"Zapriskie point" de Antonioni

L'histoire: Los Angeles, 1969. La contestation grandit dans les milieux universitaires. Marc (Mark Frechette), un jeune homme solitaire, est prêt à mourir pour la révolution mais il se refuse à mourir d’ennui. Révolté par les arrestations arbitraires, il achète un pistolet pour se protéger. Témoin d’une fusillade au cours de laquelle un étudiant noir est abattu par un policier, il s’apprête à riposter quand soudain le policier est abattu. Craignant d’être poursuivi pour un crime qu’il n’a pas commis, il s’enfuit à bord d’un avion volé… Il fera alors la connaissance de Daria (Daria Halprin), une étudiante idéaliste partie à Zabriskie Point pour « méditer », laissant plus au moins en plan son promoteur immobilier de patron ! Cette rencontre changera à jamais leur vie et leur conception de l’existence.
La critique de Mr K: 6/6. Plus encore qu’Easy Rider, ZabriskiePoint embrasse en un film les bouleversements de la société américaine des années 70 au moment même où ils se déroulent. C’est peu dire si Antonioni est en prise directe avec la réalité de son temps et si son film s’impose d’emblée comme un témoignage sur le pays qu’il filme. Jeune couple formé par deux êtres ne se reconnaissant pas dans les modèles qu’on leur propose et qui vont tout laisser derrière eux pour errer dans le désert, c’est un peu l’espoir de la renaissance d’une autre Amérique. Cette errance hypnotique dans le désert tranche volontairement avec la violence et la froideur urbaine de la première partie qui brosse, sur un mode proche du reportage (la longue scène de l’assemblée générale étudiante, filmée caméra à l’épaule au début du film) le tableau d’une jeunesse qui refuse une société oppressante et dont les élans de révolte sont brutalement réprimés.

Avec le recul, l’évocation d’une société vouée à un consumérisme déshumanisé (incarné par le personnage du promoteur interprété par Rod Taylor, l’acteur des Oiseaux d’Hitchcock) s’opposant à une jeunesse déboussolée et révoltée n’est pas dénuée d’un certain schématisme, même si la virulence du discours fut atténuée, un plan montrant une banderole "Fuck You America" disparaissant du montage final. ZabriskiePoint est principalement célèbre pour deux grands moments clef: la scène de l’orgie dans le désert et la séquence finale des explosions. Il est d’ailleurs intéressant de voir que la révolte (qu’elle prenne la forme d’une extase sexuelle ou d’un climax destructeur) n’est exprimée que sous la forme du fantasme et donc sur le mode de l’utopie. Les deux fameuses scènes, où le couple de héros devient les Adam et Ève de l’Amérique moderne, puis celle où la jeune fille imagine une révolution terroriste en une interminable succession de destructions de bâtiments et d’objets du quotidien, filmées au ralenti, sur la musique hallucinée des Pink Floyd (période Syd Barrett, aussi à l’origine d’une autre BO culte, celle du More de Barbet Schroeder) ne constituent pas moins de sidérants moments de pure poésie visuelle et auditive, dont la puissance évocatrice laisse pantois.
