mercredi 10 juin 2009

Ainsi soit-il

_vangile_pilateL'histoire:

Première partie: Dans le Jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon?
Deuxième partie: Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant! A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi.

La critique Nelfesque:

J'ai adoré ce roman. Un vrai régal!

Eric-Emmanuel Schmitt a mis 10 ans pour écrire "L'évangile selon Pilate". Et pour cause, on touche là LE sujet pour les catholiques, à savoir la naissance du Christianisme. Alors l'Eric-Emmanuel, fallait pas qu'il se la joue "moi je connais la Bible et les Evangiles" et nous la faire à la one again! Beaucoup l'attendaient au tournant et risquaient de le lapider sur place s'il vulgarisait trop l'Histoire. Il a donc pris son temps, s'est longuement documenté sur Jésus, son procès, la vie quotidienne à Jérusalem, les mouvements politiques et religieux dans cette région du monde et a même lu des traités de médecine sur la crucifixion. Et il faut dire que cette longue démarche de recherche paye! Moi qui suis catholique et qui connait assez bien ma religion (faut dire aussi que toute une scolarité dans des écoles privées catholiques, ça aide...), je n'ai été choqué par aucun propos. A aucun moment je ne me suis dis "oula, là, il a fumé pour écrire des inepties pareilles!". Au contraire, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, à mon sens très juste, qui repose principalement sur la question "Le Christ était-il conscient de sa messianité?".
Jésus nous apparaît là sous les traits d'un homme comme les autres qui, peu à peu, comprend et accepte la route qui est tracée pour lui.

A ce moment de ma critique certains se diront sûrement: "Roooo non, ça va hein, je vais pas lire un bouquin de cul béni pour grenouilles de bénitier..." Et bien détrompez vous! Certes, ce roman est du petit lait pour les croyants (et est bien moins soporifique que certaines séances de cathé...) et/ou les personnes intéressées par la religion mais il est aussi à la portée des athés et des personnes d'autres croyances. Je dirais même plus (mon cher Dupond), l'écriture est simple et le suspens est bien mené. La deuxième partie du roman est une vrai enquête avec ses doutes et ses rebondissements. Passionnant!

Quant à la fin... La dernière phrase est tout simplement LA phrase. C'est peut être pas bien clair ce que je raconte mais je ne veux pas spoiler et ainsi vous laissez ce sentiment d'apaisement à la fermeture de votre livre.

"L'évangile selon Pilate", un roman à lire absolument! Que l'on soit croyant ou non...
Et qu'après on vienne pas me dire que Jésus n'était pas un type cool!

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jeudi 4 juin 2009

"L'oiseau d'Amérique" de Walter Tevis

Walter_tevisL'auteur:

Professeur de littérature à l'université d'Ohio, Walter Tevis, né en 1928, fait ses débuts d'écrivain dans la revue Galaxy, en 1957. Il publie L'homme tombé du ciel, son premier roman, en 1963. Puis Tevis cesse d'écrire pour faire un retour en 1980 avec L'oiseau d'Amérique, qui sera comparé, à sa publication, au Meilleur des Mondes
d'Aldous Huxley et à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

Walter Davis est également l'auteur de romans policiers et de littérature générale. L'arnaqueur et La couleur de l'argent ont tous deux été adaptés au cinéma.

l_oiseau_d_am_riqueL'histoire:

Au XXVème siècle, l'humanité s'éteint doucement, abreuvée de tranquilisants prescrits en masse par les robots qu'elle a elle-même programmés à cette fin. Le monde repose désormais sur les épaules de Robert Spofforth, l'androïde le plus perfectionné jamais conçu, qui possède des facultés inouïes... sauf, à son grand regret, celle de se suicider.

Mais l'humanité moribonde se fend d'un dernier sursaut, Paul Bentley, petit fonctionnaire sans importance, découvre dans les vestiges d'une bibliothèque l'émerveillement de la lecture, depuis longtemps bannie, dont il partagera les joies avec Mary Lou, la jolie rebelle qui refuse ce monde mécanisé.

Un robot capable de souffrir, un couple qui redécouvre l'amour à travers les mots, est-ce là que réside l'ultime espoir de l'homme?

