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Le Capharnaüm Éclairé
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16 octobre 2015

"Le Fléau de Dieu" d'Andrea H. Japp

L'histoire: 1347. La Peste noire frappe le port de Marseille. 1348. Paris. Gabrielle d'Aurillay, 20 ans, mariée depuis deux ans à Henri, enceinte, est convaincue d'avoir épousé un prince charmant, en dépit de la modicité de leurs moyens. Jusqu'au jour où, atterrée, elle découvre que son époux n'est pas qui elle croit. Joueur, trousseur de puterelles, escroc, il est aussi en possession d'un diptyque énigmatique. Que recèle ce tableau ? Que signifient les phrases écrites en hébreu qu'il dissimule ? Est-il porteur d'un lourd secret, d'un message occulte ? Geoffroy d'Aurillay, chanoine et cousin d'Henri, connaît cette œuvre et met tout en branle pour s'en emparer. Quand la peste gagne Paris, le destin de tous bascule. Gabrielle doit enfin devenir la femme qu'elle ne rêvait pas d'être : celle qui décide et se prend en main. Au péril de sa vie comme de celle des siens. Y parviendra-t-elle ? Et si seul Dieu – ou le diable – connaissait la réponse ?

 

La critique de Mr K: Bien qu'historien de formation, je ne pratique pas assidûment le genre du roman historique. J'ai trop peur d'être déçu soit par l'indigence des détails historiques ou au contraire le trop grand foisonnement de détails qui pourrissent le plaisir de lecture, pour parfois tout à fait le faire disparaître. J'ai tout de même le souvenir de grandes œuvres marquantes dans le domaine comme les ouvrages d'Alexandre Dumas ou bien plus récemment le superbe diptyque de Ken Follett composé des Piliers de la Terre et d'Un monde sans fin.

 

L'occasion s'est présentée que je lise le présent ouvrage qui me tentait bien de part la période abordée et le thème de la peste de 1348. Je suis grand amateur de la période médiévale et d'histoire des religions et ces deux thématiques chères à mon cœur se retrouvaient compilées dans ce roman mettant au prise une jeune femme et sa matrone avec la plus grande épidémie qu'ait connu l'occident. Gabrielle n'est pas au bout de ses peines car elle a fort à faire avec son mari qui se révèle être un vil gredin (pour parler comme à l'époque) et sa condition de femme qui est, vous vous en doutez, un frein énorme à toute forme d'émancipation. Une fois le décor et les personnages plantés, l'action démarre et la tension ne fait que monter durant tout le roman. Une lutte contre la montre se joue entre la jeune femme et son mari, avec en arrière plan de la trame principale l'épidémie qui ne fait que progresser.

 

Au bout de dix pages, je partais très sceptique avec cette lecture. La faute aux notes de bas de page qui pullulent à chaque feuille (comptez entre 2 à 5 références) et qui polluent l'immersion dans le texte. Pas toujours bienvenues, parfois complètement anecdotiques ou inutiles, elles s'apparentent trop souvent à un bréviaire d'historien ou à un dictionnaire étymologique. Je m'amusais à feuilleter l'ensemble du volume et je me rendis compte que ce serait le cas quasiment sur tout le roman... Au final, je décidai de passer outre et de ne pas les lire sauf en cas de grande nécessité. Je gardais dans un coin de ma tête que l'auteur ne pouvait s'empêcher d'étaler sa science, élément plutôt gênant à mes yeux tant un roman reste avant tout pour moi un plaisir d'évasion et non d'érudition pure. Pour cela, rien ne vaut un essai ou un vrai livre de Duby ou Le Goff, mes deux médiévistes préférés. Surtout qu'avec Follett, vous avez le parfait exemple de récits historiques réussis sans trahir la réalité des temps décrits pour autant et sans lourdeurs intempestives.

 

Je continuais donc ma lecture malgré un certain agacement. Bien m'en a pris car on se laisse gagner peu à peu par l'ambiance de fin du monde qui règne sur ces pages. La réalité historique est très bien rendue par les descriptions des lieux, des mentalités et des rapports entre les différentes classes. J'ai aussi vraiment apprécié le parti pris de faire s'exprimer les personnages avec le langage de l'époque, une langue très imagée qui passe du très prude chez les nobles au familier de bas étage des plus modestes. On rit donc beaucoup et il se dégage une chaleur humaine, un fourmillement et une humanité vraiment profonde de ce texte. Pas de doute, on est bien au Moyen-âge et croyez-moi vous allez le sentir passer! Entre description des conditions de vie, du traitement des malades de la peste et les superstitions qui règnent en maître, c'est un beau et éprouvant voyage chez nos ancêtres qui nous est ici proposé. Bonne immersion donc!

 

En terme de trame narrative, on est dans du classique pur jus. Honnêtement, on n'est jamais surpris et l'auteur délaie énormément. Ce n'est qu'un tome 1 et cela se sent. Le mystère est posé autour du mystérieux diptyque qui cache une étrange inscription en hébreu, Gabrielle se voit révéler la vraie nature de son mari et décide de partir de chez elle et quelques chapitres intercalés nous proposent de suivre l'évolution de la progression de la maladie. On n'échappe pas aux clichés et j'ai trouvé très exagéré le parti pris quasi féministe qui fait de la plupart des femmes de ce livre des héroïnes vertueuses mues par de nobles objectifs et la plupart des hommes se révélant être des porcs et des arnaqueurs... C'est gros, très gros même parfois et franchement ça m'a déplu. Je n'ai pas ressenti une réelle empathie pour les personnages ce qui est toujours problématique dans le cadre d'un roman tant on aime s'attacher ou détester les personnages. Rien de tout cela ici, on traverse les pages avec une indifférence envers eux, poursuivant ma lecture mu par ma soif de redécouverte d'une époque appréciée.

 

Que dire au final? Mon avis est très contrasté. Le Fléau de Dieu se lit très vite et très bien, l'auteur a une écriture plutôt plaisante et même si elle verse dans l'extrémisme en matière d'érudition, elle arrive cependant à accrocher le lecteur. Plutôt creux dans son histoire, l'ouvrage est remarquable au niveau de la reconstitution historique pure et dure. Je vous avouerais que je ne sais pas encore si je lirai la suite des aventures de Gabrielle...

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Commentaires
L
Je suis en plein dedans et j'avoue que j'ai du mal à m'accrocher. J'ai le même ressenti concernant les notes de bas de pages qui asphyxient ma lecture... Mais je vais persévérer :D Merci pour cet avis très intéressant, comme d'habitude !
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R
Ce livre qui est sorti cette semaine me donne bien envie, mais par contre les notes nombreuses en bas de pages me gènes énormément en principe, à voir ... Je pense essayer quand même. Merci pour ta chronique
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N
Mr K, en tant qu'historien je pense que la saga que tu apprécieras c'est Fortune de France de Robert Merle. Extrêmement documentée, très bien écrite en langue d'époque reconstituée, intrigue prenante, pas des tonnes de détails et aucune note de bas de page... Moi j'adore et vu cette chronique je pense que ce sera aussi ton cas !
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