Casse programmée de l'enseignement professionnel
Dans sa note aux recteurs d'académies datée du 29 octobre, le ministre Darcos ordonne la généralisation du Bac pro 3 ans à l'horizon 2010. Cela signifie qu'au moins 50% des élèves pour le tertiaire, 45% pour la filière bois, 30% pour l'électrotechnique et l'hôtellerie... des effectifs qui auraient dû entrer en formation BEP à la rentrée 2008 intégreraient une 1ère année bac pro 3 ans.
Sur la forme, cette tentative de passage en force, est un scandale, vu l'absence totale de concertation avec les organisations représentatives des personnels, des parents d'élèves ainsi qu'avec les régions qui financent pourtant en grande partie la formation professionnelle.
Sur le fond, cette généralisation témoigne d'une non prise en compte des élèves de LP (Lycée Professionnel) qui, souvent, sont en échec scolaire, et nécessitent plus de temps pour reprendre confiance, se réinsérer dans le système éducatif et construire un projet. Ainsi, la généralisation a été mise en cause dans le rapport de l'inspecteur général de l'Éducation national Prat qui stipule que "...le cycle de 3 ans... ne répond que partiellement et de manière trop rigide... qu'à une faible partie des publics"... La propagande ministérielle de réussite équivalente, voire meilleure, des élèves de bac pro 3 ans comparés aux élèves des bac pro classiques oublie de préciser que ces expérimentations concernent le plus souvent des élèves sélectionnés en fonction de leurs capacités pour effectuer un parcours en 3 ans...
Ce qui nous attend
- La dégradation des niveaux de bac pro du fait de l'amputation considérable du temps de formation (3 ans pour préparer le bac pro au lieu de 4, 402 heures au lieu de 504 en lettres-histoire, 174 au lieu de 242 pour les langues vivantes... et encore moins pour l'enseignement professionnel), d'où la baisse de l'insertion professionnelle (73% pour les jeunes titulaires contre 66% pour les autres bacheliers -étude INSEE 2001), donc la dégradation des bac pro... Sans parler de la volonté de réduire les 69 bacs pro existants... à une vingtaine plus généralistes, et donc obligeant les élèves à passer des certifications payantes en plus!
- La précarisation encore plus forte du lycée technique (la concurrence d'un bac pro 3 ans va encore plus affaiblir ces établissements souvent en difficulté de recrutement... vers une extinction programmée du lycée technique... qui expliquerait le gel de certains référentiels en préparation...)
- La dégradation des BTS du fait de la baisse des horaires d'enseignement en lycée...
- La perte massive de postes de titulaires (au moins 25% des postes dans les sections qui avaient des BEP puis des bac pro; sans parler des modules, aide individualisée etc.. qui seront désormais comptabilisés en heures sup!). Tout ceci dans la droite lignée de remplacer au fur et à mesure les titulaires par des vacataires pris sous contrat pour un nombre déterminé d'heures (ça coûte moins chers et c'est facile de les virer et tant pis pour la continuité des enseignements et l'intérêt des élèves!)