La critique de Mr K:

Attention, chef d'œuvre! Cet ouvrage s'inscrit dans la droite lignée de "1984" d'Orwell et du "Meilleur des mondes" d'Huxley. Nous retrouvons l'idée d'un monde futuriste totalitaire qui "encadre" les sociétés humaines, ne laissant aucune place au désir et à l'initiative individuelle. Ici ce sont les hommes eux-même qui par le biais du "progrès" (la robotisation essentiellement) se condamnent eux-mêmes. c'est ainsi qu'ils vivent dans un monde aseptisé, plongés dans un bonheur artificiel entretenu par la prise régulière de Sopor (drogue équivalente au Soma du "Meilleur des mondes"), l'abêtissement devant des "murs écrans" et l'interdiction de toute intrusion dans la vie privée des autres humains sous peine d'être accusé de "Crime envers la vie privée", aucune amitié et aucun amour n'étant toléré au nom de la sacro-sainte recherche du bonheur qu'aucune tension d'aucune sorte ne doit troubler ("Sexe vite fait = sexe bien fait").

C'est au milieu de ce monde en pleine déliquescence que le lecteur se retrouve plongé. Il l'explore à travers le regard de trois personnages qui tour à tour tiennent une sorte de journal intime. Tout d'abord Robert Spofforth, androïde de type 9 dernier de son espèce et témoignage de la technologie la plus avancée en matière de robotique. il vit et pense comme un humain, se pose nombre de questions. Torturé intérieurement et incapable de mettre fin à ses jours (sa programmation le lui interdit), il va découvrir la réelle définition de l'existence humaine. Paul Bentley ensuite, être humain "normalisé", professeur d'université enseignant des contenus dépourvus de toute substance, qui va du jour au lendemain apprendre à lire et par là même redécouvrir les notions de choix, de lien affectif et d'humanité. En effet, la lecture a été proscrite depuis longtemps, considérée comme une activité dangereuse et vecteur d'instabilité. Les livres ont été détruits ou remisés dans des endroits hors d'atteinte des homo-sapiens. Paul va partager ses connaissances avec Mary Lou, jeune femme rebelle, vivant dans la rue, avide d'apprendre et qui possède une intelligence supérieure à la moyenne. Ce "trinôme" va se croiser et modifier totalement la donne.

D'une lecture aisée, ce livre se lit d'une seule traite tant la langue et les événements narrés tendent vers le réalisme en matière de (re)découverte et d'expériences vécues. Nous suivons avec enthousiasme ces trois personnages en quête du bonheur, en quête d'eux-même finalement. Contrairement à Orwell ou à Huxley, Tevis se révèle être un indécrottable optimiste et la fin se différencie nettement des deux oeuvres précédemment citées, laissant la voie ouverte à une possible rédemption de l'humanité. Un livre à lire d'urgence pour tout afficionado "d'anticipation-réflective" qui le placera à coup sûr en bonne place dans sa bibliothèque!

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jeudi 28 mai 2009

"Hygiène de l'assasin" d'Amélie Nothomb

HygieneAssassinL'histoire:

Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l'écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se téléscopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu.
Si ce roman est presque entièrement dialogué, c'est qu'aucune forme ne s'apparente autant à la torture. Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l'interrogatoire, à un duel sans merci.
Dans ce premier roman d'une extraordinaire intensité, Amélie Nothomb manie la cruauté, le cynisme et l'ambiguïté avec un talent accompli.

L'avis Nelfesque:

Je suis une novice en Amélie Nothomb. Je n'ai lu que 2 bouquins d'elle. Le premier était "Cosmétique de l'ennemi" que j'ai beaucoup aimé et que nous sommes allés voir au théâtre avec Mr K. Le second, le voici...

Comment dire... J'essaye de trouver les mots justes... De ne pas me laisser entraîner vers l'exagération que je pratique assez souvent (oui, on s'aime bien, c'est ma copine)...

J'ai trouvé ce livre "à chier"! Voilà, c'est dit...

Pour moi ces 222 pages de lecture ont été 222 pages d'ennui. Enfin, j'exagère (je vous avez prévenu...), les 100 premières pages passent à peu près. Dès les premières pages, on se rend vite compte que le personnage principal est assez horripilant. Non pas parce qu'il est désagréable, de mauvaise foi, méchant... mais parce qu'il aime répéter 50 fois les mêmes arguments, tourner tout à son avantage. C'est bien simple, j'ai une personne comme ça en face de moi, j'ai envie de la tarter!

