa Gardner. Une agent du FBI enceinte travaille sur les disparitions mystérieuses de plusieurs prostituées. Peu à peu émerge l'idée d'un serial-killer qui frapperait déjà depuis de nombreuses années, un piège invisible semble alors se refermer inexorablement autour de l'héroïne. Je n'ai pas réfléchi plus de deux minutes, j'adore Lisa Gardner et une lecture d'un de ses ouvrages promet forcément un suspens haletant et un plaisir de lecture durable. Hâte d'y être !

- "Seul à savoir" de Patrick Bauwen. Facebook comme révélateur d'un passé qu'on ne veut pas oublier pour l'héroïne, Patrick Bauwen explore avec ce roman les arcanes de la recherche médicale de pointe, le circuit de l'argent sale et les nouvelles technologies. Ayant déjà pratiqué avec bonheur cet auteur, je me suis laissé tenté. Wait and read !

Acquisitions dec 1
(Non, vous ne rêvez pas, Nelfe tient ici son record de craquage même si elle ne me dépasse pas... faut pas rêver non plus !)

- "Puzzle" de Franck Thilliez. Amatrice forcenée (et il faut bien l'avouer sadique, elle me fait peur parfois) de thriller, Nelfe était toute contente de tomber sur cette pièce de choix de Franck Thilliez, un auteur qu'elle apprécie beaucoup. Deux spécialistes des chasses au trésor vont participer au jeu ultime Paranoïa qu'ils souhaitaient intégrer depuis longtemps. À priori, ils ne seront pas déçus...

- "Am Stram Gram" de M. J. Arlidge. Là encore une heureuse trouvaille pour une Nelfe qui avait inscrit cet ouvarge dans sa wish list. Des paires de victimes sont enlevées, emprisonnées et confrontées à un terrible choix : tuer ou être tué. Gasp... le genre de choix impossible que l'auteur va prendre un malin plaisir à exposer à ses lecteurs. De la bonne perversité au programme, tout pour plaire à ma douce et tendre. Je commence à grave flipper moi là...

- "Amelia" de Kimberly McCreight. Une mère d'adolescente apprend que sa fille a sauté du toit de son établissement scolaire. Ce suicide était totalement imprévisible à ses yeux et un mystérieux message anonyme envoyé plus tard semble sous entendre qu'il s'agirait d'un meurtre... Aie aie aie, ça va chauffé dur et les appétits de Nelfe en matière de récits tortueux vont être sans doute mis à rude épreuve. Purée, il faut que je prenne mes précautions et que je retouche mon testament moi...

- "Dans le silence du vent" de Louise Erdrich. À la fin des années 80, une femme amérindienne est agressée, battue et violée. La vie de son fils de treize ans s'en voit bouleversée et devant la lenteur de la police à tenter de résoudre ce crime, il va mener l'enquête avec ses potes. Un roman qui promet d'être déchirant avec un ado confronté à la violence et à l'injustice. sans doute un ouvarge que je repiquerai à Nelfe après sa lecture.

- "Rendez-vous à Crawfish Creek" de Nickolas Butler. Dix nouvelles, dix balades le long des routes du midwest. Un choix logique et sans doute imparable quand on sait que Nelfe et moi sommes fans de la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel. Ici les destins se croisent entre réalisme et poésie pour nous livrer des portraits sans fards d'âmes du Wisconsin. Aaaarg, je le lui piquerais bien aussi !

- "À moi pour toujours" de Laura Kasischke. Une professeur d'université reçoit un billet doux d'un mystérieux admirateur. Ce qui s'annonce tout d'abord comme une lumière brillante dans une vie morne va en fait totalement désorganiser sa vie et la faire chavirer. Au Capharnaüm éclairé, on adore Laura Kasischke, impossible donc de résister à la tentation que représente un livre de cette poétesse des temps modernes qui n'a pas son pareil pour dépeindre les femmes, leurs tentations et leurs désirs. 

Au final, une sacrée bonne sélection qui va intégrer les anciens volumes de nos PAL respectives. Dur dur de résister face à des auteurs adorés ou des quatrièmes de couverture attrayantes. Reste maintenir à lire tout cela et à en juger la qualité à travers les chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir. Y'a du boulot !


