Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Capharnaüm Éclairé
Publicité
19 mai 2026

"Baby-boom apocalypse" de David Duranteau

 

L’histoire : Myriam, 24 ans, vient de trouver une place de réceptionniste pour la saison d'été dans un hôtel de luxe à Biarritz, le Château d'Ilbarritz, qui domine l'océan. Certains racontent qu'il est hanté.

 

Un soir, peu après son arrivée, Myriam découvre un corps sans vie sur la plage en contrebas de l'hôtel. La stupide noyade d'un client stupide avec qui elle a eu une altercation le jour même. Quelques jours passent et un industriel trépasse dans son bain, entre eau savonneuse et sèche-cheveux branché...

 

Les baby-boomers qui constituent les quatre cinquièmes de la clientèle de l'hôtel d'Ilbarritz se crispent un peu lorsque, dans les couloirs, se murmure que ces accidents seraient aussi naturels que leurs fronts botoxés et leurs lèvres pulpeuses...

 

la critique de Mr K : En 2017, je découvrais David Duranteau qui sortait en auto-édition Le Jour où mon pénis est tombé, un petite ouvrage drôle et décalé au style unique. C’est huit ans plus tard que l’occasion de lire à nouveau cet auteur facétieux s’est présentée avec sa sortie cette année aux Éditions du Basson (une maison d’édition belge fort recommandable) de Baby-boom apocalypse qui annonce la couleur dès le titre... Ça va pulser, dégommer sec et au passage égratigner le gratin. Avant d’avoir lu la première ligne, ça s’annonçait bien !

 

Le château d’Ilbarritz à Biarritz est un hôtel de luxe du côté de Biarritz en plein pays Basque. La clientèle sélect y vient pour profiter de la vue imprenable sur la mer et bénéficier du calme. Il est réputé hanté mais cela attire les gens en mal de sensation et à la curiosité développée. Sauf qu’en ce début de saison, les choses ne se passent pas exactement comme prévu, plusieurs boomers au compte en banque bien pourvu passent de vie à trépas dans des circonstances plus que suspectes. C’est l’effroi chez les clients et une partie du personnel mais il faut bien que la saison continue… Le récit échevelé ne fait que commencer.

 

On est face à un roman polyphonique, comprendre que chaque chapitre fait partager un ou plusieurs points de vue de protagonistes qui interviennent dans l’histoire. La principale, c’est Myriam, une jeune femme qui fait des saisons à gauche et à droite, c’est le mode de vie qu’elle a adopté et qui l’épanouit. Elle n’a pas sa langue dans sa poche, est réceptionniste et sera aux premières loges des événements racontés. Gravite autour d’elle un ensemble de jeunes personnages venus travailler pour la saison : femmes de chambre, voituriers, agents de cuisine avec qui elle entretient des rapports très divers de compagnons de soirée à une forme de méfiance. Leur patron est un jeune entrepreneur surfeur qui partage son temps entre la gestion administrative de l’hôtel et les cours de surf aux clients. Plutôt cool et à l’écoute, on le sent parfois très perfectible.

 

Et puis, il y a les clients, un ensemble hétéroclite de vieux riches, retraités ou non qui naviguent dans les hautes sphère et s’en gargarisent. Traitant bien souvent le petit personnel avec mépris, se gaussant des pauvres mortels et se fichant aussi de l’ordre du monde, ils sont avant tout là pour se détendre, profiter du spot, de la cuisine, de la vue et des verres offerts par la maison. Leur caractérisation ne se borne pas pour autant à les montrer sous leur jour le plus affreux, ce sont aussi des gens en couple, qui s’aiment et sur qui le malheur va frapper. Un accident ça peut arriver mais à partir du deuxième, la police s’implique…

 

En la personne de Frédéric, un inspecteur particulièrement falot et mauvais dans ses déductions. Pour lui, une enquête à Biarritz, c’est des vacances et il manque cruellement de sérieux et rigueur. Il faut dire que tout le monde le prend pour un rigolo (notamment à cause de son physique) et qu’il n’est pas aidé par les uns et les autres. Cela donne des phases très drôles, où son esprit vagabonde et propose des hypothèses très farfelues. Le pire c’est qu’il y croit ! On ne peut que se gondoler. N’allez pas croire pour autant que l’enquête est bâclée par l’auteur, simplement elle avance très très lentement. L’essentiel est ailleurs avec un style bien déjanté, décalé ou ça mitraille à tout va sur les défauts de notre monde : l’avarice des puissants, les arrangements avec la réalité, l’hypocrisie et la course en avant pour le succès et la fortune. Y’a de la punchline et je peux vous dire qu’on s’en paie une bonne tranche !

 

Seul petit bémol, la fin m’a paru un peu expédiée. On a toutes les réponses ou presque mais j’aurais bien pris vingt pages de plus pour clôturer en beauté un livre qui foisonne d’inventivité et de malice. L’expérience reste belle et à découvrir pour tous les amateurs de jeux de massacre menés tambour battant.

Publicité
Commentaires
Publicité
Suivez-moi
Publicité
Archives
Publicité
Publicité