"Haute fidélité" de Nick Hornby
L'histoire: Gérant d'un petit magasin de disque, Rob vient de se faire larguer par sa compagne (qui est partie avec le voisin du dessus). A 35 ans, Rob a plus de l'ado qui ne veut pas grandir que de l'homme mature qu'il est sensé être.
Ses passions ? La musique bien sur, faire des cassettes de compils, et passer le temps avec ses deux employés à faire des listes du style : les 5 meilleurs morceaux parlant de rupture amoureuse.
Obsédé par les classifications des charts, il décide de dresser le "top 5" de ses plus fameuses ruptures afin de comprendre les raisons de ses déboires sentimentaux répétés.
La critique de Mr K: Seul et unique lecture durant notre voyage en Thaïlande mais quelle lecture! Je connaissais le film tiré de cette œuvre, «High Fidelity», que j'avais trouvé excellent en son temps. Force est de constater qu'une fois encore le livre surpasse largement le film. Le métrage mettait surtout en avant le côté humoristique mais après cette lecture, je me suis rendu compte que tout le côté cynique, auto-destructeur et amer du héros campé à l'écran par John Cusack avait été plus ou moins mis de côté.
Dévoré en deux jours dans notre guest-house de Kanchanaburi, je me suis tout de suite identifié à certains aspect du personnage principal. Je pense que nombre d'hommes s'y retrouveront tant Rob est un concentré de la psyché des jeunes adultes en quête de sens dans leur vie sociale et amoureuse. Pourquoi ça n'a pas marché? Que faire pour m'améliorer? Faut que je m'bouge si je ne veux pas rester vieux garçon?... autant de réflexions développées sérieusement mais sur un ton ironique voir cynique. Il y a du Bridget Jones en Rob, en cela il est attachant et plus d'une fois j'ai ressenti la forte envie de le baffer pour qu'il se remue davantage et cesse de rester centrer sur sa petite personne.
Entre les catastrophes sentimentales, le fait est que Nick Hornby dresse de manière très juste et très drôle un archétype du fan de rock et c’est grâce à cette capacité à décrypter les comportements que Haute Fidélité est un régal d’humour. Le personnage de Barry (joué par Jack Black dans l'adaptation ciné, un régal!) est le stéréotype du connaisseur, le gars qui est capable de vous mépriser à vie parce que vous n’avez pas le premier album de Jesus And Mary Chain ou de vous pourrir parce que vous ne saviez pas que Marvin Gaye a été tué par son propre père et d’insulter un client parce que celui-ci a osé venir lui demander I Just Called To Say I Love You de Stevie Wonder. D’un autre côté, il y a Dick, terriblement timide et introverti, collectionneur frénétique de tout un tas de groupes indé obscurs qu’il essaie vainement de faire découvrir à ses amis en leur copiant des cassettes qu’ils n’écouteront jamais.
Ce livre est effectivement bourré de références musicales, mais je ne le vois pas comme un livre rendant hommage à la musique. J'y vois plutôt l'histoire d'une tentative de remise en question d'un homme qui ne veut pas vieillir et qui se sent incapable de prendre de vraies décisions, de peur de manquer d'autres opportunités, et finalement qui a une grande peur de rater sa vie (il a tout de même 36 ans!). Le tout est raconté avec un humour décapant. J'ai particulièrement apprécié sa relation avec ses deux employés: le discret et sensible Dick et le volubile-cynique Barry, célibataire endurci. Mais aussi ses réflexions intérieures sur la dure réalité de la condition masculine confrontée à ces créatures aux moeurs étranges que sont les femmes.
Robert Smith de The Cure qui parlait du livre il y a quelques années à un journaliste de Rock’n’Folk disait : "Un classique pour les maniaques de la musique. Brillant, parfait, j’ai tous les disques qui y sont cités". Je ne peux qu'abonder dans ce sens, Haute fidélité est un vrai et grand livre Rock and roll que je vous recommande très chaudement!