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Le Capharnaüm Éclairé
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15 mai 2026

"La Cicatrice" de Bruce Lowery

 

L’histoire : J'étais, sans le savoir, un enfant heureux, relativement heureux, il est vrai. Mais ce n'était qu'une impression d'ensemble. Car ma vie, même alors, ne manquait pas de petits malheurs auxquels je n'arrivais pas à m'habituer. Il faut remonter à novembre 1944. J'avais treize ans.

Jeff porte sur la lèvre un petit bec-de-lièvre que tout le monde nomme la "cicatrice". Une infirmité dont il ne connaît pas la cause et qui lui vaut moqueries et méchancetés de toutes sortes. Parce qu'il ne sait s'en défendre, il intériorise toute cette douleur, toutes ces blessures morales répétées. A cet âge si sensible, s'enfermant peu à peu, il souffre et fait souffrir ceux qui l'aiment sans réserve...

 

La critique de Mr K : Re-reading du jour avec cet ouvrage qui tient une place à part dans mes souvenirs de lecture. Il s’agit de la première lecture d’œuvre intégrale que j’ai du expérimenter en tant qu’élève, c’est vous dire que ça remonte, j’étais alors en 6ème et Mme Jaffrezic était ma professeure de français. La Cicatrice de Bruce Lowery m’avait déjà à l’époque beaucoup plu mais je dois avouer que le lire avec un regard plus mature permet de le redécouvrir et d’en apprécier encore plus le contenu. Une superbe lecture qui provoque une émotion à fleur de mot et de peau.

 

Novembre 1944, USA, Jeff et sa famille viennent d'emménager. Le jeune garçon de 13 ans va faire sa rentrée dans sa nouvelle école et il appréhende. Les enfants sont cruels et une disgrâce physique peut attirer les moqueries : Jeff a un bec de lièvre non opéré. Et ça ne rate pas, il subit de nombreux quolibets dès le premier jour et cela ne va pas en s’arrangeant. Il peut cependant compter sur l’amour indéfectible des siens avec des parents aimants et un petit frère qui l’adore. De nature introvertie et solitaire, Jeff doit faire contre vents et marées.

 

Tout paraît pouvoir changer avec la rencontre de Willy, un camarade de classe moins stigmatisant que les autres et qui occupe une place dominante dans le groupe. Il parle à Jeff, incite les autres à le prendre dans leur équipe, ils discutent ensemble aussi et Jeff le raccompagne chez lui. Leur passion commune pour la philatélie les rapproche encore plus et un jour fatal Willy lui montre sa collection de timbres. Jeff pour "posséder" quelque chose qui appartienne à son ami lui vole quelques timbres et va s’enfoncer dans le mensonge.

 

Cet ouvrage est avant tout une remarquable étude de caractère, le personnage de Jeff est touchant au possible et ambigu. Cet être esseulé à l’école qui doit supporter l’insupportable et qui bascule du côté obscur par réflexe incontrôlé est un modèle du genre. Le contraste est fort entre une vie de famille apaisée, douce et épanouissante et la vie scolaire qui tient du chemin de croix. Bien naïfs sont les personnes qui donnent aux enfants les meilleures intentions et ici on est quasiment en zone de non droit avec des mômes sadiques et moqueurs et des adultes encadrants qui feignent de ne rien voir ou réagissent mollement.

 

Jeff ne va pas bien mais tout le monde s’en fiche, il s’emmure et même ses parents ne peuvent lever le voile sur cette tristesse qui s’installe et une agressivité qui se développe notamment envers son jeune frère. L’aspect psychologique est d’une densité folle et toujours abordé de manière juste, pondérée et sans arrangements pour plaire au plus grand nombre. Le dénouement est terrible et sans appel, du haut de mes 48 ans, je ne faisais pas mon fier en refermant l’ouvrage.

 

Il y a des moments de "respiration" dans l’ouvrage cependant, avec des passages sur les relations d’abord très proches entre les deux frères, le vieux monsieur que Jeff va voir chez lui et qui lui montre ses collections de pièces et de timbres, les joies de la découverte de l’amitié, le partage de beaux moments en famille. Jeff est doué, intelligent mais son handicap le coupe des relations sociales avec des jeunes de son âge chez qui l’apparence est au cœur du jugement que l’on se fait d’autrui. On en a le cœur retourné et j’ai retrouvé la sensation de malaise grandissant que j’avais déjà ressenti du haut de mes 11 ans lors de ma première lecture.

 

L’ouvrage bien qu’écrit en 1960 n’a rien perdu de sa force évocatrice et de ses qualités littéraires. Accessible par son écriture limpide, simple mais aussi profonde et nuancée, cet ouvrage vous attrape et ne vous relâche pas, procurant des émotions variées et prégnantes. On finit sur les genoux, mélancolique, mais quel plaisir de lecture ! À lire, relire, faire découvrir tant on a affaire ici à un véritable chef d’œuvre !

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Commentaires
A
Un roman que j'avais relu également, et qui ne m'avait pas déçu.
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M
Une sacrée madeleine de Proust chez moi et un personnage principal marquant. :)
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