Critique hugolienne, bien utile en ces temps troublés...

Paru en 1829, "Le dernier jour d'un condamné" est le premier roman d'un jeune poète qui commence à percer dans le milieu artistique de l'époque: Victor Hugo (1805-1885). Ce récit est apparu tout d'abord sous le manteau et sans notification du nom de l'auteur, car il fut dans un premier temps interdit. En effet, dans la France de l'époque, le trouble est de mise, notamment au niveau politique: la censure était plus opérante que jamais.Ce livre représentait un danger car c'est un livre politique, un livre engagé, un livre accouché dans la douleur; un livre romantique. Hugo y fait le procès d'une société n'hésitant pas à aliéner ces propres citoyens au nom de la légalité et d'une "pseudo-légitimité" (peut-on admettre la légitimité de punir la mort par la mort, régression moyen-âgeuse vers la loi du Talion -oeil pour oeil, dent pour dent-).
Dans ce livre, il est question d'un condamné à mort qui attend son éxécution, le récit nous narrant son ultime jour sur Terre, finalement son dernier souffle de vie. Seul face à son destin inéluctable, le héros (qui n'a d'ailleurs pas de nom, ce pourrait être vous ou moi; idem pour le crime qui lui est reproché) décrit ce qu'il voit et ce qu'il ressent, jusqu'à sa mort à quatre heure sur la place de la Grève.
L'avantage indéniable de ce roman, c'est sa brièveté: 97 pages, 97 pages pendant lesquelles, on ne peut détourner son esprit de ce drame, car il s'agit bien d'un drame. Cet homme, seul, attendant sa mort; n'est-il pas le symbole de l'humanité toute entière attendant la grande faucheuse, des milliards de vie essayant bon gré / mal gré de meubler leurs petites vies insignifiantes et finalement sans liberté. Cet homme nous renvoit à nous même, on ne prends conscience de notre liberté que lorsque l'on est condamné! Triste constat. Finalement, peut-être sommes-nous toujours seuls, isolés, incompris; abandonnés par une société qui nous a pourtant mise au monde et éduquée au nom de la liberté justement. Même les seules sources de joie de notre condamné sont souillées, perverties (sa fille belle comme un ange qui ne le reconnaît même pas, une chanson magnifique devenant soudainement triste au contact des murs de la prison...). Face à ce délaissement et cette lassitude, il ne reste à notre héros que le repli sur soi et l'anayse de soi, solution idéale pour tout romantique qui se respecte. C'est ainsi que l'on passe de souvenirs heureux mélés de nostalgie à des retours abrupts voir violents à la réalité: la mort à quatre heure, sur la place de la Grève. Cette recherche intérieure que pratique le condamné est remarquablement servie par la langue de Hugo, mêlant hardiment le modernisme du verbe, au cadre imposé (la prison) plutôt classique. Hugo par sa verve romantique gratte le vernis des apparences et nous trace un portrait sensible et touchant d'un condamné à mort, d'un homme désespéremment seul avant tout, seul face à une réalité effroyable (sa mort prochaine), seul face au néant. A la fin de la lecture, le lecteur a à la bouche le goût amer de l'incompréhension et de l'injustice, plus qu'au niveau individuel, l'aliénation de l'individu par une société et comme couperet final, une mort qui ne servira à rien...