La suite est un seul et même chapitre de plus de 100 pages qui nous restitue l'interview de Prétextat Tach (y a pas idée d'avoir un nom pareil!) par LA journaliste. Il n'aime pas les femmes, donc vous imaginez la suite... Sauf que, contrairement à ses collègues masculins, elle ne se laisse pas faire...

Donc voilà, ce roman est un interminable match de boxe à base de "J'ai toujours raison." "Non c'est moi!" "Alors ça ça m'étonnerait!!" "Je vous prouverai le contraire..." "Ben essayez pour voir!" "Vous voyez, vs me laissez déjà la possibilité de vous prouver que j'ai raison..." ......... Interminable... 222 pages! Et le roman tourne en rond.

Et je passe les propos plus que misogynes que l'on peut trouver dans ce livre. Au secours... (Au secours)² quand on pense que c'est une femme qui a écrit ce livre.

Vous avez donc comprit que je ne suis pas du tout de l'avis de la dernière phrase de la 4ème de couverture. Si j'avais lu ce 1er roman dès sa sortie, croyez moi que je n'aurai pas poursuivi ma découverte d'Amélie Nothomb! Oui, ce roman agace, certains y verront là la force de ce livre qui dénote le talent de son auteur etc etc. A ceux là, j'ai envie de dire que quand notre ancien proprio nous harcelle de lettres avec accusé de réception et qu'on peut y lire des propos aberrants, ça aussi ça m'agace! Et ça ne fait pas de lui un grand écrivain!

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lundi 25 mai 2009

"Orchéron" de Pierre Bordage

orch_ronL'histoire:

Plusieurs siècles se sont écoulés depuis l'atterrissage de l'Esterion. Les colons des origines sont devenus des légendes, certains des dieux. Orchéron, l'enfant trouvé, vit paisiblement son adolescence au sein d'un mathelle, sans autre prétention que de reprendre le métier de son père adoptif. Son avenir bascule lorsque les Protecteurs des sentiers décrètent sa mort, l'accusant d'appartenir à une lignée maudite. Pour survivre, le jeune homme n'a d'autre choix que de fuir aux confins de la grande plaine du Triangle. Course à travers l'espace, course à travers le temps... Orchéron se découvre d'étranges et dangereux pouvoirs. Les Protecteurs des sentiers auraient-ils vu juste?

La critique:

Ce volume est la deuxième partie d'un diptyque entamé par Abzalon déjà chroniqué par mes soins sur ce blog. Inutile de vous dire que mes attentes étaient grandes vu les qualités (et les menus défauts...) de l'ouvrage sus-cité. C'est ainsi que Bordage invite ses fervents lecteurs à poursuivre un bout de chemin sur le Nouveau monde découvert par les rescapés d'Ester (planète mourrante du premier opus). L'action se déroule quelques siècles après "Abzalon". L'auteur-conteur reprend la structure de son précédent ouvrage alternant des extraits de journaux intimes et autres "mémoires" et épisodes narratifs mettant en scène les héros du récit.

Trois personnages se partagent l'affiche. Le héros éponyme Orchérion tout d'abord, au passé nébuleux qui découvre en l'espace d'une journée le frémissement inhérent à un premier amour et la haine qu'il suscite au sein des Protecteurs. Personnage mi-adolescent mi-homme dont on suit le chemin de vie et la métamorphose. Il y a aussi Alma, ancienne Djémale (vestale d'un culte ancestral) qui elle aussi doit découvrir sa voie et Ankrel jeune chasseur émérite qui s'apprête sans le savoir à vendre son âme en signant un pacte dont il ne connaît pas les aboutissants. Vous l'imaginez, ces trois là vont finir par se croiser et leurs destins s'entremêler.

Force est de constater que la mise en place de l'intrigue est lente et qu'il faut attendre les pages 200 pour commencer à faire le lien entre les différents éléments mis en place depuis le début. C'est tout d'abord un esprit de doute qui m'a habité durant le début de ma lecture mais je me disais en mon for intérieur que Bordage ne pouvait pas tomber dans la médiocrité. La persévérance est une vertue-reine comme me l'a prouvé cette expérience. Les bases étant posées, l'auteur retrouve son style épique et sa maîtrise du suspens. Les éléments du puzzle se rassemblent et laissent le lecteur pantois! L'intrigue est diabolique et l'écrivain méthodique. La fin tient toutes se promesses, les révélations étant nombreuses et éclairantes notamment sur des pans secondaires d'Abzalon. L'écriture reste légère, accessible mais non dénuée de subtilités langagières et poétiques. A déguster!