vendredi 1 décembre 2017

"Dans la guerre" d'Alice Ferney

danslaguerrealiceferneyL’histoire : 1914. La guerre éclate et personne n’y croit. Personne ne croit à sa durée, à la douleur et à la violence, et personne n’imagine combien d’hommes vont périr, combien reviendront quatre ans plus tard avec un ineffable effroi dans les yeux. La jeune Félicité n’y croyait pas non plus, à la guerre, et maintenant que Jules, son mari, est parti, elle ne croit pas qu’il pourrait ne pas revenir. Elle l’attend donc, élevant leur tout jeune enfant et accomplissant son travail de paysanne, alors même qu’elle est en butte à la sourde hostilité d’une belle-mère jalouse. Félicité et Jules ne sont pas les seuls protagonistes du drame qu’Alice Ferney a mis en scène dans son roman, il y a aussi Prince, leur chien. Ce Colley, incapable de comprendre et de supporter l’absence de son maître, traverse la France entière pour le rejoindre. Arrivé au front, il apprend avec Jules l’art de tuer et la manière de transmettre des messages quand les soldats ne peuvent passer sous le feu. Incarnation même de la fidélité, Prince comprend alors comment l’homme qui souffre laisse en lui renaître la bête.

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis, quelle claque ! Déjà que Grâce et dénuement m’avait cueilli à sa manière mais cette nouvelle lecture d’Alice Ferney m’a définitivement convaincu de l’immense talent de cette auteure à lire absolument. Dans la guerre est à la fois un magnifique hommage aux victimes de la barbarie, un hymne à l’humanité et une très belle chronique familiale.

L’ouvrage commence avec l’ordre de mobilisation placardé sur la place du village. La sanction est tombée : Jules va partir au front laissant derrière lui sa ravissante femme, son enfançon, sa ferme et son colley. Les adieux faits, le voila parti pour un voyage au bout de la nuit, il éprouvera la guerre sous toutes ses formes : en mouvement puis dans les tranchées. Pendant ce temps là, par intermittence, le lecteur retourne à la ferme où se joue une autre partie d’échec entre Félicité (la femme de Jules) et sa belle-mère Julia, assez épouvantable dans son genre. Quant à Prince, le colley de Jules, il va partir sur les routes pour retrouver son maître adoré qu’il secondera dans ces temps difficiles. Angoisses, douleurs, espérances mais aussi courts moments de joie émaillent un récit puissant au souffle intimiste qui éteindrait toute velléité de conflit si l’on se donnait la peine de le lire.

On s’attache immédiatement au couple Jules / Félicité, gens simples de la campagne qui ne sont pas dupes des risques encourus. Liés par un amour fou, ils ne cesseront de penser l’un à l’autre, de poursuivre leur existence chacun de leur côté en espérant un jour se revoir. Rien ne nous est caché de leurs états d’âmes respectifs et cet amour là est d‘une rare force, il transcende le lecteur et c’est souvent l’œil humide qu’on passe au chapitre suivant. C’est beau, c’est pur et tellement solaire comparé à l’horrible réalité de la guerre omniprésente le reste du temps.

Ce sont des regards croisés sur la Première Guerre mondiale qui nous sont ici offerts. Alice Ferney explore l’âme humaine tant au front qu’à l’arrière, des combattants embourbés enterrés jusqu’aux foyers délaissés où triment les femmes. Cela donne lieu à de très belles pages sur la vie au front avec le quotidien si difficile des poilus, l’installation d’un certain fatalisme qui s’inscrit dans les esprits et au final des hommes face à eux-mêmes, à leurs démons. Les descriptions sont fascinantes de réalisme et l’on sent bien que l’auteure a un sens aigu de l’Histoire qu’elle retranscrit à merveille et sans fausses notes. Clairement, moi qui suis un amateur de cette période historique en littérature, cet ouvrage n’a pas à rougir de classiques comme Les Croix de bois de Dorgelès, un de mes romans cultes sur le sujet. Ferney n’a pas son pareil pour donner corps et âme à ses personnages et les inscrire dans la réalité d’une guerre effroyable. Le récit est riche en références, éléments politiques et guerriers qui essaiment le roman sans pour autant l’alourdir. La petite histoire accompagne à merveille la grande.

Voyage sublime et atroce à la fois, c’est haletant et inquiet que l’on suit la vie des différents personnages : la vie de cantonnement au front de Jules avec ses camarades d’infortune dont Joseph et Brêle qui ressortent du lot, Jean Bourgeois un supérieur hiérarchique proche de ses hommes ou encore le colley Prince qui finit par les rejoindre et va servir d’estafette un temps. Camaraderie, solidarité mais aussi injustice et début de rébellion font monter la pression. On s’en doute la fin du roman est un déchirement et une telle histoire ne peut se terminer heureusement. Les atermoiements, hésitations et craintes de celle qui est restée au pays ne sont pas moindre, même si la mort ne guette pas Félicité à chaque minute, elle doit s’occuper du domaine et notamment supporter sa jalouse de belle-mère qui ne lui a jamais pardonné de lui avoir enlevé son fils. Psychodrames, tensions et clashs sont au menu avec en filigrane le grand absent que l’on attend et que l’on espère. Là encore, Ferney peint un tableau pudique et libérateur à la fois, comme si elle réussissait à travers cette famille à dépeindre une époque entière et toute une série de sentiments contradictoires nourris par l’expérience douloureuse que les personnages doivent traverser.

