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Le Capharnaüm Éclairé
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14 août 2026

"Carnets indigènes" de Miroslav Misak


L’histoire : Dans les forêts sauvages des Carpates, un homme des bois est devenu la bête noire des chasseurs et des forestiers. Sveto se sent chez lui sur ces versants boisés qui l'ont vu naître, parmi les lynx, les ours et les loups. Quand il n'est pas occupé à planter des arbres à l'étranger, il passe son temps dans ces forêts qu’il aime. Il n’a pas un sou en poche, mais quand les érables flamboient, à l’automne, il est l’homme le plus riche du monde.


Il mène une vie solitaire jusqu’au jour où il rencontre Nadia, qui élève seule sa fille et peine à trouver un sens à sa vie citadine. Se présente alors l’occasion de cheminer à deux et de s’émerveiller ensemble.

 

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vous propose la chronique d’un ouvrage apaisant et profondément marquant à la fois (vu les temps qui courent, ce n’est pas du luxe !). Paru avant l’été chez Paulsen, une maison d'édition appréciée au Capharnaüm éclairé, Carnets indigènes de l’auteur slovaque Miroslav Misak est un bonheur de lecture, une invitation au lâcher prise, à la découverte de la Nature, de nous-même et de l’autre. Court mais suffisant, écrit dans un langage envoûtante et riche, ce premier roman est une ode à tout ce qui vit et respire.

 

Sveto, quand il ne plante pas des arbres aux quatre coins du monde, revient toujours dans sa chère forêt des Carpates, un havre de paix qui l'apaise, l’habite littéralement. Il arpente sans cesse, par tous temps et en toutes saisons, les versants boisés de ce petit coin de Paradis, territoire des lynx, ours et loups. Marche, bivouac, observations, écriture de poèmes sont son lot quotidien et éclairent sa vie. Il vit chichement mais il n’est évidemment par matérialiste, la richesse pour lui se mesurant avec l’expérience et ce que l’on observe, ce que l’on comprend, ce que l’on apprend et la nature est un trésor en la matière.

 

Et puis vient Nadia une jeune mère célibataire qu’il a "rencontré" sur les réseaux sociaux et qui montre un intérêt non feint pour son mode de vie. Sveto va lui ouvrir sa vie et elle l’accompagne sur plusieurs expéditions pour "comme ils disent" contempler ensemble. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer car la citadine s’émerveille de ce qu'elle ressent. Malgré la rudesse des conditions de voyage et certains moments plus âpres, elle se recentre et reconsidère sa vie. Et puis Sveto est bien attirant et la réciproque est vraie.

 

Mais ne vous y laissez pas tromper, cet arc sentimental est très secondaire car évoqué par une dizaine de phrases tout au plus sur l’ensemble de l’ouvrage, il découle du reste, il y fait écho. Ici on s’extasie devant les mouvements du soleil, la rosée du matin, le souffle du vent, le bruissement des insectes, les déplacements d’animaux, le doux murmure des ruisseaux et rivières et tout un luxe de détails ciselés qui nous englobent dans un microcosme au charme envoûtant. Cet ouvrage, c’est avant tout une immersion totale dans ces Carpathes foisonnantes de vie où l’empreinte humaine est encore relativement réduite même si certains braconniers sévissent. Mais Sveto sait leur jouer des tours pour les détourner de leurs objectifs sanguinaires.

 

Ce récit est tout simplement beau, plein. Au contact de la nature, les corps et les esprits se libèrent, s’ouvrent. On redevient un, on se confronte à soi, on se reconstruit. Hymne au rythme lent, à la compréhension de la vie dans son fonctionnement et son ancrage, ce texte possède une beauté confondante qui nous emporte et nous accompagne à la fois, libérant une foule d’émotions et de ressentis que l’on aborde autrement, plus complètement et profondément. Le lecteur captif, réceptacle volontaire et pénétré par le sujet, tourne les pages avidement.

 

On referme l’ouvrage un peu déboussolé, il faut revenir à la vraie réalité mais elle n’a plus tout à fait la même saveur. Elle paraît plus douce, plus apaisée. Un grand coup de cœur littéraire pour un ouvrage à la sensibilité et à la portée universelle.

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