"Le Livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta
L'histoire : Vous souvenez-vous des Shadoks, ces étranges oiseaux qui passaient leur vie à pomper, pomper, pomper et à inventer des machines toujours plus absurdes ? Les Shadoks, aujourd’hui, c’est nous, ou plutôt notre agriculture. Malgré son coût prohibitif, celle-ci ne respecte ni le pacte social qui la lie aux paysans, ni le pacte environnemental qui la lie aux générations futures, ni même le pacte de santé publique qui la lie à chacun de nous. Les ressources d’eau sont gaspillées, polluées. Nous recevons chaque jour dans nos assiettes notre dose de pesticides et autres résidus médicamenteux. L’agriculteur ne s’en sort plus, et il est injustement voué aux gémonies, lui qui n’est que le bouc émissaire d’un système qu’il subit. La confiance est rompue.
Pendant deux ans, Isabelle Saporta a parcouru les campagnes françaises. Dans cette enquête, elle met au jour l’absurdité du système, en le remontant de la fourche à la fourchette, du cours d’eau pollué aux cancers environnementaux provoqués par les pesticides, des animaux trop traités à l’antibiorésistance.
La conclusion semble s’imposer : puisque notre agriculture pose plus de problèmes qu’elle n’en résout, il est urgent de changer de cap et de revenir à davantage de raison. Mais si tout le monde s’accorde sur le constat d’échec, aucun responsable politique ne veut prendre le risque de s’attaquer aux fondements de l’agriculture intensive.
Loin de se contenter de brosser un tableau alarmiste, Isabelle Saporta avance des solutions simples. Pour les trouver, il suffit de savoir écouter ceux qui connaissaient le monde avant son délire productiviste. Ceux qui, aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied à remettre les champs dans les sillons du bon sens paysan.
La critique Nelfesque : Cela fait plusieurs mois que j'ai lu cet essai d'Isabelle Saporta et il est encore bien présent dans mon esprit aujourd'hui. Il me fallait du temps pour le "digérer". Non pas qu'il soit difficile à comprendre mais parce que les propos qui sont tenus dans ce livre sont lourds de conséquences...
Je suis ressortie de cette lecture complètement révoltée et dégoutée. J'ai d'abord pensé arrêter de manger, arrêter de boire aussi, avant d'atteindre un point de non retour, mais en y réfléchissant bien, ce n'était pas une position vraiment tenable... Alors j'ai changé ma façon de consommer, j'étais déjà sensibilisée aux problèmes d'écologie mais ce livre a été comme un coup de poing. On crève à petit feu, on tue la planète et rien n'est fait pour inverser la tendance ! Comment rester de marbre face aux révélations faites dans ce livre (révélations qui n'en sont pas tout à fait pour qui se tient au fait des choses, mais qui réveillent le citoyen moyen) ? Dans cet essai il est question de cochon, génétiquement modifié pour assurer un rendement rentable au péril de la santé de ces animaux et au péril de notre santé, à nous consommateurs. Il est aussi question de l'eau, complètement polluée par l'agriculture intensive, des algues vertes, des légumes et de la culture hors sol qui est une aberration nous faisant avaler toujours plus de pesticides et de fongicides, de pommes de terre, calibrées et nettoyées pour nos beaux yeux (parce qu'une pomme de terre sans terre c'est plus sexy) et pour les tapis roulants des caisses de supermarché que les saletés enrayaient, des céréales cultivées en bordure d'autoroute et qui nous font ingérer des résidus de pneus (!!!)... Autant de malbouffes qui nous font grossir même en mangeant équilibré !
Tout le long de ce livre, on a envie de vomir, d'envoyer valser les grandes enseignes de la distribution et de se réfugier dans la Creuse pour faire pousser nos légumes et élever nos animaux. Malheureusement, même là bas, le constat est rude...
Mais "Le Livre noir de l'agriculture" ne fait pas que pointer du doigt ce qui va mal, il met aussi en lumière le fait que l'Etat dépense des miliards pour essayer d'inverser la balance en utilisant la mauvaise logique (en y réfléchissant bien, ça aussi c'est quelque chose "qui va mal"... mais il parait qu'il faut s'indigner !). Au lieu de revenir à une agriculture saine et raisonnée, avec tout bêtement des animaux dans des prés, des légumes dans de la terre, et en ayant à l'esprit que c'est la qualité qui devrait prévaloir sur la quantité (et donc le profit), tels des Shadoks, nous continuons de creuser un peu plus profond dans le non sens. L'exemple des algues vertes est édifiant ! Nous savons pourquoi ces algues prolifèrent et plutôt que de faire en sorte que ce ne soit plus le cas, l'Etat réfléchi à la mise en place d'un système permettant de transformer ces algues vertes en électricité ! Bilan de l'opération ? Des miliards d'euros ! Au secours...
A la sortie de ce livre, j'ai entendu des interviews d'Isabelle Saporta à la radio. En plus d'être stimulante à lire, elle est aussi très spontanée et amusante à entendre. Certes les choses vont mal mais elle les relate de façon fraîche et sans se prendre au sérieux. Comme n'importe quel habitant de cette planète, elle est touchée par le caractère tragi-comique de la situation.
Je vous conseille vivement la lecture de cet essai pour arrêter de vivre comme des moutons, la bouche grande ouverte à avaler toutes les saletés qui nous sont vendues et pour inverser la vapeur... tant qu'il en est encore temps.