"Extinction des feux" d'Olivier Chantraine
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L’histoire : Serge, ancien reporter de guerre, élève seul son fils Matthieu, un jeune adulte, depuis la disparition de son épouse. Il vit replié dans sa maison, bâcle ses articles et préfère se consacrer à l’élevage de volatiles exotiques tandis que son fils endosse toutes les responsabilités matérielles. Leurs voisins, Alain et Cynthia, les soutiennent autant qu’ils peuvent, même si les ardeurs empressées de Cynthia envers Serge embarrassent ce dernier.
Lorsqu’une épidémie d’origine inconnue se déclare dans le pays, Cynthia et Matthieu comprennent avec stupéfaction que la société de traitement des eaux qui les emploie joue un rôle dans la transmission de la maladie. Matthieu, amoureux d’une militante écologiste, n’ose pas lui avouer où il travaille.
Prisonniers de leur passé et empêtrés dans leurs faux-semblants, les personnages de ce roman dévoilent un talent singulier pour imaginer des solutions pires que leurs problèmes.
La critique de Mr K : Très belle découverte que cet ouvrage qui s’était dissimulé dans ma PAL depuis qu’on me l’avait offert il y a déjà quelques années. Sacré acte manqué quand je vois le plaisir de lire qu’il m’a apporté. Extinction des feux d’Olivier Chantraine est un petit bijou d’humanité et de défouloir contre la bêtise humaine et notre propension à vivre parfois des existences sans véritable sens. Heureusement, le hasard, le destin, les rencontres, nous relancent souvent et nous propulsent vers des horizons insoupçonnés.
Suite à la disparition de sa femme, au sens propre car personne ne semble savoir ce qu’il est advenu d’elle, Serge est devenu misanthrope. Il ne sort plus de chez lui, un comble pour le grand reporter qu’il fut et qu’il continue d’être en mentant éhontément à son patron à qui il fait croire qu’il continue ses voyages à travers le monde et ceci aux frais de la princesse. Il invente de toutes pièces ses reportages. C’est son grand fils, Matthieu, qui pourvoit à ses besoins, s’occupe de tous les aspects matériels, tout en travaillant pour une société de traitement des eaux. Les rôles sont inversés mais ces deux-là s’entendent bien, il y a beaucoup d’amour et de respect entre eux.
Serge est donc devenu le roi des casaniers, il ne fait plus rien ou presque : il joue à des jeux vidéos de guerre, boit beaucoup et subit les assauts érotiques répétés de sa voisine Cynthia, érotomane passionnée qui aime toujours Alain son mari mais ne trouve plus son compte dans leurs rapports intimes, qui travaille dans la même boîte que Matthieu. Ce dernier est proviseur et rencontre nombre de difficultés, la révolte gronde dans la rue. Serge suit ses envies et commence d’ailleurs à faire de l’élevage de poules exotiques dans son garage ce qui étonne tout le monde. Mais on laisse faire l’original car après tout il ne va pas bien...
Puis on commence à parler d’une étrange épidémie, les gens tombent malades, présentent d’inquiétants symptômes d’empoisonnement, les hôpitaux sont engorgés. Les indices commencent à pointer du doigt l’éventuelle responsabilité de l’entreprise de traitement des eaux et il se passe de drôles de choses au bureau. Des papiers disparaissent et un vent de panique souffle. Alain tombe à son tour malade et décline rapidement, l’ambiance de fin du monde va faire bouger les lignes, éclairer la nature de chacun, faire s’opérer des rapprochements inattendus et révéler des secrets bien enfouis.
C’est typiquement le genre de lecture qu’on ne peut relâcher une fois débutée. L’écriture y est pour beaucoup, souple, accessible, jubilatoire dans la manière d’amener les choses et de décrire ses personnages. Ces derniers sont véritablement ciselés, les apparences de départ sont bien trompeuses et au fil du déroulé, le lecteur tombe régulièrement des nues. Les thématiques abordées sont nombreuses et se mêlent naturellement entre fausse légèreté et sentiments très profonds. On a ainsi de très belles pages sur la dépression, le lien parent-enfant, l’amour physique (et sans issu ?) et pléthore de cas d’école de la vie intime entre quête spirituelle de soi, d’épanouissement et la vieillesse qui arrive, inéluctable.
Avec les événements qui surviennent, certains échanges ou situations sont l’occasion pour l’auteur de lancer quelques piques acérées comme je les aime sur la marche du monde, la société du spectacle chère à Debord et la nécessité de se protéger de l'aspect parfois aliénant de l’évolution technologique. Mais au fil des épreuves, les personnages principaux se livrant davantage les uns aux autres vont encore plus se rapprocher, se heurter, se comprendre aussi. Certaines relations deviennent alors de beaux miroirs empathiques et humains.
La palette d’émotions ressenties est finalement très vaste, on passe par tous les états avec un plaisir qui ne se dément jamais. Le rythme est plutôt lent, l’auteur prenant le temps d’exposer personnages et situations sans pour autant que l’on ait l’impression de perdre son temps car tout est image et projection dans ce livre malin qui finit dans une explosion de révélations de bon aloi. On referme cet ouvrage heureux, le sourire aux lèvres malgré un arc narratif principal plutôt triste. C’est étonnant et à la fois diablement réconfortant. Étrange, vous avez dit étrange ? Une superbe lecture tout simplement, courez-y !