Autre élément présent dans le texte : les animaux. On sent que l’auteure nourrit un amour certain pour ses victimes collatérales du conflit. Au delà de la figure de Prince, modèle de loyauté et de fidélité, on retrouve à plusieurs moments des allusions aux massacres perpétrés par les différentes armées, l’auteure laissant libre court à l’expression d’incompréhension des bêtes face à la furie des hommes. Aussi original qu’efficace, ce procédé donne à voir un point vue supplémentaire sur les actes commis, certes ce n’est pas le plus fouillé dans ce texte mais il a le mérite d’être là et de proposer autre chose, une autre vision. La conclusion reste la même, la boucherie de 14-18 broie tous les êtres, les tuant ou les laissant amorphes sur le bord du chemin. Choc brutal, abrutissement et au final le broyage de l’âme est au rendez-vous.

Ce fut un bonheur de tous les instants que cette lecture. Malgré un thème difficile, des scènes chocs et une trame très pessimiste. On se plaît à parcourir ces mots, lignes, phrases et paragraphes à l’écriture aussi subtile que belle. L’art d’écrire est noble entre tous ici et c’est une très belle évocation de la Première Guerre mondiale que nous propose Alice Ferney. Sur cette thématique et dans l’amour des belles lettres, on ne fait guère mieux. Courez-y !

mercredi 8 novembre 2017

"L'Arbre de Santal" de Tarjei Vesaas

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L’histoire : Quand leur mère se trouve enceinte, Egil et Margit décident qu’elle attend un garçon qu’ils baptisent Livind et associent aussitôt à la vie familiale. Et lorsque la jeune femme, hantée par d’obscures menaces, demande à son mari de l’emmener au loin, Livind participe à l’aventure comme s’il était déjà né. Tout au long de ce voyage qui tourne mal et finit de manière tragique, la mère, superbe dans sa grossesse et indifférente aux ressources qui s’épuisent, apparaîtra tel l’arbre de santal, solide et nourricier.

La critique de Mr K : Voyage en terres norvégiennes avec ce roman écrit en 1933 et qui ne fait vraiment pas son âge. C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de Tarjei Vesaas et m’est avis que ce ne sera pas la dernière vu la forte impression que L’Arbre de santal m’a laissé. Entrez avec moi dans un monde revisité à la sauce intime et poétique.

Dans cet ouvrage nous suivons les pérégrinations d’une famille norvégienne qui attend un heureux événement. La maman est enceinte, les enfants attendent avec impatience l’arrivée du petit nouveau qu’ils ont déjà baptisé. Une ombre plane cependant car la mère de famille (Hilde) se sent menacée entre visions et mal-être apparent, elle considère cette grossesse comme son ultime voyage. Face à son épouse qui semble se recroqueviller sur elle-même, Magnus (le papa) décide d’entreprendre un voyage qui devrait permettre de remonter le moral des troupes, de ressouder la famille et d’accueillir au mieux le nouveau-né. L’errance commence accumulant passages contemplatifs, scènes de la vie quotidienne des membres de la famille et la montée d’une tension sourde qui atteindra son apogée dans les toutes dernières pages.

Nébuleux est sans doute l’adjectif qui conviendrait le mieux pour caractériser ce roman où les zones d’ombre sont nombreuses notamment concernant Hilde. La mère de famille ne va pas bien et il est difficile de s’appuyer sur quoi que ce soit pour expliquer son état : imprévisible et solitaire, tour à tour elle agace, séduit, entretient le mystère. Dur dans cet état de fait de pouvoir de suite poser une opinion tranchée sur ce personnage étrange, naviguant en eaux troubles loin du commun des mortels. C’est donc à travers les paroles et les actes des deux enfants que l’on capte mieux cet être qui souffle le chaud et le froid. Egil et Margit donnent un coup de frais dans l’ambiance quasi crépusculaire du roman avec leurs inquiétudes, leurs espoirs et leurs jeux d’enfants. C’est aussi pour les deux jeunes, l’éveil à la conscience de soi, du monde et de la fin de toute chose. Le mari est plus absent dans le récit, bien que toujours présent physiquement, son caractère effacé fait contraste avec la fureur de vivre et de s’exprimer de ses deux enfants. Il se dégage de cette cellule familiale un curieux mélange d’amour, de fusion mais aussi de fractures et de fêlures qui donne sa saveur inimitable à la vie au sens propre. Cette mécanique intime est ici très bien rendue avec pudeur et précision.

