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Le Capharnaüm Éclairé
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15 septembre 2015

"Le Prince de la nuit : La Première mort" de Swolfs

L'histoire: On l'appelle le Prince de la nuit. Vampire, créature nocturne et immortelle se nourrissant du sang de ses victimes, il inspire la crainte et l'obsession de la famille de Rougemont qui le combattra à travers les âges. Mais qui est véritablement Vladimir Kergan ? Né par une nuit de pleine lune d'une mère qui mourut en lui donnant la vie, il est l'héritier d'un chef de clan du peuple Dace à l'ambition démesurée qui n'hésite pas à défier les toutes puissantes légions romaines. Ce tempérament de feu nourrit la jalousie des membres de sa propre famille ; aussi les devins le prédisent : Kergan le malvenu est prédestiné à être maudit, quoi qu'il arrive. Condamné à être trahi par les siens, il deviendra prêt à tout pour se venger, quitte à pactiser avec le Mal en personne.

 

La critique de Mr K: Je suis un grand fan de BD fantastique et SF mais j'ai peu de séries entières à la maison trouvant le genre bien trop cher. C'est pourquoi régulièrement, je m'achète des volumes de récits complets en un volume. Ce n'est pas le cas de la série Le Prince de la nuit de Swolfs que j'ai en intégralité dans ma belle armoire à BD.

 

J'adore cette série qui met au prise Vincent Rougemont avec Vladimir Kergan, un vampire pluriséculaire contre lequel la famille Rougemont est en guerre depuis des générations. Mélange savant de fantastique classique, d'histoire familiale et d'érotisme, il avait trouvé un écho très favorable auprès de moi et d'ailleurs je la relisais régulièrement, frappé par le trait précis et réaliste de l'auteur. Vous imaginez ma joie quand j'ai appris (un peu à la bourre d'ailleurs...) que l'auteur remettait le couvert avec ce volume, La Première mort, consacré aux origines de Kergan et qui à priori n'est qu'un prélude à une éventuelle suite. La déception fut grande, à la hauteur en fait des attentes suscitées.

 

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C'est la faute avant tout à un scénario indigent (et je pèse mes mots!). Nulle surprise tout au long des 48 planches qui composent ce volume. L'auteur enfile les clichés comme d'autres les perles: le fils aîné héritier d'un chef barbare va se voir déshérité par l'entremise de sa belle mère inique et de son demi-frère souffreteux. On a lu cette histoire un nombre incroyable de fois et l'on peut dire qu'ici on est servi. Le manichéisme est poussé à l'extrême dans l'entourage de Kergan: sa promise est innocente comme l'agneau face à un troupeau de loup, le père est dépassé par les événements et aveuglé par le désir qu'il éprouve pour sa deuxième femme, les hommes de main sont soit fidèles jusqu'à la mort ou traîtres sans scrupules… bref, on nage en pleine caricature avec même pas un brin d'humour pour contrecarrer ce goût de trop plein et d'absence totale de finesse. Je vous l'accorde la série originelle ne se distinguait ni par son humour ni par son originalité mais il flottait dessus un doux parfum de subversion qui ici est absent à mes yeux.

 

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Reste cependant quelques passages intéressants voir tripant comme la vampirisation du héros principal, passage bien rendu entre pulsion sanguine et rêve éveillé. De manière générale, Vladimir se débat avec le scénario cousu de fil blanc mais a de beaux restes quand on le compare à ce qu'il est devenu par la suite. Jeune homme colérique, on retrouve les traits de caractères qui le rendent si fascinant dans la série originel: son goût pour le pouvoir et pour le commandement, sa beaugossitude (quel poseur ce Vladimir tout de même!) et son charisme inchangé. On se raccroche à lui comme à une planche de salut tant le reste accumule les poncifs du genre.

 

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Beaucoup moins bavard aussi, cet épisode se contente d'aligner dessins sublimes sur dessins sublimes. Et oui, on retrouve tout le talent de Swolfs dans ce domaine et dieu sait qu'il est doué. Paysages grandioses, personnages réalistes à souhait avec un goût certain pour les femmes girondes et attirantes (bel exemple du machisme ambiant présent dans nombre de BD de genre soit dit au passage), cette BD est un régal pour les yeux mais pas pour l'intellect. Dialogues creux et courts, aucun texte de description ou peu. La forme est magnifique, le fond absent et désespérant. Au fil de ma lecture, ce sentiment de malaise n'a fait que s'accentuer se muant peu à peu en colère envers un auteur auparavant adoré et admiré. Une ultime pirouette finale laisse à penser qu'on est au début d'un nouveau cycle. Il se fera sans doute sans moi...

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