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vendredi 15 mai 2009

"Les enfants de Hùrin" de J.R.R Tolkien

tolkienL'auteur:

John Ronald Reuel Tolkien est né en 1892 à Bloemfontein, en Afrique du Sud où son père Arthur avait déménagé pour raisons professionnelles. En 1895, sa mère Mabel retourna en Angleterre avec Ronald et son frère cadet Hilary. Son père meurt en 1896 et sa mère en 1904. A la King's Edward School, il découvrit ses talents linguistiques et étudia les anciennes langues anglo-saxonnes. Il fut diplômé d'Oxford et épousa Edith Bratt juste avant de partir pour la France en juin 1916 comme sous-lieutenant des Lancashire Fusiliers. Il combattit pendant la bataille de la Somme mais fut ensuite rapatrié pour avoir contracté la fièvre des tranchées. Il consacra les années suivantes à son travail d'enseignant en tant que professeur d'anglo-saxon et se révéla bientôt comme l'un des meilleurs spécialistes de philologie du monde. En marge de sa carrière académique, il continuait d'écrire un grand cycle de mythes et légendes situées dans un monde imaginaire appelé Terre du milieu, qu'il avait entâmé dès son adolescence. Il eut quatre enfants, pour qui il écrivit d'abord Bilbo le hobbit en 1936. Celui-ci fut publié et ce fut aussitôt le succès, si bien que son éditeur réclama une suite. Tolkien travailla 14 ans à l'élaboration de cette suite, Le  eigneur des anneaux, dont le premier tome ne parut qu'en 1954, et qui remporta un succès phénoménal dans tous les pays.

Tolkien prit sa retraite à Bournemouth, où sa femme mourut en 1971 et où lui même décéda le 2 septembre 1973, laissant à son fils Christopher la tâche gigantesque mais passionnante de publier, notamment sous la forme d'un récit suivi et cohérent (Le Silmarillion), la masse énorme de  anuscrits qu'il avait accumulé tout au long de sa vie.

Les_enfants_de_HurinL'histoire:

Des milliers d'années avant Le Seigneur des Anneaux, la Terre du Milieu est en proie aux luttes entre Morgoth, le premier Seigneur Ténébreux, et les Elfes, alliés aux Hommes. C'est contre Tùrin et Niënor, les enfants de Hùrin, que Morgoth va lancer une terrible malédiction, les contraignant à une vie malheureuse et érante, pour se venger du héros qui a osé le défier.

La critique:

Finalement, il a fallu six mois pour que je reçoive mes cadeaux d'anniversaire de la part des potes de Quimper... Mais ça valait le coup! Je ne saurais assez remercier les copains d'avoir laissé à Céline la délicate mission de choisir les cadeaux. Vous l'avez compris, elle aussi fait partie des fans de Tolkien! L'étincelle qui a fait de moi un lecteur assidu, voir mono-maniaque, fut la découverte dans ma prime jeunesse du Seigneur des Anneaux qui a fait l'effet de révélateur et m'a ouvert les mondes du merveilleux.

Pour cet opus posthume, il m'aura seulement fallu deux jours (chez la belle-mère...) pour dévorer l'oeuvre du Maître. Il est des auteurs qui nous transporte, nous sublime! Tolkien chez moi fait partie de ces êtres d'exception. Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé, replongé dans des sensations de mon enfance que j'avais oublié ou du moins remisé dans un vieux tiroir de mon cortex. L'écriture littéraire, poétique et évocatrice en diable qui prouve que l'Héroic-fantasy est un genre noble. Le ton épique, le charisme (l'anti-charisme parfois) des personnages et l'impression de vivre les aventures qui nous sont contées. Magique! Le lecteur aguerri que je suis, c'est retrouvé piégé dans la toile d'araignée tissée par un écrivain hors-norme.

