"Replay - Mémoires d'une famille" de Jordan Mechner
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L’histoire : Franzi, 7 ans, est séparé de ses parents et devient réfugié dans la France occupée de 1940. Son père, autrichien menacé par le nazisme, a vécu la Première Guerre, connu le Front russe et doit fuir son pays pour l'Amérique. 80 ans plus tard, le fils de Franzi, Jordan Mechner, raconte leurs histoires grâce aux carnets tenus par chacun d'entre eux et y mêle son expatriation professionnelle des États-Unis en France.
La critique de Mr K : Chronique d’une belle trouvaille faite à la médiathèque de notre secteur. Je farfouillais dans les romans graphiques et autres one-shot BD et je suis tombé sur cet ouvrage très bien côté. Le nom de Jordan Mechner me disait vaguement quelque chose sans que je ne puisse mettre une image ou un lien quelconque avec cet auteur. En fait, je le connaissais de ma pratique forcenée de gamer dans ma folle vie étudiante, il est le créateur de Prince of Persia, un jeu qui a fait date dans l’industrie du jeu vidéo avec notamment l’animation hyper réaliste de son personnage principal. Je ne savais donc pas qu’il avait aussi réalisé quelques albums BD dont Replay - Mémoires d'une famille, très intimiste et ouvrant le destin tortueux de sa famille avec l’Histoire. Ce fut une lecture rapide et passionnante à la fois.
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Le livre s’ouvre sur l’arbre généalogique des Mechner-Ziegler, on comprend vite que l’on va suivre cette famille sur trois générations avec des similitudes dans le déroulé de leurs existences notamment le déracinement. Les origines juives d’une branche annoncent la couleur, être de cette confession en Europe en début de siècle dernier n’annonce rien de bon car aucune famille n’a été épargnée par l’antisémitisme qu’il soit quotidien / social ou étatique avec les pogroms en Russie en début de période et la politique nazie dès 1933 en Allemagne entre autres.
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On croise donc des familles séparées par le sort et la guerre avec la nécessité de vivre loin les uns des autres en attendant de pouvoir se rejoindre, des gens que l’on emporte et qu’on ne reverra jamais, l’exil loin de sa patrie et la nécessaire reconstruction qui s’ensuit. C’est aussi de belles histoires d’amour, de la résilience et le sens de la famille très prononcé, la joie ou des parcelles de bonheur finissent toujours par rompre le destin qui semble s’acharner. L’auteur en profite pour aussi parler de lui, de sa famille personnelle recomposée, de sa carrière naissante de créateur de jeu vidéo et de son rapport à l’histoire de ses proches qui vient faire écho à sa propre vie quand il doit partir loin pour son travail. Il ne se permet pas de comparer, de mettre sur un même niveau ce qu’il vit et ce que ces aïeux ont vécu comme horreur mais la mise en perspective est bien nuancée et totalement réussie.
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Le parti pris artistique est judicieux avec une bichromie grise rehaussée de plages de couleurs plus vives. Elle nous guide dans ce voyage temporel construit autour d’allers-retours qui font écho, se répondent et reconstruisent l’histoire familiale. Épuré mais plein de nuances, le trait est impeccable et donne vie à l’ensemble passionnant et touchant à la fois. À découvrir !