À proprement parlé, il ne se passe pas énormément de choses dans ce roman (c’est loin d’être l’essentiel ici) qui se plaît à rester au plus près des personnes et des lieux. On retrouve la fascination des peuples du nord pour leur environnement avec notamment de très belles courtes descriptions des minéraux, de la flore et des aléas de la météo. Loin d’être banale et sans objets, la nature accompagne ce voyage initiatique et se veut le miroir des existences qui nous sont données à lire. C’est beau, léger, aérien et ça contrebalance l’évolution noire d’un roman qui voit ses personnages fortement évoluer vers une fin que l’on devine très vite tragique mais logique. Volontiers naturaliste, ce roman étudie l’homme dans sa nudité extrême face à son destin et son rapport à autrui et au monde. Quelle réussite à ce niveau là aussi !

Et puis, il y a l’écriture de Tarjei Vesaas. Hypnotique, poétique, très accessible, elle plonge le lecteur dans un confort de lecture optimum malgré les drames qui se jouent dans la trame principale. On tourne les pages sans s’en rendre compte avec un bonheur renouvelé entre justesse, accents véridiques et réalisme magique par moment. C’est bouleversant, ça agite la machine à émotions et laisse en toute fin une double impression : une histoire crispante et douloureuse et une expérience de lecture unique par sa forme pure. Un livre à découvrir si le sujet général vous intéresse et si les terres / écrivains du nord vous attirent.

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dimanche 29 octobre 2017

Désherbage à domicile !

En septembre dernier se tenait le désherbage annuel de la médiathèque de notre commune. C'est typiquement le genre d'événement que nous ne manquons pas au Capharnaüm éclairé, fous que nous sommes de contribuer à l'atomisation de nos PAL respectives plus que bien portantes ! 

Acquisitions oct ensemble

Ils sont mignons les petits nouveaux, non ? Une fois de plus, nous sommes tombés sur de belles pièces avec notamment des auteurs que nous apprécions beaucoup chez nous, une belle colonie Actes Sud et deux ouvrages des éditions Stock. Voici la traditionnelle présentation des nouveaux arrivés qui tôt ou tard se verront chroniqués, une fois leur lecture effectuée !

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- L'Homme qui tombe de Don DeLillo. Un roman post 11 septembre d'un auteur reconnu et que je vais apprendre à connaître avec ce volume. Bien tortueuse, la quatrième de couverture fait la part belle aux ressorts brisés de la machine humaine et la rencontre entre l'intime et l'universel. Vous n'avez pas tout compris ? Moi non plus je vous rassure ! Ce qui est sûr par contre, c'est que cette oeuvre borderline a tout pour me plaire sur le papier.

- Prenez l'avion de Denis Lachaud. Un homme et une femme très différents survivent de façon inouïe à un crash aérien et vont essayer de comprendre le pourquoi de ce miracle. Un roman sur la peur, son apprivoisement et la renaissance de l'espoir. Branque, vous avez dit branque ? Je vous le confirme, ce livre est fait pour moi !

- Invisible de Paul Auster. Une relation triangulaire qui implose, roman d'apprentissage d'un naïf confronté au secret et aux interdits, voila le fond de ce roman d'un auteur que j'adore entre tous. Je dois avouer que je n'ai pas cherché plus loin, j'ai adopté ce volume de suite. L'amour rend aveugle dit-on...

- Dans la guerre d'Alice Ferney. De la même auteure, j'avais aimé Grâce et dénuement et je souhaitais découvrir d'autres titres. Le hasard fait bien les choses avec ce roman se déroulant durant la Première Guerre mondiale, une période que j'affectionne énormément. Nous suivons ici Jules un jeune homme appelé à combattre et les femmes de la famille qui restent à la maison et espèrent son retour. Ca ne respire pas la joie de vivre mais je sens que ça va me plaire !

Acquisitions oct 2

- L'Enquête de Philippe Claudel. Là encore, un auteur aimé et apprécié par chez nous. Ouvrage kafkaïen selon certains (mon enthousiasme grandit d'autant plus), on suit une mystérieuse enquête dans une entreprise où beaucoup de suicides d'employés sont à déplorer. À priori, les frontières entre imaginaire et réel sont très vite abolies, le genre de lecture qui peut me plaire. Wait and read.

- Veuf de Jean-Louis Fournier. Que j'aime cet auteur ! Il revient dans cet ouvrage sur la perte de sa femme qui selon lui avait toutes les qualités qui comblaient ses propres défauts. je m'attend à beaucoup de tendresse, de tristesse mais aussi de dérision. Sa plume est incomparable et je suis sûr qu'une fois de plus, il sublimera son sujet.