N'allez pas croire pour autant, que Tolkien fait de la redite! L'atmosphère ici est sombre, mortifère! Chercheur d'espoir, passez votre chemin! Nulle place pour cela ici-bas! L'auteur se fait ici devin et nécrologue, tant la destinée des personnage est assujetie à un Fatum implacable. Parfois aux accents Shakespearien, parfois aux accents d'un Napoléon narrant ces batailles; on sent l'angoisse, le souffle des harpies sur notre cou! Maudite est cette lignée, maudite est sa destinée! Le mal dans ce livre est présent dans les gènes et non dans des ennemis réels. L'ennemi vient de l'intérieur ce qui le rend d'autant plus redoutable, c'est donc avant tout des héros face à eux-même que vous retrouverez (il y a quand même de beaux morceaux de bravoure).

Une merveilleuse lecture que je ne saurai que vous conseiller.

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mardi 5 mai 2009

"Le poète" de Michael Connelly

connellyL'auteur:

Michael Connelly est né à Philadelphie en 1956. Journaliste, il a travaillé au Daytona Beach News-Journal et au Fort Lauderdale Sun-Sentinel où grâce à ses comptes-rendus d'affaires criminelles, il a remporté le prestigieux Prix Pulitzer. Puis, il a assuré la chronique judiciaire de Los Angeles Times.

En 1987, il s'installe au sud de la Californie et commence à écrire des romans inspirés de sa longue expérience du journalisme. Son premier livre, Les égouts de Los Angeles, reçoit le Prix Edgar Award 1992. En France, il reçoit le Prix Calibre 38.

Michael Connelly se consacre désormais à l'écriture et compte parmi les meilleurs auteurs de romans policiers choisis par le New York Times. Il a reçu en France le Grand Prix de Littérature Policière pour Créance de sang en 1999.

le_poeteL'histoire:

Pour le journaliste Jack McEvoy , l'horreur de vivre commence le jour où Sean, son frère jumeau, est retrouvé mort au volant de sa voiture de police. Il s'est tiré une balle dans la bouche. Le suicide ne fait aucun doute: Sean n'a pas supporté son échec dans une enquête sur un crime de sadique. Jack, lui, n'y croit pas une seconde. Certains indices demeurent inexpliqués. Et par exemple, pourquoi cette citation d'un poète sur le pare-brise de la voiture: "Hors de l'espace, hors du temps"?

Jack rouvre le dossier et s'aperçoit que d'autres flics sont suicidés après avoir eux aussi échoués dans des affaires similaires, et laissé des messages tous tiré de l'oeuvre poétique d'Edgar Allan Poe. Une première constatation s'impose: il y a eu meurtre et on a peut-être affaire à un tueur de flics particulièrement redoutable...

La critique:

Depuis le temps que mes padres me disaient de lire cet auteur, je me suis lancé! Par hasard (et bien rasé), c'est au détour d'un étal de bouquiniste que je suis tombé sur ce roman mélé à du Daniel Steel et du Barbara Cartland.

Le livre est très réussi, ce thriller tient en haleine le lecteur possédé de la première page à l'ultime. Les personnages sont ciselés à souhait notamment le héros-journaliste pour lequel on a parfois du mal à s'attacher, déchiré qu'il est entre son chagrin de frère endeuillé et la recherche du scoop qui fera de lui un journaliste reconnu et riche. Les autres acteurs de l'histoire sont à l'avenant entre zones d'ombre et zones de lumière, Connely excellant dans le traitement psychologique des personnages. Mention spéciale au "bad guy" qui se révelle pervers et méthodique, un réel "génie du mal". L'écriture est limpide mais aussi exigente, preuve que le polar n'est pas forcément un sous-genre en littérature au même titre que la science fiction. Et oui! Y a encore des "intellectuels" qui le pensent! Orwell, Sturgeon, Bordage, Dantec pardonnez leurs, ils ne savent pas ce qu'ils disent! Et puis à vrai dire, on s'en fout un peu...

Un livre à lire donc, pris que vous serez jusqu'à la révélation finale qui moi m'a prise totalement au dépourvu.
Merci papa, merci maman. Je n'en resterai pas là avec cet auteur aussi machiavélique qu'habile de la plume.

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mardi 21 avril 2009

Le petit théâtre de la rue

notes_2"Notes 2 - Le petit théâtre de la rue" de Boulet est sorti en Février. Je l'ai eu en cadeau pour mon anniversaire et l'ai dévoré en quelques heures tout comme le tome 1.

