Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Capharnaüm Éclairé
Publicité
21 juillet 2015

"La Machine" de René Belletto

001

L'histoire: Léonard attendrait que sa mère soit couchée pour la tuer.
Il la tuerait dans son lit.
Bientôt…

La critique de Mr K: Lors d'une énième déambulation chez l'abbé, je tombai inopinément sur La Machine. Le titre m'accrochait l’œil et d'un coup m'est revenu à l'esprit le film éponyme de François Dupeyron, thriller effroyable avec Gérard Depardieu et Didier Bourdon (dans son premier rôle non comique) qui m'avait bien marqué à l'époque. Je décidai donc de tenter l'expérience et il ne m'a pas fallu longtemps pour commencer ma lecture. Bien m'en a pris tant l'ouvrage va encore plus loin dans le suspens et l'horreur. Attention! Âmes sensibles s'abstenir!

Marc Lacroix a tout pour lui: un métier qu'il adore (psychiatre et chercheur), une belle maison, une famille qui l'aime et une maîtresse ardente. Il poursuit en secret un rêve fou qui révolutionnerait la médecine à travers la construction d'une machine dans la cave de la maison de ses parents. Après un test réussi sur deux chiens, il veut tenter l'expérience sur lui-même et Michel Zyto, un dangereux sociopathe tueur de femmes qu'il suit depuis un certain temps et avec qui il a lié un rapport particulier entre praticien et confident. Ce qui devait s'apparenter à un simple transfert momentané d'esprit d'un cerveau à un autre vire à la catastrophe quand les deux hommes se réveillent dans le corps de l'autre. La mécanique infernale peut alors s'emballer…

Ce fut une lecture éclair tant on est happé par le roman dès le premier chapitre qui commence par les fameuses phrases de la quatrième de couverture. L'auteur prend d'abord son temps en posant consciencieusement les bases du drame qui va se jouer. On suit de chapitre en chapitre la vie du docteur Lacroix qui partage son temps entre son travail, sa maîtresse et sa famille qu'il a tendance à délaisser. Le personnage n'est pas forcément des plus agréables et son caractère d'apprenti sorcier est plutôt inquiétant. En parallèle, nous rentrons dans la tête de Michel Zyto, criminel enfermé en asile psychiatrique complètement siphonné, abruti par les cachets et qui vénère la docteur Lacroix qui semble si bon avec lui. On fait aussi la connaissance de Marianne la comédienne de maîtresse de Marc qui s'enflamme pour son si intelligent amant, de Marie et Léonard femme et fils de Marc, de Marie-Thérèse et Martial couple ami des Lacroix. Puis vient l'expérience…

À partir de là tout bascule. Tous les éléments disséminés depuis le début du roman s’emboîtent parfaitement, s'entrechoquent pour être mieux dynamités. Les liaisons et relations décrites sont méthodiquement détruites par les événements à venir. Le psy se retrouve enfermé, le sociopathe en liberté! Inutile de vous dire que les conséquences sont épouvantables, les barrières de la morale sont repoussées frontalement avec un Michel Zyto qui se sent tout puissant et qui va libérer ses pulsions. Tout est relaté cependant avec une grande finesse, de manière constructive et sans voyeurisme malsain. Bien que choquant dans son développement, le roman sait garder sa qualité littéraire ménageant un suspens implacable, des retournements de situation assez incroyable qui fait sortir définitivement ce récit des sentiers battus.

On côtoie la folie à l'état pure au détour de la description des états d'âme de Zyto, on assiste impuissant au lent naufrage du docteur et à la destruction de sa famille et de ses relations. On a des hauts le cœur, des frissons mais comme hypnotisés, on ne peut s'empêcher de continuer la lecture qui s'apparente plus que jamais à une descente aux enfers dans ce que l'homme peut commettre de plus vil. L'écriture est nerveuse, non dénuée de nuance avec des portraits et des caractérisation de personnages d'une rare exactitude et un scénario vraiment diabolique. On ne tombe pas dans le manichéisme non plus avec des personnages qui chacun ont leur part d'ombre, on se prend même à éprouver un semblant de compassion pour le fou furieux en début de lecture quand on se rend compte qu'il ne contrôle finalement pas grand chose dans sa vie. Je vous assure qu'on change d'avis en fin de roman!

Une bien bonne lecture que ce roman sans temps morts qui explore notre part sombre et s'attaque à tous les piliers de notre morale. Si vous aimez être bousculés, vous ne pouvez pas passer à côté!

Publicité
Commentaires
C
Waouh, je ne connaissais pas et ça donne envie!!
Répondre
M
Tu as piqué ma curiosité ! J'aime beaucoup ce genre de roman, je pense que je vais m'y pencher d'un peu plus prêt...
Répondre
Publicité
Suivez-moi
Publicité
Archives
Publicité
Publicité