"La Petite pièce hexagonale" de Yoko Ogawa
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L'histoire: Dans les vestiaires d'une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l'inconnue qui marche dans la rue accompagnée d'une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu'à une loge de gardien au milieu d'un parc. À l'intérieur, les deux femmes sont assisses sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale: la petite pièce à raconter...
La critique de Mr K: Une belle découverte aujourd'hui que je dois une fois de plus à l'abbé de Rédéné! Aaah, lieu de perdition littéraire entre tous, il a bien développé ses rayonnages asiats et ce petit volume à la belle couverture me tendait ses petites pages d'un air suppliant. Rajoutez à cela une quatrième de couverture énigmatique et fascinante, je l'adoptai dans l'instant. Une fois de plus, je me laissai piéger par mon attrait pour la littérature japonaise qui se caractérise souvent par la concision de sa langue et l'universalisme des thèmes abordés. On plonge ici dans le domaine de l'introspection personnelle.
Tout commence dans une piscine publique où l'héroïne se rend pour soigner un mal de dos récurrent. On sait d'elle peu de choses si ce n'est qu'elle vient de mettre fin à une relation avec un homme, relation qui ne lui convenait plus de par sa routine et son aspect liberticide. Comme dit dans le résumé, elle va faire une rencontre à la fois banale et étrange. Elle se sent irrémédiablement attirée par cette jeune femme, une attirance inexplicable qui va la mener dans un endroit hors du commun où d'autres qu'elles se rendent pour pénétrer dans une mystérieuse "pièce à raconter". Elle va bien évidemment se laisser tenter et va à son tour se raconter à elle et au lecteur voyeur (dans le bon sens du terme) que l'on devient en poursuivant cette lecture.
D'un style très épuré, rien ne semble extraordinaire de prime abord avec ce récit. Les banalités s'accumulent et le rythme est lent. Peu à peu, les pièces du puzzle commencent à s'assembler pour amener le lecteur à s'interroger sur cette jeune femme au vide intérieur grossissant mais qui en fait n'est qu'un prétexte pour fournir des éléments de réflexion sur notre vie quotidienne. Quel sens doit-on donner à sa vie? La vie a-t-elle un sens en elle-même? Autant de questionnements philosophiques abordés ici avec douceur et accessibilité. Loin d'être un pensum ronflant et rébarbatif, un peu à la manière d'un Murakami (en moins poétique tout de même), Yoko Ogawa nous inspire une introspection à la manière de celle effectuée par l'héroïne dans la fameuse pièce hexagonale. Mi confession, mi psychanalyse, mi libération, l'expérience vécue par la jeune femme va la libérer des poids qui alourdissent son existence et va lui permettre de poursuivre sa route de manière plus sûre et plus légère.
Ce fut une lecture aussi aisée que plaisante, le lecteur est bercé par cette langue à la fois simple et évocatrice. Les personnages sont ciselés à merveille, nous n'ignorons rien des espoirs et aspirations de l'héroïne. Le lecteur partage ses peurs, ses doutes et ses renoncements tout en ayant un recul suffisant pour en tirer quelques enseignements pour sa propre existence. J'ai vraiment adoré cette expérience que je vous invite à tenter si l'univers et l'esprit japonais ne vous rebutent pas.