Ce deuxième volume de la série "Notes" regroupe les pages parues sur le site entre 2005 et 2006 avec comme trame de fond le festival "Creuse ta bulle" à Aubusson. Ce festival pluvieux est prétexte à raconter d'autres festivals, ateliers à l'étranger (Réunion, Cameroun...), petits tout et rien du quotidien et comme d'habitude on se marre. Certaines planches m'ont fait pleurer de rire. Boulet et moi partageant la même passion pour les chats, celle intitulée "La griffe du passé" est un pure bonheur...

Savant mélange de strips léchés, de dessins "à la volée" que je pleure tellement j'aimerai savoir dessiner ainsi (en même temps moi j'ai pas fait les Beaux-Arts...), avec différents styles graphiques et moins de planches colorisées à la tablette (palette? pas taper! PAS TAPER!!!) graphique que pour le tome 1, nous continuons de suivre l'évolution stylistique de Boulet avec autant de ferveur et d'admiration (ouais! rien que ça!).

En attendant le Tome 3 :

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dimanche 19 avril 2009

"Des fleurs pour Algernon" Daniel Keyes

Daniel_KeyesL'auteur:

Auteur américain né à Brooklyn en 1927. Daniel Keyes s’est engagé dans la marine marchande à l’âge de 17 ans avant de reprendre ses études, jusqu’à l’obtention d’un diplôme en psychologie. Après une première expérience dans l’édition (chez Marvel Stories), c’est finalement vers l’enseignement qu’il s’oriente, puisqu’il devient professeur d’anglais, de littérature américaine et d’écriture à l’Université de l’Ohio. En parallèle, Keyes s’essaie à l’écriture, en publiant en 1966 Des fleurs pour Algernon, dont le succès ne se démentira jamais : considéré comme un classique, ce livre a été traduit à ce jour dans près de trente pays, vendu à 5 millions d’exemplaires et adapté pour le grand écran, ce qui vaudra à son auteur une réputation internationale.

Avec l'appui de la notoriété qui lui avait été apportée par le livre, Daniel Keyes passa le restant de sa vie à travailler à ses recherches propres sur le thème des cyranoïdes, personnes dont les réponses, les réactions, leurs perceptions sont élaborées par des tiers de leur entourage (à l'instar de Christian dans Cyrano de Bergerac).Passionné par une affaire de personnalité multiple qui a fait la une de tous les journaux américains de la fin des années 1970, Daniel Keyes s'en est emparé pour construire un thriller psychologique absolument fascinant, résultat de mois de rencontres et d'entretiens avec tous les protagonistes de l'histoire... parmi lesquels les 24 personnalités de Billy Milligan !

algernonL'histoire:

Il s'appelle Charlie Gordon, c'est un simple d'esprit, un minable, employé aux plus basses besognes dans une usine. Algernon, elle, est une souris de laboratoire et le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler son intelligence. Les deux savants tentent alors d'appliquer leur découverte à Charlie avec l'assistance de la jeune psychologue Alice Kinnian.

C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence de ce cerveau demeuré. Charlie découvre avec passion un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui ne tarde pas à naître entre Alice et lui achève de le métamorphoser.

Mais un jour, les facultés supérieures de la souris Algernon déclinent. Pour Charlie commence alors le drame atroce d'un homme qui peu à peu se sent retourner à l'état de bête.

La critique: Attention chef-d'oeuvre! Découvert par hasard dans un bac de brocante perdu au milieu d'ouvrages de qualité médiocre (collection Harlequin si vous vous voulez savoir^^), le titre de ce livre m'évoquait quelque chose sans vraiment réussir à remettre le doigt dessus (multiples références à ce livre dans les "colonnes" du Cafard cosmique). Je l'ai véritablement dévoré en deux jours.

Je pré­viens tout de suite les ré­frac­taires au genre : Des fleurs pour Al­ger­non n'est pas une oeuvre de science-​fic­tion telle qu'on pour­rait s'y at­tendre. Ici, point de ter­mi­no­lo­gie in­com­pré­hen­sible, de concepts hau­te­ment tech­no­lo­giques ou de des­crip­tions em­por­tées d'un ailleurs plus ou moins fu­tu­riste. Si le pos­tu­lat de dé­part est bien une in­dé­ter­mi­née chi­rur­gie ex­pé­ri­men­tale et ré­vo­lu­tion­naire per­met­tant de boos­ter l'in­tel­li­gence, le contexte gé­né­ral re­pré­sen­té par Keyes est tout à fait or­di­naire. Les per­son­nages mo­destes évo­luent dans une époque proche de celle qui a donné nais­sance au livre. Le roman part ex­plo­rer les méandres de l'in­tel­li­gence, le la­by­rinthe des émo­tions, et les liens pro­fonds de ces deux cir­cuits qui, fer­més l'un à l'autre, n'ont fi­na­le­ment au­cune vi­ta­li­té. Avec Des fleurs pour Al­ger­non, Keyes va jusqu'à mettre en scène le fan­tasme et les peurs de nom­breuses per­sonnes, à sa­voir ce que nous de­vien­drions si notre in­tel­li­gence ve­nait à être al­té­rée en mieux... ou en pire.

Toute l'ex­pé­rience se dé­roule à la pre­mière per­sonne, sous la forme de comptes-​ren­dus ré­di­gés par Char­lie Gor­don et cen­sés être étu­diés par une ri­bam­belle de scien­ti­fiques. Cette es­pèce de jour­nal de bord de­meure un choix nar­ra­to­lo­gique re­mar­quable. Non seule­ment il per­met d'être plus ré­cep­tif au tem­pé­ra­ment de Char­lie, fa­vo­ri­sant l'iden­ti­fi­ca­tion au per­son­nage, mais en plus, la forme épouse su­per­be­ment le fond. Son à-​pro­pos ins­truit le lec­teur sur son état d'avan­ce­ment in­tel­lec­tuel et cela dès la pre­mière page du livre. Avant le trai­te­ment ex­pé­ri­men­tal, les phrases de Char­lie sont mal­adroites, rem­plies de fautes d'or­tho­graphe. Une fois passé entre les doigts des chi­rur­giens, ses comptes-​ren­dus vont ra­pi­de­ment s'étof­fer. Il struc­ture son té­moi­gnage, dé­couvre les joies de la ponc­tua­tion (joli mo­ment d'hu­mour), af­fûte son vo­ca­bu­laire et sa syn­taxe, prend conscience de ses er­reurs. Il ira jusqu'à ex­pri­mer sa honte face à ses pre­miers écrits à tra­vers les­quels il ne se re­con­naît plus. Heu­reu­se­ment, la nar­ra­tion de Char­lie ne se perd ja­mais dans le style pé­dant de l'éru­dit su­prême. Même à l'apo­gée de son es­ca­lade in­tel­lec­tuelle, ses écrits res­tent le plus clair et simple pos­sible, ce qui en­traîne une lec­ture fluide et ra­pide sur l'en­semble du roman.

Un des plus poi­gnants et grands clas­siques de science-​fic­tion. A lire absolument!


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lundi 13 avril 2009

"Les îles du soleil" Ian R. MacLeod

macleodL'auteur:

Né dans les environs de Birmingham en 1956, Ian R. MacLeod est l'une des figures de proue de la nouvelle génération d'auteurs britanniques. Depuis le début des années 90, ses nouvelles paraissent dans les plus prestigieuses revues (Isaac Asimov's Science Fiction, Interzone, Weird Tales). La novella dont est tirée le roman, The summer Isles, lauréate du World Fantasy Award et nominée au prix Hugo, figurait au sommaire de l'édition 1999 du très célèbre Year's Best Science-Fiction de Gardner Dozois.

On lui doit également trois romans dont The Light Ages, acclamé par la presse et nominé au World Fantasy Award 2004.

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macleod_iles_du_soleilL'histoire:

Sachez-le, la Grande-Bretagne a perdu la Première Guerre mondiale. La suite, on la devine: la dépression, le chômage, la honte, la révolte... et voilà l'ordre ancien renversé. Dans cette période trouble, un seul homme a pu sauver le pays du désastre: John Arthur, le héros de guerre aux origines modestes; John Arthur, l'apôtre du modernisme; John Arthur, l'homme qui a fait de l'Angleterre sclérosée une puissance internationale: la Très-Grande-Bretagne.

Mais en 1940, alors que la terreur et les déportations font rage, un homme, Geoffrey Brook, professeur à Oxford, détient un terrible secret qui pourrait changer l'Histoire.

