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Le Capharnaüm Éclairé
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1 septembre 2026

"Le manoir des immortelles" de Thierry Jonquet


L’histoire : Pauvre Numéro 52 ! Il se promène, insouciant, satisfait. Il ignore que dans l'Empire des Morts, Hadès le guette, l'épie. Et que bientôt, il traversera les eaux noires du Styx pour venir le tuer. Comme il a tué Numéro 28. Comme il a tué Numéro 42. Et là-bas, dans le manoir, Lola, dédaigneuse de ces querelles, dort.

 

La critique de Mr K : Retour vers un auteur très apprécié aujourd’hui avec la chronique du Manoir des immortelles de Thierry Jonquet qu’on ne présente plus et qui était une pointure en terme de romans policiers et / ou noirs. Une fois de plus avec ce titre, il arrive à surprendre le lecteur et à l’emmener vers des rivages littéraires troubles et déstabilisants. Encore une belle lecture !

 

Hadès est un tueur. C’est quasiment tout ce que l’on sait de lui si ce n’est qu’il réside dans un manoir perdu au milieu de nulle part, qu’il s'est entiché d’une certaine Lola qui semble le dédaigner et qu’il surveille notamment depuis un studio loué en face de chez elle d'où il observe les allers et venus d’hommes qu’il désigne par des numéros. A certains moment, il décide de les faire passer de vie à trépas quand ils font quelque chose qui lui semble profondément anormal. Bien évidemment, l’auteur se garde bien d’en dire plus. Il va falloir lire l’ensemble de l’ouvrage pour découvrir la nature et la raison des actes de ce personnage bien borderline.

 

En parallèle, on suit l’enquête menée par le commissaire Salarnier qui a fort à faire avec une série de meurtres horribles où la victime est décapitée de façon nette et précise à l’aide sans doute d’une faux. Lui et son équipe pédalent dans la choucroute, le meurtrier prenant bien soin de ne laisser quasiment aucunes traces derrière lui. On apprend assez vite que Salarnier est en train de perdre sa femme, victime d’un cancer du sein et suivant un traitement de chimio depuis longtemps, sans réel succès. La tension est maximum, le craquage pas très loin.

 

Comme dit précédemment, on navigue vraiment en eaux troubles. Il est difficile de pouvoir se faire une idée précise des motivations des uns et des autres. On avance prudemment dans une lecture qui bascule à la moitié de l’ouvrage vers une autre direction. Les éléments au départ disparates commencent à se relier, à se répondre et l’on commence à voir vers où veut nous emmener l'auteur. Vous pouvez compter sur lui pour explorer les failles et déviances de l’esprit humain, il y a de beaux spécimens ici. Souvenirs douloureux, passion / pulsion, le deuil et la mort, autant de thématiques que l’intrigue décortique nous livrant des personnages en prise avec des luttes intérieures féroces.

 

C’est comme toujours écrit finement, sans manichéisme et avec un amour certain. C’est simple et profond à la fois, l’auteur ne se refuse rien, y compris une fin totalement apocalyptique laissant le lecteur sur les genoux et totalement sonné. C’est typiquement le genre de lecture que j’adore entre grandes émotions et réflexions sur le genre humain. Bon, par contre, ça ne brille pas par son optimisme, mais notre espèce ne s’y prête guère, non ?

 

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Folle aventure des bleus
- Le Bal des débris
- Les Orpailleurs
- Le Pauvre nouveau est arrivé !

- Moloch
- Mémoire en cage
- La bête et la belle
- La vie de ma mère !
- Mygale
- Ad vitam aeternam

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