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Le Capharnaüm Éclairé
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2 septembre 2020

"Petit blanc" de Nicolas Cartelet

L’histoire : Dans l'espoir d'y trouver meilleure fortune qu'en France, Albert Villeneuve s'embarque pour un long voyage vers les colonies avec sa femme et sa fille. Il accoste seul à Sainte-Madeleine, son moral et ses espoirs noyés loin derrière lui.

 

Commence alors une nouvelle vie, faite d'alcool, de mensonges et de frustrations. Piégé sur cette île devenue prison, Albert fuit la folie vengeresse du sergent Arpagon. Sur la route du café, il cherchera la paix intérieure.

 

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture qui s’est révélée différente des autres, de ce genre qui marque durablement le lecteur tant on est emporté par le récit mais aussi la langue poétique et parfois brutale d’un auteur à découvrir absolument. Petit Blanc de Nicolas Cartelet ressort à l’occasion de cette rentrée littéraire 2020 avec de nouveaux oripeaux dont la sublime couverture de Kevin Deneufchatel à qui l’on devait déjà celles de Walter Kurtz était à pied et Le Livre jaune récemment lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé. Superbe conte crépusculaire traitant du deuil et des espoirs qu’on se doit de nourrir pour continuer à vivre après une perte irréparable, voici un ouvrage qui fera date à mes yeux.

 

Albert Villeneuve part avec femme et enfant (Marthe et Louise) pour le nouveau monde. Recommencer sa vie, tenter sa chance et s’enrichir nourrissent les rêves les plus fous de milliers de ses contemporains qui traversent l’océan avec la bénédiction de l’État pour émigrer et s’installer dans les colonies nouvellement créées comme cultivateurs-fermiers (notamment le sacro-saint café). Le retour à la réalité va être cruel pour notre héros, la traversée se déroule dans des conditions épouvantables et comme une bonne partie des passagers, sa famille est décimée par une mystérieuse maladie. Il débarque donc seul et totalement désemparé sur l’île de Sainte Madeleine.

 

N’étant plus que l’ombre de lui-même, il tente sa chance auprès des autorités pour obtenir un lopin de terre à cultiver mais on lui dit à chaque fois de revenir plus tard. Gagné par la dépression, il commence à sombrer. Ayant décroché entre temps un petit emploi de mineur, sa paie lui sert exclusivement à épancher son penchant pour l'alcool de plus en plus prononcé. Son existence se résume à trimer puis à se défouler au bar avec son lot de bagarres et d’élucubrations avinées. Le rhum n’est plus que son seul horizon et sa déchéance devient totale. D’ailleurs, on lui fait bien comprendre qu’il ne pourra plus jamais prétendre à obtenir une terre au nom du royaume de France, le voila propulsé au plus bas de l’échelle sociale. Suite à une altercation qui tourne mal avec un dépositaire de l’ordre public, le voila obligé de se réfugier dans la forêt où il va faire une rencontre qui pourrait bien changer le fil de son existence.

 

L’addiction est immédiate avec ce roman qui démarre sur les chapeaux de roue. En un chapitre à peine, le sort de Marthe et Louise est scellé et l’on accompagne alors Albert dans sa chute. Collant au plus près de son protagoniste principal, l’auteur ne nous épargne rien de ses affres et souffrance. Il n’est quasiment que cela, noyé dans les brumes de l’alcool et la folie qui le guette. Ne pouvant compter sur quasiment personne, entouré d'êtres intéressés et veules (les patrons des estaminets qu’il fréquente notamment), il n’est plus que le spectateur de sa vie qui lui échappe inexorablement. On ne peut qu’être touché par cet être sur qui le sort semble s’acharner, incapable de faire son deuil, accompagné par les spectres de ses chères disparues. C’est saisissant de tristesse et de noirceur.

 

La deuxième partie de l’ouvrage va voir s’ouvrir des horizons nouveaux avec les contacts qu’Albert va nouer puis entretenir avec des autochtones. Il va partager du temps avec eux, s’ouvrir à leur culture et leur conception de la vie, découvrir une bonté qu’il croyait à jamais évanouie de sa vie. Mais comme chez les Blancs, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie et les mésaventures d’Albert ne sont pas terminées. En quête de rédemption, la seconde partie s’apparente clairement à un voyage mystique, initiatique qui malheureusement ne se terminera pas forcément de la meilleure des façons. Belle métaphore de la condition humaine, de la dureté de l’existence et de l’avanie du genre humain qui se retrouve partout quelque soit notre culture ou notre couleur de peau. Car s’il y a bien une critique féroce du colonialisme, cet ouvrage est aussi un portrait sans fard de notre tendance à en vouloir toujours plus et à la malveillance. On n’en sort pas indemne, je vous le dis !

 

La plume de Nicolas Cartelet est d’une beauté à couper le souffle. Poétique, acérée, mêlant réalisme et parfois fantastique teinté de merveilleux (voire cauchemardesque !), Petit blanc est un roman dans lequel on se plonge littéralement et qui nous accompagne longtemps après sa lecture. Un voyage inoubliable que je vous invite à entreprendre à votre tour au plus vite, on touche au sublime ici !

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Commentaires
P
Je ne lis pas depuis quelques semaines, trop préoccupé par mes travaux de construction. Mais ce livre m’intéresse et dès que je le vois en librairie, je mets la main dessus. Même si je n’ai pas la tête à lire, je fais des provisions pour le long hiver qui s’en vient, ici on s’entend! Belle chronique, merci pour la suggestion.
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