"Bienvenue à Hoxford" de Ben Templesmith
L'histoire: Enfant battu et ancien militaire traumatisé, Raymond Delgado est un vilain garçon. Il est le dernier prisonnier en date arrivé à Hoxford, un pénitencier pas vraiment comme les autres... Ray n'a aucun espoir d'être libéré, même pour bonne conduite, ni aucune chance de réhabilitation. Dans un bon jour, il vous dira qu'il s'appelle Zeus, et vous chopera le bras au passage. Dans un mauvais jour, vous n'aurez même pas le temps d'appeler à l'aide. C'est la raison pour laquelle il a été transféré à Hoxford, un centre aux méthodes uniques et radicales, d'où on ne ressort jamais...
La critique de Mr K: Aujourd'hui, encore un petit bijou de Templesmith sur notre blog. Dernière sortie française en date de l'auteur de 30 jours de nuit et de Wormwood, cet opus unique est une vraie réussite entre fantastique et plongée infernale dans un univers carcéral, le tout dans un futur proche peu réjouissant (c'est le moins que l'on puisse dire).
Le lecteur suit Raymond, tueur sanguinaire déjanté pour qui les institutions n'ont aucune autre solution (ça les arrange bien d'ailleurs) que de le livrer à un consortium russe ayant obtenu la licence des prisons de haute sécurité, pénitenciers d'où personne ne ressort si ce n'est les pieds devant. Très tôt dans le récit, on fait connaissance avec les nouveaux compagnons de Ray, des êtres dégénérés et sans pitié qui vont partager ses conditions de détention et très vite vont être les proies d'une traque impitoyable. Il y a Morton, pédophile notoire et quadruple meurtrier; Bill Baraque, violeur récidiviste, trois meurtre à son actif aimant garder les têtes de ses victimes; Crado, nécrophile et exécuteur officiel d'un gang et, mon préféré (si je peux m'exprimer ainsi), La Graille, cannibale psychopathe de son état, à la gouaille qui n'a d'égal que son appétit. Vous l'avez compris c'est sombre, le récit s'appuyant constamment sur la réalité, la folie et l'élément fantastique.
Ce dernier est bien trouvé et l'imagerie habituelle est légèrement bousculée pour notre plus grand plaisir. La couverture parle d'elle-même à ce propos. Les créatures et leurs motivations sont extrêmement bien rendues et la deuxième partie de la BD laisse place à une chasse à l'homme haletante et bien flippante. Le huis clos fonctionne très bien et tout le mérite de Templesmith est de rester dans sa trame et de garder le cap. Ainsi aucune concession à la morale yankee et ses sempiternelles prises de conscience et autres niaiseries... Tout le monde est pourri du début à la fin de cet ouvrage, nul espoir ne s'en dégage et les ténèbres règnent en maître. C'est noir, très noir... il n'y a pas vraiment d'être humain à part entière que ce soit du côté des créatures hybrides ou des prisonniers. Il est juste question de survie et d'instinct. Cette bestialité saute à la gorge, étouffe, interpelle et m'a, pour ma part, fasciné et séduit.
On retrouve le trait et le traitement couleur inimitable de Templesmith qui servent merveilleusement bien un scénario certes convenu mais mené jusqu'à ses retranchements. Cette BD propose en plus de son côté défouloir et purement geek, un aspect plus fin. On ne peut s'empêcher suite à cette lecture de réfléchir à la notion de justice et au traitement réservé aux personnes incarcérées. On vit de l'intérieur les conditions de vie des prisonniers et les logiques gouvernementales et c'est pas beau à voir (Guantanamo c'est pas si vieux). Pour autant, ce n'est pas un pensum revendicatif à la manière du Dernier jour d'un condamné, ici on est tout de même dans l'entertainment pur et dur mais quelques piques apparaissent de-ci de-là, et ça fait du bien de ne pas être pris pour des buses.
Une excellente BD qui n'aura donc pas à rougir d'être bien rangée et bichonnée à côté de mes trois volumes de Wormwood. À déguster sans modération comme le dirait si bien La Graille ou le docteur Lecter.
Du même auteur et chroniqués ici même:
-Wormwood: Gentleman zombie (vol 1)
-Wormwood: Ca fait mal quand je fais pipi... (vol2)
-Wormwood: L'invasion des tentacules (vol3)

