"Nuit rouge" de Magali Wiéner

L’histoire : Le soir de la Fête de la musique, Rodrigues fait l'amour avec Aurélie, un moment qu'il attendait depuis longtemps. Mais depuis, elle ne répond plus à ses messages. Quand la police vient l'arrêter et lui explique qu'Aurélie a porté plainte pour viol, Rodrigues ne comprend pas ce qu'on lui reproche.
La critique de Mr K : Très belle lecture sur un sujet épineux aujourd’hui avec ce titre qui m’a été prêté par la professeur documentaliste de mon établissement qui a décidément très bon goût. Nuit rouge de Magali Wiéner parle du consentement sans tomber dans les clichés et le manichéisme de bas étage. En cela cet ouvrage est une pure merveille qui se lit d’une traite et que je ne saurai que trop vous conseiller. Ce roman se divise en trois parties, trois points de vue différents sur un même fait, vus par les deux protagonistes principaux et la justice.
On débute avec Rodrigues, un lycéen lambda, promis à une belle carrière sportive, il est nageur et son entraîneur ne jure que par lui. Le soir de la Fête de la musique, il assiste à un concert de Nuit rouge, un groupe de son bahut dont il est fan et où officie pour la première fois en live Aurélie pour qui il a le béguin. Le concert terminé, la demoiselle l’invite à venir au parc avec elle et quelques potes. De fil en aiguille, il se rapproche d’elle, entraperçoit une ouverture, l’embrasse et le jeune couple fait l’amour. C’est du moins ce que pense Rodrigues mais le lendemain les policiers sonnent chez lui et le voila mis en garde à vue pour viol sur Aurélie. C’est le début de la descente aux enfers et il ne comprend tout simplement pas. Pour lui tout a été consenti et il est persuadé qu’il ne lui a pas fait de mal. S’ensuivent l’enquête, les interrogatoires, la prison car il est mis en détention provisoire à Fleury-Mérogis.
S’ensuit alors le procès détaillé sous forme de paragraphes plus ou moins longs mettant en scène les différents protagonistes : les deux jeunes, leurs parents, leurs avocats, la juge, les témoins, les jurés et leurs délibérations et enfin le jugement... On bascule alors sur Aurélie dont la vie a été brisée et qui essaie de se reconstruire via des échanges avec des psy, en changeant d’endroits et de vie. Sous forme d’enregistrements audios, elle se raconte sans détour ni lamentation, elle tente de se relever malgré une souffrance toujours présente mais qui va peu à peu s’estomper.
Ce qu’il y a de très bon dans ce roman c’est le fait qu’on ne tombe jamais dans la diabolisation et le contraste forcené. Ici chacun se révèle complexe avec ses zones d’ombre, ses maladresses et ses pulsions. Oui il y a un coupable mais l’auteure ne se contente pas de ça, elle balaie plus large avec un questionnement pointu sur les responsabilités indirectes comme l’éducation, le milieu scolaire, la société en général avec au cœur de tout la notion de consentement, un concept bien souvent abstrait pour beaucoup de personnes que ce soit dans le travail, dans les couples ou encore les familles dans les rapports parents – enfants. C’est très finement joué avec une étude en profondeur des caractères, des émotions ressenties de chacun et l’on ressort sans colère de cette lecture, plus avec une immense tristesse et l’envie de partager ce roman avec le plus de monde possible pour que chacun mesure le chemin qui reste à parcourir dans le domaine.
C’est aussi un beau roman sur la reconstruction de soi et ceci pour les deux personnages principaux. Aurélie va devoir dépasser son traumatisme et essayer d’exister autrement, son être souillé va devoir disparaître et de ce mal elle va devoir en sortir un bien, une raison en tout cas de continuer malgré le dégoût de soi et la méfiance qui habite désormais son cœur. Rodrigues lui doit tout d’abord accepter la vérité, qu’il n’est pas innocent, qu’il a commis un crime. S’excuser, payer et après faire sa vie malgré la culpabilité qui ne le quittera jamais. Les deux trajectoires opposées sont touchantes de manière très différentes, ce qu’il en ressort une fois de plus est un immense gâchis mais la vie doit continuer.
Très très bien écrit, subtil et jamais moralisateur, Nuit rouge est un livre à mettre entre toutes les mains, à commencer par celles de nos ados. Très accessible, bien mené et source de multiples réflexions, dans son genre et dans la thématique abordée, il est tout bonnement indispensable.