"Evil dead" de Fede Alvarez

L'histoire: Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux…
La critique de Mr K: 4/6. Ma première réaction quand j'apprenais que les majors américaines allaient faire un remake d'un de mes films cultes fut assez violente et je décidais instantanément que je n'irai pas voir La Mort Mauvaise version 2013. En effet, dans le cinéma de genre, on tourne au remake depuis maintenant un petit paquet d'années. En plus, la trilogie Evil Dead est une de mes franchises préférées dans le genre horreur car Raimi savait distiller à la fois la peur (surtout sur le 1) et l'humour grâce notamment aux talents de comédien et de souffre-douleur de son interprète principal (et ami) Bruce Campbell. Mais au fil des infos qui s'égrainaient sur Evil dead version 2013, je me suis dit qu'il n'y avait que les abrutis qui ne changeaient pas d'avis. Campbell et Raimi ont donné leur bénédiction, le film promettait d'être gore, en ses temps de disette de l'horreur craspouette, je me lançais et jeudi dernier (tarif réduit oblige), je me retrouvais en salle obscure en compagnie d'une dizaine de fans.
L'idée de départ est assez bien trouvée. Pas de toeuf débridée à l'horizon mais une séance de désintox bien rude, à l'ancienne, pour l'héroïne de cette version 2013. Quoi de mieux qu'une cabane au milieu des bois, des copains fidèles (et en plus médecins et infirmières, c'est pas beau la vie!) et d'un frère, revenu d'on ne sait où, pour essayer d'arrêter la drogue? Bref, l'ambiance est tendue dès le départ à cause de cette situation qui plombe le groupe. Là-dessus, un crétin médecin (ou l'inverse) va tomber sur le fameux livre de sorcellerie déjà présent dans la trilogie originelle et le lire à haute voix. Ben c'est vrai ça, on le fait tous! Surtout quand il y a des gravures bien sinistres autour du texte... L'enfer se déchaîne alors, une force démoniaque se révèle et va prendre possession de tous nos malheureux acteurs qui vont subir et souffrir mille tourments.

(C'est quoi cette location pourrie! Il est où le jacuzzi???)
Précisons tout d'abord que le réalisateur a décidé de faire disparaître toute trace d'humour par rapport au film original. C'est la mode du temps, faire dans le cruel et le déviant au détriment du gore bon enfant propre à des œuvres intemporelles telles que Brain Dead de Peter Jackson par exemple. Pour autant ici, on ne tombe pas dans le voyeurisme malsain propre notamment à la nouvelle mouvance du torture-porn (série des Saw à partir du quatrième film notamment). C'est crû, direct mais jamais gratuit malgré les litres d'hémoglobines déversés. Il faut bien avouer que niveau gore, on est dans la bonne salle. Depuis le remake de Piranha par Aja, je n'avais pas été aussi bien servi. Bras auto-tranché au couteau de cuisine électrique, éclatage de crâne, tronçonneuse en pleine action... surtout dans le dernier acte, ça éclabousse, ça tâche, bref ça dépote! La tension est bien menée et les personnages en prennent vraiment plein la tête que ce soit physiquement ou moralement. Par contre, aucune réelle surprise sur le déroulement, on s'attend à toutes les situations (ou presque). Il n'y a que les novices ou les journaleux bien pensants (voir critiques presse sur Allociné) pour avoir trouvé le film réellement effrayant. Qu'est-ce que ça a du être pour eux devant Shining, Ring (version japonaise) ou La maison du Diable?

(Vous m'avez volé ma brosse à dents? Vous allez tater de mon haleine de poney!)
Fede Alvarez est sacrément doué avec une caméra à la main. La technique est parfaite, les cadrages appuient efficacement le sens du récit, la tension est magnifiquement rendue et la conduite des acteurs est au point. Mention spéciale pour Jane Levy qui livre ici une très belle prestation (si je peux m'exprimer ainsi vu les transformations qu'elle subit!) et je pense sincèrement qu'une belle carrière s'ouvre à elle. La musique d'ambiance est classique mais soutient bien les scènes. Le réalisateur sait emballer son histoire (un peu lent au début tout de même) et on suit le film avec un certain plaisir coupable.

(Je m'excuse, je ne le ferai plus... Si vous me libérez, je désherberai devant la façade)
J'ai donc passé un bon moment devant ce film même si le vieux briscard que je suis a regretté quelques petites choses qui pour moi étaient essentielles pour bien réussir un reboot d'Evil Dead. Passons sur l'humour absent, même si je déplore ce choix artistique, c'est un point de vue qui peut se défendre. Par contre, je trouve que la cabane en elle-même n'a pas été exploitée. Autant dans la trilogie originelle, Sam Raimi explorait l'intégralité des lieux, le chargeant de mystère et le marquant ainsi du sceau de la peur. Ici, on ne fait qu'explorer deux pièces et un appenti. Le réalisateur préfère se concentrer sur les rapports entre les personnages... Dommage car ceux-ci même s'ils ne manquent pas parfois d'intérêt ne sont pas aussi marquants que semble le penser le cinéaste. Même chose pour les environs, la forêt, la rivière ne sont que de simples décors (à part la scène avec les ronces, mal reprise d'ailleurs du film originel) et ont perdu leur côté bien flippant. Clairement, l'accent a été mis sur les possessions, les meurtres et les interactions avec les personnages. Finis donc les longs plans inquiétants sur les arbres qui s'effondrent et l'oppression qui s'abattait sur la cabane. De manière générale, je trouve que ce film manque d'âme par rapport aux métrages de Raimi et il faut tout de même attendre bien 30 minutes avant que ça démarre réellement et qu'on se fasse entraîner dans le sillage sanglants de l'héroïne.

(Désherber! Quelle idée à la con! J'aurais plutot dû me proposer pour le ménage!)
Reste tout de même un film bien sympathique, livré par un cinéaste uruguayen qu'il faudra suivre dans les années à venir tant il est prometteur en terme de technique et d'idées. Et puis, c'est pas tous les jours que l'on nous sert du -16 ans bien gore au cinéma, amateurs du genre vous seriez bien mal avisés de ne pas y aller! Dernier conseil, restez jusqu'à l'ultime minute du générique de fin, une surprise de taille attend les fans de la première heure!
Les âmes sensibles feraient mieux de s'abstenir de regarder la bande annonce (non censurée) qui suit: