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Le Capharnaüm Éclairé
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15 octobre 2015

"Asphalte" de Samuel Benchetrit

asphalte afficheL'histoire : Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages.
Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ?
Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ?
Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

La critique Nelfesque : Gros gros coup de coeur pour cet "Asphalte" de Samuel Benchetrit, sorti en salle la semaine passée et en sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Laissez en plan tout ce que vous étiez en train de faire maintenant, laissez tomber la lecture de ce billet et courez immédiatement voir ce film en salle !

Parce que ce long métrage est un ovni dans le paysage cinématographique français et international, parce que l'on aime le cinéma pour ça, pour ces bulles magnifiques et fascinantes, parce qu'en allant voir "Asphalte" on vit une expérience hors du temps pendant 1h40, parce que c'est beau, drôle et touchant à la fois...

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Focus sur 3 couples de personnages : Sternkowtiz est un vieux garçon qui vient de perdre sa mère et va rencontrer une infirmière de nuit, Charly vit seul et va accueillir une nouvelle voisine de palier, Mme Hamida va voir surgir dans son salon un astronaute tout droit venu de Mars. Quelle est la probabilité pour que ces 6 hommes et femmes se rencontrent ? Aucune, et pourtant chacun va aller à la rencontre de l'autre avec pudeur, poésie et tendresse. "Asphalte" est le télescopage de 6 solitudes et un bijou d'humanité.

Benchetrit nous livre ici un film de grande qualité avec des choix de réalisation parfois déroutants. Pas de générique, un format carré que personnellement je n'avais jamais vu au cinéma (et pourtant je suis une habituée des salles obscures), une économie de mots... En s'attachant aux ressentis de chaque personnage, à leurs personnalités profondes, à leurs doutes, leurs espoirs, leurs blessures, Benchetrit donne à voir aux spectateurs que nous sommes un long métrage émouvant et poétique. Du genre de films qui vous touchent en plein coeur et continuent de vous accompagner une fois la lumière rallumée.

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"Mais dites donc, il est pas un peu bobo chiant votre film là !?" Oh que non ! De par les situations tragi-comiques, les moments d'incompréhension ou complètement saugrenus, Benchetrit apporte une dimension comique à l'ensemble. Un savant mélange casse gueule qui aurait pu tomber complètement à plat mais qui savamment dosé donne une oeuvre hors du commun, authentique et envoûtante.

"Asphalte" est une expérience cinématographique qui se vit plus qu'elle ne se raconte. Et encore, je n'ai même pas parlé des acteurs tous plus talentueux les uns que les autres et tous habités, impressionnants de justesse, par leurs rôles. Et cette BO qui colle parfaitement à l'ambiance. Ecoutez, prenez votre place et vous verrez tout ça par vous même ! Il faut faire vivre ce film. Vraiment...

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Sans doute, mon film préféré de cette année 2015 qui n'est pas encore terminée. Je suis sorti tout ému de cette séance pas comme les autres entre poésie urbaine et solitudes qui s'entrechoquent. On rit, on pleure, on réfléchit, on y repense les jours qui suivent le visionnage… le cinéma c'est ça!

Reprenant deux nouvelles de ses Chroniques de l'Asphalte (que Nelfe a repéré avant moi lors d'un craquage et qu'il va falloir que je lui subtilise), Benchetrit nous offre un petit conte moderne se déroulant dans une cité imaginaire et nous propose de suivre pendant une heure quarante, six habitants d'une barre HLM en décrépitude: une vieille actrice oubliée va rencontrer un adolescent livré à lui-même à cause de sa mère absente, un misanthrope égoïste va tomber sous le charme d'une infirmière de nuit fatiguée de la vie et un astronaute américain tombé du ciel va devoir se réfugier chez une vieille kabyle en attendant que la NASA vienne le chercher. Difficile d'en dire plus sans en révéler trop, sachez simplement que tout ce petit monde est à sa manière livré à la solitude et que ces différentes rencontres / interactions vont changer leur manière de voir et de se voir.

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Ce film est magique et assez unique même si on peut parfois le rapprocher du cultissime Delicatessen pour son côté doux-dingue par moment ou encore d'Amélie Poulain dans les intentions et le caractère bienveillant des personnages. L'univers clos est propice au décalage au coin des couloirs et des appartements qui transpirent le vécu, la promiscuité et les histoires personnelles. Bien qu'impersonnels, les espaces publics sont les témoins de nos existences et y jouent un rôle important comme l'ascenseur qui est sujet de litige entre le personnage interprété par Gustave Kervern (Mon doux, mon beau, j'adorais déjà ce mec dans Groland, il m'a ému aux larmes dans ce film) et les autres locataires ou encore la sortie du personnel de l’hôpital où travaille Valeria Bruni-Tedeschi. Le gris domine, les habitants ont des vies peu reluisantes mais dans ces lieux improbables vont naître des relations extraordinaires, des petits moments de pur bonheur qui font remonter la pente, un peu à la manière d'Ensemble, c'est tout de Gavalda.

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Les acteurs sont tout bonnement magnifiques et nous font aimer tous les personnages sans exception. Isabelle Huppert est magnétique en actrice sur le déclin qui sombre dans l'alcool et le fils du réalisateur qui joue l'adolescent habitant au même étage lui renvoie les répliques sans rougir, l'alchimie est immédiate et l'évolution de cette relation se conclut avec un moment sensationnel où il lui fait répéter un rôle théâtral. L'émotion est là, pure et sans effet de manche. On y croit, on est bluffé. Même chose, pour Gustave Kervern et Valeria Bruni-Tedeschi, tous les deux magistraux dans la fragilité qu'ils incarnent chacun à leur manière mais qui se complètent idéalement. Là encore, on reste pantelant devant leurs moments de discussion et les fils qui se nouent. Le troisième pan du film construit autour de l'astronaute US et la vieille kabyle promettait plus de légèreté. Ce n'est pas faux, des situations cocasses dérident le spectateur et le font très souvent rire (les incompréhensions, le couscous) mais quelques passages restent d'une force émotionnelle rare comme le récit des croyances grecques sur la vraie nature des étoiles, la fuite d'eau sous l'évier ou encore les souvenirs d'Aziza concernant son fils en prison. Un souffle intimiste et profondément bouleversant règne sur ce film qui captive, intrigue et émeut au possible. Mention spécial aussi aux deux zonards amateurs de marijuana qui sans parler ont une présence incroyable et drolatique à souhait.

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La réalisation est aux petits oignons. Au départ les séquences s’enchaînent très rapidement, par petites touches comme les pièces de différentes existences qui ne sont pas amenées à se croiser. Puis, Benchetrit rallonge et développe davantage pour donner de la densité et de la profondeur à ces êtres qui se débattent avec leur profonde solitude. L'effet est très réussi, le rythme s'accélérant et emportant avec lui un spectateur médusé et conquis. On ressort heureux, un peu mélancolique et profondément bouleversé. Un film à voir, à revoir et à revoir encore!

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Commentaires
V
Effectivement, ça a l'air vraiment bien... :)
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