"Sorry" de Zoran Drvenkar
L'histoire : Berlin. Tamara, Frauke, Kris et Wolf se sont connus au lycée. Dix ans plus tard, après une succession de petits boulots, de drames personnels, de défaites diverses et de blessures secrètes, c’est sans trop d’illusions qu’ils abordent la trentaine. Les choses vont néanmoins changer très vite quand ils ont l’idée de créer une agence nommée Sorry, dont l’objet est de s’excuser à la place des autres. Le succès est immédiat, ils aident des hommes d’affaires qui s’estiment s’être mal comportés envers un salarié, un associé ou une entreprise à alléger leurs remords en allant à leur place chercher le pardon auprès de leurs victimes.
Tout va pour le mieux jusqu’au jour où un mystérieux assassin désireux de soulager sa conscience en obtenant l’absolution pour les horribles souffrances qu’il inflige décide de recourir aux services de Sorry.
C’est le début d’une longue descente aux enfers pour les quatre amis. Pris dans un piège infernal et mortel, ils n’auront d’autre solution que de découvrir au plus vite l’identité et les mobiles de ce tueur qui les manipule et semble parfaitement les connaître.
La critique Nelfesque : Un nouveau roman chez Sonatine ? Vous imaginez bien que je ne laisse pas passer l'info sans me jeter sur l'oeuvre en question ! Parce qu'après Ellory, Kellerman ou encore Mosby dont je parlerai bientôt, Sonatine est pour moi une valeur sûre en matière de thriller.
Avec "Sorry" de Zoran Drvenkar l'essai est tranformé et fort bien transformé. Dans ce thriller haletant nous suivons quatre amis dans la création de leur société et cette idée ingénieuse qui va les faire basculer dans l'horreur. Plus qu'un simple thriller, nous suivons les joies et les peines d'une bande de trentenaires, leur longue amitié, leurs doutes, leurs blessures. Drvenkar (auteur au nom imprononçable !) nous livre des personnages attachants à la psychologie fouillée. Quand les drames se produisent, ce sont de vrais coups de poing que nous recevons.
J'ai deviné assez rapidement le déroulement de l'intrigue (je lis pas mal de thrillers, je deviens un as en matière de résolution d'énigmes) mais j'étais loin de m'imaginer la complexité du fil de l'histoire. Dans ce roman, on est très loin du manichéisme, les héros ne sont pas tout blanc et, loin d'être excusés, ceux qui semblent être des monstres se révellent être des hommes blessés. Sous nos yeux, page après page, la valse des personnages se danse de façon complexe et passionnante.
L'originalité de ce roman vient aussi de la plume de Zoran Drvenkar. Ce roman a été élu meilleur thriller de l'année 2010 en Allemagne et en le lisant on comprend pourquoi. L'auteur joue avec les focalisations externes, passant d'un personnage à un autre au fil des chapitres mais aussi les focalisations internes usant du "je". Fait novateur, marquant le lecteur, les chapitres nommés "toi" l'interpelle directement en le tutoyant. Totalement intégré dans l'histoire, on ne sait pas véritablement qui est le "je" et qui est le "tu". On se laisse porter par le talent de Drvenkar, tout se clarifie peu à peu et ce mélange de sujets nous ébranle au plus profond, laissant entrevoir la possibilité que nous pourrions être tous ces personnages à la fois.
Au final, "Sorry" se révèle être un excellent thriller que je conseille vivement aux amateurs du genre. Bien plus encore, "Sorry" est un véritable questionnement sur les notions de culpabilité et de vengeance. Qui sommes nous réellement ? Comment les éléments marquants de notre vie peuvent conditionner toute notre existence ? Qui sommes-nous pour juger ou pardonner ? Un roman passionnant !
La critique de Mr K (edit du 28/10/23) : Deuxième compte rendu de lecture inspirée par ma douce Nelfe dans le cadre de notre challenge interne de #piochedanslautrecapharnaum, Sorry de Zoran Drvenkar l’avait fait vibrer comme jamais il y a déjà plus de dix ans. Il était donc plus que temps que j’en fasse la découverte et je dois avouer que l’ouvrage se lit d’une traite avec un plaisir non feint tant on est happé par l’intrigue et les personnages complexes qui errent dans ces pages.
Quatre amis qui se connaissent depuis longtemps décident de monter une affaire ensemble lors d’une soirée bien arrosée et enfumée, ils vont créer une entreprise spécialisée dans les excuses ! Vous faites appel à ses services et elle vous allège du poids de la culpabilité moyennant finance. Le concept est étrange, novateur et ça prend ! Au bout de quelques mois, les quatre jeunes entrepreneurs ploient sous les demandes et les affaires tournent à plein régime.
La belle histoire pourrait s’arrêter là sauf qu’un tueur en série va se mêler à l’intrigue en faisant appel à Sorry pour ses propres exactions. Les cadavres vont s’accumuler, les amis se retrouver mêlés à ses crimes et les tensions s’accumuler aux fils des découvertes et révélations qui ne tardent pas à pleuvoir.
Une fois que l’on a débuté notre lecture, il est impossible de relâcher l’ouvrage. Seule la fatigue a eu raison de moi les quelques jours qu’a duré cette lecture addictive comme jamais. Le temps de faire connaissance avec les quatre principaux protagonistes et l’auteur nous lance une intrigue bien space en pleine figure. Qui est ce mystérieux tueur qui semble si bien connaître tout le monde ? Que cache-t-il ? Quel passé le hante ? Rien n’est clair, l’auteur aime brouiller les pistes surtout que les quatre amis suscités ne sont pas clairs non plus et que d’autres protagonistes vont venir densifier encore plus une trame qui semblait couler de source.
Si on aime être surpris, ce livre est un régal. Les fausses pistes et fausses hypothèses s’empilent, se télescopent. On ne peut véritablement se reposer sur quelque chose, les cartes sont continuellement redistribuées et Drvenkar n’hésite pas à dégommer le casting ! Je me souviendrai notamment longtemps de cette mort atroce sur la glace d’un lac gelé, un perso aimé qui meurt dans des circonstances épouvantables avec un luxe de détails et d’impressions. L’auteur en plus de maîtriser le suspens possède une plume d’une grande sensibilité, fine et efficace à la fois. Les moments de bravoure s’enchaînent, l’immersion est totale, crédible et déstabilisante.
Le dernier tiers de l’ouvrage s’apparente à une multiplications de coups qu’on se fait asséner sans vergogne, on est bousculé, dérangé dans nos certitudes. On se dit que c’est fini et ça recommence encore et la révélation finale est terrible. Vous l’avez compris, en terme de thriller, on est ici dans le haut de gamme, le mémorable. Foncez, vous ne serez pas déçus !
