"Baise-moi" de Virginie Despentes
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L'histoire: Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L'âme en acier trempé.
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près: elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.
La critique de Mr K: Aujourd'hui, chronique d'un livre pas comme les autres, érigé selon les goûts de chacun au statut d’œuvre culte ou de montagne d'immondices. Pour ma part, à part un livre très moyen (Les Chiennes savantes), j'ai toujours beaucoup apprécié mes incursions chez Virginie Despentes. Étonnamment, Baise-moi m'avait échappé, pour autant l'histoire ne m'est pas inconnue ayant été voir le métrage au cinéma lors des tous premiers jours de sa sortie cinématographique avant qu'il ne soit classé X et remisé dans les salles obscures interlopes spécialisées dans le porno. J'avais vraiment aimé ce brûlot anarchiste ne ressemblant à rien d'autre malgré une technique plus que limite... Lu pendant la période de Noël, on ne peut pas vraiment dire que l'esprit du 25 décembre souffle sur ce livre vraiment hors norme et qui m'a bien bousculé!
Dans une première partie, on suit les destins séparés de deux jeunes femmes plus que borderline. Passées maîtresses dans l'art de l'autodestruction, leur vie sur Terre s'apparente à un Enfer quotidien auquel elles se sont habituées. Alcool, sexe, addiction, machisme ambiant de la banlieue, déchéance morale et physique... Elles touchent le fond et survivent comme elles peuvent. Un élément déclencheur effroyable (un viol particulièrement éprouvant à lire dans la pure mouvance de la scène choc d'Irréversible de Gaspard Noë) va provoquer la réunion de ces deux âmes perdues qui vont partir en croisade contre le monde et les hommes. Elles vont suivre alors une route extrême, semer la mort et la désolation derrière elle pour un dernier baroud d'honneur, un ultime kiff destructeur et chaotique.
Ce qu'il y a de plus marquant dans cet ouvrage, ce sont les deux personnages principaux. Manu et Nadine sont typiquement des figures despentiennes. Nadine se prostitue, est adepte de rock et de films pornographiques. Un esprit sans relief, elle se laisse dominer par les situations et les hommes, vit sa vie par procuration, traîne sa mollesse et une espèce de non-prise sur son existence. Ça contraste avec Manu, jeune tête-brûlée, qui brûle la chandelle par les deux bouts et qui vit à cent à l'heure sans se préoccuper de l'avenir. La rencontre des deux va provoquer une fusion des plus destructrices et une espèce de révélation personnelle chez les deux jeunes femmes qui vont brusquement partir en live. Gare à tous ceux qui vont croiser leur route, nul n'est épargné: hommes, enfants, femmes... personne n'est à l'abri de leur folie et attendez-vous à des passages bien salés!
Clairement, les âmes sensibles ne doivent surtout pas s'attarder sur cet ouvrage. On explore ici le pire du pire avec des descriptions pornographiques réalistes et ragoûtantes au possible, des comportements déviants extrêmes, l'absence de toute morale avec la négation régulière des frontières entre le bien et le mal, des meurtres sadiques / gratuits qui provoquent horreur et incompréhension... autant d'éléments glauques qui accompagnent la course en avant infernale des deux furies. Honnêtement, ça prend à la gorge et on sort écœuré de cette lecture. Surtout qu'on n'a pas l'habitude de lire / voir des femmes commettre de telles atrocités. Cependant, on est fasciné par ces trajectoires brisées, déshumanisées qui témoignent d'une grande solitude, d'une rupture des liens sociaux dans la grande couronne parisienne et les pulsions de mort qui régissent la vie de certaines personnes.
La grande question reste posée: Ai-je aimé ce livre? Il m'a littéralement fasciné, j'aime le soufre en littérature et on peut dire que Despentes nous sert et nous ressert bien dans le domaine! Mais, il y a un trop plein à mes yeux d’éléments tape à l’œil, on entr'aperçoit au détour de certaines pages des passages plus introspectifs / réflectifs qui auraient mérités d'être davantage développés pour élargir le champs de réflexion et comprendre encore mieux les pulsions qui meuvent Nadine et Manu. Je crois qu'avec ce livre, on peut vraiment parler d'expérience unique et ultime.
À chacun de trouver le courage ou non de pénétrer dans cet ouvrage...
Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé
- Bye bye Blondie