"Immigrants" de Christophe Dabitch et collectif
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Le contenu : Au XXe siècle, la France a été l'un des principaux pays d'immigration dans le monde. Cet aspect de notre histoire contemporaine a longtemps été refoulé de la mémoire collective. Aujourd'hui, le vieux stéréotype "nos ancêtres, les Gaulois" tend à disparaître. Mais d'autres préjugés se sont installés, notamment l'idée que les immigrants d'autrefois se seraient "bien intégrés", alors que ceux d'aujourd'hui "poseraient problème". L'histoire de l'immigration montre qu'en réalité, c'est toujours le dernier venu qui a été perçu comme le plus menaçant aux yeux des autochtones...
Cet ouvrage n'a pas pour objectif d'être représentatif des différentes réalités vécues de l'immigration. Il s'agit de porter un regard sur quelques trajectoires singulières et, grâce au travail de réflexion des historiens, d'interroger quelques thématiques liées à l'immigration.
Ils viennent de Roumanie, d'Angola, de Turquie, d'Uruguay... Pour des raisons économiques ou politiques ou de santé, leurs parents, ou eux-mêmes, ont dû quitter leur pays pour la France. Ce livre raconte leur intégration, qui passe très souvent par une phase de "racisme ordinaire".
La critique de Mr K : Super lecture que Immigrants de Christophe Dabitch et tout un collectif de dessinateurs, un ouvrage que j’avais emprunté avant les vacances au CDI de mon établissement. Il propose un mix original mais essentiel par rapport au thème abordé : on alterne ici textes d’historiens sur différents aspects de l’immigration et des témoignages mis en image par un auteur de BD et une mise en mots de Christophe Dabitch. Loin d’être moralisateur ou versant dans l’apitoiement, cet ouvrage permet surtout de faire le point, de préciser les choses et de remettre les pendules à l’heure. Vu la démagogie ambiante autour du thème des migrants depuis un certain temps (depuis toujours en fait quand on a bien lu ce livre), voila une lecture fondamentale et diablement maligne.

Le postulat de départ est de proposer quelques trajectoires particulières brutes de décoffrage sans fioritures, sans lissage. D’origines très diverses, les hommes et femmes qui peuplent ces pages hantent longtemps l’esprit du lecteur tant ils forcent souvent le respect. Tout quitter par obligation ou par choix, tenter sa chance vers un Eden supposé, tels sont les points de départ de petits récits pas plus longs de dix pages à chaque fois qui frappent en plein cœur. De tout âge, sexe ou origine, avec de l’éducation ou non, ces immigrants partagent leur foi en l’avenir, leur réussite pour certains mais aussi parfois leurs désillusions. Ces fragments d’humanité sont très touchants car très réalistes, à 10 000 lieux des images d’Epinal que les médias fascisants nous servent jusqu’à l’écœurement. Comment ne pas être touché par ces personnes ultra diplômées qui se retrouvent à travailler dans des métiers dont personne ne veut mais qui sont finalement les seuls qu’on leur propose. Comment ne pas se révolter face au racisme imbécile du péquin moyen, phénomène courant et malheureusement commun à tous les pays et tous les temps.

Car en parallèle de ces destinées, des historiens s’intercalent en reprenant la thématique sous différents angles. C’est très instructif, bien mené et très accessible même pour un non initié. Pas de côté rébarbatif mais un sacré travail de mémoire qu’il serait bon de partager avec les personnes les plus obtuses qui malheureusement ont bien trop souvent pignon sur rue. On revient au détour de ces pages sur un fait indubitable : nous sommes une nation d’immigrants qui s’est lentement constituée des apports successifs de travailleurs nécessaires à la construction et reconstructions qui ont égrainé les derniers siècles. Quelques moments clefs de notre Histoire sont présents ici comme les guerres mondiales ou encore les Trente Glorieuses. Certes, les minorités visibles sont souvent célébrées comme footballeurs, sportifs et autres artistes mais l’immense majorité sont avant tout des personnes ayant œuvré dans le bâtiment, la cuisine ou le tertiaire, il est bon de le rappeler. On revient aussi ici sur les immigrantes elle-même car trop souvent dans les imaginaires réactionnaires, le migrant est un homme seul venant subvenir aux besoins de sa famille dans notre pays. Grosse grosse approximation, la part des femmes est très importante et leur apport lui aussi est indubitable. D’autres textes reviennent sur les stéréotypes et leur origine, et enfin sur la colonisation, brèche encore ouverte à vif de notre Histoire que l’on n’arrive pas à accepter et à aborder avec sérénité (il suffit d’entendre les déclarations de Tsar Cozy ou Micron Ier pour s’en convaincre). Bel apport théorique donc qui a le mérite de clarifier les choses avec neutralité et volonté pédagogique manifeste. Pari largement réussi aussi à ce niveau !

Les BD en elle-même sont assez inégales en terme d’esthétique, certaines sont magnifiques, d’autres plus discutables dans les choix opérés. Mais même pour ces dernières, le plaisir est là, les mots nous transportent dans ces réalités si éloignées de nous puis finalement pas tellement. Ça prend à la gorge parfois et éclaire de manière forte et juste les propos historiques précédemment lus. Franchement, voici un ouvrage à mettre entre toutes les mains malgré qu’il soit daté d’avant la crise des migrants et de la Syrie. Pour autant, les mécanismes décrits sont malheureusement toujours d’actualité et ce recueil vaut tous les discours humanistes du monde. À lire absolument !