- L'Inaperçu de Sylvie Germain. Un roman alléchant qui nous propose d'explorer une famille ordinaire dans laquelle va s'incruster une branche rapportée qui à sa disparition va bouleverser la mécanique familiale. On nous promet beaucoup de choses en quatrième de couverture : pages sombres de notre Histoire, tragédies individuelles, imprévisibilité, rêves fous et emprise du temps. Miam miam !

- Jour sans retour de Kressmann Taylor. Depuis Inconnu à cette adresse, je traque sans relâche le moindre ouvrage de cet auteur culte. Me voila bien récompensé avec ce témoignage mêlant vérité et fiction pour écrire un roman sur l'ascension implacable du nazisme vue par un résistant. Sans doute un ouvrage essentiel à l'heure où certaines figures politiques se plaisent à dire que c'est la rue qui soit disant a chassé le nazisme...

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Voici les deux ouvrages dégotés par Nelfe qui une fois de plus s'est révélée plus raisonnable que moi...

- Les Jardins d'Allah de Sylvain Tesson. Elle était ravie de trouver un livre de cet auteur qu'elle aime beaucoup. L'écrivain-voyageur-géographe garde ici le cap à l'est pour nous entrainer en Asie du sud où les religions, les nationalismes et le mercantilisme post-moderne s'empoignent dans la plus totale confusion. Tout un programme !

- Le Pays des ténèbres de Stewart O'Nan. Une bande de gamins unis à la vie à la mort, un accident, le drame. Comment vivre avec cela sur la conscience ? C'est typiquement le genre de thématiques et de livre que Nelfe adore. M'est avis que c'est une très bonne pioche !

Notre tour d'horizon est complet, c'est la promesse de nombreuses et riches heures de lecture. Et dire qu'il va falloir que je vous parle bientôt de notre gros craquage à Emmaüs en début de mois... I.R.R.E.C.U.P.E.R.A.B.L.E.S je vous dis !

dimanche 10 septembre 2017

Craquage littéraire estival

À l'occasion de la visite prolongée d'une amie de Nelfe à la maison courant août, nous lui avons fait visiter notre petit coin de Paradis entre plages, vieilles pierres, Festival Interceltique et gastronomie bretonne. Lectrice régulière de notre blog, elle a émis le souhait innocent (sic) d'aller faire un tour chez notre cher abbé... Vous connaissez ma faible capacité de résistance à l'idée d'aller visiter ce lieu de perdition très bien achalandé, Nelfe étant elle-aussi tentée... en deux temps trois mouvements ; nous voila partis ! Voici le résultat de cette visite imprévue mais une fois de plus fructueuse. Jugez plutôt !

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(Ne sont-ils pas beaux les p'tits nouveaux ?)

N'est-ce pas un beau craquage des familles ? Je vous l'accorde, on a fait pire (surtout moi) mais franchement, il était impossible de résister. Au final, voici une sélection une fois de plus variée et riche en promesses de plaisirs littéraires. Voici un petit tour d'horizon des nouvelles acquisitions du Capharnaüm Éclairé qui vont rejoindre leurs aînés sur les rayons de nos PAL respectives. Suivez le guide !

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(C'est toujours un bonheur certain de dégoter des ouvrages publiés chez Actes Sud)

- Monde clos de Christos Chryssopoulos. Une bien curieuse trouvaille que ce roman polyphonique nous parlant d'une cité périphérique à travers les destins et vies des habitants des lieux entre rêve, tragédie et sublime au détour de leur quotidien. La couverture et le résumé m'ont séduit de suite et en allant zieuter sur le net, les avis parfois très positifs m'ont conforté dans mon choix. Je suis bien curieux de voir ce que cela va donner.

- Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann. Ce roman d'un jeune auteur allemand narre la rencontre entre le grand explorateur Von Humboldt (croisé pour ma part lors de mes études d'Histoire) et le prince des mathématiques Gauss. À priori, les échanges entre les deux génies de leur temps font des étincelles et couvrent les réussites et échecs d'une vie humaine. Véritable phénomène littéraire dans son pays d'origine, j'ai hâte de me faire ma propre opinion sur cet ouvrage.

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(La meute des ouvrages publiés chez Le Livre de poche)

- Les Ritals et Bête et méchant de Cavanna. Le hasard fait que j'ai pu me procurer deux des trois volumes constituants l'autobiographie de Cavanna. C'est un personnage qui m'a toujours fasciné et qui à priori à eu une vie passionnante en dehors de la sphère publique. Il ne me reste plus qu'à trouver Les Russkoffs et je pense m'atteler à la lecture de la trilogie d'une traite. Sinon j'aurais peur d'être frustré.