Critique:

Une bonne lecture mais c'est une oeuvre difficile à pénétrer au premier abord. Pendant, les cinquante premières pages, on a du mal à voir où l'auteur veut en venir. Rien de bien extraordinaire au prime abord, le tout est très banal et raconte la vie quotidienne d'un universitaire lambda. On est même à la limite de l'ennui. C'est alors que toutes les certitudes énoncées commencent à se fissurer. Les références uchroniques s'enchaînent et se mèlent aux souvenirs personnels du narrateur-héros, tissant la toile d'une trame principale bien ficelée et déroutante. L'auteur nous convie en fait à un jeu de piste, un puzzle à la manière du "Colonel Chabert" de Balzac, le tout soupoudré de SF. Ainsi le "terrible secret" évoqué en quatrième de couverture n'est pas du tout celui auquel on s'attend et le lecteur à la fin de ses efforts se voit retourner comme une crêpe (Bretagne oblige!).

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vendredi 20 février 2009

"Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute" de Maurice G. Dantec

jazzmanL'histoire:

« On n'avait pas des masses d'alternatives, Karen et moi, quand on a décidé de voler l'État qui essayait de nous voler nos vies. »

Dans Comme le Fantôme..., il est question du parcours d'un couple aux allures de Bonnie & Clyde lancé dans une série de braquages. Le narrateur et sa compagne, Karen, échappés d'un centre d'étude médical, sont tous deux atteints d'une maladie génétique dont les effets alternant états euphoriques et crises d'angoisse condamnent ses victimes à vivre dans un état maniaco-dépressif quasi-permanent.

Le virus présente toutefois ses avantages, car il entraîne une sorte de lucidité extrasensorielle permettant de percevoir le monde et ses vérités invisibles, et d'assimiler ce qui demeure caché au commun des mortels. Surprise : ce « neurovirus » va les faire entrer en contact avec les astronautes de la Station Mir, en pleine dérive et sur le point de flamber dans l'atmosphère, ainsi qu'avec le fantôme du jazzman Albert Ayler qui s'est donné pour but de les sauver...

La critique de Mr Kdantec

Dernière parution d'un de mes auteurs fétiches, je ne pouvais décemment pas faire l'impasse sur cette grosse sortie littéraire de ce début d'année. Bien qu'à succès, Dantec reste à part dans le paysage littéraire français. Autodidacte, auteur de déclarations sulfureuses dans les médias mais surtout avant tout un génie de l'écriture à mes yeux.

Ce nouveau roman (certaines mauvaises langues diront "nouvelle") est un road-movie mettant en scène un couple en cavale. Ses « héros » voient donc les vérités du monde que les autres ignorent grâce à un virus aux effets hallucinogènes, comparable à une drogue aux effets permanents. Mais ce jeune couple souffre de cette condition car un État répressif opposé à toute forme d'évasion par des psychotropes (même involontaire) les étudie en milieu clos à des fins militaires, et seule une fuite en avant leur permet d'échapper à un système oppressant qu'ils détestent. Paradoxalement, des éclairs de lucidité dus à leur maladie, cause inépuisable de déprime et d'extase, représentent un outil formidable pour la conception des plans complexes qu'ils élaborent en vue d'exploiter le système pour financer leur voyage vers un ailleurs plus paisible : leur malédiction est donc aussi une bénédiction.

Tout cela est fort intéressant mais cela ne suffit pas à raconter une histoire, me direz-vous. C'est ici que Dantec va faire évoluer son récit d'une manière surprenante en mêlant la Station Mir et le fameux jazzman du titre à son intrigue. On se demande bien pourquoi, tout en se réjouissant d'être étonné par cette histoire relativement classique pour un Dantec, sans trop en dévoiler, sachez simplement qu'il amalgame, comme à son habitude, technologie et spiritualité pour ficeler une intrigue parfaitement dans la continuité de son œuvre, où fuite en avant et abus de drogues dans un cadre cyberpunk mènent ses personnages vers une révélation mystique.

Comme le Fantôme... ne demeurera pas un Dantec majeur (difficile de faire aussi bien que Les racines du mal ou Babylon babies); pourtant, au final, on passe un bon moment, peut-être un peu frustré par une intrigue qui, en fin de compte, se résume au postulat de son titre, malgré son background scientifique et spirituel assez fouillé. Pas indispensable mais à lire, en attendant la prochaine œuvre d'un auteur qui, même en mode croisière, reste toujours intéressant à suivre.

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