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Le Capharnaüm Éclairé
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16 août 2026

"Mille millilitres de Ganymède" de Philippe Savet


L’histoire : Un jeune homme disparaît à la sortie d’un club. Il ne laisse derrière lui qu’une lettre et, dans sa chambre, des carnets, des poèmes, des flacons : autant d’indices sur sa disparition.


À travers le témoignage de ses proches et ses écrits personnels, le roman esquisse le portrait d’un garçon blessé par un amour vénéneux et interroge l’image de soi qu’on fabrique quand tout vacille à l’intérieur.


De Paris à Rome et à New York se déploie l’exploration sensuelle et sexuelle d’un être dispersé, déchiré entre un romantisme sombre et une tendre cruauté.
 

La critique de Mr K : C’est d’un premier roman très réussi dont je vais vous parler aujourd’hui. Mille millilitres de Ganymède de Philippe Savet est un ouvrage à part, viscéral et multiforme à la fois. Il happe littéralement le lecteur sans jamais lui laisser la moindre chance de s’extirper d’un récit vif et âpre qui prend à la gorge. Amateurs de sensations forte en lecture, j’ai été estomaqué et profondément ému par cette expérience intense et ultime à sa manière.

 

Le jeune Ganymède disparaît sans laisser de traces et de nouvelles à la sortie d’un club qu’il fréquente régulièrement. Oiseau de nuit à la vie rock and roll (mais pas que), Ganymède est un clubbeur gay amateur de défonce et de sexe mais il semblerait que depuis quelque temps quelqu’un ait attiré son attention. Serait-ce le début d ‘une idylle ? Il y croit et tombe de haut quand il s’aperçoit qu’il est tombé sur le mauvais gars et souffre désormais le martyr, déchiré par la frustration et la déception d’un amour physique, sans issu et surtout à sens unique. Ceci expliquerait cette disparition, mais a-t-il tout simplement vraiment disparu ? La trame générale est simple, le développement de l’intrigue mince en soi (il ne se passe pas vraiment grand chose) mais l’intérêt n’est pas là et c’est tant mieux.

 

Très vite, on sent qu’on est face à un OLNI (Objet Littéraire Non identifié) car Philippe Savet a travaillé sa forme de manière étonnante. En effet, chaque parcelle textuelle est différente de la première et l’on passe allégrement de la narration et dialogue classiques à des vers libres jetés à la face du lecteur par Ganymède lui-même, en passant par des extraits de journaux intimes, des points de mythologie pure, des rapports d’enquête, des SMS ou des mails, des extraits de journaux papiers ou TV, des podcast radiophoniques et d’autres éléments que je vous laisse découvrir. La structure narrative est donc éclatée, polyphonique et totalement barrée.

 

Et ça fonctionne à plein régime ! On n’est jamais perdu même si l'on explore une âme tourmentée et un milieu bien hardcore. Les âmes sensibles ou prudes risquent de passer leur chemin très vite tant on tourne autour d’une obsession centrale chez Ganymède : son corps. Le plaisir qu’il prend, qu’il donne avec moult détails anatomiques mais aussi sensoriels. C’est désarçonnant parfois heurtant, ça va loin mais ce n’est jamais gratuit ou voyeuriste. On est dans l’intimité de cet homme qui est livré nu ou du moins à découvert sur certains aspects de sa vie, les zones d’ombre sont légions et le resteront sans nourrir de regret chez le lecteur.

 

On s’accroche donc malgré un désespoir perlé qui nourrit une mélancolie terrible, celle de Ganymède un jeune homme perdu et entier à la fois. En témoignent, ses vers libres qui émaillent le roman entre deux autres documents, envolées lyriques fulgurantes qui sont autant de flèches en plein cœur. Il y a de l’aplomb et de la démesure dans ses mots et ses maux mais la langue est merveilleuse de modernité (ça pique, ça se répond, ça casse, ça se répare pour mieux se briser de nouveau ensuite) et la portée réflexive assez bluffante.

 

On referme Mille millilitres de Ganymède un peu sonné, conscient d’avoir lu un ouvrage pas évident, qui vous met à l’épreuve mais vous apporte aussi un plaisir de lire incroyable.

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Commentaires
A
Le genre de lecture pour laquelle on accroche tout de suite ou pas ?
Répondre
M
Le parti pris est audacieux, il faut se donner dix / vingt pages pour rentrer dedans. Après c'est vraiment une question de goûts et de couleurs. Personnellement j'aime bien les livres "différents" et dans le domaine ce titre se pose là! ;)
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