- L'Apiculteur de Maxence Fermine. Décidément mes pas croisent beaucoup Fermine cette année et quel ravissement de tomber sur le présent ouvrage. Un extrait était au coeur de l'épreuve de français du DNB l'année dernière et j'adore cet écrivain qui est capable de nous transporter très loin avec une économie de mot incroyable. Je me le réserve pour le début d'année prochaine pour me le garder au chaud, ayant lu Opium cet été (la chronique est prête et sera postée dans le mois après les sorties de la Rentrée littéraire).

- Mémoires de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez. Un ouvrage dont je ne connaissais même pas l'existence avant de tomber inopinément dessus : il y est question d'amour charnel, de tendresse, le tout enrobé d'humour selon les avis que j'ai pu consulter depuis. Le genre de recettes qui me plaît et qui conforte cet achat compulsif s'apparentant au départ à un coup de poker. Quoiqu'avec cet auteur, je ne prenais pas un grand risque...

- Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen. J'ai eu l'occasion de parcourir quelques extraits de la présente pièce féministe lors de lectures de manuels de BAC pro. J'avais été saisi par la modernité du verbe et la profondeur des propos, c'était l'occasion rêvée d'approfondir cette première approche en lisant l'oeuvre intégrale. Qui lira verra, mais je n'ai aucun doute sur la qualité de l'oeuvre et de sa portée.

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(Mégamix foireux de titres inclassables)

- Souvenirs de la troisième guerre mondiale de Michaël Moorcock. Tout petit recueil de nouvelles dont deux inédites en France, je n'ai strictement aucune idée du contenu de cet ouvrage que j'ai adopté de manière purement instinctive. Mon choix a été seulement guidé par mon amour profond pour mes lectures précédentes de l'auteur et un titre accrocheur en diable. Wait and read !

- La Danse du bouc de Douglas Clegg. Petit craquage purement sadique avec un ouvrage mettant en scène un professeur complètement branque qui rêve de dégommer les élèves indélicats qui auraient la mauvaise idée de mal se comporter durant ses cours. Du fantasme à la réalité, il n'y a qu'un pas qu'à priori le personnage principal franchit allègrement. Ça a l'air furieusement gore cette affaire, m'est avis que ça devrait me plaire ! 

- Johnny chien méchant d'Emmanuel Dongala. J'ai entendu beaucoup de bien de ce roman se déroulant au Congo et mettant en scène des adolescents plongés trop tôt dans l'âge adulte à cause de guerres absurdes récurrentes dans cette région du monde. Le livre a l'air assez furieux dans son genre, sans doute thrash mais aussi porteur de sens et d'humanité. 

- L'Ile de Robert Merle. Enfin, dernier ouvrage pour moi avec ce roman d'aventure maritime écrit par un auteur talentueux que j'admire énormément. C'est typiquement le genre de lectures qui m'ont fait aimer les livres et m'ont fait voyager dans l'imaginaire très facilement étant plus jeune. On n'est pas loin de la Madeleine de Proust là...

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(Vous avez vu ? Nelfe n'a jamais autant trouvé d'ouvrages à son goût !)

- La Promesse des ténèbres de Maxime Chattam. Malgré ses déconvenues avec les derniers titres parus de l'auteur, Nelfe a décidé de retenter sa chance avec un ouvrage plus ancien de Chattam en espérant retrouver les très belles sensations de lecture qu'elle avait éprouvées lors de sa lecture enthousiaste de la Trilogie du mal.

- Le Charme discret de l'intestin de Giula Enders. Voila un ouvrage qui a fait grand bruit lors de sa sortie et dont Nelfe a entendu le plus grand bien. Comme à la maison nos entrailles ne nous laissent pas forcément toujours en paix (sans mauvais jeu de mot), il était temps de prendre le taureau par les cornes ! 

- Pas de pitié pour Martin de Karin Slaughter. Un ouvrage qui a fait de l'oeil à ma douce lors de sa sortie, elle s'était dit alors qu'à l'occasion d'un chinage, elle pourrait l'acquérir. Le hasard faisant bien les choses, c'est désormais chose faite ! Ne reste plus qu'à attendre sa chronique.

- Scintillation de John Burnside. À priori, un ouvrage bien noir, sur l'amitié entre adolescents. Il n'en fallait pas plus à Nelfe pour se laisser tenter car c'est son triptyque magique en terme de thématique de lecture. Gageons qu'elle ne soit pas déçue !

- En attendant Babylon d'Amanda Boyden. Enfin, un coup de poker provoqué par une couverture attirante, une histoire intrigante se déroulant à la Nouvelle-Orléans avant l'ouragan Katrina et une maison d'édition que Nelfe affectionne énormément. M'est avis que celui-ci va lui plaire aussi.

