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Le Capharnaüm Éclairé
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20 mai 2015

"Poulailler" de Carlos Batista

9782226167262g

L'histoire: Mes poules me permettaient d'être cruel sans danger de représailles, je les traitais comme les adultes me traitaient, même si en les frappant je croyais aussi les sauver.

L'enfance est violence pour le fils d'immigrés. Seule échappatoire: le poulailler où il peut reproduire le comportement humain, loi du plus fort et art de la duperie. Mais jusqu'où se duper soi-même?

La critique de Mr K: Cette lecture est un coup de poker de lecteur. Poulailler s'est présenté à moi dans un bac de l'abbé et la quatrième de couverture m'a de suite interloqué. Surprenante, plutôt inquiétante, les thématiques de l'immigration et d'une jeunesse difficile m'ont attiré de suite. L'auteur, Carlos Batista, m'était aussi inconnu et il s'agit ici d'un premier roman. J'allais donc explorer un territoire totalement vierge pour moi et je ne savais pas à quoi m'attendre... Au final, la lecture s'est révélée étrange, tordue mais aussi rafraîchissante dans sa façon de traiter son personnage principal et sa vision biaisée de la vie.

Le roman est divisé en trois partie: Coquille, Jaune et Blanc ; comme les éléments constitutifs d'un œuf, référence directe à la métaphore filée présente du début à la fin de l'ouvrage. Le jeune Salgado vit mal son enfance. Son père est dur et lui prodigue une éducation âpre et sans véritable amour. Il se réfugie dans le poulailler familial, exutoire à ses pulsions et métaphore de sa condition de jeune immigré portugais. Il y exercera sa part de cruauté mais il connaîtra aussi les affres de l'affection et la douleur de perdre l'être aimé. Devenu plus grand, il éprouve de grandes difficultés dans ses relations sociales et professionnelles, sa vie basculera au sens propre comme au sens figuré lors d'une visite d'appartement dans Paris.

Un curieux sentiment m'a habité durant toute ma lecture. On est tour à tour horrifié, scandalisé, puis peiné, touché par Salgado Jr. Élève moyen, un peu perdu, son père s'avère tyrannique et violent. Difficile dans ces conditions de se forger une personnalité. À travers ce poulailler, il se construit une vision du monde bien personnelle, une vision sombre et sans réel espoir où la force domine la raison et où il faut tromper l'autre pour réussir. À la lumière du parcours de son père (très beau passage sur la réalité d'un exil économique dans les années 60'), l'immigré est plumé successivement par les passeurs, les maîtres d’œuvre des chantiers, les propriétaires et l'État. On ne tombe pas pour autant dans le mélodrame gratuit, fuyant et irréaliste mais cela donne un éclairage intéressant et sans concession des difficultés qu'ont pu rencontrer toute une classe de portugais fuyant la dictature passéiste de Salazar.

Pour lui éviter tout cela et le façonner à son image, le père est intransigeant et démolit sans le savoir son petit garçon qui perd toute image positive de lui même jusqu'à sa virilité. Véritable désastre qui se traduit par un "pétage de plomb" hors norme en milieu d'ouvrage pendant une attente interminable de visite d'appartement. La cocotte minute explose et le jeune antihéros (c'en est un beau celui-là!) sombre alors dans un délire psychotique mettant en relation son passé, son présent et les créatures de son poulailler. C'est très déconcertant et original. Passée la surprise, on comprend alors la profondeur de la réflexion qui est proposée au lecteur. Elle se mérite mais elle est bien là!

Très abordable en terme d'écriture pure, Poulailler ne plaira pas pour autant à tout le monde tant on sort des sentiers battus et par les propos parfois crûs qui parsèment ce roman. Le genre humain n'en ressort pas grandi et la noirceur du fond pénètre durablement le lecteur qui sort de cette lecture quelque peu perplexe voir abasourdi (selon votre degré de sensibilité). Pour ma part, je suis content de l'avoir lu mais je suis bien incapable de vous dire si je l'ai vraiment aimé... Sacré expérience en tous les cas!

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Commentaires
C
Et bien, on peut dire que ma curiosité est piquée au vif! Je n'ai jamais entendu parler de ce livre mais je pense que ça pourrait bien me plaire... ! Si l'occasion se présente, je prends. Bonne journée!
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