"Crénom, Baudelaire !" de Jean Teulé
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L’histoire : Si l’œuvre éblouit, l'homme était détestable. Charles Baudelaire ne respectait rien, ne supportait aucune obligation envers qui que ce soit, déversait sur tous ceux qui l'approchaient les pires insanités. Drogué jusqu'à la moelle, dandy halluciné, il n'eut jamais d'autre ambition que de saisir cette beauté qui lui ravageait la tête et de la transmettre grâce à la poésie. Dans ses vers qu'il travaillait sans relâche, il a voulu réunir dans une même musique l'ignoble et le sublime. Il a écrit cent poèmes qu'il a jetés à la face de l'humanité. Cent fleurs du mal qui ont changé le destin de la poésie française.
La critique de Mr K : Retour sur une lecture bien déjantée aujourd’hui, comme souvent avec le regretté Jean Teulé, disparu trop tôt et hautement apprécié au Capharnaüm éclairé. Comme il avait pu le faire avec Rimbaud et Villon, il s’attaque avec Crénom, Baudelaire ! à un monstre sacré de la littérature française avec la verve et le brio qu’on lui connaît ! Quelle expérience de lecture à nouveau !
Nous suivons donc Charles Baudelaire de sa naissance à sa mort avec un focus tout particulier sur sa vie d’artiste gêné aux entournures par ses addictions nombreuses et un caractère plus que difficile. L’homme était peu apprécié de ses contemporains sauf de quelques amis irréductibles souvent démunis face à la tendance autodestructrice d’un homme asocial, pédant et drogué jusqu’aux yeux.
Tout part comme souvent du rapport aux parents, Baudelaire n’a jamais réglé son rapport à sa mère, le père est mort quand il était encore jeune. Œdipe mal réglé, son rapport aux femmes est plus que particulier, malaisant même. Sexualité débridée, mal réglée, parfois à la limite du consentement, Baudelaire répugne beaucoup le lecteur car c’est un jusqu’au-boutiste arc buté sur son nombril. Syphilitique assez jeune, on lui prescrit des traitements qui vont lui faire découvrir les paradis artificiels qu’il n’arrivera jamais à quitter. Il devient accro très vite et augmentera les doses inexorablement jusqu’à la mort prématurée mais logique qui surviendra à 46 ans.
La mère s’étant remariée assez vite, le courant ne passe pas entre Charles et son beau-père, militaire de carrière. Ce dernier voyant bien le danger qu’il fait courir à la fortune familiale, le déconsidère très vite et va inciter la mère à couper les vivres de manière drastique pour empêcher le poète halluciné de vivre selon un train de vie dispendieux et déraisonnable (drogues, vêtements, sorties en tout genre). Tout cela nourrit la colère, le ressentiment mais aussi l’inspiration d’un homme constamment sur le fil du rasoir et au génie inouï.
Il navigue dans le milieu artistique et de la création, traînant sa souffrance et ses fêlures intimes dans une époque où tout change, où l’art contemporain prend racine et où les certitudes d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Très vite, il va s’accorder sur son credo de créateur : faire découvrir le sublime dans la laideur, il laissera ses Fleurs du mal à la postérité. Décriées lors de leur sortie, censurées, aujourd’hui, il s’agit d’un des recueil les plus importants de la poésie française. C’est très ironique quand on connaît mieux le côté anticonformiste et profondément désagréable du personnage.
Mais le génie est là, le sens de la formule, les idées qui s’entrechoquent, les figures de style qui vous emportent et une vision réelle et novatrice entre émerveillement et sombres abysses. Tout cela est remarquablement mis en mots par un Teulé une fois de plus plongé dans son sujet avec respect et un décalage délectable dans ses formulations bien crues. La vie de Baudelaire, c’est vraiment sexe, drogues et rock and roll. On assiste malheureux et résigné à sa déliquescence mentale et physique, la maladie qui progresse tout en conservant toujours son caractère de provocateur, glandeur, fouteur de merde. Il était vraiment haut en couleur, extrême à sa manière.
L’ouvrage se lit d’une traite comme souvent avec cet auteur et le sujet est très bien traité. Certes c’est parfois fort de café, répugnant même mais que c’est bien écrit et comme cet artiste maudit reste magnétique ! Un grand et beau livre !
Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9
- Mangez-le si vous voulez
- Le Montespan
- Fleur de tonnerre
- Le Magasin des suicides
- Les Lois de la gravité
- Héloïse, ouille !