"L'île du docteur Faust" de Stéphanie Janicot
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L’histoire : Tandis que la nuit tombe, neuf femmes attendent l'arrivée d'un passeur qui doit les mener sur une île au large de la Bretagne. Toutes ont payé le prix pour suivre un programme leur promettant de retrouver leurs vingt ans. Seule l'une d'entre elles, invitée, s'est juré de résister à la tentation. Mais le séjour et le mystère grandissant qui l'entoure, tout autant que le trouble suscité par le docteur Faust, vont lui révéler la difficulté de refuser ce pacte diabolique.
La critique de Mr K : C’est une superbe lecture que je vais vous présenter aujourd’hui avec L’île du docteur Faust de Stéphanie Janicot. Avec ce titre je découvrais une auteure dont j’avais entendu le plus grand bien à de nombreuses reprises sur la blogosphère. Je peux désormais vous confirmer qu’on a affaire à une écrivaine à part, à la plume délicate et aux propos profonds. À travers le parcours de ces neuf femmes tentées ou non par la jeunesse éternelle, la réflexion s'installe et nous interroge sur de nombreux aspects de notre condition humaine. La lecture s’est révélée hyper addictive, très aisée et au final très enrichissante.
L’action démarre à Douarnenez sur le port. Le temps se déchaîne, la nuit ne va pas tarder à tomber et neuf femmes qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam attendent un mystérieux passeur qui doit les emmener sur une île où réside un certain Docteur Faust qui leur a promis de remédier au problème de l’âge et de les rajeunir. Personne ne sait vraiment au juste la nature du programme qu’elles vont devoir suivre et l’incertitude est totale. Finalement, un grand escogriffe finit par les embarquer vers la mystérieuse île de Tirnamban.
Arrivées sur place, elles sont prises en charge dans une superbe demeure où tout semble avoir été arrangé selon leurs goûts respectifs. Un personnel dévoué aux noms aux consonances mythologiques est au service des hôtes notamment une cuisinière et sa fille, deux jumeaux jardinier à la beauté renversante, un maître d’hôtel, le fameux passeur, l’assistance personnelle du docteur et Faust lui-même. L’organisation est bien huilée, la cure de six mois, loin de tout et de toute possibilité de communication, peut commencer. Nous suivons tout particulièrement Sydney, une journaliste / écrivaine (alter-ego de l’auteure elle-même ?) qui est là pour écrire, réaliser un livre enquête-témoignage sur le programme mis en œuvre par Faust. Refusant le traitement, elle erre sur l’ïle, rencontre une petite vieille sympathique qui réside dans une cabane près de la propriété et peu à peu essaie de lever les secrets qui entourent le docteur Faust.
On est convaincu dès les première pages qu’on va passer un bon moment. Après avoir fait connaissance avec les neuf personnalités en présence, toutes très différentes les unes des autres, on peut s’amuser à voir le parcours de certaines, les interactions qui vont naître. À ce niveau, c’est millimétré et très souvent surprenant. Au final, j’ai deviné quelques petits éléments de l’intrigue mais bien souvent, on va de révélation en révélation. Ces neuf femmes représentent un panel assez exhaustif des existences de femmes occidentales et de les voir se confronter et raconter leurs vies respectives donne une densité forte au postulat de base. Juste dans la forme et dans le propos, on se plaît à faire la connaissance de Sydney, Thaïs, Katell, Laure, Isabella et les autres. Quand on sait qu’elles vont devoir passer un semestre entre elles sur une île loin de tout, forcément elles vont devoir se livrer. Pourtant, au fil de leurs métamorphoses respectives, les rapports changent, ces femmes de plus de cinquante ans retrouvent leur corps, leurs capacités perdues mais aussi leur désir et leurs rêves pendant que la narratrice Sydney observe déconcertée ce drôle de manège créant un malaise palpable qui ne va qu’augmentant.
Au fil de ses investigations, de ses découvertes et de ses déductions, l’ouvrage prend de l’ampleur dans ce qu’il induit et provoque. Les références divines et mystiques sont nombreuses à Tirnamban, la symbolique forte force la réflexion et Sydney va peu à peu mettre en lumière la nature même des lieux et des personnes qui y résident. On rentre alors dans une dimension fantastique mais surtout métaphysique où on en vient à s’interroger sur la notion de quête de bonheur, de l’accomplissement d'une vie et le temps qui passe. Jeunesse éternelle, illusion de la toute puissance mais aussi les femmes dans toute leur diversité et la force du désir explosent à la face du lecteur. L’homme que je suis en est ressorti assez bluffé par ce portrait fin et jubilatoire de la gente féminine loin des clichés mais ancrée dans une réalité hors du temps et d’un espace précis. À partir de la seconde partie de l’ouvrage, on navigue dans des eaux nébuleuses où fantasme, onirisme et Raison s’affrontent. La fin devra voir Sydney faire un choix crucial qui pourrait modifier à jamais son existence et celle de beaucoup d’autres êtres humains.
Je n’en dirai pas beaucoup plus sur cet ouvrage vraiment épatant pour ne pas en dire de trop, gâcher votre propre expérience. Stéphanie Janicot possède un style qui fait mouche sans tomber dans la facilité, propose une trame passionnante avec des personnages charismatiques à souhait, nous immerge dans un contenu érudit et accessible pour au final nous emmener dans une lecture totalement prenante. L'île du docteur Faust est un beau et grand coup de cœur que je vous invite à découvrir au plus vite.