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Voili voilou, on est très mal ! Tout ça à cause de l'indélicatesse de la copine de Nelfe qui a donc participé passivement (mais a participé tout de même !) à l'effrondement total de tout espoir de rédemption pour nous et notre PAL qui atteint désormais une taille gigantesque et se mute de plus en plus en une deuxième bibliothèque. C'est grave docteur ?

dimanche 2 juillet 2017

Désherbage de folie à la médiathèque de Lorient !

Il y a une quinzaine de jours environ se tenait le traditionnel désherbage annuel de la Médiathèque de la ville de Lorient. C'est l'occasion pour les chasseurs de trésors littéraires de seconde main que nous sommes de partir en quête de quelques volumes intéressants à un prix défiant toute concurrence (50 centimes les poches et 1€ les brochés !) et faire grossir un peu nos PAL qui décidément prennent de sacrées claques ces derniers temps... Cette session lorientaise fut prodigue en achats coups de coeur et compulsifs, jugez plutôt...

Acquisitions mediatheque juin ensemble
(Ooooooh, les belles acquisitions !)

Une fois de plus, c'est votre serviteur qui l'emporte haut la main en terme de craquage mais Nelfe n'est pas en reste en terme de belles découvertes et de dénichages précieux. Une fois de plus, la pêche s'est révélée variée, je vous propose maintenant un petit tour d'horizon des nouveaux adoptés !

Acquisitions mediatheque juin
(Actes sud, Mon amour !)

- Rire le coeur de François Poirié. Histoire classique d'un triangle amoureux mettant en opposition deux hommes et une femme. On nous promet un carnage amoureux en bonne et due forme et la confrontation douloureuse entre les rêves et les réalités de la vie. Le genre d'histoire tortueuse qui n'est pas pour me déplaire et qui promet de bons moments d'exploration de l'esprit humain.

- Une Nuit de pleine lune de Caradog Prichard. Récit d'un retour au Pays de Galles, d'un fils du pays dont la conscience commence à lui jouer des tours. À priori, la folie et le crime le rattrapent en plein contexte de Première Guerre mondiale. Ça sent les personnages borderline à plein nez dans le seul roman écrit par son auteur, plus spécialisé dans la poésie. Wait and read !

- Les Lois de Connie Palmen. Ce récit néerlandais met en scène une femme attendant la révélation de la part de sept hommes successifs (dont un prêtre, un physicien, un philosophe, un psychiatre) mais malheureusement les réponses vont plus l'égarer qu'autre chose. Roman de formation et d'initiation, quelle en sera l'issue pour la jeune femme ? Typiquement le genre d'ouvrage qui remporte mes suffrages.

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(Mix improbable mais diablement séduisant !)

Opium de Maxence Fermine. Quand j'ai vu cet ouvarge dans le rayonnage, je me suis littéralemnt jeté dessus ! Pas de quatrième de couverture digne de ce nom ? Pas grave, j'ai adoré mes précédentes lectures de cet auteur et il était hors de question que je passe à côté de celui-ci. Si vous ne me croyez pas, allez lire mes chroniques de Neige et du Violon noir. Je ne sais donc vraiment pas de quoi parle ce roman mais vous l'avez compris, ce n'est pas le principal !

- Une Saleté de Frédérique Clémençon. Coup de poker que ce livre qui met en scène une mère et une fille réglant leurs comptes dans la maison familiale et qui convoquent leurs fantômes. Leurs voix se croisent mais à priori elles ne se comprennent plus depuis longtemps. Le poids de la famille et du souvenir semble être au centre d'un roman qui m'a l'air bien barré. Made for Mr K !

- J'irai pas en enfer de Jean-Louis Fournier. Voici un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont j'avais dévoré à l'époque le très beau Il a jamais tué personne mon papa, récit autobiographique simple et touchant de son rapport avec son alcoolique de géniteur. Avec cet ouvrage, Fournier nous propose de suivre ses démêlés avec le Père éternel lors de sa scolarité en institution religieuse. Tout un programme quand on connaît sa propension à cette époque à regarder des dames toutes nues dans les livres et à remiser la sainte vierge dans les toilettes !

- Le Cap de Kenji Nakagami. Il m'est déjà difficile de résister à un titre des Editions Picquier en temps normal mais quand en plus il s'agit d'un ouvrage culte et reconnu dans le monde entier ça devient mission impossible ! L'histoire est bien glauque, se déroule dans une communauté d'exclus où la consanguinité et la violence sont de mise. Au milieu de tout cela, un jeune homme se débat avec son destin avec l'énergie du désespoir... Bizarre vous avez dit bizarre ?

Acquisitions mediatheque juin 2
(Take a walk on the dark side...)

