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Le Capharnaüm Éclairé
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4 juin 2021

"En mon faible intérieur" d'Alain Turgeon

L’histoire : Le narrateur n'est pas au mieux de sa forme.


En "stage" dans un centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie, il évoque non sans humour son quotidien et se penche sans complaisance sur certains épisodes peu glorieux de son existence. On y trouve en vrac des récits sur la filiation, l'amour, la paternité, la santé et même un épisode où il se déguise en Père Noël alors que la vie ne lui a pas fait de cadeaux.

 

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture hors norme aujourd’hui avec En mon faible intérieur d’Alain Turgeon, livre détonant par le fond et la forme qui nous invite à naviguer en eaux troubles, dans le quotidien et les souvenirs d’un homme alcoolique qui rentre dans un centre de soin pour tenter de guérir de son addiction. Attention, ouvrage terrible qui peut désarçonner car il livre quasiment à chaque phrase une innovation linguistique et des réflexions complètement barrées. Amateurs du politiquement correct, de langage calibré, passez votre chemin, on en est bien loin ici et c’est tant mieux !

 

Il était temps pour le narrateur de se faire accompagner dans son addiction. À raison d’une bouteille de vodka par jour, on peut dire que sa vie est plutôt rock and roll et qu’il la contemple plutôt qu’il ne la vit. Construit en chapitres plus ou moins longs, l’auteur nous raconte donc son immersion dans ce centre d’addictologie avec ses séances de relaxation, ses passages chez le psy, la cantine, la drague... mais il revient aussi sur des moments de sa vie qui l’ont marqué ou mené jusque là, dont sa séparation avec la mère de ses deux enfants, la quête de son père biologique, sa relation avec une coréenne ou encore son expérience ratée de Père Noël (passage très drôle parmi d’autres).

 

Ce qu’il y a d’étonnant sur la matière de ce roman c’est que les thématiques dans leur globalité sont dramatiques, très mélancoliques et pourtant, de manière contradictoire, on sourit beaucoup, on rigole même à gorge déployée par moment. L’addiction est au cœur de l’ouvrage et elle est décrite sans fard entre splendeur et décadence. Le narrateur est vraiment au fond du gouffre, se révèle même bien cynique par moment ou complètement naïf à d’autres. Mais la façon de relater les choses avec ce regard mi-distant mi-possédé ajoute un ton décalé de bon aloi qui permet à la fois de faire passer certains passages rudes et de rentrer au plus profond d’un être humain en roue libre.

 

Le personnage frôle constamment la catastrophe, accumule les ratages, se révèle être au final un loser de première mais un loser très attachant, qui se débat avec sa condition et ne se rend pas compte de grand-chose. En multipliant les digressions, qui représentent à elles-seules les deux tiers du roman, il se livre à un exercice d’autocritique et de narration de lui-même qui vire parfois à la métaphysique, à l’observation de l’être humain vu à travers son esprit embrumé non dénué parfois de moments de lucidité.

 

En cela, cet ouvrage n’est pas d'une lecture facile, on pourrait la comparer à l’exercice de la poutre en gymnastique avec un équilibre instable tout du long notamment à cause d’une langue tortueuse à la fois inventive et déconcertante qui perdra peut-être un certain nombre d’entre vous. Pour ma part, une fois un temps d’adaptation passé (une vingtaine de pages), on se joue des formalités classiques langagières et je me suis laissé porter par le souffle du récit et la personnalité bien branque du narrateur.

 

Touchant, drôle, dramatique et mélancolique à la fois, chacun choisira la tonalité qui le touchera le plus, pour ma part c’est un sentiment mêlé qui m’a habité après la fin de l’ouvrage. En mon faible intérieur est une expérience unique surprenante et âpre par moments. Les amateurs d’OLNI (Objet Livresque Non Identifié) se laisseront hypnotiser à leur tour.

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