"Mourir peut attendre" de Cary Joji Fukunaga

L'histoire : James Bond n'est plus en service et profite d'une vie tranquille en Jamaïque. Mais son répit est de courte durée car l'agent de la CIA Felix Leiter fait son retour pour lui demander son aide. Sa mission, qui est de secourir un scientifique kidnappé, va se révéler plus traître que prévu, et mener 007 sur la piste d'un méchant possédant une nouvelle technologie particulièrement dangereuse.
La critique de Mr K : 4/6. Un James Bond a toujours une saveur particulière à mes yeux, même si finalement on n’est jamais dans le film d’auteur. Cette saga de série B d’action a son charme et c’est toujours plaisant d’aller au cinéma voir la dernière version en cours. Mourir peut attendre est le dernier film de la franchise avec Daniel Craig dans le rôle titre, je le regrette déjà tant je l’ai trouvé impeccable dans le rôle, juste derrière Sean Connery qui reste mon préféré. Je suis partagé sur ce métrage qui alterne bon et moins bon, des choix scénaristiques m’ont aussi déplu et finalement l’icône m’a paru écornée. Tentative d’explication avec comme d’habitude zéro spoilers.
Le scénario comme d’habitude a l’épaisseur d’un papier à cigarette : James coule des jours heureux en retraite avec sa belle. Fini le tombeur, il est Amoureux ! Oui oui, vous avez bien lu, Léa Seydoux a réussi là où nombre de femmes ont échoué. Mais voila, quand on est espion, on n’est jamais vraiment à la retraite, le revoilà poursuivi par Spectre et il doit se séparer de sa douce, persuadée qu’elle l’a trahi. Des années plus tard, une nouvelle menace surgit (un virus très très retors a été volé par un fou furieux) et James s‘impose à nouveau comme l’homme de la situation (bien malgré ses ex supérieurs).
Ce James Bond en désarçonnera plus d’un à commencer par moi. James se fait ici beaucoup plus fragile car pour la première fois il a vraiment quelque chose à perdre et des projets d’avenir. Les scénaristes prennent clairement des risques et deux écoles s’affrontent: ceux qui apprécient que l’on malmène l’icône blanche, macho et sans faille et ceux qui auraient préféré que l’on reste sur les fondamentaux. Je suis un peu le cul entre deux chaises car je trouve que les idées étaient là mais que la réalisation et le jeu d’acteur n’arrivent pas à faire vraiment décoller le sujet. Et puis, j’ai un petit côté vieux jeu qui regrette la direction prise par le personnage. Le pire à mon avis est à venir, j’ai déjà quelques idées sur la personne qui reprendrait le rôle, les puristes seront je pense choqués. À moins que mon pronostic soit totalement à côté de la plaque. Pour éviter le moindre spoiler, je n’en dirai pas plus.

Mais revenons au film et tout d’abord à Daniel Craig qui signe avec ce métrage sa dernière apparition en tant que 007. Pour moi, c’est le meilleur acteur de la franchise après l’inatteignable Sean Connery. Bestial, regard de tueur et à la fois rassurant et ici touchant, j’ai adoré sa prestation, il porte littéralement le film. Le personnage a un sacré coup dans l’aile et il lui donne une finesse et une nuance bienvenue dans un film très paresseux à ce niveau là par ailleurs. La grosse déception vient du méchant que j’ai trouvé caricatural, pas assez exploité. Les raisons de sa vendetta sont simplistes et j’auraiS aimé que Rami Malek puisse totalement exprimer son talent. On le voit presque pas, sa fin est rapide et sans artifice, bref grosse déception. Même chose pour le personnage de l’agent qui a remplacé James, une black qui se la joue badass et que j’ai trouvé tout bonnement insupportable. Par contre Lea Seydoux (que je n’apprécie guère) tire pleinement son épingle du jeu et renvoie bien la balle à Daniel Craig. Niveau dialogue, c’est reposant, on est dans du niveau gamin de 12 ans, ce qui parfois crée un côté comique bien involontaire...

Niveau action, on est bien servi avec quelques séances d’anthologie et un suspens qui prend parfois aux tripes. La photo est magnifique, on traverse des paysages dantesques et des villes sublimes. Clairement, le contrat est rempli de ce côté là. Gros souci je trouve au niveau de la violence bien soft représentée à l’écran, des scènes qui auraient du être insoutenables par ce qu’elles sous-entendent passent clairement comme secondaires par un défaut de taille : pas une seule goutte de sang durant tout le métrage ! Ce qui au départ m’a amusé m’a paru au final ridicule, aseptisé et enlève le côté hardboiled de l’histoire qui verse pourtant dans le noir profond. Du coup, on ressort du film avec l’impression d’avoir vu un spectacle certes bien rodé et bien maîtrisé mais sans âme. Quand on connaît la fin du film, on se dit que James aurait mérité mieux.

Petite déception donc que ce Mourir peut attendre mais j’ai passé tout de même un moment sympathique qui perdra beaucoup lors de son passage sur petit écran. Les amateurs de 007 y trouveront donc quand même pour leur goût même si le destin réservé à 007 pourra en fâcher plus d’un.