Kubrick dans tous ses états!
Lors de notre passage à la capitale début juin, nous sommes allés en compagnie du meilleur ami de Nelfe voir l'exposition consacrée à Kubrick à la Cinémathèque. Arrivés devant le bâtiment nous sommes accueillis par Alex et son regard en biais.

Grands amateurs du maître, nous avons passé pas moins de 3 heures sur les lieux tant il y a à voir, à écouter, à découvrir sur ce cinéaste hors norme. En effet, en plus des textes explicatifs et des objets / tenues des films, des extraits sont diffusés durant tout le parcours ainsi que des morceaux des musiques de film.
L'expo est très bien pensée car il s'agit de parcourir différentes salles les unes après les autres, chacune correspondant à une des œuvres de Kubrick. La visite suit donc l'ordre chronologique de sortie en salle des films. Tout logiquement, on commence par les petits courts métrages de Kubrick qui démontrent déjà tout son talent à mettre en image une histoire aussi réduite soit-elle. Puis ce sont les deux premiers films (Le Baiser du tueur et Ultime Razzia), deux œuvres en noir et blanc, assez méconnues du grand public mais déjà pleines de qualités. J'avais eu l'occasion de les découvrir lors du cycle Kubrick passé sur Arte il y a quelques années, elles témoignent déjà du côté méticuleux voir limite maniaque du réalisateur.
On enchaîne directement alors sur la salle consacrée au film Les sentiers la gloire. Film marquant et première collaboration de Kubrick avec Kirk Douglas. Des témoignages écrits et des anecdotes nous éclairent sur l'accueil plutôt glacial que le film a pu recevoir dans certains pays et certains milieux. Déjà dérangeant et génial, ce coup d'éclat va marquer sa carrière et faire entrer Kubrick dans la cour des grands.

(Les sentiers de la gloire)
Son prochain long est celui que Kubrick contrôlera le moins, le seul véritable film de studio qu'il réalisera. Appelé par Kirk Douglas producteur et acteur sur Spartacus, il remplace le réalisateur précédent sur le départ. Dans la salle consacrée à ce péplum haut en couleur, on retrouve le buste du sénateur et la tenue de quelques personnages principaux.

(Spartacus)
Dans la salle suivante, ça se gâte car elle est consacrée à Lolita, un de ses films les plus sulfureux. On retrouve le canapé en forme de bouche éclaboussant la salle de sa couleur sang et toute une séries de documents manuscrits notamment les échanges du réalisateur avec les associations religieuses intégristes qui voyaient dans ce film une incitation à la débauche et une œuvre immorale. Des textes nous expliquent aussi ce qu'a voulu faire Kubrick et la collaboration étroite qu'il a eu avec l'auteur originel Nabokov.

(Lolita)
Vient ensuite, la salle consacrée au Docteur Folamour. Film extraordinaire de drôlerie et d'engagement où l'on s'aperçoit toute l'admiration que portait le cinéaste pour le grand Peter Sellers. Les scènes-clefs sont projetées, des maquettes et des dessins préparatoires sont exposés notamment sur la salle de guerre qui revient continuellement dans le métrage.

(Docteur Folamour)
On entre alors dans la plus grande salle de l'expo, celle de 2001, l'Odyssée de l'espace. C'est un de mes films préférés et il faut avouer que les organisateurs ont mis les bouchées doubles. Explications et présentation des effets spéciaux et systèmes de caméra pour leur réalisation, reproductions diverses et variées, témoignages, les liens unissant Kubrick et C. Clarke, des extraits cultes (les hommes-singes découvrant l'outil, le monolithe, le voyage intérieur final)... Bref, une belle plongée dans cette œuvre ô combien fascinante!

(2001, l'Odyssée de l'espace)
On enchaîne directement sur l'univers déjanté d'Orange Mécanique réalisé trois ans plus tard et qui défraya la chronique en son temps. Là encore, on a le droit à des explications du maître sur ses motivations, on se retrouve nez à nez avec des meubles féminisés du bar mythique du film, une des tenues d'Alex et de ses droogies, sa platine à vinyles, des extraits de journaux de l'époque et des critiques diverses qui saluent ou conspuent une œuvre certes vieillissante mais qui pose toujours des questions d'actualité.

On embraye ensuite sur Barry Lyndon, épopée à costume mirifique au niveau de la technique. Tout un point d'ailleurs est fait sur les moyens qu'ont du employer le cinéaste et ses techniciens pour filmer les scènes à la bougie, marque indélébile de ce film.

(Barry Lyndon)
On passe ensuite dans l'univers de l'épouvante avec Shining (qu'on a revu depuis et où je frissonne toujours au moment de la découverte macabre dans la chambre n°237). "Redrum" est inscrit sur un mur, les deux robes des jumelles assassinées sont exposées ainsi que la hache de Jack Nicholson. Des témoignages vidéos nous font revivre le tournage et on se rend compte que Kubrick a pris un plaisir certain à désarçonner ses acteurs y compris le grand Nicholson. C'est aussi le divorce entre lui et Stephen King qui voulait centrer le film sur Danny (comme dans le livre) alors que le réalisateur s'intéressait davantage à la folie gagnant peu à peu le père. Petite anecdote sympathique, dès le début de l'exposition, on est accueilli par la moquette de l'hôtel Overlook qui nous accompagne dans les différents couloirs. Ca met dans l'ambiance!

(Shining)
Ensuite, direction le Vietnam avec Full Metal Jacket. Une belle salle avec la fameuse scène de l'instructeur chef engueulant vertement ses bleus en boucle sur un mur, la transformation d'un terrain vague en une ville vietminh détruite et des réflexions sur la guerre (retour aux origines pour Kubrick qui revient à ce thème après Les sentiers de la gloire et Docteur Folamour).

(Full Metal Jacket)
Puis c'est la salle dédiée à Eyes Wide Shut, seul film du maître que j'ai vu en salle à sa sortie. Beaucoup de photos et de témoignages, notamment de Kubrick sur l'érotisme et le mystère qu'il voulait exprimer à travers cette oeuvre trouble et déroutante. On peut également admirer bon nombre des masques présents dans le film.

(Eyes Wide Shut)
Reste ensuite trois dernières salles. La première est un auditorium où des scènes de films sont projetées avec les musiques correspondantes (on ne soulignera jamais assez l'importance capitale de la musique pour le réalisateur avec la perfection technique qu'on lui connaissait). Suit après un couloir exposant son travail photographique car avant de tourner Kubrick était photographe, les clichés ont été reproduits et sont vraiment à voir. Enfin, la dernière salle s'intéresse aux projets qu'il n'a jamais pu réaliser à commencer par son Napoléon sur lequel il planchera des années sans jamais décrocher de financement, un film sur l'intelligence artificielle qui sera finalement réalisé par Spielberg (semi-réussite trop mièvre à mes yeux) et un projet avorté sur la seconde guerre mondiale et l'extermination des juifs.
Vous l'avez compris ce fut dense et intense. D'ailleurs, seul bémol à cette visite, 6 sièges pour l'ensemble de l'exposition. Il ne fait donc pas bon être âgé ou handicapé et avoir besoin de s'asseoir... Nelfe a pas mal râlé car elle avait justement ce besoin. C'est heureux mais avec les pieds en compote que nous sommes sortis de là avec le désir de revoir au plus vite les pièces maîtresses d'un artiste qui restera à jamais un des plus grands de l'histoire du cinéma. Si comme Jack, vous êtes amateurs et même si vous venez des régions polaires, l'exposition est ouverte jusqu'au 31 juillet!
