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Le Capharnaüm Éclairé
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8 juin 2016

"Un Blues de coyote" de Christopher Moore

L'histoire : Que sommes-nous de plus pour les dieux que des mouches importunes et lubriques qu'ils écrasent pour le plaisir ? Vaste question... que Sam Hunter, trente-cinq ans, parfait golden boy, n'avait pas eu à se poser avant que le Coyote ne débarque dans sa vie pour y semer la pagaille. Car l'animal en question n'est pas celui de Tex Avery (quoique) mais l'incarnation d'une divinité Crow bien décidée à rendre infernal le quotidien de sam. Pourquoi lui ? Dans quels buts ? ...

 

La critique de Mr K : Lors de sa lecture, j'avais été enthousiasmé comme rarement par L'Agneau de Christopher Moore. Ce dernier levait un voile romanesque sur les années non révélées du Christ dans les Écritures avant sa crucifixion, dans un récit virevoltant et drolatique. Je m'étais juré de replonger dans l'univers si particulier de cet auteur à l'écriture multiforme et séduisante en diable (sic). Un chinage de plus mettait sur mes pas ce Blues de Coyote que j'ai littéralement dévoré, pris que j'ai été par un style toujours aussi florissant et efficace, et une histoire délirante mâtinée de mythologie, un de mes nombreux centres d'intérêts. Préparez-vous à un voyage trépidant à nul autre pareil!

 

Sam Hunter a bien réussi: agent d'assurance sans pitié et bankable, il possède un bel appartement-villa, une belle Mercedes et collectionne les conquêtes féminines. Mais derrière cette image de la réussite à l'américaine se cache des secrets depuis trop longtemps enfouis. Sam est en fait un indien Crow qu'un acte impétueux de jeunesse a forcé à quitter sa tribu et ses proches pour le transformer en Blanc. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, surtout aux divinités protectrices dont son animal totem, le Coyote du titre. Ce dernier veut faire rentrer Sam dans le droit chemin et il va utiliser tous les subterfuges et les stratagèmes pour parvenir à ses fins. Et croyez-moi, il va aller très très loin...

 

Pendant les 2/3 du roman, les chapitres alternent entre le Sam adulte accompli qui commence à accumuler les coups du sort (ses copropriétaires veulent le forcer à partir, son associé de toujours menace de le virer...) et le jeune Crow qu'il a été qui traîne avec son oncle Pokey (medecine man alcoolique littéralement "habité"). Procédé bien connu mais redoutablement efficace ici, le personnage de Sam gagne en profondeur et en complexité au fil du déroulé, passant du golden boy infréquentable à un véritable être humain dans le sens que cette expression prend dans la bouche d'un amérindien. Cette métamorphose lorgnant vers la Révélation va se faire insidieusement à la faveur de rencontres rocambolesques et de péripéties bien alambiquées.

 

On rit beaucoup durant la lecture de cet ouvrage. Il faut dire qu'on croise pas mal d'êtres hallucinés et complètement barges. Il y a bien sûr Coyote, divinité errante attirée par les mauvais coups, le vice et la tentation. Pas le Diable pour autant mais l'incarnation de la jouissance et du principe vital. Il mettra bien plus d'une fois Sam dans l'embarras pour le plus grand bonheur du lecteur. Pokey est pas mal non plus dans son genre, oncle affectueux mais tout même bien dérangé de la cafetière qui va initier son neveu à l'élevage de lombrics, à l'alcool et finalement à la spiritualité quand il le préparera pour sa séance initiative qui doit lui révéler son animal totem. Autour de ce trio gravitent un nombre considérable de personnages plus déjantés les uns que les autres, figures d'opposition extrêmes et aide miraculeuse dont un agent de casino serviable et très attachant.

 

La tension monte crescendo et l'amorce d'une possible romance à mi-parcours rajoute du poids à un ensemble qui ne se contente plus de faire rire mais également de faire frémir et d'éclairer une partie de l'histoire américaine. Calliope (la douce promise du héros, mère célibataire courageuse) a un charme ravageur, une répartie bien sentie et on aimerait beaucoup que l'histoire puisse s'écrire avec Sam... Mais nombreux sont les obstacles, dont un ex-possessif et fasciste à la mode Hell's angels. Le rythme s'accélère, le roman se transformant en un road movie implacable où l'humour peut surgir de n'importe où sans prévenir pour le plus grand plaisir du lecteur captif et captivé. Par petite touche, l'auteur nous conte quelques vieilles légendes Crow autour de Coyote ou nous décrit quelques coutumes de ce peuple à l'agonie. Des passages sont à ce propos très poignants pour tout ceux que la cause amérindienne touche et intéresse. J'y reviendrai sans doute dans de prochaines lectures.

 

Dans ces conditions de plaisir littéraire optimum, le temps passe à une vitesse folle bercé par le style inimitable d'un auteur au sommet de sa forme. Cynisme, double-sens, saillies drolatiques s'accumulent et hameçonnent irrémédiable le lecteur conquis par cette liberté de ton et une histoire aux ramifications complexes. Rajoutez là dessus un soupçon de sagesse indienne et une belle réflexion sur le sens de la vie et vous obtenez un authentique chef d’œuvre. À lire absolument!

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Commentaires
E
Je l'ai lu .. en 2010 ? on me l'a offert quand j'ai obtenu un nouveau job - lui et le lézard mélancolique .. (de Moore) depuis je suis inconditionnelle ! il a tenté un nouvel essai et l'a largement réussi l'an dernier avec Sacré Bleu ! à lire absolument !
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