"Belle mère" de Claude Pujade-Renaud
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L’histoire : Comment Eudoxie, devenue veuve à l'issue de son remariage, se retrouve flanquée d'un encombrant beau-fils, avec lequel elle va, des années 1930 aux années 1980, se réinventer une vie de famille.
La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vous présente un vrai et grand coup de cœur de lecteur. Il a d’autant plus de retentissement en moi que je ne m’y attendais pas, séduit uniquement au départ par une couverture très attirante qui me l’avait fait adopter lors d’un chinage. Belle mère de Claude Pujade-Renaud est une petite merveille, un splendide portrait de femme où les émotions sont livrées à fleur de mots touchant au plus profond un lecteur captif dès les premières pages.
Femme dans la fleur de l’âge, courageuse et travailleuse, Eudoxie se remarie avec Armand et hérite au passage d’un beau-fils pour le moins spécial. Renfermé dans un passé qui l’oppresse et l’attire en même temps, Lucien vit en vase clos sans se soucier de quoi que ce soit. Rien ne semble pouvoir rapprocher ces deux là sauf que le père finit par mourir et la belle mère et le gendre vont devoir cohabiter. Peu à peu, Lucien va livrer ses secrets, s’ouvrir au fil des manœuvres habiles d’une Eudoxie qui se réinvente suite à ce coup du sort. Une relation très spéciale se noue dans la deuxième partie du roman pour finir en apothéose dans un dernier chapitre d’une rare intensité et qui m’a ému aux larmes. C’est suffisamment rare pour être souligné.
Ce livre m’a fait penser (tout en gardant sa propre identité) à deux ouvrages qui font partie de mes lectures cultes : Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda et Toutes les couleurs du ciel de Melissa Da Costa. On retrouve un récit à l’humanité profonde et simple à la fois, une évidence narrative qui saute aux yeux et procure un plaisir de lire sans pareil avec l’exploration de deux personnages qui ne peuvent laisser indifférents. On est loin des clichés véhiculés par la figure de la belle-mère, tout ici est finesse et subtilité avec une valse des sentiments décrite de manière hardie et sans fioritures. Valse des hésitations, des blocages, des attirances contrariées mais aussi partage, chaleur et entraide se conjuguent en un bouquet littéraire d’une intensité incroyable. Au fil des années, des décennies qui se déroulent sous nos yeux, on partage ses existences quasiment en vase clos où avant tout deux êtres cherchent à s’apprivoiser.
Eudoxie la dure au mal, à l’abnégation sans faille est un modèle de vertu humaniste mais aussi d’empathie face à un Lucien en roue libre que beaucoup jugent fou alors qu’il souffre profondément. Cela donne des scènes souvent loufoques où l’on se prend à esquisser un sourire voire à rire franchement avec les lubies parfois bien branques de Lucien : ses séance de naturisme dans le jardin à un âge avancé, ses sorties bien directes qui font sourire sa belle-mère et lui offre finalement du bon temps, un peu de lâcher prise dans une existence finalement assez morne. Lucien c’est aussi un génie bridé qui est loin d’être aussi stupide et borné qu’il n'y paraît, cet homme se révélera surprenant à bien des égards entre l’inventeur du quotidien et même l’associé quand il faudra mettre la main à la pâte pour sortir la maisonnée de l’ornière financière. Une relation vraiment unique s’instaure entre eux faite de méfiance au départ puis de confiance, de profond respect et finalement de communion des âmes sans jamais tomber dans la facilité ou le scabreux.
Le tout se lit avec délice et quasiment d’une seule traite. On est pris dans le tourbillon de ces deux existences qui s’entrecroisent, la langue est une merveille de subtilité tout en s’inscrivant dans le quotidien. Rien à jeter dans cette œuvre qui m'a pris au dépourvu et m’a séduit au plus haut point. À lire absolument !