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Le Capharnaüm Éclairé
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11 décembre 2018

"L'Enfant de la haute mer" de Jules Supervielle

julessupervielle

L'histoire : Comment s'était formée cette rue flottante ? Quels marins, avec l'aide de quels architectes, l'avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ? Cette longue rue aux maisons de briques rouges si décolorées qu'elles prenaient une teinte gris-de-France, ces toits d'ardoise, de tuile, ces humbles boutiques immuables ? Et ce clocher très ajouré ? Et ceci qui ne contenait que de l'eau marine et voulait sans doute être un jardin clos de murs, parmi de tessons de bouteilles, par-dessus lesquels sautait parfois un poisson ?

La critique de Mr K : J'ai une relation très particulière avec Jules Supervielle, poète franco-uruguayen malheureusement pas assez lu par chez nous. C'est grâce à lui que j'ai décroché mon concours de professeur de Lettres-Histoire avec un magnifique texte tiré de l'ouvrage La Fable du monde. Depuis, je n'avais pas recroisé son chemin jusqu'à un séjour à notre Emmaüs préféré où le présent recueil de nouvelles me tendait ses petites pages implorantes. Incapable de résister, je l'adoptais immédiatement et il est maintenant temps pour moi de vous dire ce que j'ai pensé de L'Enfant de la haute mer, un ouvrage mêlant surréalisme, poésie intimiste et universelle à la fois. Une expérience différente de ce que je lis d’habitude mais éclairante et d'une beauté morbide à coupler le souffle.

Morbide est en effet le terme qui me vient en premier à l'esprit en évoquant cette lecture. Beaucoup des huit nouvelles tournent autour de la mort et de la disparition (du corps, de l'âme, voir de l'identité). Sans tomber dans le glauque mais dans une manière d'aborder la destinée humaine différente de ce que l'on a l'habitude de voir ou lire, Supervielle nous conte des existences sur le fil du rasoir, décalées et pour certaines appartenant à la dimension fantastique. On passe ainsi allégrement du monde des vivants aux morts, de celui des corps physiques englués dans un quotidien morose à celui d'esprits égarés qui ne savent même plus s'ils existent vraiment ou pourquoi ils survivent.

Ainsi une petit fille réside dans une étrange ville perdue au cœur de l'Océan Atlantique, elle vit seule et va à l'école en attendant un éventuel navire qui viendrait la sauver. Dans une autre nouvelle, Supervielle nous raconte la nativité à travers les yeux de l'âne et du bœuf, variation biblique étonnante et pleine de douceur. Dans un autre texte, c'est une noyée que l'on suit au fil de son périple dans la Seine, elle va rencontrer nombre d'esprits et de divinités qui règnent sur l'au-delà. Une autre nouvelle nous raconte ce qui se passe au ciel quand les esprits s'y rencontrent entre chamailleries et reconnaissance mutuelle. Ailleurs, un rite de passage ne se passe pas comme prévu dans une tribu d'amérindiens laissant une porte ouverte au Mal qui pourrait prendre le contrôle de Rani, nouveau chaman de la tribu. Une histoire nous fait part de la vie d'une jeune fille qui naît avec une voix de violon ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes à sa famille et dans un autre très court récit, un homme et son cheval portent le même nom, la mort de l'un d'entre eux va provoquer une mutation chez l'autre. Enfin, dans une nouvelle qu'aurait pu écrire Steinbeck, un marchand oriental traversant un désert va faire escale dans une ferme pour y vendre quelques objets. Malheureusement pour lui, c'est la mort qui l'y attend.

Difficile de décrire vraiment le contenu tant il appartient parfois à la poésie pure faite de chimères et ressentis très personnels. Je ne suis pas vraiment certain que chacun y trouvera la même chose selon son vécu, ses croyances et ses attentes. Sachez simplement que l'auteur use d'une langue merveilleusement simple et évocatrice, provoquant l'évasion immédiate et une rêverie langoureuse. La mélancolie qui habite ses pages nous saute au visage, nous emprisonne et nous emmène sur des chemins de traverse à l'atmosphère nébuleuse entre douceur et amertume, rires et larmes. Au delà de ces petites histoires bizarres, il nous parle de nous les hommes, de nos errances et de nos capacités à rebondir même si finalement rien n'est jamais définitif et que notre condition nous rattrape tôt ou tard.

J'ai aimé cette lecture qui nous rappelle notre mortalité sans pour autant nous plomber. Il y a une grande source de chaleur et de joie qui habitent ses lignes malgré un contenu parfois pétrifiant. On navigue bien souvent à vue, il faut se laisser bouleverser, bousculer dans ses certitudes pour pénétrer cet univers si particulier d'un auteur au sommet de sa forme. Un bien bel ouvrage qui comblera les âmes avides de sensations fortes, de voyages littéraires au long cours et de beautés littéraires inexplorées.

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Commentaires
L
Bonjour,<br /> <br /> <br /> <br /> Je vous écris par rapport à la nouvelle de La jeune fille à la voix de violon que je trouve magnifique mais des choses restent mystérieuses pour moi. Comment comprenez-vous la transformation de la voix ? Qu'est-ce qui a pu être si fort pour que le changement opère ? Certains disent qu'elle s'est faite opérée, mais il est bien écrit que le chirurgien " se pencha sur la bouche comme sur un puits hanté et s'abstint d'intervenir". <br /> <br /> <br /> <br /> Qu'en pensez-vous ?<br /> <br /> <br /> <br /> Merci !
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F
Superbe !
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