"Geronimo, mémoires d'un résistant apache" de Clément Xavier et Lisa Lugrin
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L’histoire : Entre le reportage et la biographie dessinée, le nouveau roman graphique de deux jeunes auteurs talentueux. Geronimo, le grand guerrier apache : comment il vécut, comment il est mort. Et ce qu’il nous dit du monde d’aujourd’hui.
La critique de Mr K : Belle lecture que cette BD empruntée à la médiathèque du secteur il y a déjà quelques temps. Malgré quelques crispations dues à des maladresses dans l’écriture, Géronimo, mémoires d’un résistant apache de Clément Xavier et Lisa Lugrin est un ouvrage qui se lit d’une traite avec passion, ce personnage historique est fascinant et force l’empathie. Il est des êtres humains dont la vie est un roman, tant elle est riche, chargée de drames et de rebondissements incroyables. Geronimo fait partie de ce cercle très fermé et sa vie est une véritable épopée rythmée de sanglots, de larmes, de vengeance mais aussi de fierté, de joie et surtout de Résistance.
Appelé "Celui qui baille" à sa naissance, Géronimo en soi n’a jamais été chef mais il était reconnu comme un guerrier respecté et un chaman au sein de la tribu Apache Chiricahuas. Sa lutte débute lorsque toute sa famille est massacrée lors d’un raid mexicain. Il entame une longue période de raids en représailles et l’Histoire se poursuit. Alliances et mésalliances avec des tribus locales, paix forcée avec les mexicains, expulsion de leur territoire par les Américains au cours de la conquête de l’Ouest, nouvelle guerre ouverte mais cette fois ci avec les Américains, repli dans les montagnes, défaite finale et finalement prisonnier légendaire, la vie de Geronimo défile devant nos yeux entre admiration et compassion à travers le regard du fonctionnaire S. M. Barett qui a réussi à obtenir le droit de recueillir les mémoires de Geronimo auprès du président Roosevelt.

L’immersion est vraiment totale, tout d’abord il y a évidemment les détails multiples d’une vie dense. Je connaissais les grandes lignes de l’existence de Geronimo, ici on rentre pleinement dans son intimité avec un bon passage sur sa jeunesse et notamment son enfance où les légendes de son peuple font partie intégrante de sa construction. On partage des instants de vie familiale, les premiers émois, les rites initiatiques. Mais très vite, la vie insouciante va laisser place au danger, la confrontation et finalement le militantisme et le combat. L’amérindien anonyme cède la place à une figure majeure, un nom qui rallie les troupes. On alterne alors vie intime et vie publique avec un réel talent pour mêler les deux et rajouter le regard extérieur de l’observateur. C’est passionnant de bout en bout, très finement amené et source de multiples réflexions.

La contextualisation est aussi une pure merveille, la tension monte très vite, l’époque pour les amérindiens est à la menace. Leurs territoires se réduisent comme peau de chagrin face aux avancées des blancs et les spoliations qui vont avec sous forme de traités honteux. Destructuration des sociétés autochtones, paupérisation et alcoolisation provoquée font que les liens ancestraux se défont, des failles se forment et les occidentaux s’engouffrent dedans provoquant la disparition inéluctable des grands domaines indiens. C’est l’affirmation de l’individualisme, de l’argent roi, du capitalisme dans sa face la plus sombre qui apparaissent en parallèle avec en filigrane la disparition d’un lien privilégié à la Nature et la domestication du vivant. On prête d’ailleurs sur le sujet le propos suivant à Geronimo : "Quand le dernier arbre aura été abattu - Quand la dernière rivière aura été empoisonnée - Quand le dernier poisson aura été pêché - Alors on saura que l'argent ne se mange pas." Il trouve un douloureux écho encore aujourd’hui...

Malgré le nombre de pages (432 tout de même !), la lecture est très plaisante, le dessin au trait simple et direct est efficace, source d’émotion très souvent. Les auteurs ont rajouté ici où là des documents d’archive comme des photos, dessins et documents divers de l’époque ce qui contribue encore plus à l’immersion et la quête de véracité du lecteur. Seul bémol, quelques punchlines très malvenues voire anachroniques dont un retentissant et ridicule "On n’est pas chez les Bisounours" scandé par un militaire américain du XIXème siècle ou encore "On n’est pas prêt à se faire déporter à Petaouchnok-les-bains" prononcé par des indiens cernés de toute part. On perd en sérieux et en crédibilité... Heureusement il y a peu de scories de ce type dans l’ouvrage. Dommage en tout cas car on a frôlé la perfection.

Ce roman graphique reste cependant très intéressant pour aborder ou revoir l'histoire des Amérindiens et des États-Unis et il met en lumière des sujets et thèmes difficiles qui malheureusement sont toujours d’actualité un peu partout dans le monde. Un ouvrage à découvrir.