- Rempart des naufrageurs, La petite fille et le dobermann et Naufrage sur une chaise électrique de Serge Brussolo. Ces trois ouvrages constituent la Trilogie des Ouragans et c'est un sacré coup de pot que d'être tombé dessus. Serge Brussolo est un de mes auteurs préférés et ici il donne dans la SF sombre, le roman-univers se déroulant sur une planète fort fort lointaine où règne le chaos. On peut compter sur l'auteur pour dépoussiérer le genre et propose une lecture différente. J'ai bien hâte d'y être, je me l'emmène pour mes vacances en Dordogne chez ma belle-famille dans l'été. 

- Crains le pire de Linwood Barclay. Du même auteur, j'avais lu et apprécié Cette nuit-là qui ne révolutionnait pas le genre mais permettait de passer un bon moment. Ce roman met au prise un père avec la disparition subite et inexpliquée de sa fille. Mais la connaissait-il si bien que cela ? Une histoire classique mais qui peut se révéler efficace si elle est bien menée. Je pars confiant !

- La Secte sans nom de Ramsey Campbell. Mon plaisir coupable assumé de ce craquage avec une sombre histoire de secte satanique aimant sacrifier de jeunes âmes innocentes. Une mère de famille va tout tenter pour essayer de retrouver sa progéniture. Maître de la terreur outre-atlantique avec Straub et King, l'auteur nous promet moult rebondissement et des passages bien rudes. Je prends !

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(Ben non, ce n'est pas que pour les enfants...)

- Le Passager de la maison du temps de Jean-Pierre Andrevon. Encore un auteur que j'aime. Dans cet ouvrage Andrevon se mute en auteur jeunesse et propose une histoire pas piquée des vers ! Un homme se retrouve dans une maison aux propriétés étranges dont celle de voyager dans le futur. Prisonnier et à la fois maître de la maison, le jeune homme devra découvrir son rôle et la raison d'être de cette bâtisse extraordinaire. Miam miam !

- Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi. Roman futuriste se déroulant à la fin de notre siècle, les USA se sont transformés en pays du tiers-monde et des enfants fouillent des épaves en quête de fortune. Un jour, l'un d'entre eux va faire une découverte qui risque de changer à jamais son existence. Placé sous le sigle de la piraterie et de l'aventure, ce roman a été finaliste aux USA d'un concours littérature jeunesse. Bien hâte de voir ce que cela donne !

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(Faut toujours se méfier des lapins...)

- Un Nouveau monde ? , ouvrage collectif. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon goût pour le dessin de presse. Cet ouvrage compile des dessins publiés dans le Courrier International entre 1999 et 2002, lors du passage d'un siècle à un autre. Portant sur tous les sujets, il sera je suis sûr très éclairant et permettra au passage de réviser ces quelques années charnières sur l'évolution du monde. 

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Acquisitions mediatheque juin 5
(Le butin de Nelfe ! Je la laisse poursuivre...)

- À tout de suite les enfants de Martin Doerry. Voici un titre bien tirage de balles... Et pour cause, il s'agit d'un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale, période que j'affectionne tout particulièrement. Je n'ai jamais assez de documents de ce genre dans ma PAL...

- Orages ordinaires de William Boyd. Je n'ai jamais lu de romans de cet auteur mais là, la 4ème de couv' m'a harponnée. Un homme poignardé dans une chambre d'hôtel, un autre à priori innocent prenant peur et s'enfuyant laissant ses empreintes partout sur la scène du crime. Une immersion dans le monde des sans abris et un sombre complot... Ça promet !

- Indian Creek de Pete Fromm. Alors là, coup de chance ! Réédité il y a peu chez Gallmeister, cet ouvrage était mis en avant dans le magazine Lire du mois dernier. Je venais donc tout juste de le rajouter à ma wish-list et je tombe dessus dans la foulée. C'est un signe !

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Acquisitions mediatheque juin 6
(Tiens des CD !!! Je reprends la main...)

- Protection de Massive Attack. Un des rares CD du groupe qu'il manquait dans ma collection. Écouter ce groupe, c'est retourner dans mes années d'étude, plonger en plein trip et s'apaiser l'esprit. Franchement une belle trouvaille !

- Peu importe et Allers retours de Prohom. Nelfe était toute folle et s'est mise à sauter partout à travers la Médiathèque (j'exagère à peine) quand elle est tombée sur ces deux albums d'un artiste qu'elle apprécie entre tous depuis plus de 15 ans. Fini l'écoute forcée sur le net, elle peut maintenant amener son Philippe préféré partout avec elle et l'écouter à loisir dans sa voiture. Ça faisait plaisir à voir en tout cas !

Au final, on est bien content de nos acquisitions qui viennent grossir les rangs de nos lectures à venir. Comme à chaque fois, la passion l'a emportée sur la raison mais que voulez-vous... on ne se refait pas et puis, il y a plus onéreux comme centre d'intérêt ! Affaire à suivre dans les chroniques à venir...