Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Capharnaüm Éclairé
Publicité
17 octobre 2020

"La Complainte de la limace" de Zahra Abdi

L’histoire : A bientôt trente ans, Shirine vit encore chez sa mère, un vrai despote qui a érigé un mur entre sa fille et le monde réel. La vieille femme, qui a conservés intacte la chambre de son fils disparu durant la guerre du Golfe vingt ans plus tôt, se réfugie religieusement dans son sanctuaire chaque matin. Shirine, elle, s'invente des univers imaginaires, nourris de films et de personnages fantastiques... qui s'effritent lorsqu'elle rencontre Farid, un jeune vendeur de DVD avec lequel elle correspond en cachette.

 

De l'autre côté de la ville, Afsoun peut se targuer d'une réussite sociale certaine : maîtresse de conférences, directrice d'un programme télévisuel et épouse de Vahid, récemment nommé à la présidence de l'Université de Téhéran. Pourtant, voilà vingt ans que Afsoun rêve d'une existence qui s'est arrêtée avec le départ de Khosrow à la guerre. Alors, lorsque Shirine lui porte les lettres d'amour de son frère conservées telles des reliques, la vie des trois femmes s'en trouve bouleversée pour toujours.

 

La critique de Mr K : Une fois n’est pas coutume, je vous embarque avec ma chronique du jour en Iran avec ce très bel ouvrage paru aux éditions Belleville, une maison qui m’avait déjà beaucoup séduit avec Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse d’Agata Tomazic. Dans La Complainte de la limace, Zahra Abdi nous propose de suivre les destins de femmes iraniennes dans un Téhéran en plein changement, partagé entre modernité et tradition. Entre poésie, introspection et chronique du quotidien, elle nous interroge sur son pays, ses orientations nouvelles, la place de la femme dans la société iranienne mais surtout sur l’Amour qui perdure encore et toujours.

 

D’un chapitre à l’autre, on change de point de vue. Il y a tout d’abord Shirine, une jeune femme résolument moderne qui adore le cinéma et passe sa vie à regarder des métrages qui l’ouvrent sur le monde. Elle en pince pour un jeune vendeur de DVD et doit composer avec sa mère, plus traditionaliste qui souhaiterait que sa fille de trente ans s’assagisse. Son frère, Khosrow, est mort à la guerre et une chape de plomb, une sorte d’interdit s’est installé dans la maison. Les rapports familiaux ont été biaisé par cet événement terrible et chacun se débat avec sa conscience. En parallèle, on suit Afsoun, femme installée et qui vit une existence aisée en compagnie d’un mari hautement placé. Mais au fond d’elle perdure une faille, une douleur inextinguible : celui d’un premier amour perdu en la personne de Khosrow. Sa disparition à la guerre réveille des blessures pour cet homme qui fut son voisin et son premier émoi d'adolescente. Ces deux femmes vont bien évidemment se croiser et les révélations vont se multiplier pour l’un comme pour l’autre.

 

On rentre assez facilement dans cette lecture. On se prend très vite d’affection pour ces deux femmes qui chacune à sa manière refuse un destin tout tracé. Dans une langue qui mêle habilement phrasé volontiers poétique, références culturelles (très bien explicitées grâce à un lexique précis que l’on peut approfondir sur le net, marque de fabrique de cet éditeur) et exploration précise des pensées et réactions des personnages, on plonge dans un Téhéran qu’on ne soupçonnait pas ou du moins très méconnu. L’intimité de ces deux femmes nous est contée avec une subtilité et une tendresse qui émeuvent bien souvent. On est loin des sentiers battus avec des thématiques universelles qui font mouche et qui dans le contexte iranien prennent une toute autre dimension et une certaine singularité. Qu’est ce que c’est qu’aimer en Iran ? Qu’est ce que c’est qu’être iranienne ? L’auteure répond à ces deux questions de façon détournée, parfois très imagée mais toujours avec franchise et une pudeur confondantes.

 

L’ouvrage est donc déroutant mais dans le bon sens du terme. On aime à se balader dans les rues de la capitale iranienne, à écouter les doux mots que s’envoient deux amoureux qu’un mur sépare, les discussions de copines dans un pays fondamentalement religieux. On a de la peine face au traumatisme de ceux qui restent après la guerre et qui essaient de digérer leur deuil du mieux qu’ils peuvent (la maman qui va régulièrement se recueillir dans la chambre de son fils décédé fend littéralement le cœur) ou encore la nostalgie qui étreint certains protagonistes face à la disparition programmée du quartier de leur enfance. On vit cette lecture qui prend son temps pour donner à voir sa vraie portée et s’envole au final vers des horizons étonnants. Ce fut une expérience vraiment différente et séduisante qui vaut le coup d’être tentée!

Publicité
Commentaires
E
du coup je le note ! j'espère le trouver en bibliothèque
Répondre
Publicité
Suivez-moi
Publicité
Archives
Publicité
Publicité